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samedi 16 mai 2020

Re-Ma mère


RE-ma mère

D’après le poème  « Ma mère » d’Émile Nelligan (1879 – 1941), duquel je ne garde ici que les deux premiers vers.

Quelquefois sur ma tête elle met ses mains pures,
Blanches, ainsi que des frissons blancs de guipures,
Et comme bien souvent je ne suis pas là,
En touchant mon portrait avec ses doigts las,
Elle me demande à toute la nature,
À ses meubles anciens, aux choses futures,
À tous les coins emplis d’ombre de sa maison,
À l’aurore, à la nuit, à toutes les saisons,
À tout ce qui chante et à tout ce qui passe !
Pardon, je t’ai rendue, mère, inquiète et lasse,
Ma vie est, toutefois, un dangereux sentier,
C’est un orage qui va dans le monde entier
Et qui m’emporte loin de tous ceux que j’aime ;
Écoute-moi, ma mère, et ne sois pas blême :
Sais-tu qui nous sommes en vérité, maman ?
Poussières répandues sous le grand firmament,
Nous allons aux Frances et nous allons aux Allemagnes.
Mais tu connais ton fils : je suis une montagne.
Par la grâce de Dieu aussi sage que fort,
J’ai maintes fois perdu le doux chemin du port,
Mon cœur a maintes fois été pris pour cible,
Des dards y sont restés, bien qu’ils soient invisibles,
Et des épées cassées et des morceaux de bois,
J’ai été assailli par tout ce que tu vois,
Je suis presque aussi dur que le fer et la pierre,
Mais lorsque ton souvenir, pareil à la lumière,
Pareil au soleil, se lève dans mon esprit,
Ton image me berce et ta voix m’attendrit. 


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 29 mars 2019

Le nuage de ma vie

LE nuage de ma vie

Ma vie parfois me semble un pesant nuage
Qui dans un éternel ciel d’hiver voyage,
Tout gonflé de soupirs, comme une voile au vent,
Loin du monde mortel s’en allant et rêvant,
Cherchant en vain un port où pleurer quelques larmes,
Marcheur ténébreux qui de lui-même s’alarme !
Il cache avec dédain le soleil qui reluit,
Même quand il fait jour, quand il passe il fait nuit,
Voile énorme jeté sur le front du monde,
Comme les morts sur les morts et la mer sur l’onde.

Jamais aucune pluie ne tombe de cet œil
Qui contemple le monde et qui demeure en deuil,
Appesanti de son vaste voile sombre,
Et qui va comme un peu de fumée ou d’ombre,
On ne sait où, toujours morne et silencieux,
Encre noire souillant le livre des cieux,
Qui y écrit quelque chose de sinistre,
Une prophétie noire en plusieurs chapitres,
Un poème infini, et passe son chemin,
Au-dessus de la terre, à l’abri des humains,
Eternel comme le temps et éphémère,
Et en continuant son errance amère.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 23 septembre 2018

Dans ma tête

dans ma tête

Ma vaste tête, où règne un chaos éternel,
Est comme un appartement de célibataire ;
Depuis la fenêtre on y voit un bout de ciel,
Et le Bien et le Mal y sont colocataires.

On y voit, comme des mortes dans leurs tombeaux,
Des fleurs dormant dans leurs vases pleins d’eau stagnante,
Un cendrier plein de cendres, un vieux tableau,
Et mille autres choses perdues et déclinantes,

Des chaussettes jetées, des chaussures sans pieds,
Des livres çà et là, des avis d’échéance
Et quelques mauvais vers sur des bouts de papier,
Peut-être moins mauvais, qui sait ? que je ne pense.

On y voit également des antidépresseurs,
Babioles sans valeur, bouteilles d’eau, bougies,
Un petit lit défait mais empli de douceur,
Les vêtements d’hier et des restes d’orgies,

Et puis, quoi d’autre ? cent choses et mille riens,
Des portraits d’êtres chers, forces bagatelles,
De vieilles lettres d’amour au parfum ancien,
Poèmes célébrant les passions mortelles.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène