Poèmes publiés : 1239

vendredi 7 décembre 2018

Flottement

flottement

Maintes fois, il m’a semblé que j’erre
Dans le vieux sentier de mes propres jours,
Que ma vie est une mer étrangère
Qui me noie et m’emporte sans retour,

Que je marche dans un grand mirage,
Environné des sables du désert,
Après avoir perdu mon courage
Comme un sou neuf dans les dunes se perd !

J’ai vu les vagues lourdes, inclémentes,
S’ouvrir pour moi comme d’étranges fleurs
Dont le parfum m’enivre et me tourmente,

Et la mer, comme un linceul énorme,
S’appesantir sur ma pâle douleur
Et tomber de mes yeux comme une larme.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

jeudi 29 novembre 2018

Blanc et Noir

blanc et noir

Comme une limpide flamme
Et comme un monstre sacré,
Le Blanc me dévore l’âme,
Mets subtil et massacré,

Le Noir de ténèbres voile
Mon être vaincu et vain,
Comme la nuit une étoile
Qui reluit dès le matin,


Le Blanc, couleur altière,
Fait voler au firmament
Mon âme emplie de poussière,
Rêvant aux pays charmants,

Comme les Achéens Troie
Le Noir assiège le ciel
Et notre monde qu’il noie
Dans les tourments éternels,

Le Blanc, tout ce qu’on efface,
Le Noir, tout ce qu’on écrit,
Le Blanc, ce qu’il faut qu’on fasse,
Le Noir, somme de nos cris,

Le Noir est toute notre encre,
Le Blanc tout notre néant,
Le Noir la lourdeur de l’ancre
Et le Blanc le ciel géant !


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 28 novembre 2018

La mélodie des tempêtes

la mélodie des tempêtes

Je veux, pareil à un marin téméraire,
Par des vents propices ou des vents contraires,
Dociles, indomptés, chantants ou courroucés,
Vers d’autres rivages être toujours poussé !

Le cœur aussi léger qu’un pauvre brin d’herbe,
Je m’envolerai vers des continents superbes,
Et dans des firmaments aussi noirs que tes yeux,
Beauté venue pour moi d’un monde merveilleux ;
J’entendrai chanter, au-dessus de ma tête,
Leurs violons à la main, les bruyantes tempêtes
Et qui au firmament gronderont avec fureur,
Le cœur empli d’amour, et aussi de terreur,
Je sombrerai avec joie dans les abîmes,
Condamné à errer dans d’éternelles cimes
Et dans d’obscurs sentiers étroits tels des cercueils,
Où retentit sans fin la symphonie du deuil.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 26 novembre 2018

Paysages

paysages

Je tremble de cette mer sans clémence
Qui s’étend, infinie, devant mes yeux,
Comme le ciel au-dessus d’elle immense,
Cachant au fond d’elle un soleil radieux,

Cette montagne, si haute et si fière,
Et qui règne sur un peuple inconnu,
Me confond par sa majesté altière,
Pareille à un spectre à minuit venu,

Ces forêts qui donnent envie de se perdre,
Ces enchantements, ces vastes sentiers,
Ces dédales qui donnent des ordres
A la nature et au monde entier,

Tout cela me terrifie et m’emmène
A des pays que je ne connais pas,
Loin de toutes les contrées humaines,
A la beauté peut-être, ou au trépas,

Au paradis ou à la géhenne !
Tous les chemins, déserts ou parfumés,
Sont dangereux, toutes les routes vaines
Me conduisent loin de mes bien-aimés !

Ô paysages souriants et pleins de zèle,
Rivages infinis, noirs firmaments,
Ne me prenez pas, ce soir, sur votre aile,
Je frissonne de vos gouffres charmants !

Ne me montrez pas vos vastes dédales,
Vous êtes infinis à faire peur !
Je me perds dans vos étendues fatales,
Comme dans le ciel le parfum des fleurs.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 20 novembre 2018

La chambre des amours

la chambre des amours

Dans une chambre emplie de ton odeur
Dont la porte est éternellement close,
Avec quelques tableaux et quelques roses
Et bien plus de souvenirs que de fleurs,

Jusqu’à la folie et jusqu’à la mort,
Comme dans une prison parfumée,
Je veux demeurer, ô ma bien-aimée,
Et me délecter du moindre remords !

Dans cet antre profond et ténébreux,
Je veux, hirsute comme les bêtes,
A l’abri des violentes tempêtes,
Rester captif et rester amoureux !

Ton parfum enivrera mon esprit
Douce liqueur bienfaisante et rare,
Brouillard, il voilera tous les phares,
Comme voilerait les murmures un cri,

Et mes souvenirs, pareils à des linceuls,
Envelopperont toute mon âme,
Pour ne songer qu’à toi, radieuse femme,
Quand avec ton spectre je serai seul.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 14 novembre 2018

Départs

 départs

Par un matin triste et blême
Où rien ici-bas ne reluit,
Partir loin de ceux que l’on aime
Sans faire le moindre bruit,

S’en aller comme une furie,
Poussé par des vents violents,
Fort loin de nos têtes chéries,
A la fois preste et indolent,

Quitter notre toit qui soupire,
La chaleur d’un lit éploré,
Nos babioles, le sourire
De tous nos êtres adorés,

Errer dans un brouillard immense,
Marcher sans savoir où l’on va,
Braver cent mers sans clémence
Rêver comme Ulysse rêva,

Le cœur brisé comme du verre,
Suivre mille sombres sentiers,
Sentir s’appesantir la terre
Et abhorrer le monde entier,

S’évanouir dans l’infini vaste
Comme une fumée dans la nuit,
Sans qu’aucune flamme ne reste
Et nulle étincelle qui fuit !


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 10 novembre 2018

Le lit

 Le lit

Béni soit le lit, le seul refuge
Des fatigués et des désespérés,
Et l’arche qui sauve du Déluge
Nos voiles qui tout le jour ont erré !

Comme un tombeau bienfaisant, il accueille
Les corps las et les esprits terrassés,
Et les âmes que la douleur endeuille ;
Les dormeurs sont pareils aux trépassés !

Son linceul, comme une mer, nous couvre,
Et noie allégrement, sous ses grands flots,
Loin du rivage et loin du havre,
La frêle rivière de nos sanglots.

Si seulement nous pouvions dormir encore
Jusqu’à la fin de ce morne univers !
Chaque matin, chaque nuit, chaque aurore,
Nous nous réveillons, rongés par les vers,

Et nous secouons la lourde planche
De cet éphémère et profond cercueil,
En fuyant la lumière blanche
Du jour naissant, qui souille notre deuil.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 6 novembre 2018

Sous l'eau

sous l'eau

Souvent je sens que comme Moïse
Dans une mer immense, mais sans foi,
Je marche, et qu’elle se ferme sur moi,
Vieille porte éternelle et grise.

L’eau m’engloutit et efface mon être
Ecrit dans le grand livre du néant
En un seul mot illisible et géant
Et en éphémères et noires lettres !

Emporte-moi dans tes serres humides,
Ô mer ! Mon cœur sera d’extase empli,
Et je me perdrai dans tes vastes plis
Et sous ta couverture limpide

Aussi chaude qu’un beau cœur de femme
Gonflé de tendresse et gonflé de vers
Et qui sauve des affres de l’hiver,
Foyer qu’éclaire une éternelle flamme !

Jusqu’à la ceinture et jusqu’à la tête,
Mer, tu me couvriras de ta douce eau,
Et je me délecterai des assauts
De tes incommensurables tempêtes.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 31 octobre 2018

L'amour et la peur

l'amour et la peur

Avant que la nuit profonde
Comme le ciel et la mer
Ne ploie ses ailes sur le monde
Et sur tout ce qui nous est cher,

Sous de lourdes couvertures,
Par notre peur appesantis,
De maintes noires créatures
Comme quand nous étions petits,

Cachons-nous, ma beauté, dans l’ombre
De notre lit, tous les deux nus,
Ne formant qu’un seul corps sombre
Contre les dangers inconnus !

L’ogre gronde au loin, le vampire
Fait reluire toutes ses dents,
On voit les spectres sourire,
Et ils passent, voyeurs ardents ;

Jusqu’à ce que le jour se lève
Les fers de la peur et l’amour
Nous enchaîneront à notre rêve,
Captifs de l’onirique tour.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 30 octobre 2018

Ciel ocre

ciEl ocre

Le ciel, pareil à la terre,
Semble un peu de poussière
Ou un vieux vase cassé
Au fond duquel noir, lassé,
Le soleil reluit à peine.
La destinée humaine
Gémit dans ce manuscrit
Empli de mots et de cris !
Nul oiseau rebelle
Ne remue sa petite aile
Dans cet improbable azur,
Grand, ténébreux et impur,
Pareil à une plaie rouge.

Le vent lourdement bouge
Dans cette vaste prison,
L’imperturbable horizon,
Ce vieillard misérable
De sa bure vénérable
Vêtu, et marchant le soir
Dans d’infinis sentiers noirs.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène