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mardi 4 mars 2014

Histoire du pêcheur (partie XIV)

Histoire du pêcheur (Partie xiV)

Poèmes de "la série Mille et une Nuits":
 
Du discours du pêcheur le génie amusé
Rit et répondit : « Je ne vais point t’abuser
Et j’ai jeté le vase pour rire de ta crainte.
Cette loi antique ne peut être enfreinte ;
Quand on fait un serment, il faut le respecter,
Et de ta bonne action tu vas te délecter.
Prends tes filets et me suis. » Non sans défiance,
Le pêcheur le suivit. Il eut plus d’assurance
Quand ils arrivèrent au bord d’un grand étang.
Le pêcheur l’observait, étonné et content,
Il était entouré de quatre collines
Qui, pareils à quatre géants, le dominent,
Et de poissons empli. « Jette tes filets, pêcheur,
Et prends-en » dit le djinn. Le bonhomme, rêveur,
Vit qu’ils étaient de quatre couleurs différentes,
Blancs, rouges, bleus et jaunes. Il le fit sans attente
Et comme il n’avait point vu de poissons pareils
Qui fussent aussi dorés que ceux-ci ou vermeils,
Il pensa en tirer une belle somme.
Le génie ordonna au joyeux bonhomme :
« Emporte ces poissons et va les présenter
A ton sultan dont l’or qui va te contenter
Te rendra riche tout le temps qu’il te reste à vivre.
Tu viendras tous les jours pêcher, mais tu dois suivre
Mon avis, ou alors il t’arrivera malheur :
Pour pêcher ces poissons de quatre rares couleurs,
Ne jette tes filets qu’une seule fois, prends-y garde
Et à les rejeter jamais ne te hasarde.
Fais ce que je te dis et tu en seras quiet. »
Le génie dit ces mots, frappa la terre du pied,
Et elle l’engloutit en s’ouvrant au moment même.
Résolu de suivre le conseil suprême
Du génie, le pêcheur se garda de rejeter
Ses filets, prit sa pêche et l’alla présenter
Au sultan qui vit ses poissons avec surprise
Et donna quatre cents pièces d’or pour sa prise
Au pêcheur qui faillit bien mourir de bonheur
Car il n’eut jamais droit à un pareil honneur
Et lui promit la même récompense fraîche
S’il lui rapportait, le lendemain, la même pêche. »

[A SUIVRE]

Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 3 mars 2014

Histoire du pêcheur (partie XIII)

Histoire du pêcheur (Partie xiII)

Poèmes de "la série Mille et une Nuits":
 
« Pêcheur, mon ami, dit le génie d’une voix douce,
De mes propos avec raison tu te courrouces,
Pardonne à ma colère, tant de siècles passés
Dans les ombres de ce vase et les flots glacés
Rendent le plus clément des hommes atrabilaire.
Tu méritais sans doute un meilleur salaire
Que les menaces faites car nul ne me sauvait,
Mais je sais que tu n’es point un homme mauvais
Et que tu ne feras pas cette action cruelle.
Dieu est tout-puissant, sa clémence est éternelle
Et il n’en prive point les pécheurs repentis.
Son prophète m’a puni mais n’a point consenti
A me tuer, alors qu’il eût pu le faire.
Libère-moi ; je fais le serment de te plaire
Et jure par le grand nom de Dieu qui m’enferma
Dans ce vase, de t’être très bon. Comme Imama
Traita Ateca d’une ténébreuse manière,
Ne me traite pas. » « Et que fit-elle à cette dernière ? »
Demanda le pêcheur avec curiosité.
« Libère-moi d’abord de la morosité
De ma noire prison, et n’aie aucun effroi.
Je ne puis rien conter dans un si morne endroit. »
Repartit le génie. « Non ! Tu n’es qu’un traître,
S’écria le pêcheur. Contre le divin Maître
Tu t’es révolté, m’en faisant le fier récit,
Et tu me trahirais, sans scrupules, moi aussi
Qui ne suis qu’un mortel et ne suis point prophète. 
Âme de ses immondes crimes satisfaite,
Prépare-toi à mourir. Je te rends à la mer. »
Le génie s’écria : « Libère-moi de mes fers
Et je promets, pêcheur, de te rendre riche
Jusqu’à la fin de tes jours éphémères, sans triche. »
Entendant ce discours, le pêcheur désarmé
Dit au génie, rêveur et encore alarmé :
« Génie, jure-moi que tu tiendras ta promesse
Par le grand nom de Dieu. Malgré ta hardiesse
Tu ne violeras point ce formidable serment. »
Le génie le fit, et du vase l’enfermant
Il fut libéré par le pêcheur cupide.
Recouvrant sa forme, il en sortit, rapide,
Et jeta le vase dans la mer d’un coup de pied.
Le malheureux pêcheur en devint très inquiet
Et implora l’esprit : « Souffrez que je vive !
Je vous ai fait jurer pour que rien ne m’arrive
Par le grand nom de Dieu et, Sire, en me courbant
Vous prie de me laisser vivre, comme Douban
Pria le roi, séduit par son vizir ignoble,
Car du sort que vous me réservez je tremble. » 

[A SUIVRE] 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène