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Loisir brutal
Comme un prisonnier compte les heures
Et l’usurier compte ses chers deniers,
Je compte, pensif dans ma demeure,
Mes syllabes, et tout vers est le
dernier.
Je compte mes rimes expirantes
Qui chantent et se taisent dans le
néant,
Je compte mes poésies mourantes
Et qui forment comme un tombeau géant,
Une inaccessible pyramide
Où l’antique marche avec le
nouveau ;
Chaque vers est une grande ride
Que j’ai dans le cœur et dans le
cerveau,
Je me lève de ma feuille noire
Comme un mort se lèverait de son
tombeau,
Fatigué, ne songeant pas à la gloire,
Mais le corps las et l’esprit en
lambeaux,
Jetant ma lyre dans la poubelle
Pour aller la reprendre à mon réveil
En m’étonnant de mon action cruelle,
Aux meurtriers et aux tyrans pareil.
La Poésie n’est pas un ciel qui chante
Mais un ciel d’hiver, large et orageux,
Et une tempête qui épouvante
Par ses noirs et inexorables jeux.
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2209.
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samedi 18 avril 2020
Loisir brutal
vendredi 1 novembre 2019
La voix du poète
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la voix du poète
Le poète,
autrefois, parlait à la Nature
Et il
apostrophait toute la création
Et savait les
langues de ses créatures
Qui peuplent le
monde comme des nations.
La terre et l’océan
étaient ses dictionnaires,
La forêt son
livre, le ruisseau son roman,
Des quatre
saisons il connaissait la grammaire
Et l’orthographe
de l’immense firmament,
Sur les arbres
il mettait son oreille attentive
Et écoutait les
soupirs des vents et des fleurs
Et le grondement
de l’orage qui arrive
Dans la maison
des cieux, sinistre visiteur.
Aujourd’hui, le
poète est rongé par le doute
Et dans le
brouillard, ne voit plus la vérité,
Et le pouce
levé, au bord de l’autoroute,
Attend l’improbable
et lointaine charité
D’une voiture
aussi rapide qu’une âme.
Sa voix, dans l’abîme
et dans la pollution,
Se perd, et la
tempête éteint toute la flamme
De ce flambeau
vivant des obscures nations ;
Nul n’entend,
aujourd’hui, la voix du poète
Et lui même crie
en vain dans l’immensité
Sans entendre l’écho
de son âme inquiète
S’agitant dans
son corps sans force et sans santé.
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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dimanche 5 août 2018
Demande de trêve
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demande de trêve
Je vais sortir,
ciel. Retiens tous tes pleurs,
Et oublie, ce
soir, tes vagues douleurs,
Et toi, radieux
soleil qui se lève,
Cache tes rayons
tandis que je rêve.
Le poète songe,
vils éléments !
Brise, ne cache
point ton front charmant,
Terre, épanouis-toi
parce que je marche,
Eau, attends que
je monte sur mon arche,
Feu du ciel, n’embrase
pas mon esprit !
La Nature me
ment et me sourit,
Et moi, puisque
rien ne m’épouvante,
Je marche, je
prends ma lyre et je chante,
Par mille
lourdes idées assailli
Comme par des
pierres le grand pays
De Priam, objet
de tous les sièges !
Nature, ton
sourire est un piège,
Comme le sourire
d’une beauté,
Je ne doute
point de ta cruauté,
Tu es déesse
mais tu es femme,
Mais tu m’obéiras
car mon âme
N’est point
comme les autres, et mon cœur
Bat pour les
vaincus et pour les vainqueurs !
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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lundi 24 octobre 2016
Le poète à l’hôpital des fous
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le poète à l'hôpital des fous
Eugène Delacroix, Le Tasse à l’Hôpital Sainte-Anne de Ferrare (1839)
Le poète, oublié dans sa prison sombre,
Et raillé par les fous comme par le destin,
Gémit, appesanti par les fers de l’ombre
Qui dévore son cœur comme un vivant festin ;
A ses pieds, déchirés comme par des serres,
Ses manuscrits jetés, toujours recommencés,
Pareils aux cadavres dans lesquels le ver erre,
Sont les épais linceuls du génie offensé !
Et il songe, vaincu, triste et ridicule,
A ses jours de gloire, éphémères mais beaux,
Dans cette chambre emplie d’un vague crépuscule
Qui l’éclaire comme un invisible flambeau,
L’esprit comme le corps couvert de mille haillons,
Cherchant on ne sait où d’impossibles rayons.
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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samedi 16 juin 2012
Entretien avec une beauté
Entretien avec une beauté
Elle me disait,
aux lèvres un doux sourire
Et en rêvant,
bercée par ma lyre :
« Tu es
poète ! Ô, présent infini
Que le ciel fait
aux hommes qu’il bénit !
Etre poète, c’est
chanter sur Terre
Comme l’oiseau
dans l’azur où il erre
Un hymne immense
et qui berce nos cœurs,
C’est dire des
prières à l’Amour vainqueur
Et à la radieuse
nature,
C’est chanter la
douce désinvolture
D’une beauté, par
ses feux embrasé,
Et l’éternité d’un
ardent baiser !
C’est Dieu qui a
fait tomber, sans doute,
Ce rayon pour
éclairer nos routes,
Du firmament dans
le cœur d’un mortel !
Le poète, quand il
contemple le ciel,
Y voit reluire son
nom en lettres immenses,
Il dit tout haut
ce que le Seigneur pense
Tout bas, et ce
que nous n’entendons point.
C’est un voyageur
qui vient de loin
Après avoir erré
dans les hautes sphères. »
Elle se tut. Elle
rêvait encore
Et souriait
toujours et me contemplais.
Je souris à mon
tour, et il fallait
Que je me tusse en
demeurant livide
Pour ne point
blesser cette âme candide.
Mais je
pensais : « Poète ! C’est un fardeau
Qui courbe l’âme,
comme l’onde un radeau
Quand on entend
rugir la tempête.
Ô, douce beauté,
être poète
C’est voir le vide
ployer son aile sur soi,
C’est pleurer
souvent sans savoir pourquoi
Et c’est trouver
le monde où nous sommes
Insignifiant et
petit comme les hommes,
C’est être bercé,
seul dans les bois,
Par le sombre écho
de sa propre voix !
Ce n’est point
Dieu, c’est un démon, madame,
Qui du poète
maudit déchire l’âme
Avec ses dents
acérées et sourit
En le ressuscitant
quand il périt !
Si tu pouvais voir
mon cœur qu’il torture,
Tu ne verrais,
hélas ! Qu’une blessure,
Et dans mon esprit
en lambeaux il pleut
Du sang, je suis
une balafre qui se meut,
Et empourpré par
la griffe des ténèbres,
J’erre en chantant
un hymne funèbre ! »
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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