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L'enterrement d'atala
Anne-Louis Girodet, Atala au tombeau (1808)
Avant que la terre ne la cache à ses yeux,
Entendant du tombeau grincer la sombre porte,
Comme pour empêcher de mourir cette morte,
Chactas enlace son Atala, triste et pieux.
Son corps blanc et chéri bientôt dans ce trou noir
Sera oublié, et la vermine obscure
Rongera sa beauté virginale et pure
Que dans ce monde hagard il ne pourra plus voir !
Baissant sa tête austère et le cœur attendri,
L’auguste père Aubry contemple la défunte
Avant que le tombeau à la rude étreinte
N’écrase son sein frêle et par ses coups meurtri ;
Une larme, sur sa barbe et sur ses cheveux,
Comme la rosée du matin d’un pétale,
Descend sur Atala que la terre fatale
Désire, et que le gouffre éternel maintenant veut !
Et le pauvre Chactas, que la douleur terrasse,
Entoure ses pieds froids de ses puissantes mains
Et dit au père Aubry : « Enterrons-la demain !
Avant l’abîme il faut que moi je l’embrasse. »
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2209.
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mardi 29 novembre 2016
L'enterrement d'Atala
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Mohamed Yosri Ben Hemdène
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lundi 24 octobre 2016
Le poète à l’hôpital des fous
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le poète à l'hôpital des fous
Eugène Delacroix, Le Tasse à l’Hôpital Sainte-Anne de Ferrare (1839)
Le poète, oublié dans sa prison sombre,
Et raillé par les fous comme par le destin,
Gémit, appesanti par les fers de l’ombre
Qui dévore son cœur comme un vivant festin ;
A ses pieds, déchirés comme par des serres,
Ses manuscrits jetés, toujours recommencés,
Pareils aux cadavres dans lesquels le ver erre,
Sont les épais linceuls du génie offensé !
Et il songe, vaincu, triste et ridicule,
A ses jours de gloire, éphémères mais beaux,
Dans cette chambre emplie d’un vague crépuscule
Qui l’éclaire comme un invisible flambeau,
L’esprit comme le corps couvert de mille haillons,
Cherchant on ne sait où d’impossibles rayons.
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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mercredi 1 juillet 2015
Conte: La soupe aux pierres (Partie VI)
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CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES (PARTIE Vi)
VI. Ce que le Seigneur fit pour se venger de Marie,
et comment sa sœur Anne lui fut charitable malgré ses mauvaises actions
Le Seigneur s’en alla, en manant
déguisé,
Châtier la sombre sœur dont il fut
méprisé
Qu’il frappa de mille terribles désastres
Pour punir son orgueil haut comme les
astres.
Anne pleurait, le cœur plein de douce
bonté,
Mais de Dieu ne pouvait changer la
volonté.
On criait au secours, de grands cris
résonnaient,
Pour annoncer le feu les cloches qui
sonnaient
Rendaient des bruits affreux ; la
flamme grandissait
Qu’on ne pouvait éteindre, et on la
maudissait.
Tous les braves efforts étaient
inutiles,
Et on vit tout à coup, éphémère et
futile,
La maison de Marie s’écrouler
maussadement
Comme un fauve blessé poussant un
grondement.
La vengeance de Dieu accomplie, à Marie
Quand s’éteignit enfin cette flamme en
furie,
Il ne restait plus rien, ni chevaux, ni
moutons,
Ni bœufs, et ses enfants bien nourris et
gloutons
Devinrent tout à coup les plus pauvres
hères,
Et tous réduits à la plus grande misère,
Personne ne voulut chez soi les
recevoir,
Les aider ou faire son chrétien devoir
Car personne n’aimait la mère sans
doute.
En montrant ses mains vides elle errait
sur les routes
Et disait à tous : « S’il
vous plaît, la charité ! »
Mais on la punissait avec sévérité
Et l’ignorait pour sa méchanceté passée.
Triste cependant et de la marche lassée,
Elle arriva un jour au foyer de sa sœur
Et l’implora avec contrition et douceur :
« Anne, ma bonne sœur ! Je n’ai
plus de demeure
Et mes pauvres enfants affamés se
meurent.
Au nom du Tout-Puissant, daigne me pardonner
Et un morceau de pain seulement me
donner. »
« Sans doute, ma chère, dit la
douce Anne, entre. »
Pour guérir la faim qui lui tordait le
ventre,
Anne lui donna, sans songer à la
châtier,
De la viande, du vin et un pain tout
entier.
« Mange, mange, Marie, ma sœur, lui
disait-elle.
Où sont donc tes enfants ? » « Hélas !
La faim mortelle,
Lui répondit Marie, les a tous emportés. »
« Pauvre sœur ! Mais est-ce la
faim ou la fierté
Qui t’a poussée à me mentir de la sorte ? »
« J’ai été méchante et t’ai fermé
ma porte
Et j’ai voulu, ma sœur, te faire ainsi
pitié,
Car je craignais de toi la même
inimitié. »
« De cette ruse tu n’as point
besoin ; reste,
Tu oublieras ici tes anciens jours
funestes,
Et puisque je suis riche t’invite à
demeurer. »
Pour la première fois Anne la vit pleurer,
Elle accepta son offre et resta chez
elle
Et s’occupa de ses enfants avec zèle,
Comme s’ils étaient les siens, les
aimant doucement
Jusqu’à sa mort qui vint, à son
vieillissement,
Frapper à la porte et courtoisement
attendre
Et sourire aux deux sœurs d’une manière
tendre.
[FIN DU CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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mardi 30 juin 2015
Conte: La soupe aux pierres (Partie V)
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CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES (PARTIE V)
V. Comment le mendiant vint en aide à Anne et ses
enfants, et qui il était en vérité
Quand le mendiant ôta le couvercle
pesant
Il s’écria : « Oh !
La belle viande ! » en disant
A Anne qu’elle allait pour deux jours
suffire.
Il en prit trois morceaux qu’avec un
doux sourire
Il montra aux enfants qui demandaient,
contents :
« La viande est-elle cuite ? On
l’attendit longtemps ! »
Le mendiant répondit : « Oui,
elle est bien cuite.
Anne, apportez-moi pain et vin tout de
suite. »
Encore étonnée de ce prodige produit,
Anne obéit, et à la cave du réduit
Qu’elle croyait et qui était pourtant
vide
Et comme le front d’un trépassé livide,
Trouva dans l’armoire du beau pain
succulent
Ainsi que trois tonneaux pleins d’un vin
excellent.
« Alors, vous n’avez rien, Anne, ma
chère hôtesse ? »
Dit le voyageur en joie changeant sa tristesse,
Et Anne n’en pouvait croire ses yeux
éblouis
Et contemplait le pauvre hère en
tremblant de lui.
On mangea et on but gaîment et comme
quatre.
Vers la fin le mendiant, assis devant l’âtre,
Voulut du fromage comme dernier régal.
Anne en trouva, frais, un délice sans
égal,
Ainsi que du cochon et mille autre
vivres.
La mère et ses enfants de joie étaient
ivres :
« Quel bonheur ! Regardez
toutes ces provisions ! »
« Je vois que vous m’avez tourné en
dérision,
Dit le mendiant, et vous avez menti,
Anne. »
« Je vous jure par Dieu que toute cette
manne
N’existait pas avant, et ces douces
saveurs
Sont un miracle qu’il fit en notre
faveur.
Je n’aurais refusé à nulle créature
De l’eau, du repos et de la nourriture,
Si je l’avais su, et je loue notre
Seigneur
Qui est de tous les maux le plus adroit
soigneur. »
Le mendiant reprit : « Oui,
j’ai fait ce miracle
Car aux bons je suis bon, tel est mon
oracle.
Je t’ai sauvée et tes pauvres fils de la
mort,
Mais ta sœur, qui porte mal son nom, de
remords
Aura le cœur plein, car elle est bien
méchante,
Et il faut que je la châtie et
épouvante. »
« Seigneur, dit la bonne Anne en
tremblant, à genoux,
Soyez béni d’avoir eu pitié de nous !
Mais ne faites point de mal à ma sœur
pécheresse,
Je lui pardonne et ne suis point
vengeresse. »
« Je vais récompenser encore ton
bon cœur
Qui est pur, généreux, pieux et sans rancœur :
Vos provisions seront, je le veux,
éternelles.
Mais je vais humilier ta sœur criminelle
En brûlant ces moissons ainsi que sa
maison
Et tuant ses troupeaux qui mourront sans
raison
Autre que son cœur noir et qui te
déteste.
Adieu ; sois bénie, Anne, et comme
tu es reste. »
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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lundi 29 juin 2015
Conte: La soupe aux pierres (Partie IV)
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CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES (PARTIE Iv)
IV. L’arrivée d’un étrange mendiant, ce qu’il
demanda à Anne et ce qu’elle lui répondit
A cette heure tardive et sombre : « Pan !
Pan ! Pan ! »
On entendit quelqu’un à la porte
frappant.
« Qui est là ? » demanda
la malheureuse Anne.
« Un hère, répondit une voix
paysanne,
Qui vient vous demander votre
hospitalité. »
« Ah ! ce ne vous sera d’aucune
utilité.
Je suis bien plus pauvre que vous, mon
bon hère,
Et je vous jure par Dieu que je vénère
Que je n’ai rien du tout, hélas ! à
vous offrir. »
« Je ne vous ferai point, madame,
bien souffrir.
Dans un coin de votre zidra – ou chaumière
–
Je n’attends qu’un peu de chaleur et de
lumière
Car depuis le matin je suis las de
marcher
Et de je-ne-sais-quoi éternellement
chercher. »
« Laisse-le entrer, nous t’en
faisons la prière !
Nous mangerons bientôt de la viande. »,
s’écrièrent
Les enfants. Anne ouvrit la porte, et le
mendiant
Alla se réchauffer auprès du feu
brillant.
Ensuite il demanda, bercé par la flamme :
« Avez-vous un peu de pain pour
moi, madame ? »
« Je vous l’ai dit, hélas ! je
ne possède rien. »
« Anne, vous êtes avare, et cela n’est
pas bien
De ne pas être à son prochain
charitable,
Dit le manant d’une voix redoutable,
Votre armoire est pleine de pain blanc
délicieux,
Et vous m’en refusez un morceau, par les
cieux ! »
« Je n’ai rien de tel, bon sire,
dans mon armoire,
Vous ne trouverez chez moi que de l’eau
à boire. »
« Eh bien ! repartit-il alors,
va pour le pain.
Avez-vous de la viande, ou vous
prierai-je en vain ? »
« Je n’en ai pas. » « Anne,
vous êtes malveillante !
Qu’y a-t-il donc dans cette marmite
bouillante ? »
« Rien, soupira Anne, que l’on
puisse manger.
Toute l’eau qui y bout ne pourra point
changer
Les trois pierres que j’y ai plongées en
viande
Pour faire patienter les bouches
friandes
De mes fils. » Ces derniers furent
d’abord surpris
D’entendre leur mère, puis poussèrent
des cris
Et sanglotèrent plus fort à cette
nouvelle.
L’impitoyable mendiant dit : « Je
vous révèle
Que vous êtes méchante de faire ainsi
souffrir
Vos fils, Anne. » « Hélas !
moi et eux allons mourir !
Nul humain ne viendra, même pour nous
plaindre,
Et rien, hormis ces murs, ne nous entend
geindre,
S’écria-t-elle ; que faire ? Ô
Dieu ! Que devenir ?
Allez-vous nous maudire tous ou tous
nous bénir ? »
Le mendiant reprit : « Je
veux seulement boire
Avant de partir, pour votre plus grande
gloire,
Caché dans la cave, un peu de votre bon
vin. »
« Vous le demanderiez éternellement
en vain.
Monsieur, vous vous trompez de maison
sans doute ;
Je ne possède rien, allez votre route,
Et si Dieu le veut, vous trouverez votre
bonheur. »
« Dieu bénit les bons et il bénit
les donneurs ;
Soyez charitable, Anne, et à son image !
Vous avez du jambon et aussi du fromage,
Ainsi que du broccio, et je veux en
goûter. »
« Mais je n’en ai point et vous
prie de m’écouter... »
« Anne ! Anne !
Interrompit le mendiant étrange,
Je vois bien que venir ici vous dérange,
Mais n’affamez point vos enfants ! » « Je
les chéris
Et je les ai nourris quand leur père a
péri,
Je les aime plus que ma vie affreuse et
noire ;
Voyez dans la marmite, faute de me
croire. »
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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samedi 27 juin 2015
Conte: La soupe aux pierres (Partie III)
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CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES (PARTIE IiI)
III. La solution que trouva Anne pour faire
patienter ses malheureux enfants
Le cœur d’Anne était plein d’une douleur
mortelle.
« Que vais-je à mes petits donner ?
se disait-elle ;
A l’heure qu’il est, ils m’attendent
pâlement,
Les pauvres ! Ah, Seigneur ! S’ils
pouvaient seulement
Patienter jusqu’à ce que le matin
reluise,
Que je trouve quoi faire ! Mais la
faim les épuise,
Je leur ai promis la soupe et ils sont
soupiers. »
Elle eut tout à coup une idée ;
dans du papier
Elle enveloppa trois belles pierres
polies
Sans qu’on la vît faire cette étrange
folie.
A la maison toute joyeuse elle semblait
Alors que du destin son triste cœur
tremblait.
« François, as-tu cherché de l’eau ? »
« Oui, ma mère,
Répondit le petit d’une voix amère.
As-tu de la viande ? » « Oui,
j’en ai apporté.
Jean, à trouver du bon bois je t’ai
exhorté,
En as-tu trouvé ? » « Oui,
mère. Mais la viande –
J’ai trop faim, pour cela je te le
demande –
A cuire va-t-elle demeurer trop
longtemps ? »
« Non, répondit Anne, jouez, soyez
contents,
Je vous appellerai quand elle sera
cuite. »
Les enfants, tout joyeux, s’en allèrent
de suite
En rêvant de manger et terrasser enfin
Cette ténébreuse et insupportable faim.
Dès qu’ils sortirent, Anne, sans fermer
sa paupière,
Mit au feu la marmite et y mit les trois
pierres.
Quelque temps après, les enfants
rentrèrent, las.
« La viande est-elle cuite ? »
« Non, pas encore. » « Hélas !
Nous avons grand faim ! Pour qu’elle
soit tendre
Combien de temps allons-nous, maman,
attendre ? »
« Peu de temps. Jouez, en
attendant, mes chéris. »
Les pauvres, comme s’ils avaient déjà
péri,
Pour jouer, cependant, n’avaient plus de
force,
Alors qu’ils étaient vifs, ces fiers
enfants de Corse.
N’en pouvant plus, l’aîné s’écria : « Ah !
maman !
Tu nous fais attendre, et en nous
affamant
Tu nous promets un bon repas qui nous
tarde.
La viande cuit-elle toujours, mère ?
Regarde
Pour voir si tu n’as point fait d’erreur. » « Sur
ce feu,
Elle sera bientôt prête. Attendez un
peu. »
Et Anne soupirait de son sombre
mensonge.
Ses misérables fils que la famine ronge
Attendirent longtemps ; Anne
ajoutait de l’eau,
Et ils éclatèrent bruyamment en sanglots
Quand elle leur dit qu’elle n’était
point cuite encore
Alors qu’on était à une heure de l’aurore.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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vendredi 26 juin 2015
Conte: La soupe aux pierres (Partie II)
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CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES (PARTIE Ii)
II. La cruauté de Marie, qui ne voulut pas être
charitable à sa malheureuse sœur
La malheureuse Anne vit ses petits
souffrir
Et comme ses neveux se faner et maigrir.
La méchante Marie, elle, était contente,
Et au lieu d’assister sa sœur,
exultante,
Qui l’implorait pour ses pauvres petits
en vain,
Elle diminuait son minuscule pain
Qui se rétrécissait comme leurs jeunes
vies
Qui par la faim allaient être bientôt
ravies.
Elle vit qu’il ne lui restait plus rien,
un soir.
Pour pleurer elle alla auprès du feu s’asseoir,
Et elle implorait Dieu, le cœur plein d’alarmes.
Quand ses fils qui l’aimaient virent
couler ses larmes,
Ils s’inquiétèrent pour elle et aussi
pour eux,
Et elle vit venir ces anges malheureux
Qui lui demandèrent : « Qu’est-ce
qu’il y a, mère ? »
Elle baissa sans rien dire sa tête
amère.
L’aîné la crut malade et se tut
noblement,
Mais la faim l’emportant, il lui dit
faiblement :
« J’ai faim, mère, j’ai faim. »
avec insistance.
Pour qu’il ne souffrît pas tenu à
distance,
Le cadet, affamé, s’approcha peu à peu
Et vint s’asseoir avec sa mère auprès du
feu
Et en l’embrassant il lui dit avec
tristesse :
« Ma bonne mère, j’ai faim ! »
Avec vitesse
Les autres se mirent à se plaindre et à
pleurer
En voyant leur mère muette demeurer.
Mais elle n’était point dure et
inexorable ;
Comme réveillée d’un sommeil, la
misérable
S’écria : « Mes enfants
chéris ! Pourquoi ces pleurs ? »
« Mère, nous avons faim ! »
crièrent avec douleur
Les pauvres petits et que la faim
torture.
« Nous avons de l’argent et de la
nourriture.
Nous ferons une soupe qui nous régalera
Et en saveur celle du roi égalera.
François, cherche un peu d’eau dans
notre marmite ;
Jean, du bois qui n’est pas rongé par
les termites
Pour allumer un feu. Jouez aux
alentours,
Les autres, et attendez quelque temps
mon retour,
Je vais acheter de la viande bientôt
cuite
Et je reviens manger avec vous tout de
suite. »
La pauvre Anne en courant sortit de sa
maison,
Les pieds nus, sur le point de perdre la
raison.
Elle alla attendrir sa sœur : « Tant
que je lave
Mes mains, mes fils ont faim. Fais de
moi ton esclave
Si tu veux, mais au nom du Seigneur
tout-puissant,
Sauve mes chers enfants, tes neveux et
ton sang !
De me donner un peu de pain je t’implore. »
Mais Marie répondit : « Que
me veux-tu encore ?
On doit gagner son pain au lieu de le
mendier. »
« Quoi, ma sœur ? De chez toi
tu me vas congédier
Alors que mes enfants mourront si tu
refuses !
Je viens te supplier, bien que j’en sois
confuse,
De sauver tes neveux qui vont bientôt
mourir
Et même pour jouer ne pourront plus
courir.
Ô, Marie, ma bonne sœur ! Sois-nous
charitable ! »
« Ce n’est point mon affaire. Va
seule emplir ta table.
Tu ne travailles plus depuis ce jour
chez moi. »
Et Anne revint chez elle, pleine d’émoi.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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jeudi 25 juin 2015
Conte: La soupe aux pierres (Partie I)
CONTE: la soupe aux pierres (PARTIE I)
I. Ce que fit la méchante Marie quand elle découvrit
comment sa pauvre sœur Anne nourrissait ses enfants
Notes lexicales:
-Coppula: moitié d'un pain bis
-Paniolu: (diminutif): petit pain
Il y avait deux sœurs, l’une pauvre et
l’autre riche.
La pauvre, Anne, avait six enfants dans
sa bourriche,
Et un jour elle dit à sa méchante sœur
Qui s’appelait Marie, riche et au sombre
cœur :
« Donne-moi, sœur, un coppula. La
faim ronge
Mon corps et mes enfants, frêles comme
des songes. »
Mais au lieu de montrer un peu de
charité,
Sa sœur lui répondit avec
sévérité :
« Si tu veux manger du pain, viens
le mien faire. »
La malheureuse, trop affamée pour
déplaire,
Accepta, le cœur pour ses enfants
résolu.
On lui donna chaque jour un paniolu
En échange, ce qui était bien futile
Et pour qu’elle nourrît sa famille
inutile.
Pour nourrir ses petits, la pauvre Anne
revenait
En plus du maigre pain rassis qu’on lui
donnait
Avec ses mains chargées de pâte ;
alors elle
Les lavait bien dans l’eau, la digne
damoiselle,
Et en faisait une bouillie qui
nourrissait
Ses enfants que de leur faim elle guérissait ;
Ils en devinrent frais et chaque jour
plus rose.
Marie, la méchante sœur, jalouse et
morose,
Voyait ses enfants, comme s’ils étaient
ses captifs,
Devenir de plus en plus malingres et chétifs.
On s’écria en les voyant passer : « Bigre !
Ah ! les pauvres petits ! Qu’ils
sont laids et maigres ! »
« Mais comment, pensa-t-elle,
sont-ils si beaux et gras ?
Ils ne mangent que peu, et les miens
sont ingrats
Alors qu’ils mangent bien et avec
gourmandise !
Quel est son secret ? Il faut qu’on
me le dise ! »
Marie, qui brûlait d’en connaître la
raison,
Quand Anne besognait, alla à sa maison.
Elle demanda à sa nièce contente :
« Avez-vous déjeuné ce matin ? »
« Oui, ma tante. »
Répondit la fillette au sourire ingénu
Qui rayonnait doucement comme un charbon
flénu.
« Qu’avez-vous mangé ? Rien
ne berce mes narines. »
« De la bouillie. » « Pour
qu’elle ait assez de farine
Qu’a fait votre mère, et où en a-t-elle
pris ?
On la vend, de nos jours, à un onéreux
prix. »
« Notre bonne mère de rien ne nous
prive,
Ajouta la fillette, tous les jours elle
arrive
Les mains toutes blanches, et elle les
lave dans l’eau
Qu’elle met sur le feu. » « Ah !
cela est bien beau !
Pensa Marie, je vois que ma sœur est
rusée !
Mais elle ne sera pas longtemps amusée
De manger à mes frais et d’ainsi me
braver. »
Et elle obligea sa pauvre sœur de laver
Ses mains avant qu’elle ne revînt chez
elle
Sans que sa pauvreté ne modérât son
zèle.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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