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jeudi 9 mars 2017

Ophélie

ophélie

Eugène Delacroix, La mort d’Ophélie (v.1853) 

Avec la grâce d’une fleur coupée
Ophélie dans les flots éternels dort,
Aussi irréelle qu’une poupée,
Vague jouet de l’infertile Mort.

Elle n’espère rien, rien ne l’espère, 
Seule au monde, beauté au cœur blessé ;
Hamlet, son amant, a tué son père,
Haillon déchiré dans l’onde laissé, 

Le fleuve, dans sa course sereine,
Ce vigoureux athlète indifférent,
Emporte cette blanche sirène
Et va au néant en persévérant ;

Jadis, elle tressait des guirlandes 
D’orties, de pâquerettes et de fleurs,
Au bord de cette même humide lande
Qui semble aujourd’hui faite de ses pleurs !

Elle venait dans cette onde rapide
Tremper voluptueusement ses pieds blancs 
Qu’elle retirait de ce froid limpide
Qui rendait tout son corps soudain tremblant,

Et maintenant dans son tombeau humide,
Frêle branche cassée par tous les vents,
Portant sa robe comme une cnémide,
Elle dort, cachant ses seins et rêvant.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 30 octobre 2016

Le Crime d'Ugolin

Le crime d'ugolin

Eugène Delacroix, Ugolin et ses fils dans la tour (1860)

Ugolin et ses fils se meurent lentement 
Dans une sombre tour, emplie des chuchotements
Des spectres et des rats et des choses impures
Qui hantent éternellement leur prison obscure. 

Assoupis par la soif, endormis par la faim,
Victimes et bourreaux, leur supplice est sans fin,
Leurs nobles vêtements sont d’affreuses guenilles ;
Le tyran de Pise voit mourir sa famille
Et semble méditer quelque dessin puissant.
Dans une tour tout ce qui reste de son sang
Est répandu, auprès de lui, dans les ténèbres !
Trépasser âprement dans ces lieux funèbres
Comme un coupe-jarret, comme un obscur voleur !
Son fils aîné gémit et change de couleur,
Son fils cadet est mort, étant le plus faible,
Les deux autres se sont évanouis. L’œil trouble,  
Le cadet soupire : « Que ferons-nous, père ?
Nous allons tous mourir ici ! Je désespère
Car rien ici-bas ne viendra nous secourir.   
Etranglez-moi, père, je suis las de souffrir !
Ah, s’il faut trépasser, que ce soit par vos mains !
Nous, nous ne verrons pas le soleil de demain, 
Mais vous, vous avez plus de vie et de force,
Car nous nous sommes les feuilles et vous êtes l’écorce
De l’arbre de notre famille qui tombera.
Que faire ? Hélas ! mon cœur bientôt succombera ! »  

Calme et terrible, sans tristesse et sans colère, 
Ugolin lui répond : « Mon fils, mangeons ton frère. » 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 28 octobre 2016

Lady Macbeth Somnambule

lady macbeth somnambule

Eugène Delacroix, Lady Macbeth Somnambule (1850)

Lady Macbeth gémit, condamnée à l’errance,
Comme les aveugles et les spectres des morts,
Elle marche, le cœur déchiré de remords,
Et même son sommeil est une souffrance !

Reine tyrannique, maudite et criminelle,
Elle abhorre ses mains tachées de sang, et fuit,
Et cherche une source dans la profonde nuit
Pour les laver de leur souillure éternelle !

Son médecin tremblant et sa dame blême
Contemplent avec horreur leur reine sans diadème
Coiffée d’un voile blanc et qui semble mendier,

Et va, comme un vaisseau que la tempête opprime,
Dans l’ombre, l’œil hagard et l’esprit incendié
Par le souvenir brûlant de ses vastes crimes.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

jeudi 27 octobre 2016

Le Naufrage de Don Juan

Le naufrage de Don juan

Eugène Delacroix, Le Naufrage de Don Juan (1840) 

Don Juan et sa troupe désolée
Qui ont mangé leurs souliers et leur chien
Et bu dans l’océan de l’eau salée,
Fors la faim et la soif, ne sentent rien,

Horrible et toute-puissante brûlure
Qui pousse au massacre, à la damnation,
Remue le monde comme une chevelure
Et fait tuer les rois par les nations !

Leurs rations sont finies ; bientôt leurs heures !
Leur frêle barque s’affole et leurs esprits,
La mer de nul homme n’est la demeure 
Et de leurs horribles tourments sourit ! 

Comme pour les manger, les yeux rouges,
Ils mordent avec colère leurs bras nus ;
Rien autour d’eux, hormis le vent, ne bouge,
Et ils vont à un rivage inconnu !

Tout à coup un murmure de bête
Se répand parmi ces voyageurs fous 
Exaspérés par mille tempêtes :
« Tirons au sort pour manger l’un de nous ! »

Du sang chaud et de la chair vivante :
C’est tout ce qu’ils ont ! On tire les lots
Et chacun frémit avec épouvante
Et pense à se jeter dans les grands flots ;

Mais malgré leur peur qu’aucun mot ne nomme,
Tous ont juré de respecter la loi.
Leurs yeux se tournent soudain vers un homme,
On lui dit : « Pédrillo, ce sera toi ! »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 26 octobre 2016

La fureur de Médée

la fureur de médée

Eugène Delacroix, Médée ou Médée furieuse (1836-1838)

Médée, abandonnée et le cœur plein de rage,
Se souvenant comme d’un ténébreux outrage
Du nom de son Jason, une dague à la main,
Prête à tuer ses fils, prémices d’êtres humains,
Contemple le rivage avec des yeux sombres
Croyant voir le spectre de l’Argo, dans une ombre,
Quittant éternellement la Colchide qui dort
Avec Jason et la radieuse Toison d’or.
Tandis qu’elle maudit la volage monère,
La mer qui la porte et les dieux imaginaires,
Elle égorge ce qui reste de son amant :
Ses fils ! dont elle perce les petits cœurs charmants
Qui battent faiblement, comme de jeunes ailes !
Enivrée par son crime, elle frappe avec zèle ;
Les deux petits, avant leur horrible trépas,
La regardent doucement et ne comprennent pas, 
Et semblent lui dire : « Nous dormons soudain, mère. »
Les yeux radieux comme ceux de la chimère,
Elle frappe encore à en perdre la raison
Par le forfait châtiant la noire trahison .

Répudiée, elle, la puissante magicienne,
Elle qui asservit les forces anciennes,
Dont le nom illustre fait trembler les enfers !
La royale Médée comme une esclave aux fers
Traitée par son bourreau, son amant, son maître !
Ses mains, souillées du sang de ces débuts d’êtres,
Tremblent, et on voit dans ses yeux noirs comme la nuit
Quelque chose de vague et d’étrange qui luit.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 25 octobre 2016

Faust et Méphistophélès

faust et méphistophélès

Eugène Delacroix, Méphistophélès apparaissant à Faust (1827)

Faust, torturé comme le fut Tantale,
Alchimiste hagard et tourmenté
Et las de ses chimère fatales,
Gémit et soupire, désenchanté,

Dans son ténébreux laboratoire
Qu’emplissent les crânes et les manuscrits,
Les fioles et les livres d’histoire,
Les potions, les sourires des esprits

Et mille odeurs étranges et enivrantes
D’invisibles et de vespérales fleurs,
Légères comme des âmes errantes
Qui hurlent leur éternelle douleur !

Le savant crie tout à coup dans l’ombre :
« Méphistophélès, prince de l’enfer ! 
Je suis fatigué de ce monde sombre,
Viens, dieu ténébreux, et brise mes fers ! 

Apparais ! dans la noire solitude,
Las de l’ignorance de mon savoir,
Je gémis, accablé par les études ! 
Apparais, ô démon, je veux te voir ! »

Méphistophélès vient. Son sourire
Est étrange, et il contemple en rêvant   
Faust, comme une femme qu’on veut séduire,
Et lui dit : « Je veux ton âme, savant. »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 24 octobre 2016

Le poète à l’hôpital des fous

le poète à l'hôpital des fous

Eugène Delacroix, Le Tasse à l’Hôpital Sainte-Anne de Ferrare (1839)

Le poète, oublié dans sa prison sombre,
Et raillé par les fous comme par le destin,
Gémit, appesanti par les fers de l’ombre
Qui dévore son cœur comme un vivant festin ;

A ses pieds, déchirés comme par des serres,
Ses manuscrits jetés, toujours recommencés,
Pareils aux cadavres dans lesquels le ver erre,
Sont les épais linceuls du génie offensé !

Et il songe, vaincu, triste et ridicule,
A ses jours de gloire, éphémères mais beaux,
Dans cette chambre emplie d’un vague crépuscule

Qui l’éclaire comme un invisible flambeau,
L’esprit comme le corps couvert de mille haillons,
Cherchant on ne sait où d’impossibles rayons.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 23 octobre 2016

Jeune orpheline au cimetière

jeune orpheline au cimetière

Eugène Delacroix, Jeune orpheline au cimetière (1824)

La jeune femme hagarde
Qu’opprime un vague souvenir,
Songe doucement et regarde
Le jour bleu qui va finir.

Dans ce vaste cimetière,
Fleur au milieu des tombeaux,
Tragique et un peu altière,
Ses yeux profonds sont si beaux !

Et pourtant tout lui rappelle
Qu’un beau front ne sauve pas
De la caresse cruelle
De l’invincible Trépas,

Que le gouffre est plus immense
Que toute l’humanité,
Que le Temps est sans clémence
Et raille nos vanités !

Point de père, point de mère !
Un jour, elle ira comme eux
Pourrir, malgré ses chimères,
Au trou profond et fumeux

Empli de vermine impure !
Elle songe au cruel sort,
Et voit, pleine de souillures, 
Passer l’aile de la Mort.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 22 octobre 2016

La Mort de Sardanapale

la mort de sardanapale

Eugène Delacroix, La Mort de Sardanapale (1827)

« Je vais bientôt mourir ; que tout meure! 
Mes chevaux et les murs de mon palais,
Ma ville, mes femmes et mes valets,
Ordonne Sardanapale, à cette heure !

Tuez tout ! que rien après moi ne vive !
Que tout devienne un immense tombeau !
Eteignez le soleil et les flambeaux,
Que la vie dans les ténèbres me suive ! »

Et grave, il contemple, sur sa couche,
Le massacre colossal, sans remords, 
Faisant tout mourir pour braver la Mort,
Son œil noir empli de choses farouches !

Au cœur une fureur orientale,
Il entend tout crier et tout gémir,
Et il attend lui-même sans frémir
Venir lentement son heure fatale ;

La fumée qui monte et le sang qui coule
Bercent doucement son horrible cœur,
Il est vaincu ; il est aussi vainqueur !
Sa ville gronde comme la houle

Devenue soudain un bûcher énorme !
« L’ennemi ne trouvera qu’un désert ,
Pense le roi content, la Mort me sert,
Le Trépas est mon bouffon difforme. »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 21 octobre 2016

Dante et Virgile aux enfers

dante et virgile aux enfers

Eugène Delacroix, La Barque de Dante ou Dante et Virgile aux enfers (1822)

Tandis que Phlégias, d’une main sûre,
Gouverne sa barque et les sombres flots
Qui font entendre leurs rauques sanglots,
Les morts l’accablent de leurs morsures ;

Comme une meute terrible et nombreuse,
Bêtes fauves dont le cœur est amer,
L’écume aux lèvres comme dans la mer,
Ils hurlent dans les ondes ténébreuses,

Se battent, se mordent et se déchirent,
Répandant partout leurs sanglants lambeaux,
Leurs yeux reluisent comme des flambeaux
Et les néants profonds les attirent !

Virgile, résigné et tragique,
Appesanti d’inutiles lauriers,
Contemple ces inlassables guerriers,
Triste et le cœur vaguement nostalgique,

Dante lève sans but sa main tremblante,
Comme un invisible bouclier,
Et il voudrait soudain oublier 
Ces choses féroces et nonchalantes !

Le firmament qu’éclaire un incendie,
Le feu qui embrase les criminels,
Aussi sombre que le Styx éternel
Et putride comme une maladie,

S’étend, lourd et incommensurable,
Empli lui aussi de flots paresseux,
Du monde qui gémit vêtement crasseux,
Haillon de l’univers misérable.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

jeudi 20 octobre 2016

Le crâne de Yorick

LE crâne de Yorick 

Eugène Delacroix, Hamlet et Horatio au cimetière, (1839)

Deux rustres armés de leurs pelles
Creusent une fosse en chantonnant,
Sans que le mort ne leur rappelle
Leur destin, jurant et tonnant,

L’un d’eux tend à Hamlet le crâne
Du squelette décapité :
« Parbleu ! on dirait un âne ! »
S’écrie avec hilarité 

Le maroufle philosophe ;
« C’est Yorick, dit l’autre, un bouffon !
Ce n’est pas une catastrophe, 
Il est roide comme un chiffon ! 

Enragé farceur ! sur la tête,
Il m’a versé, un jour, du vin !
La peste emporte cette bête !  
Maintenant il farcera en vain ! »

Hamlet, lui, devient livide,
Et songe à son ami rieur
En jetant le crâne vide
Gardant le sourire railleur

De la Mort qui erre et fauche 
Les rois comme les amuseurs
De ce même geste gauche
De ces deux stupides creuseurs !


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène