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lundi 30 mars 2020

Terreurs dans la tête

terreurs dans la tête

Notre esprit est une boîte de Pandore
Plus emplie de terreurs qu’elle ne l’est d’aurores,
De malédictions et de condamnations
Différentes et nombreuses ainsi que les nations.

La Maladie et la Mort, amies difformes,
Attendent les humains avec leurs faux énormes
Qui reluisent, étoilées, à toutes les saisons,
Dans tous les chemins et dans toutes les maisons ;

Quand les Cauchemars viennent, ennemis du Rêve,
Dans notre esprit, soleils étranges, ils se lèvent,
Hostiles et railleurs, implacables et nombreux,
Créatures sortant des gouffres ténébreux ;

Le Désespoir, cette vaste bête sauvage,
Nous cache tous les bienheureux rivages,
Hurle dans nos printemps, empoisonne et guérit
Et dévaste nos cœurs qui ont pourtant fleuri ;

La Vieillesse blanchit nos cheveux et nos âmes
Et de nos corps éteint l’invincible flamme,
Et nous ne voulons pas, épris de nos fiertés,
Reconnaître notre vulnérabilité.

Et ces allégories, grandes et terrifiantes,
Apparitions qui sont éternellement errantes,
Se bousculent dans notre esprit, leur doux festin,
Comme les gens dans le premier bus du matin.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 23 septembre 2018

Dans ma tête

dans ma tête

Ma vaste tête, où règne un chaos éternel,
Est comme un appartement de célibataire ;
Depuis la fenêtre on y voit un bout de ciel,
Et le Bien et le Mal y sont colocataires.

On y voit, comme des mortes dans leurs tombeaux,
Des fleurs dormant dans leurs vases pleins d’eau stagnante,
Un cendrier plein de cendres, un vieux tableau,
Et mille autres choses perdues et déclinantes,

Des chaussettes jetées, des chaussures sans pieds,
Des livres çà et là, des avis d’échéance
Et quelques mauvais vers sur des bouts de papier,
Peut-être moins mauvais, qui sait ? que je ne pense.

On y voit également des antidépresseurs,
Babioles sans valeur, bouteilles d’eau, bougies,
Un petit lit défait mais empli de douceur,
Les vêtements d’hier et des restes d’orgies,

Et puis, quoi d’autre ? cent choses et mille riens,
Des portraits d’êtres chers, forces bagatelles,
De vieilles lettres d’amour au parfum ancien,
Poèmes célébrant les passions mortelles.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 8 février 2017

La tête d'Holopherne

la tête d'Holopherne

Pierre Paul Rubens, Judith avec la tête d'Holopherne (1616)

Judith, belle comme une fée,
Brandit son horrible trophée,
La tête au regard douloureux
D’Holopherne ivre et amoureux,
Vaincu par sa sombre beauté,
En rêvant avec cruauté.

Sa vieille et sinistre servante
Sans que cela ne l’épouvante
Touche la barbe du guerrier
Dont l’amour est le meurtrier
Et dont le bourreau est l’ivresse,
Mort en rêvant d’une caresse !
Cœur sans remords et sans douleur,
Sa maîtresse, comme une fleur
Par un amant fervent cueillie,
Tient l’auguste tête haïe
Du général au sombre sort
Qu’envoie Nabuchodonosor
Pour châtier l’ouest rebelle ; 
Aussi dangereuse que belle,
Un sourire étrange et odieux
Eclaire son front radieux.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 16 janvier 2017

Les caprices de Fulvie

les caprices de fulvie

Pavel Alexandrovitch Svedomsky, Fulvie avec la tête de Cicéron (?)

Après sa mort aimant le mettre au supplice,
La cruelle Fulvie contemple avec délice,
Un sourire étrange rayonnant sur son front,
La tête coupée de son ennemi Cicéron.

Avec perversité la folle s’amuse
Et joue sinistrement, délectée de sa ruse,
Pareille à une enfant, emplie de cruauté,
En reposant doucement sa lascive beauté
Sur une grande peau d’ours aux chasseurs rebelle
Qui était sans doute moins farouche qu’elle.
Quand elle vit ses mains aux portes du Sénat ,
La cruelle, d’abord, de cela s’étonna,
Resta stupéfaite, puis rit. « Comme il est bête !
S’écria-t-elle ; c’est bien ! je veux sa tête ! »
On la lui apporta comme un présent hideux,
Dans un sac. Elle lui dit : « Jouons tous les deux ! »
La gifla, la roula, lui tira les lèvres
Et comme pour savoir si elle a la fièvre
Lui caressa le front et ferma promptement
Avec deux épingles sa bouche, et rêveusement
Imagina toutes les malédictions sombres
Que Cicéron pourrait faire choir dans l’ombre,
Si son cœur n’était point de tout son fiel tari,
Sur elle, sur ses fils et sur ses trois maris.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 5 mars 2014

Histoire du pêcheur (partie XV)

Histoire du pêcheur (Partie xV)

Poèmes de "la série Mille et une Nuits":
 
Le roi, après avoir fort longtemps admiré
Ces poissons, fut par sa gourmandise inspiré
Et les donna à son habile cuisinière
Que l’empereur des Grecs l’année dernière
Lui envoya comme présent, en calculant
Que puisqu’ils étaient beaux ils seraient succulents.
Le vizir lui dit : « Le roi veut que tu apprêtes
Pour qu’il les dîne, ces quatre charmantes bêtes. »
La cuisinière les nettoya et les mit
Pour les frire dans l’huile, et la pauvre blêmit
Quand elle les tourna pour les cuire de la sorte
Et vit s’ouvrir le mur comme s’ouvre une porte
Et en sortir une dame d’une douce beauté
Qui avait le regard empli d’autorité,
Habillée d’une étoffe de satin égyptienne,
De pendants d’oreille, de colliers de perles anciennes
Parée, et de bracelets d’or de rubis garnis
Et dont l’éclat n’était point par le temps terni.
Armée d’une baguette de myrte, de la casserole
Elle s’approcha, et dit ces étranges paroles 
En frappant un des quatre poissons avec pouvoir :
« Poisson, poisson, dis-moi, es-tu dans ton devoir ? »
Comme il resta muet, elle répéta ses dires
En élevant la voix et avec plus d’ire
Et les quatre poissons lui dirent distinctement
En levant ensemble la tête superbement :
« Oui, si vous comptez, nous comptons ; payez vos dettes
Et de payer les nôtres nous aurons l’assiette,
Fuyez et nous vaincrons et nous serons contents. »
La jeune dame ne demeura point longtemps
Après avoir ouï ces paroles mystérieuses.
Elle renversa la casserole, furieuse,
Le mur s’ouvrit, elle y rentra et disparut
Et il se referma. La cuisinière crut
Qu’elle perdait l’esprit, et était effrayée.
Sa surprise et sa peur furent chèrement payées,
Elle trouva les poissons noirs comme du charbon.
Quand le grand vizir, qui était un homme bon,
Entra, il la vit en pleurs et de la sorte
Gémissant : « Plût à Dieu que je fusse morte !
Que vais-je devenir ? Que dire au sultan courroucé
Quand il verra qu’ainsi ses poissons sont troussés ?
Il ne me croira point si je lui raconte
L’histoire de la dame. Si je lui en rends compte,
Il dira que je suis folle ou que je lui mens ! »
Quand il lui demanda d’où venaient ses tourments,
Elle conta au vizir l’histoire de la dame,
L’étonnement emplit sa charitable âme
Et il alla conter une fable au sultan
Qu’il écouta, distrait un peu, en exultant.

[A SUIVRE]




Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène