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mardi 29 novembre 2016

L'enterrement d'Atala

L'enterrement d'atala

Anne-Louis Girodet, Atala au tombeau (1808)

Avant que la terre ne la cache à ses yeux,
Entendant du tombeau grincer la sombre porte,
Comme pour empêcher de mourir cette morte,
Chactas enlace son Atala, triste et pieux.

Son corps blanc et chéri bientôt dans ce trou noir
Sera oublié, et la vermine obscure
Rongera sa beauté virginale et pure
Que dans ce monde hagard il ne pourra plus voir !

Baissant sa tête austère et le cœur attendri,
L’auguste père Aubry contemple la défunte
Avant que le tombeau à la rude étreinte
N’écrase son sein frêle et par ses coups meurtri ;

Une larme, sur sa barbe et sur ses cheveux,
Comme la rosée du matin d’un pétale,
Descend sur Atala que la terre fatale
Désire, et que le gouffre éternel maintenant veut !

Et le pauvre Chactas, que la douleur terrasse,
Entoure ses pieds froids de ses puissantes mains
Et dit au père Aubry : « Enterrons-la demain !
Avant l’abîme il faut que moi je l’embrasse. »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 24 octobre 2016

Le poète à l’hôpital des fous

le poète à l'hôpital des fous

Eugène Delacroix, Le Tasse à l’Hôpital Sainte-Anne de Ferrare (1839)

Le poète, oublié dans sa prison sombre,
Et raillé par les fous comme par le destin,
Gémit, appesanti par les fers de l’ombre
Qui dévore son cœur comme un vivant festin ;

A ses pieds, déchirés comme par des serres,
Ses manuscrits jetés, toujours recommencés,
Pareils aux cadavres dans lesquels le ver erre,
Sont les épais linceuls du génie offensé !

Et il songe, vaincu, triste et ridicule,
A ses jours de gloire, éphémères mais beaux,
Dans cette chambre emplie d’un vague crépuscule

Qui l’éclaire comme un invisible flambeau,
L’esprit comme le corps couvert de mille haillons,
Cherchant on ne sait où d’impossibles rayons.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 1 juillet 2015

Conte: La soupe aux pierres (Partie VI)

CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES (PARTIE Vi)


VI. Ce que le Seigneur fit pour se venger de Marie, et comment sa sœur Anne lui fut charitable malgré ses mauvaises actions

Le Seigneur s’en alla, en manant déguisé,
Châtier la sombre sœur dont il fut méprisé
Qu’il frappa de mille terribles désastres
Pour punir son orgueil haut comme les astres.
Anne pleurait, le cœur plein de douce bonté,
Mais de Dieu ne pouvait changer la volonté.
On criait au secours, de grands cris résonnaient,
Pour annoncer le feu les cloches qui sonnaient
Rendaient des bruits affreux ; la flamme grandissait
Qu’on ne pouvait éteindre, et on la maudissait.
Tous les braves efforts étaient inutiles,
Et on vit tout à coup, éphémère et futile,
La maison de Marie s’écrouler maussadement
Comme un fauve blessé poussant un grondement.
La vengeance de Dieu accomplie, à Marie
Quand s’éteignit enfin cette flamme en furie,
Il ne restait plus rien, ni chevaux, ni moutons,
Ni bœufs, et ses enfants bien nourris et gloutons
Devinrent tout à coup les plus pauvres hères,
Et tous réduits à la plus grande misère,
Personne ne voulut chez soi les recevoir,
Les aider ou faire son chrétien devoir
Car personne n’aimait la mère sans doute.
En montrant ses mains vides elle errait sur les routes
Et disait à tous : « S’il vous plaît, la charité ! »
Mais on la punissait avec sévérité
Et l’ignorait pour sa méchanceté passée.
Triste cependant et de la marche lassée,
Elle arriva un jour au foyer de sa sœur
Et l’implora avec contrition et douceur :
« Anne, ma bonne sœur ! Je n’ai plus de demeure
Et mes pauvres enfants affamés se meurent.
Au nom du Tout-Puissant, daigne me pardonner
Et un morceau de pain seulement me donner. »
« Sans doute, ma chère, dit la douce Anne, entre. »
Pour guérir la faim qui lui tordait le ventre,
Anne lui donna, sans songer à la châtier,
De la viande, du vin et un pain tout entier.
« Mange, mange, Marie, ma sœur, lui disait-elle.
Où sont donc tes enfants ? » « Hélas ! La faim mortelle,
Lui répondit Marie, les a tous emportés. »
« Pauvre sœur ! Mais est-ce la faim ou la fierté
Qui t’a poussée à me mentir de la sorte ? »
« J’ai été méchante et t’ai fermé ma porte
Et j’ai voulu, ma sœur, te faire ainsi pitié,
Car je craignais de toi la même inimitié. »
« De cette ruse tu n’as point besoin ; reste,
Tu oublieras ici tes anciens jours funestes,
Et puisque je suis riche t’invite à demeurer. »
Pour la première fois Anne la vit pleurer,
Elle accepta son offre et resta chez elle
Et s’occupa de ses enfants avec zèle,
Comme s’ils étaient les siens, les aimant doucement
Jusqu’à sa mort qui vint, à son vieillissement,
Frapper à la porte et courtoisement attendre
Et sourire aux deux sœurs d’une manière tendre.

[FIN DU CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 30 juin 2015

Conte: La soupe aux pierres (Partie V)

CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES (PARTIE V)


V. Comment le mendiant vint en aide à Anne et ses enfants, et qui il était en vérité

Quand le mendiant ôta le couvercle pesant
Il s’écria : « Oh ! La belle viande ! » en disant
A Anne qu’elle allait pour deux jours suffire.
Il en prit trois morceaux qu’avec un doux sourire
Il montra aux enfants qui demandaient, contents :
« La viande est-elle cuite ? On l’attendit longtemps ! »
Le mendiant répondit : « Oui, elle est bien cuite.
Anne, apportez-moi pain et vin tout de suite. »
Encore étonnée de ce prodige produit,
Anne obéit, et à la cave du réduit
Qu’elle croyait et qui était pourtant vide
Et comme le front d’un trépassé livide,
Trouva dans l’armoire du beau pain succulent
Ainsi que trois tonneaux pleins d’un vin excellent.
« Alors, vous n’avez rien, Anne, ma chère hôtesse ? »
Dit le voyageur en joie changeant sa tristesse,
Et Anne n’en pouvait croire ses yeux éblouis
Et contemplait le pauvre hère en tremblant de lui.
On mangea et on but gaîment et comme quatre.
Vers la fin le mendiant, assis devant l’âtre,
Voulut du fromage comme dernier régal.
Anne en trouva, frais, un délice sans égal,
Ainsi que du cochon et mille autre vivres.
La mère et ses enfants de joie étaient ivres :
« Quel bonheur ! Regardez toutes ces provisions ! »
« Je vois que vous m’avez tourné en dérision,
Dit le mendiant, et vous avez menti, Anne. »
« Je vous jure par Dieu que toute cette manne
N’existait pas avant, et ces douces saveurs
Sont un miracle qu’il fit en notre faveur.
Je n’aurais refusé à nulle créature
De l’eau, du repos et de la nourriture,
Si je l’avais su, et je loue notre Seigneur
Qui est de tous les maux le plus adroit soigneur. »
Le mendiant reprit : « Oui, j’ai fait ce miracle
Car aux bons je suis bon, tel est mon oracle.
Je t’ai sauvée et tes pauvres fils de la mort,
Mais ta sœur, qui porte mal son nom, de remords
Aura le cœur plein, car elle est bien méchante,
Et il faut que je la châtie et épouvante. »
« Seigneur, dit la bonne Anne en tremblant, à genoux,
Soyez béni d’avoir eu pitié de nous !
Mais ne faites point de mal à ma sœur pécheresse,
Je lui pardonne et ne suis point vengeresse. »
« Je vais récompenser encore ton bon cœur
Qui est pur, généreux, pieux et sans rancœur :
Vos provisions seront, je le veux, éternelles.
Mais je vais humilier ta sœur criminelle
En brûlant ces moissons ainsi que sa maison
Et tuant ses troupeaux qui mourront sans raison
Autre que son cœur noir et qui te déteste.
Adieu ; sois bénie, Anne, et comme tu es reste. »

[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 29 juin 2015

Conte: La soupe aux pierres (Partie IV)

CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES (PARTIE Iv)


IV. L’arrivée d’un étrange mendiant, ce qu’il demanda à Anne et ce qu’elle lui répondit

A cette heure tardive et sombre : « Pan ! Pan ! Pan ! »
On entendit quelqu’un à la porte frappant.
« Qui est là ? » demanda la malheureuse Anne.
« Un hère, répondit une voix paysanne,
Qui vient vous demander votre hospitalité. »
« Ah ! ce ne vous sera d’aucune utilité.
Je suis bien plus pauvre que vous, mon bon hère,
Et je vous jure par Dieu que je vénère
Que je n’ai rien du tout, hélas ! à vous offrir. »
« Je ne vous ferai point, madame, bien souffrir.
Dans un coin de votre zidra – ou chaumière –
Je n’attends qu’un peu de chaleur et de lumière
Car depuis le matin je suis las de marcher
Et de je-ne-sais-quoi éternellement chercher. »
« Laisse-le entrer, nous t’en faisons la prière !
Nous mangerons bientôt de la viande. », s’écrièrent
Les enfants. Anne ouvrit la porte, et le mendiant
Alla se réchauffer auprès du feu brillant.
Ensuite il demanda, bercé par la flamme :
« Avez-vous un peu de pain pour moi, madame ? »
« Je vous l’ai dit, hélas ! je ne possède rien. »
« Anne, vous êtes avare, et cela n’est pas bien
De ne pas être à son prochain charitable,
Dit le manant d’une voix redoutable,
Votre armoire est pleine de pain blanc délicieux,
Et vous m’en refusez un morceau, par les cieux ! »
« Je n’ai rien de tel, bon sire, dans mon armoire,
Vous ne trouverez chez moi que de l’eau à boire. »
« Eh bien ! repartit-il alors, va pour le pain.
Avez-vous de la viande, ou vous prierai-je en vain ? »
« Je n’en ai pas. » « Anne, vous êtes malveillante !
Qu’y a-t-il donc dans cette marmite bouillante ? »
« Rien, soupira Anne, que l’on puisse manger.
Toute l’eau qui y bout ne pourra point changer
Les trois pierres que j’y ai plongées en viande
Pour faire patienter les bouches friandes
De mes fils. » Ces derniers furent d’abord surpris
D’entendre leur mère, puis poussèrent des cris
Et sanglotèrent plus fort à cette nouvelle.
L’impitoyable mendiant dit : « Je vous révèle
Que vous êtes méchante de faire ainsi souffrir
Vos fils, Anne. » « Hélas ! moi et eux allons mourir !
Nul humain ne viendra, même pour nous plaindre,
Et rien, hormis ces murs, ne nous entend geindre,
S’écria-t-elle ; que faire ? Ô Dieu ! Que devenir ?
Allez-vous nous maudire tous ou tous nous bénir ? »
Le mendiant reprit : « Je veux seulement boire
Avant de partir, pour votre plus grande gloire,
Caché dans la cave, un peu de votre bon vin. »
« Vous le demanderiez éternellement en vain.
Monsieur, vous vous trompez de maison sans doute ;
Je ne possède rien, allez votre route,
Et si Dieu le veut, vous trouverez votre bonheur. »
« Dieu bénit les bons et il bénit les donneurs ;
Soyez charitable, Anne, et à son image !
Vous avez du jambon et aussi du fromage,
Ainsi que du broccio, et je veux en goûter. »
« Mais je n’en ai point et vous prie de m’écouter... »
« Anne ! Anne ! Interrompit le mendiant étrange,
Je vois bien que venir ici vous dérange,
Mais n’affamez point vos enfants ! » « Je les chéris
Et je les ai nourris quand leur père a péri,
Je les aime plus que ma vie affreuse et noire ;
Voyez dans la marmite, faute de me croire. »

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 27 juin 2015

Conte: La soupe aux pierres (Partie III)

CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES (PARTIE IiI)


III. La solution que trouva Anne pour faire patienter ses malheureux enfants

Le cœur d’Anne était plein d’une douleur mortelle.
« Que vais-je à mes petits donner ? se disait-elle ;
A l’heure qu’il est, ils m’attendent pâlement,
Les pauvres ! Ah, Seigneur ! S’ils pouvaient seulement
Patienter jusqu’à ce que le matin reluise,
Que je trouve quoi faire ! Mais la faim les épuise,
Je leur ai promis la soupe et ils sont soupiers. »
Elle eut tout à coup une idée ; dans du papier
Elle enveloppa trois belles pierres polies
Sans qu’on la vît faire cette étrange folie.
A la maison toute joyeuse elle semblait
Alors que du destin son triste cœur tremblait.
« François, as-tu cherché de l’eau ? » « Oui, ma mère,
Répondit le petit d’une voix amère.
As-tu de la viande ? » « Oui, j’en ai apporté.
Jean, à trouver du bon bois je t’ai exhorté,
En as-tu trouvé ? » « Oui, mère. Mais la viande –
J’ai trop faim, pour cela je te le demande –
A cuire va-t-elle demeurer trop longtemps ? »
« Non, répondit Anne, jouez, soyez contents,
Je vous appellerai quand elle sera cuite. »
Les enfants, tout joyeux, s’en allèrent de suite
En rêvant de manger et terrasser enfin
Cette ténébreuse et insupportable faim.
Dès qu’ils sortirent, Anne, sans fermer sa paupière,
Mit au feu la marmite et y mit les trois pierres.
Quelque temps après, les enfants rentrèrent, las.
« La viande est-elle cuite ? » « Non, pas encore. » « Hélas ! 
Nous avons grand faim ! Pour qu’elle soit tendre
Combien de temps allons-nous, maman, attendre ? »
« Peu de temps. Jouez, en attendant, mes chéris. »
Les pauvres, comme s’ils avaient déjà péri,
Pour jouer, cependant, n’avaient plus de force,
Alors qu’ils étaient vifs, ces fiers enfants de Corse.
N’en pouvant plus, l’aîné s’écria : « Ah ! maman !
Tu nous fais attendre, et en nous affamant
Tu nous promets un bon repas qui nous tarde.
La viande cuit-elle toujours, mère ? Regarde
Pour voir si tu n’as point fait d’erreur. » « Sur ce feu,
Elle sera bientôt prête. Attendez un peu. »
Et Anne soupirait de son sombre mensonge.
Ses misérables fils que la famine ronge
Attendirent longtemps ; Anne ajoutait de l’eau,
Et ils éclatèrent bruyamment en sanglots
Quand elle leur dit qu’elle n’était point cuite encore
Alors qu’on était à une heure de l’aurore.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 26 juin 2015

Conte: La soupe aux pierres (Partie II)

CONTE: LA SOUPE AUX PIERRES (PARTIE Ii)


II. La cruauté de Marie, qui ne voulut pas être charitable à sa malheureuse sœur

La malheureuse Anne vit ses petits souffrir
Et comme ses neveux se faner et maigrir.
La méchante Marie, elle, était contente,
Et au lieu d’assister sa sœur, exultante,
Qui l’implorait pour ses pauvres petits en vain,
Elle diminuait son minuscule pain
Qui se rétrécissait comme leurs jeunes vies
Qui par la faim allaient être bientôt ravies.
Elle vit qu’il ne lui restait plus rien, un soir.
Pour pleurer elle alla auprès du feu s’asseoir,
Et elle implorait Dieu, le cœur plein d’alarmes.
Quand ses fils qui l’aimaient virent couler ses larmes,
Ils s’inquiétèrent pour elle et aussi pour eux,
Et elle vit venir ces anges malheureux
Qui lui demandèrent : « Qu’est-ce qu’il y a, mère ? »
Elle baissa sans rien dire sa tête amère.
L’aîné la crut malade et se tut noblement,
Mais la faim l’emportant, il lui dit faiblement :
« J’ai faim, mère, j’ai faim. » avec insistance.
Pour qu’il ne souffrît pas tenu à distance,
Le cadet, affamé, s’approcha peu à peu
Et vint s’asseoir avec sa mère auprès du feu
Et en l’embrassant il lui dit avec tristesse :
« Ma bonne mère, j’ai faim ! » Avec vitesse
Les autres se mirent à se plaindre et à pleurer
En voyant leur mère muette demeurer.
Mais elle n’était point dure et inexorable ;
Comme réveillée d’un sommeil, la misérable
S’écria : « Mes enfants chéris ! Pourquoi ces pleurs ? »
« Mère, nous avons faim ! » crièrent avec douleur
Les pauvres petits et que la faim torture.
« Nous avons de l’argent et de la nourriture.
Nous ferons une soupe qui nous régalera
Et en saveur celle du roi égalera.
François, cherche un peu d’eau dans notre marmite ;
Jean, du bois qui n’est pas rongé par les termites
Pour allumer un feu. Jouez aux alentours,
Les autres, et attendez quelque temps mon retour,
Je vais acheter de la viande bientôt cuite
Et je reviens manger avec vous tout de suite. »
La pauvre Anne en courant sortit de sa maison,
Les pieds nus, sur le point de perdre la raison.
Elle alla attendrir sa sœur : « Tant que je lave
Mes mains, mes fils ont faim. Fais de moi ton esclave
Si tu veux, mais au nom du Seigneur tout-puissant,
Sauve mes chers enfants, tes neveux et ton sang ! 
De me donner un peu de pain je t’implore. »
Mais Marie répondit : « Que me veux-tu encore ?
On doit gagner son pain au lieu de le mendier. »
« Quoi, ma sœur ? De chez toi tu me vas congédier
Alors que mes enfants mourront si tu refuses !
Je viens te supplier, bien que j’en sois confuse,
De sauver tes neveux qui vont bientôt mourir
Et même pour jouer ne pourront plus courir.
Ô, Marie, ma bonne sœur ! Sois-nous charitable ! »
« Ce n’est point mon affaire. Va seule emplir ta table.
Tu ne travailles plus depuis ce jour chez moi. »

Et Anne revint chez elle, pleine d’émoi.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 25 juin 2015

Conte: La soupe aux pierres (Partie I)

CONTE: la soupe aux pierres (PARTIE I)

I. Ce que fit la méchante Marie quand elle découvrit comment sa pauvre sœur Anne nourrissait ses enfants


Notes lexicales: 
-Coppula: moitié d'un pain bis
-Paniolu: (diminutif): petit pain

Il y avait deux sœurs, l’une pauvre et l’autre riche.
La pauvre, Anne, avait six enfants dans sa bourriche,
Et un jour elle dit à sa méchante sœur
Qui s’appelait Marie, riche et au sombre cœur :
« Donne-moi, sœur, un coppula. La faim ronge
Mon corps et mes enfants, frêles comme des songes. »
Mais au lieu de montrer un peu de charité,
Sa sœur lui répondit avec sévérité :
« Si tu veux manger du pain, viens le mien faire. »
La malheureuse, trop affamée pour déplaire,
Accepta, le cœur pour ses enfants résolu.
On lui donna chaque jour un paniolu
En échange, ce qui était bien futile
Et pour qu’elle nourrît sa famille inutile.
Pour nourrir ses petits, la pauvre Anne revenait
En plus du maigre pain rassis qu’on lui donnait
Avec ses mains chargées de pâte ; alors elle
Les lavait bien dans l’eau, la digne damoiselle,
Et en faisait une bouillie qui nourrissait
Ses enfants que de leur faim elle guérissait ;
Ils en devinrent frais et chaque jour plus rose.
Marie, la méchante sœur, jalouse et morose,
Voyait ses enfants, comme s’ils étaient ses captifs,
Devenir de plus en plus malingres et chétifs.
On s’écria en les voyant passer : « Bigre !
Ah ! les pauvres petits ! Qu’ils sont laids et maigres ! »
« Mais comment, pensa-t-elle, sont-ils si beaux et gras ?
Ils ne mangent que peu, et les miens sont ingrats
Alors qu’ils mangent bien et avec gourmandise !
Quel est son secret ? Il faut qu’on me le dise ! »
Marie, qui brûlait d’en connaître la raison,
Quand Anne besognait, alla à sa maison.
Elle demanda à sa nièce contente :
« Avez-vous déjeuné ce matin ? » « Oui, ma tante. »
Répondit la fillette au sourire ingénu
Qui rayonnait doucement comme un charbon flénu.
« Qu’avez-vous mangé ? Rien ne berce mes narines. »
« De la bouillie. » « Pour qu’elle ait assez de farine
Qu’a fait votre mère, et où en a-t-elle pris ?
On la vend, de nos jours, à un onéreux prix. »
« Notre bonne mère de rien ne nous prive,
Ajouta la fillette, tous les jours elle arrive
Les mains toutes blanches, et elle les lave dans l’eau
Qu’elle met sur le feu. » « Ah ! cela est bien beau !
Pensa Marie, je vois que ma sœur est rusée !
Mais elle ne sera pas longtemps amusée
De manger à mes frais et d’ainsi me braver. »
Et elle obligea sa pauvre sœur de laver
Ses mains avant qu’elle ne revînt chez elle
Sans que sa pauvreté ne modérât son zèle.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène