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jeudi 23 mai 2019

Terre omnivore

terre omnivore

Gourmande et impitoyable,
La Terre mange nos morts,
Nos souvenirs, nos remords
Et nos cœurs inconsolables.

Nous sommes sa nourriture
Et nous sommes son festin,
À la table du Destin
Elle invite la Nature,

Les deux sinistres causeuses
Causent de leur noir repas :
« Est-ce un cœur ? Je n’aime pas. »
« J’enlève la moelle osseuse. »

« Donne un peu de cette haine. »
« Donne un peu de cet amour. »
« Vite ! mets cette âme au four. »
« Cette belle jambe est mienne ! »

Les animaux et les plantes
Sont leurs desserts favoris ;
L’une parle, l’autre rit,
Et rien ne les épouvante.

La Terre nous dévore,
Et comme nos corps ouverts
La bouche emplie de vers,
Se délecte encore

De son dîner terrible
Et pourtant spirituel,
Avec l’appétit cruel
Des rêveurs inextinguibles.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 22 mai 2019

Philosophie explicite

philosophie explicite

Que dit la fleur fragile au vent impitoyable ?
« Aie pitié de moi, je suis en train de mourir.
Je ne suis qu’une fleur petite et misérable,
Mes pétales s’envolent et tu me fais souffrir. »

Que murmure l’arbre chenu au jeune arbuste ?
Mes branches sont cassées, j’ai vécu, j’étais fort.
Aujourd’hui un oiseau me semble robuste
Quand il chante sur moi, fardeau pesant du sort. »

Que chante dans le ciel la vieille hirondelle ?
« Les saisons ont passé, je ne dis plus de vers.
La Nature a été pour moi bien cruelle ;
Je faisais le printemps et je ferai l’hiver. »

Que raconte la source aux larmes peu nombreuses ?
De tristes histoires sans début et sans fin,
Et qu’elle est comme une veuve ténébreuse
Qui pleuré toute sa vie, toujours en vain.

Car la Nature a des tristesses centenaires
Et son cœur est rempli des mêmes vieux chagrins,
Et rappelle aux hommes violents et sanguinaires
Que le temps courbe tout ce qui est fait d’airain.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 21 mai 2019

Le crâne de la sirène

le crâne de la sirène

Je nage souvent dans ma propre vie
Comme dans un ténébreux océan
Dont le fond est plein de débris géants,
De doux billets et de lettres suivies,

D’épaves de romans et de poèmes,
Restes se décomposant lentement
De mes fausses couches et avortements,
Créatures difformes que j’aime ;

D’épées cassées, de vieilles armures,
De boucliers où pousse le corail,
De factures et de contrats de bail
Et de statues périmées et impures.

Jusqu’au fond que le souvenir pollue            ,
En retenant mon souffle et en rêvant,
Dans ma propre vie je nage souvent.
Combien de choses écrites et lues !

Combien de choses qu’on distingue à peine !
Ma vie, c’est donc ce sale dépotoir
Où mes jouets d’enfants, que je peux voir,
Sont avec le crâne d’une sirène.

La vie est un océan où on passe,
Et nous sommes tous des nageurs amers !
Nos rêves sont morts au fond de la mer
Qui les jette partout et les casse.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 20 mai 2019

Ébène massif

Ébène massif

La mer est une immense tache d’encre
Tombée de la plume du sombre hiver
Et plus lourde que toutes les ancres
Rouillées par mille voyages divers.

C’est comme si toutes ses lourdes ondes
Étaient faites d’un sinistre métal,
Et comme la tempête elle gronde
En chantant un hymne aux marins fatal.

Rien ne peut arrêter sa course sombre ;
Bête fougueuse, elle a brisé ses fers,
Et n’est plus qu’une gigantesque ombre
Emportant les vaisseaux jusqu’à l’enfer !

Le ciel hurle et est aussi noir qu’elle
Bien qu’il ne fasse pas encore nuit,
Rempli d’une divinité cruelle,
Sourde aux prières, qui casse et poursuit ;

Il verse l’écume de sa colère
Dans les plaies de notre monde meurtri,
Et fait tomber sur la pauvre terre
Des malédictions ainsi que des cris !

Et tout cela n’a pas de cœur ni d’âme
Et comme un bois brûlé est sombre et dur,
Forgé dans l’impitoyable flamme
Et frappé par mille marteaux impurs.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 19 mai 2019

Le démon suave

le démon suave

Ses yeux luisent dans l’ombre
Comme deux radieux flambeaux,
Emplis de choses sombres,
Et aussi dangereux que beaux.

Sa voix douce m’empoisonne
Mais sans me faire mourir,
Limpide et sans consonnes,
Donnant envie de souffrir,

Son sourire dans mon être
Comme dans une maison,
Entre et devient le maître
De mon cœur et ma raison,

Sa chevelure noire
Est comme une nuit d’hiver,
Elle la porte avec gloire,
Remplie de parfums divers

Qui donnent le vertige !
Son corps blanc est vigoureux,
Son regard nous afflige
Et il nous rend amoureux.

Avec ses talons aiguilles
Elle marche sur nos cœurs,
Charmante et vilaine fille,
Démon sublime et vainqueur !


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

Nuisance sonore

nuisance sonore

Ô taisez-vous, mortels, et laissez-moi penser !
Avec vos faux accords vous tourmentez mon âme ;
Allez-vous-en avec vos enfants et vos femmes,
Je n’entends plus la voix de mon esprit lassé !

Je ne veux qu’un petit havre sans décibels
Que ne vient profaner aucune voile
Et où je demeurerai dans l’ombre des étoiles,
Loin du vain tumulte, dans le calme immortel !

J’entendrai ma voix et la voix de la mer ;
Rien d’autre ! seulement ma lyre et les ondes,
Et je mourrai un jour dans cette paix profonde,
Après avoir écrit, le soir, mon dernier vers.

J’irai vivre, sinon, au fond d’un vaste bois,
Seul comme un ermite, à mille lieues de la ville
Et aimant la douceur des choses tranquilles,
Bercé par les oiseaux et par ma propre voix.

Où trouver cet abri muet et silencieux
Et qui n’existe pas, hormis dans mes rêves ?
Les humains sont partout où le soleil se lève,
Même dans les déserts vastes comme les cieux !

Le monde est sans merci pour les divins rêveurs !
Car il est l’ennemi de la solitude
Et semble maudire nos sombres habitudes
Et nos noirs rituels qui aux hommes font peur.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 18 mai 2019

Les mannequins

les mannequins

Les Vénus modernes ! Contemple-les, mon cœur,
Ces mannequins, femmes en bois, maigres à faire peur,
Qui ont perdu du poids ainsi que le sourire
Et ressemblent toutes à des statues de cire !
Pour nous faire rêver elles passent en rêvant
Comme passerait autour de vous un peu de vent,
Elles sont si minces qu’elles vont disparaître,
Ces ombres vivantes et silhouettes d’êtres
Ephémères ainsi qu’une éphémère odeur !
Est-ce là la beauté ? Elle avait ses rondeurs,
Vénus, et n’était pas chétive et malade
En mangeant tous les jours deux feuilles de salade !
En mangeant l’ambroisie et buvant le nectar,
Elle en avait du ventre et le feu au regard !

Marchez donc fièrement, prestement, sans paresse,
Vous ne serez jamais pareilles aux déesses,
Vous êtes des spectres aux femmes ressemblant,
Vous portez vos robes comme des linceuls blancs !
Quel triste siècle que le nôtre, où on affame
Les esprits des hommes et les corps des femmes,
Où la beauté devient maladie et maigreur,
Invisible partout et emplie de fureur,
Se comptant désormais en vils kilogrammes,
Sans le poids du sourire et le poids de l’âme !


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

Ténèbres

ténèbres

La vie est un clin d’œil ancien
Du philosophe qui pense.
On ferme les yeux, puis plus rien
Hormis les ténèbres immenses.

La Mort est une sombre nuit
Où ne reluit aucune étoile,
Et qui partout va et nous suit
Comme le vent suit la voile,

La jeunesse, la joie, l’amour,
Dans le ciel changeant de la vie
Se lèvent, beaux comme le jour ;
Illusions, aurores ravies !

La Mort, comme un oiseau maudit
Ouvre ses deux ailes sombres,
Et tout ici-bas s’obscurcit,
Même le berceau sans ombres,

Même l’enfance, ce soleil
Qui brille de toute sa force,
Car dans la nuit tout est pareil :
Les dormeurs et ce qui les berce,

Le lit est comme le tombeau,
Le linceul est comme le lange,
Le hideux est semblable au beau,
Et les démons pareils aux anges.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 17 mai 2019

Ville fantôme

ville fantôme

La ville est grise comme un ciel d’hiver,
Il en tombe une mystérieuse pluie,
Une larme immense que rien n’essuie
Et qui ne rend pas le monde plus vert.

Le vent y chante de sinistres chants,
Un seul refrain orphelin et sombre,
On l’entend gémir tout seul dans l’ombre,
Fuyant toujours, et toujours se cachant ;

Les magasins sont ouverts ou fermés –
Qui sait ? Personne n’en pousse les portes.
Toute la ville est pensive et morte
Comme un être pétrifié et charmé,

Quelque chose roule les vieux journaux
Aux titres surannés et sévères
Et qui racontent l’année dernière
Avec ses événements infernaux,

Un seul vautour, décharné et chétif,
Passe parfois dans le ciel étrange
Sans trouver quelque chose qui se mange,
Prisonnier ailé, tremblant et craintif ;

Tout cela est muet et éternel
Et tel un malade respire à peine,
Même les formes ne sont plus humaines
Et fondent comme des statues de sel.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 16 mai 2019

L'arbre maudit

L'arbre maudit

Comme des feuilles que le vent emporte,
Nos vies tombent de l’arbre du Destin
Vieux et appesanti de choses mortes,
Aux branches décharnées, grave et hautain.

Cet arbre a la forme de nos squelettes
Et semble dire une insulte à genoux
Quand de maigres et féroces bêtes,
Le soir, errent autour de lui et de nous ;

Il dit dans l’ombre d’affreux blasphèmes
Quand la mort vient l’élaguer chaque nuit,
Et en levant au ciel sa tête blême
Crie : « Dieu ! t’amuses-tu de mes ennuis ?

As-tu ris assez ? De tes créatures
Las, tu as tout créé pour t’amuser,
Et moi je suis seul dans la nature,
Jeté là comme un vieux verre brisé !

Le corps humain, chose ridicule !
Mon tronc est plein de sang et endurci,
Et je suis seul dans ton crépuscule,
Dieu moqueur, invisible et sans merci ! »


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène