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jeudi 16 février 2017

Le vol d'Icare

le vol d'icare

Charles-Paul Landon, Dédale et Icare (1799)

Poussant son fils dans le ciel
Comme le vent une voile,
Dédale lui dit : « Mon bel,
Embrasse les étoiles ! 

Le firmament est ta mer,
Tes ports sont les planètes !
Vole, libre de tes fers
Dans les régions secrètes ! »

Pareil à un ange blanc
Qui obéit et ignore,
Le doux jeune homme tremblant
Qui tombe sur l’aurore,

Ouvre ses bras sans vigueur
Pour enlacer les astres,
Et il rêve avec langueur
Sans songer au désastre,

Oiseau qui au firmament 
Veut déployer son aile,
Gracieux, léger et charmant,
Plein d’une joie éternelle !

Comme Icare, le soleil
Embrase souvent nos songes
Avec ses rayons vermeils
Qui brûlent nos mensonges.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 8 février 2017

La tête d'Holopherne

la tête d'Holopherne

Pierre Paul Rubens, Judith avec la tête d'Holopherne (1616)

Judith, belle comme une fée,
Brandit son horrible trophée,
La tête au regard douloureux
D’Holopherne ivre et amoureux,
Vaincu par sa sombre beauté,
En rêvant avec cruauté.

Sa vieille et sinistre servante
Sans que cela ne l’épouvante
Touche la barbe du guerrier
Dont l’amour est le meurtrier
Et dont le bourreau est l’ivresse,
Mort en rêvant d’une caresse !
Cœur sans remords et sans douleur,
Sa maîtresse, comme une fleur
Par un amant fervent cueillie,
Tient l’auguste tête haïe
Du général au sombre sort
Qu’envoie Nabuchodonosor
Pour châtier l’ouest rebelle ; 
Aussi dangereuse que belle,
Un sourire étrange et odieux
Eclaire son front radieux.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 26 décembre 2016

La martyre

La martyre

Paul Delaroche, La jeune martyre chrétienne (1856)

Elle-même devenue une onde,
Elle s’en va loin du monde,
La pauvre martyre au front adoré,
Sous l’œil bleu et doucement éploré
De la lune qui éclaire ses charmes. 
L’eau qui l’emporte semble une larme  
Pleurée par la nature et l’univers,
Aussi blanche qu’une neige d’hiver
Emportée par les flots profonds et sombres,
Rayon qui reluit dans la vaste ombre !
Ses pieds et ses poings ont été liés 
Par ses bourreaux, et son corps oublié
Dans le grand Tibre incommensurable,
En le voyant, cette misérable
A pensé : « Malgré l’écueil de la Mort,
Du Paradis je trouverai le port ! » 
Puis reçut un deuxième baptême, 
Et devint tout à coup aussi blême
Quand elle tomba dans les flots fatals,
Qu’une feuille loin du chêne natal. 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 25 décembre 2016

Le supplice de Jane Grey

LE supplice de jane grey

Paul Delaroche, Le Supplice de Jane Grey (1833)

Lady Jane Grey, les yeux bandés, sans chaînes,
Car elle est faible comme un jeune amour,
Cette éphémère reine de neuf jours
Qui attend pâlement sa mort prochaine,

Vêtue d’une robe blanche et légère
Qui semble le linceul d’un trépassé, 
Insultée, le cœur de vivre lassé
Comme son mari et comme son père !

Comme s’il s’endormait sur sa hache,
Le bourreau attend le moment fatal
Pour l’envoyer au Royaume natal
De la sombre Mort, qui berce et fauche,

Le Sir John Brydges, pour qu’elle meure digne,
Lui décrit doucement l’éden radieux,
Lui parle des anges, d’amour, de Dieu, 
Et de lits semés de plumes de cygnes ;

Ses dames d’honneur pleurent derrière elle
Celle qu’on accuse de trahison,
Et la paille fraîche, sombre horizon,
Veut le sang de cette victime frêle

Comme un pré hagard la pesante pluie
Qui mouille le monde silencieux,
Larme qui tombe des immenses cieux
Et que la main du soleil essuie. 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 23 décembre 2016

Les princes de la Tour

les princes de la tour

Paul Delaroche, Les Enfants d'Édouard (1830)

Edouard, le jeune roi d’Angleterre, a douze ans,
Et son frère, le duc d’York, neuf. Fatal présent
Que fait le Destin aux hommes, qu’une couronne !
C’est leur oncle Richard qui, briguant le trône, 
Dans la tour de Londres les a emprisonnés
Pour les assassiner, et leur heure a sonné.

Tous les deux sont inquiets et doucement se serrent
L’un contre l’autre, et croient voir surgir des serres 
Des ténèbres qui les entourent et sous le lit ;
Richard de Shrewsbury plus qu’Edouard pâlit,
Etant le plus jeune et des deux le plus faible.
Son frère tremblant, en lui lisant la Bible,
Lui conte des fables pour tromper sa terreur.
Oubliant son crime, dans sa noire fureur
Croyant sans doute faire une bonne chose,
Leur oncle a laissé à ses deux neveux roses
Qui sont ses prisonniers, non la vie mais un chien.
« Ils ne s’ennuieront pas, a-t-il pensé, c’est bien. »
Et il les a jetés tous les deux dans l’ombre.
Les murs semblent habités par des spectres sombres
Qui errent sans répit, gémissants et hideux,
Et dansent, vêtus de blancs linceuls, autour d’eux.

Le chien fidèle tout à coup dresse l’oreille
Car il entend venir quelqu’un, et vermeille,
Une pâle lueur sous la porte reluit,
L’assassin vient et la ferme derrière lui. 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 13 décembre 2016

Le supplice de Prométhée

le supplice de prométhée

Pierre-Paul Rubens, Prométhée enchaîné (1612)

Prométhée, dont le Caucase est le fer,
Gémit impuissamment dans son enfer,
Captif sublime et éternelle proie
Du vaste aigle qui lui ronge le foie !

Pour avoir volé le feu olympien
Qui reluisait mais qui n’éclairait rien,
Et sauvé toute l’humanité sombre,
Il gémit maintenant dans les ombres
Torturé, oublié, brisé, mangé,
Immortel et son supplice inchangé
Depuis des siècles de douleur immense !
Penché sur son sein, l’aigle sans clémence,
Aux yeux une féroce lueur,
Lui fouille les entrailles, railleur,
Et semble y chercher quelque chose ;
Alors qu’il ne peut bouger, il pose
Ses griffes sanglantes sur le regard
Du supplicié fatigué et hagard
Enveloppé d’un vague crépuscule,
Et qui depuis mille ans attend Hercule. 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 27 novembre 2016

La Charité romaine

la charité romaine

Pierre Paul Rubens, Cimon et Péro (1612)

Condamné à mourir de faim et dans les fers,
Cimon gémit dans sa prison éternelle
Pour son crime châtié par des lois criminelles
Et implorant la Mort et les dieux de l’enfer !

Las d’attendre l’heure bienheureuse et fatale
Où il sera enfin mort, maudissant sa chair,
Affamé, assoiffé, il voudrait manger l’air
Et boire un peu d’ombre, blême comme Tantale !

Péro entre soudain, et le voyant gémit,
De laisser son pauvre père périr frémit,
Et songe à son devoir et à sa misère,

Puis lui donne son sein nu en lui disant : « Bois !
Père, ne rougissez point, car nul ne nous voit,
Pour vous sauver il faut que je sois votre mère. »

  
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 17 avril 2015

Conte: Du Vilain qui gagna le Paradis en plaidant

CONTE: du vilain qui gagna le paradis en plaidant

Un vilain mourut, qui était si misérable
Et inconnu, que dans les cieux vénérables
Ainsi que dans l’Enfer, nul ne fut averti
De sa mort, et ne prit sur son sort de parti.
Je ne sais, mes seigneurs, comment se fit cela,
Mais ce dont je suis sûr est que dans l’au-delà,
Au moment où du hère vint l’heure dernière,
Nul ange ni démon ne vint, de manière
Qu’il était tout seul et tout tremblant, et partit
Sans guide, inquiet et de son sort inaverti.
Il pensa – c’est une chose bien naturelle –
Qu’il valait mieux, même au prix de mille querelles,
Aller au Paradis que mériter l’enfer,
Et voulut que l’éden lui fût enfin souffert.
Mais notre vilain ne connaissait pas la route
Et il contemplait les chemins, empli de doute,
Quand il aperçut de loin l’archange Michel
Conduisant un élu au Séjour éternel.
Sa joie de voir le saint ange était bien forte,
Il le suivit, sans rien dire, jusqu’à la porte.
Saint Pierre ouvrit à l’ange et à son compagnon,
Et à notre vilain qui avait le guignon
Ici et dans l’au-delà, dit : « Plat-ventre,
Nul au saint Paradis sans permission n’entre,
Et les vilains comme toi y sont malvenus. »
Le paysan s’écria au vieil homme chenu :
« Vilain vous-même ! Vous ne devriez pas être
Ici, après avoir renié notre Maître
Trois fois, et vous osez chasser de cet endroit
De plus honnêtes gens que vous, qui y ont droit !
Voilà une conduite peu digne d’un apôtre !
Vous gardez l’éden, mais il n’est pas le vôtre,
Vous ne méritez pas, ma foi, d’en être chef,
Et je ne sais pourquoi Dieu vous confie ses clefs. »
Pierre de ce discours étrange eut grand honte,
Il ne répondit point et en fit le conte
A saint Thomas, qu’il vit, avec de grands soupirs.
« Comptez sur moi, je vais vous faire déguerpir,
Lui dit-il, ce manant qui vous embarrasse. »
Il alla parler au vilain avec grâce
Et il lui demanda toutefois de partir
Et quitter le séjour des bons et des martyrs.
« Eh ! repartit notre vilain, qu’est-ce que vous faites
Au Paradis ? C’est une erreur si vous y êtes,
Vous qui n’avez pas cru à la résurrection
Et qui avez même touché – quelle sombre action ! –
Le ressuscité du doigt pour daigner y croire !
D’entrer ici je ne tire nulle gloire
Puisque les mécréants y sont bien accueillis. »
Thomas, de ce flot de vérités assailli,
Baissa la tête, et il s’en alla, bien preste,
Honteux et tout confus, sans demander son reste.
Il parlait à saint Pierre du hère qui les lassait,
Quand saint Paul, venu là par hasard, qui passait,
Entendit leurs plaintes et leur dit avec moquerie :
« De ce vilain je vais punir la loufoquerie.
Vous ne parlez pas bien, et je fais le serment
De chasser ce manant qui vous semble alarmant. »
Il s’avance donc, fier, et prend le pauvre hère
Pour le chasser par le bras, sombre et sévère.
Le villageois lui dit : « Ces airs sont bien les tiens !
Parce que, persécuteur ou espion des chrétiens,
Tu as toujours été un tyran sans scrupules.
Et c’est moi que tu oses traiter comme crapule !
Dieu a dû bien peiner, chauve, à te corriger,
Et ta sombre conduite ne peut que l’affliger.
Frappe-moi, si tu l’oses, que rien ne te retienne !
Je ne suis point parent de ce bon saint Étienne
Et de ces honnêtes gens que tu as tués,
Mais je te connais bien, despote infatué. »
Saint Paul ne put rien dire au vilain plein de verve.
Il résolut d’aller se plaindre sans réserves
Au sujet du manant, au Père Éternel.
Pierre, le chef, parla à Dieu du criminel,
Demanda justice et déplora l’insolence
De ce vilain qui leur fit aux trois violence.
« Je vais lui parler moi-même », dit alors Dieu.
Il apparut au même instant, grand et radieux,
Au manant à qui il demanda sans colère 
Pourquoi il osa aux trois apôtres déplaire
Et devant la porte du Paradis se tient.
Le vilain, en voyant que le Seigneur lui vient,
Se met à genoux et lui dit : « Comme tous les hères,
Vous m’avez fait naître, Sire, dans la misère,
Je ne m’en plains pas ; mais je vous suis demeuré
Toujours fidèle, j’ai prié et j’ai pleuré,
J’ai cru à l’Évangile, et malgré ma peine,
Ma maison de pauvres a toujours été pleine,
Que j’ai nourris avec mon pain durement gagné.
Puisque venir à moi vous avez bien daigné,
A votre jugement je me soumets, mon Maître,
Et j’espère que vous allez me permettre
De séjourner ici, ô, clément Créateur !
C’est une chose que disait notre pasteur :
Celui qui naît et qui meurt bon, il mérite
Le Paradis, et que cela ne vous irrite :
En m’appelant vous m’y faites déjà entrer ;
M’y voilà, j’y reste et je vais m’opiniâtrer,
Car vous avez dit : il est entré qu’on l’y laisse.
Sire Dieu, vous êtes grand et sans faiblesses,
Et à votre parole vous ne pouvez manquer. »
« En effet, dit Dieu, tu l’as bien fait remarquer.
Va au Paradis, il sera ta récompense,
Et tu l’as gagné en plaidant ce que tu penses. »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène