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samedi 13 juin 2020

Re-L'éternelle histoire

RE-l'éternelle histoire

D’après le poème  « L’éternelle histoire » d’Anatole Le Braz (1859 – 1926), duquel je ne garde ici que la première strophe.   

Ils avaient dit bonsoir aux femmes
En train de coucher les petits ;
Et, sur le dos mouvant des lames,
À la brune, ils étaient partis.

La mer a porté leurs voiles
En marchant, sur son vaste dos,
Avec la nuit et les étoiles
Elles formaient un seul fardeau ;

« Pourvu que la pêche soit bonne ! »
Se disaient-il en souriant,
Et le poisson qui rayonne
Jouait dans la mer en fuyant,

Voilé comme par des nuages
Par les ondes de l’océan,
À la fois soleil et mirage
Dans l’oasis du néant.

Malgré la tempête et l’onde,
Ils sont braves, ces bons pêcheurs,
Et ils aiment la mer qui gronde
Comme une femme aime les fleurs !

Avec leurs poissons et leurs rêves
Ils reviendront, si Dieu le veut,
À l’heure où le soleil se lève,
Fatigués mais contents, chez eux.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 22 avril 2015

Conte: Du Prud’homme qui retira de l’eau son compère

CONTE: DU PRUD'HOMME QUI RETIRA DE L'EAU SON COMPÈRE

Un pêcheur qui était occupé à pêcher
Et de rentrer chez lui voulait se dépêcher
Voit quelqu’un tomber dans les flots, et il cherche
A l’accrocher par ses habits avec sa perche
En faisant mille efforts vaillants pour secourir
Cet homme qui allait certainement mourir.
Il le sauve, mais par malheur il lui crève
Un œil avec le croc pointu. Jusqu’à la grève
Il conduit le noyé gémissant de douleur
Qui était son compère, et soigne le grouleur,
Le nourrit et dans sa demeure le garde
Jusqu’à sa guérison qui à venir tarde.
Celui-ci, au moment même où il est sorti,
Et sans remercier son vaillant sauveur parti,
Forme plainte contre lui, de ses soins indigne,
Pour l’avoir blessé. Le bailli leur assigne
Un jour où ils doivent comparaître tous deux.
Chacun expose ses raisons ; un fou hideux
Interrompt les juges au moment de la sentence
Et crie comme un pendard conduit à la potence :
« Assez, messieurs ! La chose est simple à décider,
A être équitables je veux bien vous aider :
Cet homme qui se plaint avec ingratitude
Qui, à l’entendre, me semble son habitude,
Eh bien ! Qu’il soit jeté à l’eau au même endroit
Et qu’aux dédommagements qu’il souhaite il ait droit
S’il s’en retire ; mais au cas où il y reste,
Récompensez cet homme vaillant et modeste
Qui l’a sauvé, pour le service qu’il a rendu. »
Ce jugement, trouvé juste, fut entendu.
Mais le noyé, de peur de périr dans les ondes,
Se désista bientôt de sa sombre demande.

C’est temps perdu, sires, que vouloir obliger
Un ingrat, et il va alors vous affliger.
Sauvez un larron, et votre récompense
Sera d’être volé pour votre dépense.

[FIN DU CONTE: DU PRUD'HOMME QUI RETIRA DE L'EAU SON COMPÈRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 30 mars 2015

Conte: Le Château suspendu dans les airs (Partie V)

CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS (PARTIE V) 


V. Comment le pêcheur sauva sa princesse, et de quelle manière son ravisseur fut châtié par le roi

La femme du pêcheur était à sa fenêtre,
Innocente comme l’enfant qui vient de naître ;
Apercevant son mari appelé par le devoir,
Elle le reconnut, heureuse de le voir,
Car elle l’aimait bien, et elle était ravie
Par un homme cruel qui menaçait sa vie
Et qui jurait, pour la fléchir, de la tuer.
Elle s’empressa donc, de loin, de saluer
Son époux, et lui dit, sans être entendue :
« En vous voyant, seigneur, mon âme m’est rendue.
L’usurpateur, de tout mortel s’effarouchant,
Ne quitte jamais la tabatière ; en couchant
Il la met, le fourbe, et ferme la porte,
Avant de dormir, sous son oreiller, de sorte
Qu’on ne peut la prendre sans le réveiller.
Je l’ai su en allant, mon cher, le surveiller.
Sachez que je vous suis et vous serai fidèle. »
Le pêcheur raconta tout ce qu’on fit d’elle
Au roi des Rats et des Souris, l’heureux époux
De sa troisième sœur, avec un grand courroux.
Après avoir songé à un stratagème,
Il lui dit : « Pour sauver la princesse que j’aime,
Ordonne à un de tes sujets obéissants
D’aller dans la chambre pour fourrer, roi puissant,
Sa queue dans sa bouche qui sera entrouverte ;
Quand il toussera, ce qui causera sa perte,
Et pendant qu’il sera assis sur son séant,
Je reprendrai ma femme et mon château géant
Quand je lui reprendrai enfin ma tabatière. »
Sur le dos de l’aigle aux ailes altières
Le pêcheur revint au château, en apportant
Une souris avec lui et un rat sortant
Sa longue queue, noire comme une vieille enclume,
En venant avec lui, de ses blanches plumes.
Quand le seigneur se mit à ronfler, bien nourri,
Elle courut jusqu’à sa chambre, et la souris
Lui fourra sa queue dans la bouche ; mais courte,
L’homme la lui serra d’une façon si forte,
Sans qu’il se réveillât, qu’il la fit cuiter.
Le rat à la longue queue entra sans bruiter
Et il fourra sa queue jusque dans la gorge
De l’homme qui dormait comme un fer dans la forge.
Il s’éveilla, cette fois, toussant et crachant,
A moitié étranglé. Le pêcheur, se cachant
Auprès du lit, prit sa tabatière enchantée
Et l’ouvrit, par la fée obéissante hantée,
Qui lui dit : « Maître, que puis-je pour vous servir ? »
« Transporter cet homme qui a osé ravir
Ma princesse, ainsi que mon château prospère,
Là où il fut, dans le jardin de mon beau-père. »
Répondit le pêcheur. Et le château allait,
Et dans le jardin du roi, face à son palais,
Fut enfin posé et resta immobile.
Le roi, en le voyant, crut être débile
Et qu’il eut la berlue, mais il vit arriver
Son gendre et sa fille chérie. Sans se priver
De l’embrasser, ils lui racontèrent l’histoire,
La lâcheté du seigneur, du pêcheur la victoire ;
Le roi fut bien joyeux et châtia l’amant
Qu’il fit écarteler par quatre chevaux fumants.
Le pêcheur et sa femme vécurent sans peine
Jusqu’à la fin de leur vie serein et sereine,
Mais, de peur d’un nouvel accident, il cacha
Sa tabatière qu’à son ventre il attacha.

[FIN DU CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 29 mars 2015

Conte: Le Château suspendu dans les airs (Partie IV)

CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS (PARTIE Iv) 


IV. Ce que le pêcheur fit pour retrouver son château et la princesse

Quand il revint de la chasse avec son beau-père,
Le pêcheur ne vit point son château prospère,
Et de ne plus le revoir il était si surpris
Que le pauvre époux en faillit perdre l’esprit.
Le roi entra dans une terrible colère,
Voyant que sa fille et le château s’envolèrent,
Et fit devant sa cour le serment solennel
Qu’il ferait écarteler son gendre criminel
S’il ne ramenait pas, en deux mois, sa fille ravie,
Par quatre chevaux noirs qui lui prendraient la vie.
Le pêcheur était bien triste ; mais il pensa
Que ses puissants beaux-frères et qu’il récompensa
Par les mains de ses sœurs qui n’étaient point laides,
Pourraient le secourir et lui apporter l’aide.
Il se mit en route, donc, pour aller les voir,
Et au roi des Poissons il fit d’abord savoir
La sombre trahison et l’affaire affreuse,
Quand il eut embrassé sa sœur, bien heureuse.
Il demanda au roi s’il entendit parler
D’un château suspendu dans les airs. « Déferler
M’est familier, lui dit-il, depuis ma naissance,
Et, hélas, je n’en ai point eu connaissance.
Mais attends, je ne suis point, mon frère, inconstant,
Et je pourrai te dire, je pense, en un instant
Où il est, car la mer de mes sujets est pleine. »
Il les assembla, de la puce à la baleine,
Et il leur demanda s’ils avaient entendu
Parler d’un grand château dans les airs suspendu ;
Ils répondirent, sans apporter de lumières,
Qu’ils en entendaient parler pour la première
Fois, et ne savaient point que cette œuvre existait.
Seul un Marsouin chenu sans répondre restait.
Le roi lui demanda : « Toi qui es vieux et sage,
As-tu vu ce château dans l’un de tes passages ? »
Le Marsouin répondit : « Non, votre majesté,
Mais d’un aigle savant le souvenir m’est resté,
Qui m’en a parlé et l’a vu dans ses voyages,
En me disant que dans huit jours un mariage
Y sera célébré, et qu’on y a amené
Tant de viandes, qu’il en est encore étonné,
Et qu’il n’avait jamais mangé autant, maître. »
Le roi le remercia. Qu’on avait vu le traître
Il dit à son beau-frère, qui sortit de la mer
Et alla parler au roi des Oiseaux, amer,
De l’aigle, du château et de la princesse.
Le roi, indigné de cette grande bassesse,
Réunit ses sujets et les interrogea
Au sujet d’une fille de roi qu’on relogea
Et d’un château qui est suspendu aux nuées.
L’aigle répondit : « Loin des ondes remuées
Par le vent, à mille lieues, voyageant alors,
J’ai vu ce château qui brille comme de l’or.
Dans huit jours, majesté, un roi y célèbre
Un mariage, mais son épouse est funèbre,
Je ne sais pourquoi, car rien ne semble plus beau
Que ce château qu’éclairent mille radieux flambeaux,
Et la noce sera sans doute des plus belles. »
« A mon commandement ne sois pas rebelle,
Transporte cet homme au château », dit le roi.
« Volontiers, répondit l’aigle, à cet endroit
Je vais le transporter, mais la route est difficile
Et bien longue d’ici au royal domicile,
Et il me faut manger pour pouvoir accomplir
Ma mission. » Pendant la nuit, on vit se remplir
Le château de bouchers laborieux, qui purent
Nourrir l’aigle jusqu’au matin, et le repurent.
Il s’envola avec le pêcheur sur les flots
Où on ne voyait rien, hormis le ciel et l’eau.
Mais comme ses forces peu à peu faiblissaient,
Sur un rocher que les grandes marées laissaient
A découvert, il mit notre pêcheur, allant,
Pour qu’il se sustentât, au château en râlant.
Le pêcheur resta sur le rocher. L’inquiétude
Emplissait son cœur dans cette solitude,
La mer montait, montait, et loin de ses regards,
L’aigle avait disparu, et le bonhomme hagard
Se mit debout, sur la pointe la plus élevée,
Certain que ses heures étaient maintenant achevées.
L’eau baigna ses pieds, son genou, et atteignit
Sa taille, sans que le danger ne contraignît
L’aigle à venir. Quand l’eau lui arriva, mortelle,
Jusqu’au menton, il le vit ; sa joie était telle
Qu’il faillit en périr. Il vint à son secours
Et le déposa dans la château, à la cour.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 28 mars 2015

Conte: Le Château suspendu dans les airs (Partie III)

CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS (PARTIE III) 


III. De quelle manière le jeune pêcheur devint l’époux de la princesse, et ce qui arriva ensuite

Cependant le père de la belle princesse
Fit publier à son de trompe, sans cesse,
Dans tout son royaume et aux pays voisins,
Que celui qui pourrait remplir les magasins
De plus de grains, serait l’époux de sa fille,
La plus belle des femmes et la plus gentille,
Car la récolte était bien maigre, et ses sujets,
Menacés de famine, expliquaient son projet.
Les prétendants étaient nombreux, et les routes
De chargements de grains étaient emplies toutes,
Ainsi que des navires dans les flots rassemblés,
Immenses et dont la cale était remplie de blé.
Notre jeune pêcheur était content d’apprendre
La promesse du roi qu’il venait d’entendre,
Et il se dit que sa tabatière pourrait
De la belle princesse dont il s’énamourait
Faire de lui l’époux. « Je veux des charrettes
Toutes chargées de blé, à voyager prêtes,
Avec de bons attelages et de bons charretiers,
Qui appesantiront le royaume entier. »
Ordonna-t-il à sa vieille tabatière.
Tout cela vint, chargé de la précieuse matière,
Et les routes furent couvertes de chariots
Plus nombreux que les grains de sable et les loriots.
Le pêcheur les amena au roi. « Il me semble
Que vous avez plus de grains que ces hommes ensemble. »
Lui dit le noble roi qui le nomma vainqueur.
La princesse épousa son amant de bon cœur,
Et comme il fut beau, elle n’en était point marrie.
Pour plaire à son beau-père ainsi qu’à sa chérie,
Il demanda à sa tabatière un château
Suspendu dans les airs, invisible aux bateaux,
Par quatre chaînes d’or, immense et prospère,
Au-dessus du palais de son royal beau-père.
Il était magnifique, et rien n’était pareil
A ce château aussi radieux que le soleil.
Quand le roi le vit, il demanda à son gendre
D’où vint cet édifice. « Cela va vous surprendre,
Répondit le pêcheur, sire, mes ouvriers,
Qu’on ne voit pas et plus nombreux que vos guerriers,
L’ont bâti cette nuit, pour que votre fille
Soit à vos côtés, dans ce château qui brille.
Venez, si vous voulez, maintenant le visiter. »
Le roi embrassa son gendre, et sans hésiter
Le suivit, bien ébloui de tout ce qui s’y trouve.
Il dit à son gendre : « Ce château me prouve
Que vous aimez ma fille, et j’en suis fort content.
Venez chasser, nous ne resterons point longtemps. »
Un prétendant, en leur absence, âme rusée,
Aperçut dans un coin la tabatière usée
En visitant les lieux. Étonné de la voir
Dans ce château auguste, il l’ouvrit pour savoir
Ce qu’il y avait dedans. La voix féerique
Qu’il crut d’abord, surpris de l’ouïr, chimérique,
Dit : « Pour votre service, mon maître qu’y a-t-il ? »
Il répondit : « Soyez de mon courroux l’outil,
Transportez ce château avec la princesse
A mille lieues d’ici. » Souriant avec bassesse,
Il sentit le château bouger par son devers
Et passer au-dessus des forêts et des mers
Qu’il traversait, rapide, comme s’il avait des ailes,
Obéissant à son commandement avec zèle,
Et s’arrêter enfin dans un pays lointain
Où il n’y avait âme qui vive, sombre et hautain.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 27 mars 2015

Conte: Le Château suspendu dans les airs (Partie II)

CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS (PARTIE II) 


II. Comment le pêcheur découvrit les vertus de sa vieille tabatière, et ce qu’il en fit

Notre jeune pêcheur, quand il pensa tout vain,
De son village et de son foyer se souvint
Et de la mer qui lui fut souvent généreuse
Même quand la pêche lui fut onéreuse.
Il reprit donc de son village le sentier
Retrouver sa cabane, reprendre son métier
Et braver du destin la rude inclémence,
Mais quand il arriva, devant la mer immense,
Il ne revit plus son bateau que prit Mistrau
Et sa cabane était comme ces lieux spectraux
Où personne n’entre et dont le mystère effare.
Seuls son grappin restait et des bouts d’amarres
Qu’il contempla avec peine, à moitié pourris.
Il entra donc dans sa cabane, mal nourri
Et bien désespéré, malgré son courage,
Et fouilla dans les poches de son beau cirage
En y cherchant quelque pièce de cent sous,
Mais il ne trouva, par-dessus et par-dessous,
Rien, hormis sa vieille tabatière offerte
Par son beau-frère, et de cette découverte
Mécontent, il allait la jeter dans un coin
En pensant qu’il ne va pas en avoir besoin,
Puis se ravisa en se disant que peut-être
Il y avait du tabac. Dès qu’il l’ouvrit, « Maître,
Lui dit une voix, vous ne serez point trahi.
Pour votre service qu’y a-t-il ? » Ebahi
D’entendre parler sans qu’il ne vît personne,
A cette voix pareille à une enfançonne
Il dit : « Pour le moment, sans vouloir chagriner,
J’aimerais une table avec un bon dîner. »
Aussitôt se dressa devant lui une table
Pareille à celle d’un grand roi redoutable,
Emplie de pain, de viande, de café et de vin.
Lui qui avait jeûné, de la voir il devint
Fou de joie, et mangea avec gloutonnerie.
Quand il n’eut plus faim et soif, avec coquinerie,
Il ordonna d’être transporté à l’endroit
Où dormait cette nui-là la fille du roi.
Il s’éleva doucement au-dessus des nuages,
Et par le vent porté fit un galant voyage
Et fut bientôt sur un lit souple déposé
Où dormait la princesse au visage rosé,
Belle comme le jour, à la douce haleine,
Au souffle parfumé qu’on entend à peine.
Notre jeune pêcheur chastement la couvrit
Et à l’aurore, pour s’en aller, il rouvrit
Sa tabatière avant le réveil de la belle.
Il contemplait, pendant trois jours, sa colombelle,
Et se faisait servir de somptueux repas.
De sa douce beauté il ne se lassait pas
Et il était épris de ses divins charmes,
Et s’en allait, pour ne point lui causer d’alarmes,
Pareil à un voleur, aimant la surveiller,
A l’aurore, laissant le jour la réveiller.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 26 mars 2015

Conte: Le Château suspendu dans les airs (Partie I)

CONTE: Le château suspendu dans les airs (PARTIE I) 

I. Les trois seigneurs auxquels un jeune pêcheur maria ses trois sœurs, et ce qui lui arriva par la suite

Un bon pêcheur, jadis, n’avait pour seules mannes
Qu’un bateau, ses filets et une cabane
Petite et qu’on voyait qui contemplait la mer.
Mais notre bonhomme n’en était point amer
Car il avait un fils de bien bonne mine
Qui combattait avec lui les jours de famine
En allant à la pêche, et qui, lorsqu’il passait,
Entendait soupirer quand sa froideur lassait,
Et trois jolies filles presque du même âge,
Belles comme leur mère et à son image.
Le pêcheur, bien âgé, mourut ; son fils devint
Le chef de famille, et le fardeau lui revint
De partir chaque jour à la mer étonnée
Ramener à manger à toute sa maisonnée.
Un jour qu’il partait aux matinales lueurs,
Il vit à sa porte trois augustes seigneurs
Qui lui demandèrent à rester dans sa demeure
Pour se délasser du voyage quelques heures.
Il les accueillit et satisfit leur désir.
La beauté de ses sœurs leur fit tellement plaisir
Que tous les trois devinrent amoureux, prièrent
Leur hôte d’être leurs époux, et se marièrent
Avec les beautés qui dirent oui en rougissant.
Les trois seigneurs étaient en vérité puissants,
Et chacun d’eux était le roi d’un royaume :
Le roi des Poissons était le premier homme,
L’autre le roi des Rats, le dernier des Oiseaux,
Et ils étaient tous les trois des mondamoiseaux.
Après la noce, avant de quitter leur beau-frère,
A partir, d’abord, les trois se préparèrent
Puis lui firent chacun un présent : deux d’entre eux,
Qui lui semblaient être plus bons et généreux
Que leur confrère, lui offrirent des bourses
Pleines d’or, alors qu’il avait peu de ressources,
Et de le dernier, comme s’il n’était pas roi,
Ne lui offrit, hélas, malgré son grand arroi,
Au lieu d’une bourse, qu’une vieille tabatière,
Que le jeune pêcheur, d’une âme trop altière
Pour lui en demander l’utilité, cacha
Dans sa vareuse, sans l’ouvrir, et sa fâcha
En pensant que c’était une moquerie infâme
De ce roi riche et qui prit sa sœur pour femme.
Les trois sœurs partirent donc avec leurs maris.
Ennuyé, le pêcheur s’en alla à Paris ;
Sa bourse bien garnie et sa belle figure
Semblaient être au jeune homme heureux de bon augure,
Il s’habilla comme un bourgeois cossu, vivant
Sans qu’il ne manquât de rien. Les jours se suivant,
Et comme il ne comptait jamais ses dépenses
Et que la jeunesse à demain jamais ne pense,
Il finit par vider sa bourse, et fut chassé
De sa maison, et comme un hère trépassé
Il fut oublié de ses amis volages
Et il n’eut droit qu’à leurs méchants persiflages.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène