|
le château foncé
Mon âme est un
château dans une plaine
Dont les pièces
sont de spectres pleines,
L’un dort et l’autre
lit dans le salon,
un autre
contemple comme un félon
Ses confrères,
en cachant sa dague noire
Qui dans les
ténèbres reluit sans gloire,
Tandis qu’un
autre, en se tenant loin,
Mange des choses
immondes dans un coin.
Assailli par le
soleil et la pluie,
Larme que le
temps peu à peu essuie,
Il s’enfonce
lentement sous les fleurs,
Chiffon déchiré
qui boit sa douleur
Et se noie dans
des flots invisibles.
De toute la
nature il est la cible :
La foudre le
frappe comme un fouet,
Des vents sans
pitié il est le jouet,
Et la tempête,
capricieuse fille,
Dans la vaste
création l’éparpille.
Cela me réjouit
de penser, parfois,
Qu’il y a
partout des poussières de moi
À l’intérieur du
ciment du monde,
Dans les forêts,
les déserts et les ondes,
Que l’univers
est plein de mes débris,
Ces éphémères et
effrayants cris,
Et que mes
pensées que rien ne voile
Dans le ciel
deviennent des étoiles.
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2209.
Affichage des articles dont le libellé est château. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est château. Afficher tous les articles
dimanche 3 mai 2020
Le château foncé
mardi 10 octobre 2017
Conte: Le brave musicien (Partie III)
|
CONTE: LE BRAVE MUSICIEN (PARTIE IiI)
III. Comment le musicien parvint à conquérir le
trésor
Le musicien allume un feu et fait sa
soupe,
Il prend aussi quelques légumes et les
coupe,
Et tandis qu’elle bout reprend
tranquillement
Sa flûte à ses côtés, qui l’attend fidèlement.
Les lentilles cuites, dans une grande
assiette
Il les verse et mange sans avoir l’âme
inquiète.
Soudain la porte s’ouvre avec un bruit
de deuil,
Sur une civière portant un grand
cercueil,
Deux hommes entrent, et ils déposent
sans rien dire
Leur fardeau sur une table et se
retirent.
Le musicien se lève, il l’ouvre et il y
voit
Un vieil homme ridé et dur comme du
bois,
Avec une longue barbe et des cheveux
blancs,
Le visage très pâle et les membres
tremblants,
Qui est toujours vivant ! Le
musicien s’étonne,
Le prend par le bras, le fait s’asseoir
et lui donne
Un peu de sa soupe. Le vieillard ravivé
Lui dit : « Merci, jeune
mortel. Tu m’as sauvé.
Suis-moi. » Le musicien, avec sa
lanterne,
Le suit ; ils descendent des
escaliers mornes
Jusqu’à un ténébreux et profond
souterrain.
Le vieillard s’arrête comme un spectre d’airain
Devant un grand monceau d’argent, devenu
plus pâle.
« Divise ce trésor en deux parts
égales,
Parfaitement égales, dit-il au musicien,
Ou tu perdras la vie et tu n’auras rien. »
Le musicien compte les écus, les divise
En deux monceaux égaux. Mais une pièce
grise
Est de trop. Il la prend alors par le
milieu
Et avec son couteau la brise. Pour le
vieux
Il met une moitié, une autre pour
lui-même.
Le vieillard lui sourit, son front n’est
plus blême,
Et dit : « Je suis sauvé !
depuis cent ans je garde
Mon fatal trésor. Tous ceux qui se
hasardent
A venir veulent tout prendre. Prends la
moitié
De cet argent qui m’a rendu sans pitié,
Et donne ce qui reste aux pauvres sans
familles.
Sois généreux comme pour ta soupe aux
lentilles. »
Le vieillard disparaît, et le musicien
prend
Sa moitié, donne l’autre aux mendiants
errants,
Se fait construire une grande maison
fort belle
Et vit heureux, la main pleine et le cœur fidèle.
[FIN DU CONTE: LE BRAVE MUSICIEN]
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
vendredi 6 octobre 2017
Conte: Le brave musicien (Partie II)
|
CONTE: LE BRAVE MUSICIEN (PARTIE iI)
II. Ce que fit le brave musicien au château
Le musicien dit au vieillard : « Merci,
grand-père.
Je n’ai peur d’aucun spectre errant, et
j’espère
Que je pourrai trouver tous ces rares
trésors
Et à tous les pauvres gens donner de l’or. »
En vain le vieux fermier, avec des
raisons sages,
Tenta de l’empêcher et fléchir son
courage ;
Le musicien pria seulement le fermier
Qui n’avait pas besoin de se faire prier,
De lui prêter pour la nuit deux valets
de ferme
Avec deux lanternes, ces deux seules
armes
Pour le guider dans la rêveuse
obscurité.
Arrivé au château, pour leur sécurité
Il congédia les deux domestiques
fidèles,
Prit une lanterne et, éclairé par elle,
Franchit courageusement le seuil du
grand château.
Il monta au premier étage, et bientôt
Se trouva dans une grande salle déserte
Dont la porte était, ô surprise !
grande ouverte.
Il se mit à jouer de la flûte et rêvait.
Le vieillard l’entendit d’en bas, ce qui
prouvait
Qu’il vivait encore. Mais bientôt, grand
silence !
Le bon fermier en est bien triste, et il
pense
Avec inquiétude que notre musicien
Est la proie de quelque sorcier ou
spectre ancien.
Or non. Le musicien a faim ; il
regarde
A droite et à gauche, et enfin se
hasarde
A aller et chercher quelque chose à
manger,
Sans penser aux spectres et aux autres
dangers.
Il découvre, dans la chambre voisine,
Une casserole pleine pour qu’on dîne,
Semble-t-il, de bonnes lentilles, et du
pain,
De l’eau et un peu de sel à portée de
main.
[A SUIVRE]
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
dimanche 1 octobre 2017
Conte: Le brave musicien (Partie I)
|
CONTE: LE brave musicien (PARTIE I)
I. Ce que vit le brave musicien en étant dans une
ferme
Il était une fois un brave musicien
Gagnant honnêtement sa vie sans la
gagner bien,
Qui s’en allait aux jours de fête
volages
Jouer de la flûte dans quelques
villages.
Un soir, le musicien dans une ferme
rêvait
En voyant un château imposant qui s’élevait
Dans le ciel, pareil à un nuage immense.
Il demanda avec surprise et patience
A qui appartenait cet autre firmament.
« Il appartenait à un seigneur
alarmant,
Lui dit enfin un vieux fermier, dont la
race
Et le nom sont maudits. Mauvais et
vorace,
Il a vécu dans son grand château, toujours
seul
Ainsi qu’un mort voilé de son pesant
linceul.
Rien ne touchait ce cœur comme la nuit
sombre
Et qui semblait à tous fait de vices et
d’ombres ;
Pour les pauvres comme pour ses
tenanciers
Ce seigneur était sans remords et sans
pitié,
L’argent était son seul bonheur et sa
famille,
Son père, sa mère, son fils et sa fille !
Le jour où il mourut un hiver arrivant,
Il cacha son trésor aux morts et aux
vivants :
Un parent, seul héritier de cette âme
noire,
Creusa, sonda les murs, ouvrit les
armoires,
Mais il ne trouva rien ! d’autres
spéculateurs
Vinrent eux aussi – car l’or est un
grand tentateur –
Sans être plus heureux. Ils devinrent
fous, mêmes,
D’autres de leur quête revinrent très
blêmes
En racontant qu’ils ont vu errer des
revenants
Dans le château maudit, et des spectres
tonnants.
Vous avez l’air d’un bon garçon ;
je vous conseille
D’oublier ce manoir où le Mal sommeille,
Oubliez tout cet or, travaillez pour
manger
Et ne mettez pas vos jeunes jours en
danger. »
[A SUIVRE]
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
mardi 30 août 2016
Conte: U denti paladinu (La dent du paladin) (Partie II)
|
CONTE: U DENTI PALADINU (PARTIE Ii)
Conte: U denti paladinu (Partie I)
II. Ce qui arriva au chevalier à l’issue de son aventure
Le chevalier entra, grâce à la défense,
Au château du Diable blême de cette offense,
S’il l’eût sue, mais il n’en fut pas, ce soir-là, instruit,
Car les dragons dormaient sans qu’ils ne fissent un bruit.
Le château était beau, riche et vénérable,
Aucun autre ne lui était comparable :
Avec de gros diamants il était tout pavé,
Il était éclairé, pour mieux défier Yahvé,
Par des lampes d’or dont l’huile était parfumée.
L’encens montait, comme une enivrante fumée,
Dans de vastes salles où causaient doucement
Des statues de marbre qui souriaient lassement.
Une statue parla au chevalier pâle :
« Que viens-tu faire dans la demeure fatale
Du Diable, vain mortel ? » et une autre reprit :
« Pour venir ici tu as dû perdre l’esprit,
Homme insolent ! Je veux te rosser pour ce crime,
Mais tu es chevalier, je préfère l’escrime ;
Prends cette épée et bats-toi donc jusqu’à la mort. »
Le chevalier tendit la main, mais du noir sort
Que lui prédit la fée, se souvint et fit taire
Sa colère aussitôt. Crâne et solitaire,
Il marcha en cherchant la dent du paladin,
Et fut bientôt dans un magnifique jardin
Où le Diable faisait chaque jour sa promenade.
Il y avait des arbres rares et des naïades
Qui se baignaient dans des ruisseaux profonds et clairs ;
Les arbres, dont la cime embrassait doucement l’air,
Etaient appesantis de fruits et de fleurs lourdes.
Le chevalier avait faim, mais il prit garde
De cueillir le moindre fruit. Les oiseaux, chantant,
Lui dirent : « Prends ces fruits ! Mange ! », le tourmentant,
Mais il ne céda pas à ce désir funeste
Et poursuivit sa route en marchant, moins leste,
Car il était bien las. Dans une salle il vit,
Après le beau jardin, apeuré mais ravi,
Les plus belles femmes qu’il y avait au monde.
La plus belle lui dit de sa voix profonde :
« Soyez le bienvenu ici, beau chevalier.
Le sort dans cette nuit semblait nous oublier,
Nous attendions vainement notre sauveur, sire ! »
Et elle poursuivit avec un doux sourire :
« Acceptez, je vous prie, quelques rafraichissements ;
Après tant de hasards vous soupirez lassement,
Reposez-vous un peu de votre voyage. »
Il faillit bien être séduit par ce langage,
Mais notre chevalier, malgré son ravissement,
Se souvint de la fée et son avertissement ;
Craignant un sinistre piège, il prit la fuite.
Dans une chaude salle il se trouva ensuite,
L’air était si pesant qu’il semblait un fardeau
Qui appesantissait et les pieds et le dos.
Le chevalier marcha dans cette géhenne
Trente jours et trente nuits, chose herculéenne !
Mais la faim et la soif le tuaient lentement,
Pour mourir n’attendant point notre consentement.
Le malheureux soudain vit la dent enchantée
D’où coulait un vin de couleur ensanglantée
Dans un bassin profond, fait d’un beau marbre blanc.
Encore un pas à faire ! Et le héros tremblant
Dépouillerait l’enfer d’un trésor légendaire.
Mais ce pas il ne put, le chevalier, le faire,
Il perdit la raison, oublia son dessein
Et tomba, la tête la première, au bassin.
Les flots de vin le couvrent et soudain l’emportent
Dans un gouffre infernal plein de choses mortes.
[FIN DU CONTE: U DENTI PALADINU]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
dimanche 28 août 2016
Conte: U denti paladinu (La dent du paladin) (Partie I)
|
CONTE: u denti paladinu (partie i)
I. Le château du Diable, et l’aventure d’un jeune chevalier qui s’y invita
Il existait jadis un château effroyable
Et qui appartenait éternellement au Diable ;
De fossés d’eau bouillante il était entouré
Où cuisaient pour toujours les pauvres égarés
Qui y tombaient, âmes dans l’enfer empêtrées.
Des portes d’airain sept dragons gardaient l’entrée.
Aucun aventurier n’avait pu les franchir,
Car le Diable gardait jalousement, sans fléchir,
Dans son château la Dent du Paladin, dont coule,
Comme d’une source à l’abri de la houle,
Un vin éternel et bon, aimé des mortels,
Que le Diable faisait goûter hors du castel
Pour le faire connaître ici-bas aux plus braves
Qu’il soumettait bientôt, faisant d’eux ses esclaves.
Ils venaient, mais jamais ne purent réussir ;
Arrivés aux portes dont on ne peut issir,
Mille cloches sonnaient, et les dragons venaient
Dévorer l’audacieux qu’en enfer ils menaient.
Un jeune chevalier, preux et bravant le sort,
Tenta l’aventure et voulut vaincre la mort.
Il cherchait la gloire, la plus grande de toutes !
Revenir avec la Dent du Paladin ! Sans doute
On parlerait de lui et nul ne l’oublierait.
Même à la géhenne pour cela il irait !
En route il se mit donc. Malgré la lassitude,
Les hasards du chemin et la solitude,
Il fut près des portes du château infernal
Se reposant un peu, reposant son cheval.
Dès qu’il fut sur l’herbe, il vit une femme frêle
Et un sanglier qui courait derrière elle,
Enorme et menaçant, grommelant avec fureur.
« Sauvez-moi ! Sauvez-moi ! » Criait avec terreur
La pauvre victime. Le chevalier, bien leste,
Eventra promptement la bête funeste
Avec son grand couteau. « Crâne et bon chevalier,
Qui vient à ce château inhospitalier,
Je ne suis point femme, mais une fée puissante.
Tu m’as sauvée et je te suis reconnaissante.
Pour te récompenser que veux-tu, bon guerrier ? »
Il répondit à la fée : « Seulement te prier
De me dire comment franchir ces grandes portes. »
« Arrache, chevalier, à cette bête morte
Sa plus grande défense, et tu pourras sans bruit
Entrer dans le château. De ceci sois instruit,
Toutefois : refuse tout ce qu’on t’y offre
Ou tu mourras. Prends garde à l’enfer et ses affres,
N’oublie pas que le Diable est malin et puissant.
Va, mon cœur te sera toujours reconnaissant. »
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
lundi 30 mars 2015
Conte: Le Château suspendu dans les airs (Partie V)
CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS (PARTIE V)
V. Comment le pêcheur sauva sa princesse, et de
quelle manière son ravisseur fut châtié par le roi
La femme du pêcheur était à sa fenêtre,
Innocente comme l’enfant qui vient de
naître ;
Apercevant son mari appelé par le
devoir,
Elle le reconnut, heureuse de le voir,
Car elle l’aimait bien, et elle était
ravie
Par un homme cruel qui menaçait sa vie
Et qui jurait, pour la fléchir, de la
tuer.
Elle s’empressa donc, de loin, de saluer
Son époux, et lui dit, sans être
entendue :
« En vous voyant, seigneur, mon âme
m’est rendue.
L’usurpateur, de tout mortel s’effarouchant,
Ne quitte jamais la tabatière ; en
couchant
Il la met, le fourbe, et ferme la porte,
Avant de dormir, sous son oreiller, de
sorte
Qu’on ne peut la prendre sans le
réveiller.
Je l’ai su en allant, mon cher, le
surveiller.
Sachez que je vous suis et vous serai
fidèle. »
Le pêcheur raconta tout ce qu’on fit d’elle
Au roi des Rats et des Souris, l’heureux
époux
De sa troisième sœur, avec un grand
courroux.
Après avoir songé à un stratagème,
Il lui dit : « Pour
sauver la princesse que j’aime,
Ordonne à un de tes sujets obéissants
D’aller dans la chambre pour fourrer,
roi puissant,
Sa queue dans sa bouche qui sera
entrouverte ;
Quand il toussera, ce qui causera sa
perte,
Et pendant qu’il sera assis sur son
séant,
Je reprendrai ma femme et mon château
géant
Quand je lui reprendrai enfin ma
tabatière. »
Sur le dos de l’aigle aux ailes altières
Le pêcheur revint au château, en apportant
Une souris avec lui et un rat sortant
Sa longue queue, noire comme une vieille
enclume,
En venant avec lui, de ses blanches
plumes.
Quand le seigneur se mit à ronfler, bien
nourri,
Elle courut jusqu’à sa chambre, et la
souris
Lui fourra sa queue dans la bouche ;
mais courte,
L’homme la lui serra d’une façon si
forte,
Sans qu’il se réveillât, qu’il la fit
cuiter.
Le rat à la longue queue entra sans
bruiter
Et il fourra sa queue jusque dans la
gorge
De l’homme qui dormait comme un fer dans
la forge.
Il s’éveilla, cette fois, toussant et
crachant,
A moitié étranglé. Le pêcheur, se
cachant
Auprès du lit, prit sa tabatière
enchantée
Et l’ouvrit, par la fée obéissante hantée,
Qui lui dit : « Maître,
que puis-je pour vous servir ? »
« Transporter cet homme qui a osé
ravir
Ma princesse, ainsi que mon château
prospère,
Là où il fut, dans le jardin de mon
beau-père. »
Répondit le pêcheur. Et le château
allait,
Et dans le jardin du roi, face à son
palais,
Fut enfin posé et resta immobile.
Le roi, en le voyant, crut être débile
Et qu’il eut la berlue, mais il vit
arriver
Son gendre et sa fille chérie. Sans se
priver
De l’embrasser, ils lui racontèrent l’histoire,
La lâcheté du seigneur, du pêcheur la
victoire ;
Le roi fut bien joyeux et châtia l’amant
Qu’il fit écarteler par quatre chevaux
fumants.
Le pêcheur et sa femme vécurent sans
peine
Jusqu’à la fin de leur vie serein et
sereine,
Mais, de peur d’un nouvel accident, il
cacha
Sa tabatière qu’à son ventre il attacha.
[FIN DU CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
dimanche 29 mars 2015
Conte: Le Château suspendu dans les airs (Partie IV)
CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS (PARTIE Iv)
IV. Ce que le pêcheur fit pour retrouver son château
et la princesse
Quand il revint de la chasse avec son
beau-père,
Le pêcheur ne vit point son château
prospère,
Et de ne plus le revoir il était si
surpris
Que le pauvre époux en faillit perdre l’esprit.
Le roi entra dans une terrible colère,
Voyant que sa fille et le château s’envolèrent,
Et fit devant sa cour le serment
solennel
Qu’il ferait écarteler son gendre
criminel
S’il ne ramenait pas, en deux mois, sa
fille ravie,
Par quatre chevaux noirs qui lui
prendraient la vie.
Le pêcheur était bien triste ; mais
il pensa
Que ses puissants beaux-frères et qu’il
récompensa
Par les mains de ses sœurs qui n’étaient
point laides,
Pourraient le secourir et lui apporter l’aide.
Il se mit en route, donc, pour aller les
voir,
Et au roi des Poissons il fit d’abord
savoir
La sombre trahison et l’affaire
affreuse,
Quand il eut embrassé sa sœur, bien
heureuse.
Il demanda au roi s’il entendit parler
D’un château suspendu dans les airs. « Déferler
M’est familier, lui dit-il, depuis ma
naissance,
Et, hélas, je n’en ai point eu
connaissance.
Mais attends, je ne suis point, mon
frère, inconstant,
Et je pourrai te dire, je pense, en un
instant
Où il est, car la mer de mes sujets est
pleine. »
Il les assembla, de la puce à la
baleine,
Et il leur demanda s’ils avaient entendu
Parler d’un grand château dans les airs
suspendu ;
Ils répondirent, sans apporter de
lumières,
Qu’ils en entendaient parler pour la
première
Fois, et ne savaient point que cette œuvre
existait.
Seul un Marsouin chenu sans répondre
restait.
Le roi lui demanda : « Toi
qui es vieux et sage,
As-tu vu ce château dans l’un de tes
passages ? »
Le Marsouin répondit : « Non,
votre majesté,
Mais d’un aigle savant le souvenir m’est
resté,
Qui m’en a parlé et l’a vu dans ses
voyages,
En me disant que dans huit jours un
mariage
Y sera célébré, et qu’on y a amené
Tant de viandes, qu’il en est encore
étonné,
Et qu’il n’avait jamais mangé autant,
maître. »
Le roi le remercia. Qu’on avait vu le
traître
Il dit à son beau-frère, qui sortit de
la mer
Et alla parler au roi des Oiseaux, amer,
De l’aigle, du château et de la
princesse.
Le roi, indigné de cette grande bassesse,
Réunit ses sujets et les interrogea
Au sujet d’une fille de roi qu’on
relogea
Et d’un château qui est suspendu aux
nuées.
L’aigle répondit : « Loin
des ondes remuées
Par le vent, à mille lieues, voyageant
alors,
J’ai vu ce château qui brille comme de l’or.
Dans huit jours, majesté, un roi y
célèbre
Un mariage, mais son épouse est funèbre,
Je ne sais pourquoi, car rien ne semble
plus beau
Que ce château qu’éclairent mille
radieux flambeaux,
Et la noce sera sans doute des plus
belles. »
« A mon commandement ne sois pas
rebelle,
Transporte cet homme au château »,
dit le roi.
« Volontiers, répondit l’aigle, à
cet endroit
Je vais le transporter, mais la route
est difficile
Et bien longue d’ici au royal domicile,
Et il me faut manger pour pouvoir
accomplir
Ma mission. » Pendant la nuit, on
vit se remplir
Le château de bouchers laborieux, qui
purent
Nourrir l’aigle jusqu’au matin, et le
repurent.
Il s’envola avec le pêcheur sur les
flots
Où on ne voyait rien, hormis le ciel et
l’eau.
Mais comme ses forces peu à peu
faiblissaient,
Sur un rocher que les grandes marées
laissaient
A découvert, il mit notre pêcheur,
allant,
Pour qu’il se sustentât, au château en
râlant.
Le pêcheur resta sur le rocher. L’inquiétude
Emplissait son cœur dans cette solitude,
La mer montait, montait, et loin de ses
regards,
L’aigle avait disparu, et le bonhomme
hagard
Se mit debout, sur la pointe la plus
élevée,
Certain que ses heures étaient
maintenant achevées.
L’eau baigna ses pieds, son genou, et atteignit
Sa taille, sans que le danger ne
contraignît
L’aigle à venir. Quand l’eau lui arriva,
mortelle,
Jusqu’au menton, il le vit ; sa
joie était telle
Qu’il faillit en périr. Il vint à son
secours
Et le déposa dans la château, à la cour.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
Inscription à :
Articles (Atom)







