Affichage des articles dont le libellé est mari. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est mari. Afficher tous les articles

mercredi 2 novembre 2016

La Douleur d'Andromaque

LA douleur d'andromaque

Jacques-Louis David, La Douleur et les Regrets d'Andromaque sur le corps d'Hector son mari (1783)

Andromaque, veuve au cœur déchiré
Que son fils Astyanax en vain console,
Pleure dans la nuit Hector adoré
Avant que le feu sacré ne l’immole.

Tué par le sombre Achille, humilié,
Tiré par un char, mordu par les bêtes
Et laissé comme un soldat oublié
Sur la grève, à la merci des tempêtes !

Lui, Hector, fils de Priam, général 
Des Troyens, et la fierté de Troie,
Victime de l’abîme vespéral 
Et des vils rongeurs la chétive proie ! 

Son front est pâle, malgré ses lauriers,
Et il a l’odeur de la pourriture,
C’est donc ainsi que meurent les guerriers,
Des vers et du feu la nourriture !

La veuve gémit et veut embrasser
Ce qui reste de son époux livide,
Mais dégoûtée, son grand cœur est glacé
Malgré elle, en contemplant ses yeux vides, 

Et au lieu d’embrasser l’illustre mort
Embrasse le vivant, son fils, amère,
Qui, ne comprenant rien au sombre sort,
Lui demande : « Pourquoi dort-il mère ? »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 21 avril 2015

Conte: Le Vilain devenu Médecin (Partie IV)

CONTE: LE VILAIN DEVENU MÉDECIN (PARTIE Iv)


IV. Les prouesses du vilain, qui réussit à guérir la princesse et quatre-vingts autres malades

La princesse vint, pâle et la bouche ouverte,
Et, sa douleur l’ayant rendu indiserte,
Montrant au vilain le siège de la douleur.
En voyant la beauté qui perdit ses couleurs
Et dont le visage perdit sa blancheur pure,
Il songeait comment opérer cette cure,
Car il voyait qu’il ne pouvait plus reculer
Ou pour qu’il se tirât d’affaire fabuler,
Et périr sous les coups ne le réjouissait guère.
« Le mal est dû à cette artère qui naguère,
Se disait-il, resta dans son royal gosier.
Si j’arrive à la faire rire et à l’extasier,
Peut-être l’artère maudite sortirait-elle
Et j’éviterais une punition mortelle. »
Le vilain demanda au roi qu’on allumât
Un grand feu dans la salle, et qu’on se résumât
A le laisser seul un moment et la patiente.
Tous se retirèrent. Presque inconsciente
A force de souffrir, le vilain fit asseoir
La princesse. De ses ongles crochus et noirs
Il se gratte avec des grimaces plaisantes
Et s’étrille la peau. La chose est amusante
Au point que la princesse, malgré sa douleur, part
D’un grand éclat de rire, et que de son rempart
L’artère sort et lui vole hors de la bouche.
Il la ramasse et vole aussi comme une mouche
Au roi à qui il dit : « La voici, majesté ! »
« Peu de temps vous êtes avec elle resté,
Mais vous l’avez guérie ! Vous me rendez la vie !
S’écria le monarque, car, ma fille ravie,
J’aurais perdu ce que j’avais de plus précieux.
Ah ! bénie soit ta science et bénis soient les cieux !
Je te donnerai des habits et des robes. »
Le vilain remercie, et pour qu’il se dérobe
Prétend avoir fort à faire et être pressé.
Le roi lui dit alors, par sa cour caressé,
De devenir son ami et son médecin fidèle.
« Ma bonne femme attend. Ayez pitié d’elle.
Je ne mérite point de tels honneurs, seigneur. »
A cette réponse l’on rossa le soigneur.
Convaincu par les coups : « Ah ! je vous l’accorde !
Cria-t-il. Majesté, faites miséricorde. »
Et il promit au roi de rester non seulement
Un jour, mais s’il le lui commande, éternellement.
On le régala, tout d’abord, aux cuisines,
Puis il fut conduit dans une chambre voisine,
Tondu et rasé, et prestement revêtu
D’une belle robe d’écarlate. Têtu,
Il pensait qu’il pourrait un jour prendre la belle
Et aux souhaits du roi était toujours rebelle.
Sa guérison avait fait cependant du bruit,
Et malgré lui il lui fallait cueillir ses fruits ;
Quatre-vingts malades de la ville arrivèrent
Au château du roi, qui d’être guéris rêvèrent
Et voulaient consulter le médecin prodigieux
Dont on parlait avec des propos élogieux.
Le roi le fit appeler et lui dit : « Maître,
De guérir ces gens-là vous devez me promettre. »
« Sire, répondit le vilain avec émoi,
Je ne le puis, sauf si Dieu s’en charge avec moi. »
Il fit alors venir les sergents à sa chambre,
Et le malheureux, qui tremblait de tous ses membres,
Promit de ne laisser nul malade partir.
Il pria donc le roi et sa cour de sortir,
Fit un feu d’enfer, et dit aux malades :
« Soigner autant de monde n’est point rigolade,
Je ne sais qu’un moyen afin de vous guérir :
Il faudra que l’un de vous consente à périr
Dans ce docte feu que vous voyez allumé.
Les autres avaleront les cendres du consumé
Et ils seront guéris. La chose est violente,
J’en conviens, mais elle ne sera point lente ;
Que le plus malade vienne ici sans tarder. »
Mais nul ne voulut à venir se hasarder
Et à dire que sa maladie était grave.
Le guérisseur dit à l’un d’eux : « Tu m’as l’air brave
Et tu me sembles aussi pâle comme la mort. »
« Je suis lâche, seigneur, et je fuis sans remords. »
Répondit le hère qui, comme les autres,
Se sauva promptement. Le roi les vit paraître,
Et ils lui disaient tous, du feu épouvanté,
Qu’ils étaient bien guéris et en bonne santé.
Enchanté, il rentra dans la vaste salle,
Et étonné de cette guérison colossale
Il demanda à son médecin comment il fit.
Le vilain qui souriait joyeusement lui dit
Qu’il possédait un charme aux vertus sans pareilles.
De remerciements le roi flatta ses oreilles,
Le combla de présents, le laissa retourner
Auprès de sa femme, bien las de séjourner
Contre son gré et loin des champs, dans sa demeure.
Il lui fit promettre de revenir à l’heure
Où il aurait besoin de lui, et le manant
Cessa de labourer, et, prodige étonnant,
De battre sa femme quand il devint prospère,
Qui l’aima et qui fit habiter son père
Avec eux, tous les jours enchanté de la voir,
Et rendit son mari médecin sans le savoir.

[FIN DU CONTE: LE VILAIN DEVENU MÉDECIN]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 20 avril 2015

Conte: Le Vilain devenu Médecin (Partie III)

CONTE: LE VILAIN DEVENU MÉDECIN (PARTIE IIi)


III. Comment le vilain fut obligé de guérir la fille du roi et de devenir médecin malgré lui

Les messagers chacun d’un bâton s’armèrent
Et allèrent au vilain que leur airs alarmèrent.
Ils le saluèrent de la part de leur roi
Et lui demandèrent de les suivre. L’effroi
Le gagna, et il leur demanda : « Pourquoi faire ? »
« Pour guérir la fille du roi et lui plaire,
Répondirent-ils. Pour vous chercher nous venons ;
Nous savons votre science ainsi que votre nom
Et que vous êtes un grand médecin illustre. »
Mais il leur répondit qu’il n’était qu’un rustre,
Que si le roi avait besoin d’un laboureur
Il l’aiderait, et qu’ils devaient faire une erreur,
Car il n’entendait rien, hélas, à la médecine.
« Je vois bien à quel point le bâton le fascine,
Dit à son camarade l’un des deux cavaliers,
Et nous allons bientôt lui être hospitaliers. »
Là-dessus tous les deux de cheval descendirent
Et battirent notre vilain avec tant d’ire
Qu’après quelques coups il finit par leur céder,
Car ils étaient plus forts, de peur de décéder.
Il leur demanda grâce, et finit par promettre
De les suivre ainsi que d’obéir à leur maître ;
On lui fit donc monter une de ses juments
Et le conduisit au roi au même moment.
Le monarque, inquiet pour la princesse chérie,
Et qui voulait à tout prix qu’elle fût guérie,
Etait bien content de revoir ses messagers
Qui lui dirent aussitôt que pour la soulager
Ils avaient fait venir un médecin plein de science,
Mais qui était étrange, et dont l’obédience
Ne serait assurée que s’il était rossé.
« Il sera alors, leur dit le roi, bien brossé !
Et puisqu’il aime le bâton, qu’on le bâtonne.
Ce que vous venez de me dire m’étonne
Et je n’ai jamais vu un médecin pareil.
On dirait un fermier, il n’a point l’appareil. »
Et le roi ordonna que l’on fît descendre
La princesse, sa fille, et que sans attendre
Il montra au vilain. « Je vous ai fait quérir,
Lui dit-il en l’appelant maître, pour la guérir.
C’est ma fille que j’aime depuis sa naissance,
Si vous la guérissez, ma reconnaissance
Vous sera éternelle, et je vais vous combler
De présents magnifiques. » Notre vilain, troublé,
Se jeta à genoux en criant : « Je laboure
Chaque jour mon champ, et mon bétail m’entoure ;
Je vous jure par tous les saints du paradis
Que je ne connais que le bœuf et le radis
Et que d’être médecin je ne suis point digne. »
Pour toute réponse, le roi fit un signe,
Et deux puissants sergents, fidèles à leur devoir,
Sur les épaules du vilain firent pleuvoir
Une grêle de coups. « Merci, seigneur, grâce !
S’écria-t-il, aucun mal ne m’embarrasse,
Je la guérirai, mon roi, je la guérirai,
Ou en essayant de le faire périrai. »

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 19 avril 2015

Conte: Le Vilain devenu Médecin (Partie II)

CONTE: LE VILAIN DEVENU MÉDECIN (PARTIE Ii)


II. La vengeance de la dame, rossée une deuxième fois par le vilain son mari

Le soir, le vilain dit à sa femme : « Le diable
M’a séduit, et ma faute est irrémédiable. »
Et il tenta par tous les moyens d’apaiser
Son épouse, à qui il donna de doux baisers,
Puis se jeta à ses pieds avec tant de flamme
Qu’elle l’excusa et ne lui fit aucun blâme.
Ils soupèrent ensemble, contents, sans se contrir.
Mais le vilain comptait encore la férir
Et voulait employer son stratagème encore.
Le lendemain, à son lever, dès l’aurore,
Il chercha querelle à sa femme, l’attrapa
Comme on fait aux fripons, de nouveau la frappa
Et comme la veille la quitta en larmes.
Tandis qu’elle pleurait et contait ses alarmes,
Elle vit arriver deux messagers du roi
Et qui étaient montés sur deux blancs palefrois.
Les deux la saluèrent au nom du monarque
Et de sa loyauté voulurent une marque
En lui demandant, sans vouloir la déranger,
Car ils avaient grand faim, un morceau à manger.
Elle leur apprêta, hospitalière hôtesse,
Ce qu’elle avait chez elle, malgré sa tristesse,
Et les pria de lui dire, dans le repas,
Où ils allaient et où les conduisaient leurs pas.
« Princesse Ade, la fille du roi, est débile,
Dirent-ils, nous cherchons un médecin habile
Qui puisse la guérir. Nous ne nous lasserons
Jamais de notre tâche, et même nous passerons
S’il faudra le faire, au pays d’Angleterre.
En mangeant du poisson, au gosier une artère
Lui est restée, et le roi est bien chagriné
De voir échouer tout ce qu’on a imaginé
Pour l’en délivrer. Son sombre et malheureux père
Qui de sa guérison maintenant désespère
Nous a dépêchés, las de la revoir souffrir,
Pour lui amener quelqu’un qui puisse la guérir.
La pauvre souffre et la nuit lui est effroyable,
Et ses douleurs deviennent, hélas, incroyables
Au point qu’elle ne peut ni manger, ni dormir. »
« La princesse cessera, mes seigneurs, de gémir,
Reprit la dame, grâce à la docte science
D’un médecin que je sais. » Avec impatience
Ils s’écrièrent tous deux : « Ciel ! se pourrait-il !
Dites-nous où se trouve ce médecin subtil ! »
« Sachez d’abord, seigneurs, repartit la dame,
Que ce médecin est un fantasque, d’où sa fame,
Et qu’il n’exercera point d’abord son talent ;
Je vous conseille de ne point être galants,
Pour en tirer parti il faut bien le battre. »
« Nous le ferons alors, et par Dieu le Maître,
S’écrièrent encore les loyaux messagers,
Nous le rosserons bien et sans le ménager.
Dites-nous seulement où cet homme demeure. »
Et nos deux messagers partirent tout à l’heure,
Dès que la dame, qui de lui peu s’amourait,
Leur enseigna le champ où son homme labourait.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 26 février 2014

Histoire du pêcheur (Partie VIII)

Histoire du pêcheur (partie VIII)
 
Poèmes de "la série Mille et une Nuits":
 
Le pernicieux vizir, voulant mettre un terme
A la vie du médecin, son rival, dit, ferme :
« Sire, un perroquet mort, ce n’est point important
Et son maître est resté en vie et bien portant.
Mais assurer la vie d’un roi est une étude
Où les soupçons passent pour des certitudes.
Il vaut mieux, majesté, perdre un innocent
Que sauver un coupable et assoiffé de sang.
Pour le bien du Royaume, châtiez ce misérable !
Mon avis n’est-il point pour vous honorable
Pour qu’il soit une preuve de sa culpabilité ?
Ne vous ai-je point servi avec fidélité,
Plus que ce perroquet n’en avait pour son maître ?
Hélas ! Je ne suis pour vous qu’un sombre traître,
Vous croyez que l’envie m’aveugle et me remplit,
Mais moi pour vos jours qui me sont chers je pâlis !
Le médecin Douban aux allures hautaines
Est un assassin ; c’est là une chose certaine
Et si grave que je n’oserais point vous mentir
Mais que vous n’arrivez pas, majesté, à sentir.
Par Dieu ! Pourquoi voudrais-je souiller un homme honnête
Et innocent, et lui faire couper la tête ?
Si je le fais, n’ayez pour moi aucune pitié,
Et que, comme ce vizir jadis, je sois châtié ! »
« De ce vizir contez-moi la sombre histoire,
Dit le roi. Son action doit être bien noire
Pour qu’il méritât son suprême châtiment. »
Le vizir répondit au roi bien promptement :
« En effet, majesté. Je vais vous apprendre
Son histoire, puisque vous voulez l’entendre.
Il était autrefois un roi comme vous grand
Qui avait un jeune fils ardent et adorant
Plus que toutes autres choses partir en chasse
Et son âme éprise n’en était jamais lasse.
Son père, qui voulait toujours le protéger
Et qui tremblait pour lui des plus menus dangers,
Ordonnait à son grand vizir de le suivre
Et ne le point quitter s’il tenait à vivre,
Ce que le bon vizir fit, fidèle comme un serf.
Un jour de chasse, les piqueurs lançant un cerf,
Le jeune prince se mit après la bête,
Agile et houleux comme la houleuse tempête
En croyant le vizir toujours derrière lui.
Il courut longtemps ; le soleil qui avait lui
Ne luisait plus, fermant son œil qui rayonne,
Le prince s’arrêta et, seul, ne vit personne.

[A SUIVRE]  
 

Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène