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dimanche 3 mai 2020

Le château foncé

le château foncé

Mon âme est un château dans une plaine
Dont les pièces sont de spectres pleines,
L’un dort et l’autre lit dans le salon,
un autre contemple comme un félon
Ses confrères, en cachant sa dague noire
Qui dans les ténèbres reluit sans gloire,
Tandis qu’un autre, en se tenant loin,
Mange des choses immondes dans un coin.

Assailli par le soleil et la pluie,
Larme que le temps peu à peu essuie,
Il s’enfonce lentement sous les fleurs,
Chiffon déchiré qui boit sa douleur
Et se noie dans des flots invisibles.
De toute la nature il est la cible :
La foudre le frappe comme un fouet,
Des vents sans pitié il est le jouet,
Et la tempête, capricieuse fille,
Dans la vaste création l’éparpille.

Cela me réjouit de penser, parfois,
Qu’il y a partout des poussières de moi
À l’intérieur du ciment du monde,
Dans les forêts, les déserts et les ondes,
Que l’univers est plein de mes débris,
Ces éphémères et effrayants cris,
Et que mes pensées que rien ne voile
Dans le ciel deviennent des étoiles.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 10 octobre 2017

Conte: Le brave musicien (Partie III)

CONTE: LE BRAVE MUSICIEN (PARTIE IiI)



III. Comment le musicien parvint à conquérir le trésor

Le musicien allume un feu et fait sa soupe,
Il prend aussi quelques légumes et les coupe,
Et tandis qu’elle bout reprend tranquillement
Sa flûte à ses côtés, qui l’attend fidèlement.
Les lentilles cuites, dans une grande assiette
Il les verse et mange sans avoir l’âme inquiète.
Soudain la porte s’ouvre avec un bruit de deuil,
Sur une civière portant un grand cercueil,
Deux hommes entrent, et ils déposent sans rien dire
Leur fardeau sur une table et se retirent.
Le musicien se lève, il l’ouvre et il y voit
Un vieil homme ridé et dur comme du bois,
Avec une longue barbe et des cheveux blancs,
Le visage très pâle et les membres tremblants,
Qui est toujours vivant ! Le musicien s’étonne,
Le prend par le bras, le fait s’asseoir et lui donne
Un peu de sa soupe. Le vieillard ravivé
Lui dit : « Merci, jeune mortel. Tu m’as sauvé.
Suis-moi. » Le musicien, avec sa lanterne,
Le suit ; ils descendent des escaliers mornes
Jusqu’à un ténébreux et profond souterrain.
Le vieillard s’arrête comme un spectre d’airain
Devant un grand monceau d’argent, devenu plus pâle.
« Divise ce trésor en deux parts égales,
Parfaitement égales, dit-il au musicien,
Ou tu perdras la vie et tu n’auras rien. »
Le musicien compte les écus, les divise
En deux monceaux égaux. Mais une pièce grise
Est de trop. Il la prend alors par le milieu
Et avec son couteau la brise. Pour le vieux
Il met une moitié, une autre pour lui-même.
Le vieillard lui sourit, son front n’est plus blême,
Et dit : « Je suis sauvé ! depuis cent ans je garde
Mon fatal trésor. Tous ceux qui se hasardent
A venir veulent tout prendre. Prends la moitié
De cet argent qui m’a rendu sans pitié,
Et donne ce qui reste aux pauvres sans familles. 
Sois généreux comme pour ta soupe aux lentilles. »
Le vieillard disparaît, et le musicien prend
Sa moitié, donne l’autre aux mendiants errants,
Se fait construire une grande maison fort belle
Et vit heureux, la main pleine et le cœur fidèle.

[FIN DU CONTE: LE BRAVE MUSICIEN]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 6 octobre 2017

Conte: Le brave musicien (Partie II)

CONTE: LE BRAVE MUSICIEN (PARTIE iI)


II. Ce que fit le brave musicien au château

Le musicien dit au vieillard : « Merci, grand-père.
Je n’ai peur d’aucun spectre errant, et j’espère
Que je pourrai trouver tous ces rares trésors
Et à tous les pauvres gens donner de l’or. »
En vain le vieux fermier, avec des raisons sages,
Tenta de l’empêcher et fléchir son courage ;
Le musicien pria seulement le fermier
Qui n’avait pas besoin de se faire prier,
De lui prêter pour la nuit deux valets de ferme
Avec deux lanternes, ces deux seules armes
Pour le guider dans la rêveuse obscurité.
Arrivé au château, pour leur sécurité
Il congédia les deux domestiques fidèles,
Prit une lanterne et, éclairé par elle,
Franchit courageusement le seuil du grand château.
Il monta au premier étage, et bientôt
Se trouva dans une grande salle déserte
Dont la porte était, ô surprise ! grande ouverte.
Il se mit à jouer de la flûte et rêvait.
Le vieillard l’entendit d’en bas, ce qui prouvait
Qu’il vivait encore. Mais bientôt, grand silence !
Le bon fermier en est bien triste, et il pense
Avec inquiétude que notre musicien
Est la proie de quelque sorcier ou spectre ancien.
Or non. Le musicien a faim ; il regarde
A droite et à gauche, et enfin se hasarde
A aller et chercher quelque chose à manger,
Sans penser aux spectres et aux autres dangers.
Il découvre, dans la chambre voisine,
Une casserole pleine pour qu’on dîne,
Semble-t-il, de bonnes lentilles, et du pain,
De l’eau et un peu de sel à portée de main.

[A SUIVRE]



Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 1 octobre 2017

Conte: Le brave musicien (Partie I)

CONTE: LE brave musicien (PARTIE I)

I. Ce que vit le brave musicien en étant dans une ferme

Il était une fois un brave musicien
Gagnant honnêtement sa vie sans la gagner bien,
Qui s’en allait aux jours de fête volages
Jouer de la flûte dans quelques villages.

Un soir, le musicien dans une ferme rêvait
En voyant un château imposant qui s’élevait
Dans le ciel, pareil à un nuage immense.
Il demanda avec surprise et patience
A qui appartenait cet autre firmament.
« Il appartenait à un seigneur alarmant,
Lui dit enfin un vieux fermier, dont la race
Et le nom sont maudits. Mauvais et vorace,
Il a vécu dans son grand château, toujours seul
Ainsi qu’un mort voilé de son pesant linceul.
Rien ne touchait ce cœur comme la nuit sombre
Et qui semblait à tous fait de vices et d’ombres ;
Pour les pauvres comme pour ses tenanciers
Ce seigneur était sans remords et sans pitié,
L’argent était son seul bonheur et sa famille,
Son père, sa mère, son fils et sa fille !
Le jour où il mourut un hiver arrivant,
Il cacha son trésor aux morts et aux vivants :
Un parent, seul héritier de cette âme noire,
Creusa, sonda les murs, ouvrit les armoires,
Mais il ne trouva rien ! d’autres spéculateurs
Vinrent eux aussi – car l’or est un grand tentateur –
Sans être plus heureux. Ils devinrent fous, mêmes,
D’autres de leur quête revinrent très blêmes
En racontant qu’ils ont vu errer des revenants
Dans le château maudit, et des spectres tonnants.
Vous avez l’air d’un bon garçon ; je vous conseille
D’oublier ce manoir où le Mal sommeille,
Oubliez tout cet or, travaillez pour manger
Et ne mettez pas vos jeunes jours en danger. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 30 août 2016

Conte: U denti paladinu (La dent du paladin) (Partie II)

CONTE: U DENTI PALADINU (PARTIE Ii)

Conte: U denti paladinu (Partie I) 

II. Ce qui arriva au chevalier à l’issue de son aventure 

Le chevalier entra, grâce à la défense,
Au château du Diable blême de cette offense,
S’il l’eût sue, mais il n’en fut pas, ce soir-là, instruit,
Car les dragons dormaient sans qu’ils ne fissent un bruit.
Le château était beau, riche et vénérable,
Aucun autre ne lui était comparable :
Avec de gros diamants il était tout pavé,
Il était éclairé, pour mieux défier Yahvé,
Par des lampes d’or dont l’huile était parfumée.
L’encens montait, comme une enivrante fumée,
Dans de vastes salles où causaient doucement
Des statues de marbre qui souriaient lassement.
Une statue parla au chevalier pâle :
« Que viens-tu faire dans la demeure fatale
Du Diable, vain mortel ? » et une autre reprit :
« Pour venir ici tu as dû perdre l’esprit,
Homme insolent ! Je veux te rosser pour ce crime,
Mais tu es chevalier, je préfère l’escrime ; 
Prends cette épée et bats-toi donc jusqu’à la mort. »
Le chevalier tendit la main, mais du noir sort
Que lui prédit la fée, se souvint et fit taire
Sa colère aussitôt. Crâne et solitaire,
Il marcha en cherchant la dent du paladin,
Et fut bientôt dans un magnifique jardin
Où le Diable faisait chaque jour sa promenade.
Il y avait des arbres rares et des naïades
Qui se baignaient dans des ruisseaux profonds et clairs ;
Les arbres, dont la cime embrassait doucement l’air,
Etaient appesantis de fruits et de fleurs lourdes.
Le chevalier avait faim, mais il prit garde
De cueillir le moindre fruit. Les oiseaux, chantant,
Lui dirent : « Prends ces fruits ! Mange ! », le tourmentant,
Mais il ne céda pas à ce désir funeste
Et poursuivit sa route en marchant, moins leste,
Car il était bien las. Dans une salle il vit,
Après le beau jardin, apeuré mais ravi,
Les plus belles femmes qu’il y avait au monde.
La plus belle lui dit de sa voix profonde :
« Soyez le bienvenu ici, beau chevalier.
Le sort dans cette nuit semblait nous oublier,
Nous attendions vainement notre sauveur, sire ! »
Et elle poursuivit avec un doux sourire :
« Acceptez, je vous prie, quelques rafraichissements ; 
Après tant de hasards vous soupirez lassement,
Reposez-vous un peu de votre voyage. »
Il faillit bien être séduit par ce langage, 
Mais notre chevalier, malgré son ravissement,
Se souvint de la fée et son avertissement ;
Craignant un sinistre piège, il prit la fuite.
Dans une chaude salle il se trouva ensuite,
L’air était si pesant qu’il semblait un fardeau
Qui appesantissait et les pieds et le dos.
Le chevalier marcha dans cette géhenne
Trente jours et trente nuits, chose herculéenne !
Mais la faim et la soif le tuaient lentement,
Pour mourir n’attendant point notre consentement.
Le malheureux soudain vit la dent enchantée
D’où coulait un vin de couleur ensanglantée
Dans un bassin profond, fait d’un beau marbre blanc.
Encore un pas à faire ! Et le héros tremblant 
Dépouillerait l’enfer d’un trésor légendaire.
Mais ce pas il ne put, le chevalier, le faire, 
Il perdit la raison, oublia son dessein
Et tomba, la tête la première, au bassin.
Les flots de vin le couvrent et soudain l’emportent
Dans un gouffre infernal plein de choses mortes.

[FIN DU CONTE: U DENTI PALADINU]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 28 août 2016

Conte: U denti paladinu (La dent du paladin) (Partie I)

CONTE: u denti paladinu (partie i)

I. Le château du Diable, et l’aventure d’un jeune chevalier qui s’y invita

Il existait jadis un château effroyable
Et qui appartenait éternellement au Diable ;
De fossés d’eau bouillante il était entouré
Où cuisaient pour toujours les pauvres égarés
Qui y tombaient, âmes dans l’enfer empêtrées.
Des portes d’airain sept dragons gardaient l’entrée.
Aucun aventurier n’avait pu les franchir,
Car le Diable gardait jalousement, sans fléchir,
Dans son château la Dent du Paladin, dont coule,
Comme d’une source à l’abri de la houle,
Un vin éternel et bon, aimé des mortels,
Que le Diable faisait goûter hors du castel
Pour le faire connaître ici-bas aux plus braves
Qu’il soumettait bientôt, faisant d’eux ses esclaves.
Ils venaient, mais jamais ne purent réussir ;
Arrivés aux portes dont on ne peut issir,
Mille cloches sonnaient, et les dragons venaient
Dévorer l’audacieux qu’en enfer ils menaient.
Un jeune chevalier, preux et bravant le sort,
Tenta l’aventure et voulut vaincre la mort.
Il cherchait la gloire, la plus grande de toutes !
Revenir avec la Dent du Paladin ! Sans doute
On parlerait de lui et nul ne l’oublierait.
Même à la géhenne pour cela il irait ! 
En route il se mit donc. Malgré la lassitude,
Les hasards du chemin et la solitude,
Il fut près des portes du château infernal
Se reposant un peu, reposant son cheval.
Dès qu’il fut sur l’herbe, il vit une femme frêle
Et un sanglier qui courait derrière elle,
Enorme et menaçant, grommelant avec fureur.
« Sauvez-moi ! Sauvez-moi ! » Criait avec terreur
La pauvre victime. Le chevalier, bien leste,
Eventra promptement la bête funeste
Avec son grand couteau. « Crâne et bon chevalier,
Qui vient à ce château inhospitalier,
Je ne suis point femme, mais une fée puissante.
Tu m’as sauvée et je te suis reconnaissante. 
Pour te récompenser que veux-tu, bon guerrier ? »
Il répondit à la fée : « Seulement te prier
De me dire comment franchir ces grandes portes. »
« Arrache, chevalier, à cette bête morte
Sa plus grande défense, et tu pourras sans bruit
Entrer dans le château. De ceci sois instruit,
Toutefois : refuse tout ce qu’on t’y offre
Ou tu mourras. Prends garde à l’enfer et ses affres,
N’oublie pas que le Diable est malin et puissant.
Va, mon cœur te sera toujours reconnaissant. »

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 30 mars 2015

Conte: Le Château suspendu dans les airs (Partie V)

CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS (PARTIE V) 


V. Comment le pêcheur sauva sa princesse, et de quelle manière son ravisseur fut châtié par le roi

La femme du pêcheur était à sa fenêtre,
Innocente comme l’enfant qui vient de naître ;
Apercevant son mari appelé par le devoir,
Elle le reconnut, heureuse de le voir,
Car elle l’aimait bien, et elle était ravie
Par un homme cruel qui menaçait sa vie
Et qui jurait, pour la fléchir, de la tuer.
Elle s’empressa donc, de loin, de saluer
Son époux, et lui dit, sans être entendue :
« En vous voyant, seigneur, mon âme m’est rendue.
L’usurpateur, de tout mortel s’effarouchant,
Ne quitte jamais la tabatière ; en couchant
Il la met, le fourbe, et ferme la porte,
Avant de dormir, sous son oreiller, de sorte
Qu’on ne peut la prendre sans le réveiller.
Je l’ai su en allant, mon cher, le surveiller.
Sachez que je vous suis et vous serai fidèle. »
Le pêcheur raconta tout ce qu’on fit d’elle
Au roi des Rats et des Souris, l’heureux époux
De sa troisième sœur, avec un grand courroux.
Après avoir songé à un stratagème,
Il lui dit : « Pour sauver la princesse que j’aime,
Ordonne à un de tes sujets obéissants
D’aller dans la chambre pour fourrer, roi puissant,
Sa queue dans sa bouche qui sera entrouverte ;
Quand il toussera, ce qui causera sa perte,
Et pendant qu’il sera assis sur son séant,
Je reprendrai ma femme et mon château géant
Quand je lui reprendrai enfin ma tabatière. »
Sur le dos de l’aigle aux ailes altières
Le pêcheur revint au château, en apportant
Une souris avec lui et un rat sortant
Sa longue queue, noire comme une vieille enclume,
En venant avec lui, de ses blanches plumes.
Quand le seigneur se mit à ronfler, bien nourri,
Elle courut jusqu’à sa chambre, et la souris
Lui fourra sa queue dans la bouche ; mais courte,
L’homme la lui serra d’une façon si forte,
Sans qu’il se réveillât, qu’il la fit cuiter.
Le rat à la longue queue entra sans bruiter
Et il fourra sa queue jusque dans la gorge
De l’homme qui dormait comme un fer dans la forge.
Il s’éveilla, cette fois, toussant et crachant,
A moitié étranglé. Le pêcheur, se cachant
Auprès du lit, prit sa tabatière enchantée
Et l’ouvrit, par la fée obéissante hantée,
Qui lui dit : « Maître, que puis-je pour vous servir ? »
« Transporter cet homme qui a osé ravir
Ma princesse, ainsi que mon château prospère,
Là où il fut, dans le jardin de mon beau-père. »
Répondit le pêcheur. Et le château allait,
Et dans le jardin du roi, face à son palais,
Fut enfin posé et resta immobile.
Le roi, en le voyant, crut être débile
Et qu’il eut la berlue, mais il vit arriver
Son gendre et sa fille chérie. Sans se priver
De l’embrasser, ils lui racontèrent l’histoire,
La lâcheté du seigneur, du pêcheur la victoire ;
Le roi fut bien joyeux et châtia l’amant
Qu’il fit écarteler par quatre chevaux fumants.
Le pêcheur et sa femme vécurent sans peine
Jusqu’à la fin de leur vie serein et sereine,
Mais, de peur d’un nouvel accident, il cacha
Sa tabatière qu’à son ventre il attacha.

[FIN DU CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 29 mars 2015

Conte: Le Château suspendu dans les airs (Partie IV)

CONTE: LE CHÂTEAU SUSPENDU DANS LES AIRS (PARTIE Iv) 


IV. Ce que le pêcheur fit pour retrouver son château et la princesse

Quand il revint de la chasse avec son beau-père,
Le pêcheur ne vit point son château prospère,
Et de ne plus le revoir il était si surpris
Que le pauvre époux en faillit perdre l’esprit.
Le roi entra dans une terrible colère,
Voyant que sa fille et le château s’envolèrent,
Et fit devant sa cour le serment solennel
Qu’il ferait écarteler son gendre criminel
S’il ne ramenait pas, en deux mois, sa fille ravie,
Par quatre chevaux noirs qui lui prendraient la vie.
Le pêcheur était bien triste ; mais il pensa
Que ses puissants beaux-frères et qu’il récompensa
Par les mains de ses sœurs qui n’étaient point laides,
Pourraient le secourir et lui apporter l’aide.
Il se mit en route, donc, pour aller les voir,
Et au roi des Poissons il fit d’abord savoir
La sombre trahison et l’affaire affreuse,
Quand il eut embrassé sa sœur, bien heureuse.
Il demanda au roi s’il entendit parler
D’un château suspendu dans les airs. « Déferler
M’est familier, lui dit-il, depuis ma naissance,
Et, hélas, je n’en ai point eu connaissance.
Mais attends, je ne suis point, mon frère, inconstant,
Et je pourrai te dire, je pense, en un instant
Où il est, car la mer de mes sujets est pleine. »
Il les assembla, de la puce à la baleine,
Et il leur demanda s’ils avaient entendu
Parler d’un grand château dans les airs suspendu ;
Ils répondirent, sans apporter de lumières,
Qu’ils en entendaient parler pour la première
Fois, et ne savaient point que cette œuvre existait.
Seul un Marsouin chenu sans répondre restait.
Le roi lui demanda : « Toi qui es vieux et sage,
As-tu vu ce château dans l’un de tes passages ? »
Le Marsouin répondit : « Non, votre majesté,
Mais d’un aigle savant le souvenir m’est resté,
Qui m’en a parlé et l’a vu dans ses voyages,
En me disant que dans huit jours un mariage
Y sera célébré, et qu’on y a amené
Tant de viandes, qu’il en est encore étonné,
Et qu’il n’avait jamais mangé autant, maître. »
Le roi le remercia. Qu’on avait vu le traître
Il dit à son beau-frère, qui sortit de la mer
Et alla parler au roi des Oiseaux, amer,
De l’aigle, du château et de la princesse.
Le roi, indigné de cette grande bassesse,
Réunit ses sujets et les interrogea
Au sujet d’une fille de roi qu’on relogea
Et d’un château qui est suspendu aux nuées.
L’aigle répondit : « Loin des ondes remuées
Par le vent, à mille lieues, voyageant alors,
J’ai vu ce château qui brille comme de l’or.
Dans huit jours, majesté, un roi y célèbre
Un mariage, mais son épouse est funèbre,
Je ne sais pourquoi, car rien ne semble plus beau
Que ce château qu’éclairent mille radieux flambeaux,
Et la noce sera sans doute des plus belles. »
« A mon commandement ne sois pas rebelle,
Transporte cet homme au château », dit le roi.
« Volontiers, répondit l’aigle, à cet endroit
Je vais le transporter, mais la route est difficile
Et bien longue d’ici au royal domicile,
Et il me faut manger pour pouvoir accomplir
Ma mission. » Pendant la nuit, on vit se remplir
Le château de bouchers laborieux, qui purent
Nourrir l’aigle jusqu’au matin, et le repurent.
Il s’envola avec le pêcheur sur les flots
Où on ne voyait rien, hormis le ciel et l’eau.
Mais comme ses forces peu à peu faiblissaient,
Sur un rocher que les grandes marées laissaient
A découvert, il mit notre pêcheur, allant,
Pour qu’il se sustentât, au château en râlant.
Le pêcheur resta sur le rocher. L’inquiétude
Emplissait son cœur dans cette solitude,
La mer montait, montait, et loin de ses regards,
L’aigle avait disparu, et le bonhomme hagard
Se mit debout, sur la pointe la plus élevée,
Certain que ses heures étaient maintenant achevées.
L’eau baigna ses pieds, son genou, et atteignit
Sa taille, sans que le danger ne contraignît
L’aigle à venir. Quand l’eau lui arriva, mortelle,
Jusqu’au menton, il le vit ; sa joie était telle
Qu’il faillit en périr. Il vint à son secours
Et le déposa dans la château, à la cour.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène