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mardi 18 février 2014

Histoire de l'Envieux et de l'Envié (partie IV)

Histoire de l'envieux et de l'envié (partie IV)

Poèmes de "la série Mille et une Nuits":
 
La belle Scheherazade continua ainsi
Quand revint Schahriar, son étrange récit :
« Le derviche, monté sur le trône de son beau-père,
Passait, un jour, devant une foule prospère
Alors qu’il était au milieu de sa cour.
Tous l’acclamaient avec loyauté et amour
Et saluaient doucement son passage auguste
Car il était un roi bienveillant et juste,
Aimé du misérable qui erre et qui gémit.
Il aperçut, dans cette foule, son ancien ennemi
Debout, lui aussi, au milieu de la route,
Ne reconnaissant point son voisin, sans doute,
Qu’il devait croire mort au fond d’un puits ténébreux.
Le Sultan dit à un de ses vizirs nombreux :
« Amène-moi cet homme que voilà, et prends garde
De l’épouvanter, et que rien ne te retarde. »
Quand l’envieux, surpris, au sultan fut présenté,
Il lui dit : « Le derviche que vous avez jeté
Au fond d’une citerne, loin du ciel qui rayonne,
Et votre ancien voisin, c’est moi. Je vous pardonne
Car c’est grâce à vous que je suis devenu sultan.
Sachez, mon cher ami, que je suis très content
De vous revoir, sachez aussi que je pense
Que vous méritez une bonne récompense. »
Et à un officier il dit avec bonté :
« Que tout à l’heure en mon nom il lui soit compté
Mille pièces d’or, et que vingt charges de marchandises
Lui soient livrées, et qu’une garde le conduise
A sa demeure, et lui obéisse sans délai,
Et qu’on fasse promptement tout ce qui lui plait. »
A ces mots l’envieux, qui devint soudain pâle,
S’écria : « Un revenant ! » poussa un affreux râle
Et tomba mort et pour sa jalousie châtié.
L’envié de son ancien ennemi eut pitié,
Le fit enterrer dans son propre cimetière
Et venait souvent dire pour lui une prière.

  [FIN DE L'HISTOIRE DE L'ENVIEUX ET DE L'ENVIÉ]

Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène    

lundi 17 février 2014

Histoire de l'Envieux et de l'Envié (partie III)

Histoire de l'envieux et de l'envié (partie III)

Poèmes de "la série Mille et une Nuits":
 
De revoir leur chef les derviches étaient contents
Et ils furent étonnés de l’entendre contant
La trahison de l’hôte, âme sinistre et mauvaise.
Quand dans sa cellule il fut plus à son aise,
Il vit le chat noir dont il avait ouï parler
Qui vint frotter contre lui son dos et miauler.
Il lui arracha sept brins de poils de la queue,
Remède bien précieux et infaillible que
Le derviche cacha dans sa cellule avec soin
Pour qu’il s’en servît quand il en aurait besoin.
Le Sultan vint, le jour suivant, n’ayant de cesse
De vouloir guérir la malheureuse princesse,
Au couvent du derviche avec ses officiers.
Le bon homme n’oublia pas de le remercier
D’être venu, en le recevant dans son domaine.
« Sheikh, lui dit-il, savez-vous ce qui m’amène ?
La princesse est souffrante et j’aimerais la guérir.
S’il lui arrive malheur, je pourrais en mourir,
Et plus que la lumière de mes yeux elle m’est chère. »
« Mon seigneur, répondit le derviche, j’espère
Que grâce à Dieu et mes prières elle guérira.
Je connais un moyen qui la soulagera ;
A son mal il n’y a qu’un unique remède,
Elle n’est point malade mais un djinn la possède,
C’est ce que m’ont dit à son sujet les esprits. »
Le Sultan, transporté de joie et fort surpris
Et réconforté par ces étranges présages,
Fit venir sa fille. Un voile couvrait son visage,
Une suite de femmes et d’eunuques l’accompagnait,
On avait pris soin de lui lier les poignets
Pour qu’elle ne se fît nul mal. Sur sa tête frêle,
Le chef des derviches fit tenir un poêle,
Et quand il eut posé, par l’encens parfumés,
Les sept brins de poils sur les charbons allumés,
On entendit un grand cri, et tout de suite
Le génie Maimoun, fils de Dimdim, prit la fuite.
D’un geste délicat, la princesse porta
La main à son voile qu’aussitôt elle ôta
En s’écriant : « Où suis-je ? Et qui m’a amenée
Dans cet endroit où j’ai été abandonnée ? »
A ces paroles le Sultan son père, joyeux,
Embrassa sa fille et la baisa aux yeux.
Il dit au derviche : « Je vous fais mon gendre,
Ma fille est à vous si vous daignez la prendre
Pour femme, et je crois qu’elle ne peut que vous choisir. »
Quand mourut, en peu de temps, le premier vizir,
Le Sultan nomma le derviche à sa place,
Etant lui-même mort sans enfant mâle de sa race
Pour le remplacer, d’un commun consentement
On nomma le derviche Sultan augustement. »

Le jour qui paraissait fit taire la conteuse
Et le roi Schahriar, l’âme devenue songeuse,
Dit : « L’envié mérite sa couronne, et l’envieux
Ne mérite, lui, qu’un prompt châtiment de Dieu.
J’espère qu’il mourra d’amertume et de rage
Car il est traître et lâche et n’a aucun courage. »
Et le roi se leva, impatient de savoir
La suite de ce récit, et aussi de revoir
La princesse Scheherazade, aussi belle que savante,
Et d’écouter sa douce voix la nuit suivante. 

  [A SUIVRE]
 
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène    

mercredi 30 avril 2014

Histoire de trois calenders, fils de rois, et de cinq dames de Bagdad (XXI)

Histoire de trois calenders, fils de rois, et de cinq dames de bagdad (partie XXI)

Poèmes de "la série Mille et une Nuits":
 
Au lieu de s’affliger de ce spectacle horrible,
Le roi se courrouça et prit un air terrible,
Cracha au visage de son fils incinéré
Et lui dit, indigné : « Tu meurs déshonoré,
Dieu, qui est de toutes les créatures le maître,
Te châtie dans ce monde et aussi dans l’autre
Où l’enfer consumera ta chair éternellement. »
Ne se contentant pas de maudire cruellement
Son fils mort, surpris, je vis ce père farouche
Sur sa joue donner un grand coup de sa pabouche,
Ce qui emplit mon cœur d’horreur et d’étonnement.
Je dis au roi : « Sire, quel que soit l’évènement
Qui soit à l’origine de votre colère,
Je ne vois pas comment il a pu vous déplaire
Pour que vous maltraitiez votre fils mort ainsi. »
« Mon neveu, répondit-il, vous voyez ici
Un fils indigne de porter mon nom encore
Qui, qu’il soit vivant ou mort, me déshonore.
Dès ses premières années, ce monstre aima sa sœur
Qui l’aima et eut pour lui les mêmes douceurs.
Ne désapprouvant point leur amitié naissante,
J’ignorais que sa sœur était son amante
Quand, un jour, je surpris mon fils qui embrassait
Avec ferveur sa sœur qui, elle, le caressait.
Je réprimandai d’une manière fort sévère
Et la sœur coupable, et le coupable frère,
En leur représentant l’horreur de cette passion
Et que Dieu ne pouvait bénir leur relation
Qui s’opposait à toutes les lois de la nature
Et les exposait aux éternelles tortures,
Et leur expliquai que cet amour criminel
Couvrirait leur famille d’un opprobre éternel.
Horrifié comme tout père par ce noir spectacle,
Je mis entre les deux amants mille obstacles
Et j’enfermai chacun dans son appartement.
La sœur, révoltée sans doute par cet isolement,
But du poison et en faillit être morte.
Son frère, sûr d’être aimé d’une farouche sorte,
Fit bâtir ce tombeau où nous sommes maintenant.
Il enleva, un jour, sa sœur en l’y amenant
Et, pour jouir de l’objet de sa flamme sombre,
Emplit de provisions ces lieux emplis d’ombre.
Mais Dieu n’a pas souffert cette abomination
Et leur a infligés tous deux cette punition. »

[A SUIVRE]

Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène