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mercredi 30 août 2023

En, Chevalier de l’Espoir

   en, chevalier de l'espoir

Sur les cœurs grands et noirs,
Pareils aux terres sèches,
En faisait pleuvoir
L'espoir, cette pluie fraîche.

Doux comme le printemps
Qui verdit la nature,
Il redonnait du temps
Aux pâles créatures,

Il rendait tout plus beau,
Même les sombres choses,
Et, non loin des tombeaux,
Faisait pousser des roses,

Il sublimait la fin
De la vie éphémère ;
Il restait du parfum
Dans cette fiole chère,

Dans ce grand élixir,
Il restait quelques gouttes,
Et avant de mourir
On les buvait toutes.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 26 août 2023

Tas, Chevalier de l’Oubli

   tas, chevalier de l'oubli

Tas, dans tout esprit qui pâlit
Et dans toute âme qui souffre,
Versait, comme dans un gouffre,
L’océan profond de l’oubli.

Ceux qui sont las de leurs travaux
Et de leurs vaines habitudes
L’attendaient dans leur solitude,
Renoncement calme et nouveau ;

Tout avait un sens différent,
La vie, plus facile à vivre,
Pareille à une femme ivre,
Errait dans des chemins errants,

L’existence brillait, et Tas
Était son soleil limpide,
Elle était désormais sans rides,
Dans son plus virginal état !

Tout disparaissait grâce à lui,
L’esprit comme la matière
Qu’il perçait de sa lance altière
Tuant hier et aujourd’hui.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 11 décembre 2019

Voyage de noces abstrait

voyage de noces abstrait

Seule, le soir, avec son rêve immense,
Au pays de l’amour elle pense,
Enivrée par de secrètes odeurs,
Le corps brûlé par de jeunes ardeurs
Comme des bougies allumées dans l’âme,
Embrasée par d’invisibles flammes,
Les larmes aux yeux et les cendres au cœur.
Elle pense à lui, à son doux vainqueur,
Qui viendra et la ravira dans l’ombre,
Sa robe blanche sur son cheval sombre
Comme un peu de jour sur un peu de nuit,
Reluira, et il n’y aura qu’elle et lui ;
Elle sera vouvoyée et aimée,
Son existence sera parfumée
Comme son grand lit parsemé de fleurs,
Ils s’aimeront dans la joie et la douleur
Comme au premier jour, épris et fidèles,
Avec un bruissement délicat d’ailes
Un ange ou un oiseau, tous les matins,
Viendront les réveiller, et leur destin
Sera de mourir, bouche sur la bouche,
Au même instant et dans la même couche.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 30 août 2016

Conte: U denti paladinu (La dent du paladin) (Partie II)

CONTE: U DENTI PALADINU (PARTIE Ii)

Conte: U denti paladinu (Partie I) 

II. Ce qui arriva au chevalier à l’issue de son aventure 

Le chevalier entra, grâce à la défense,
Au château du Diable blême de cette offense,
S’il l’eût sue, mais il n’en fut pas, ce soir-là, instruit,
Car les dragons dormaient sans qu’ils ne fissent un bruit.
Le château était beau, riche et vénérable,
Aucun autre ne lui était comparable :
Avec de gros diamants il était tout pavé,
Il était éclairé, pour mieux défier Yahvé,
Par des lampes d’or dont l’huile était parfumée.
L’encens montait, comme une enivrante fumée,
Dans de vastes salles où causaient doucement
Des statues de marbre qui souriaient lassement.
Une statue parla au chevalier pâle :
« Que viens-tu faire dans la demeure fatale
Du Diable, vain mortel ? » et une autre reprit :
« Pour venir ici tu as dû perdre l’esprit,
Homme insolent ! Je veux te rosser pour ce crime,
Mais tu es chevalier, je préfère l’escrime ; 
Prends cette épée et bats-toi donc jusqu’à la mort. »
Le chevalier tendit la main, mais du noir sort
Que lui prédit la fée, se souvint et fit taire
Sa colère aussitôt. Crâne et solitaire,
Il marcha en cherchant la dent du paladin,
Et fut bientôt dans un magnifique jardin
Où le Diable faisait chaque jour sa promenade.
Il y avait des arbres rares et des naïades
Qui se baignaient dans des ruisseaux profonds et clairs ;
Les arbres, dont la cime embrassait doucement l’air,
Etaient appesantis de fruits et de fleurs lourdes.
Le chevalier avait faim, mais il prit garde
De cueillir le moindre fruit. Les oiseaux, chantant,
Lui dirent : « Prends ces fruits ! Mange ! », le tourmentant,
Mais il ne céda pas à ce désir funeste
Et poursuivit sa route en marchant, moins leste,
Car il était bien las. Dans une salle il vit,
Après le beau jardin, apeuré mais ravi,
Les plus belles femmes qu’il y avait au monde.
La plus belle lui dit de sa voix profonde :
« Soyez le bienvenu ici, beau chevalier.
Le sort dans cette nuit semblait nous oublier,
Nous attendions vainement notre sauveur, sire ! »
Et elle poursuivit avec un doux sourire :
« Acceptez, je vous prie, quelques rafraichissements ; 
Après tant de hasards vous soupirez lassement,
Reposez-vous un peu de votre voyage. »
Il faillit bien être séduit par ce langage, 
Mais notre chevalier, malgré son ravissement,
Se souvint de la fée et son avertissement ;
Craignant un sinistre piège, il prit la fuite.
Dans une chaude salle il se trouva ensuite,
L’air était si pesant qu’il semblait un fardeau
Qui appesantissait et les pieds et le dos.
Le chevalier marcha dans cette géhenne
Trente jours et trente nuits, chose herculéenne !
Mais la faim et la soif le tuaient lentement,
Pour mourir n’attendant point notre consentement.
Le malheureux soudain vit la dent enchantée
D’où coulait un vin de couleur ensanglantée
Dans un bassin profond, fait d’un beau marbre blanc.
Encore un pas à faire ! Et le héros tremblant 
Dépouillerait l’enfer d’un trésor légendaire.
Mais ce pas il ne put, le chevalier, le faire, 
Il perdit la raison, oublia son dessein
Et tomba, la tête la première, au bassin.
Les flots de vin le couvrent et soudain l’emportent
Dans un gouffre infernal plein de choses mortes.

[FIN DU CONTE: U DENTI PALADINU]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 28 août 2016

Conte: U denti paladinu (La dent du paladin) (Partie I)

CONTE: u denti paladinu (partie i)

I. Le château du Diable, et l’aventure d’un jeune chevalier qui s’y invita

Il existait jadis un château effroyable
Et qui appartenait éternellement au Diable ;
De fossés d’eau bouillante il était entouré
Où cuisaient pour toujours les pauvres égarés
Qui y tombaient, âmes dans l’enfer empêtrées.
Des portes d’airain sept dragons gardaient l’entrée.
Aucun aventurier n’avait pu les franchir,
Car le Diable gardait jalousement, sans fléchir,
Dans son château la Dent du Paladin, dont coule,
Comme d’une source à l’abri de la houle,
Un vin éternel et bon, aimé des mortels,
Que le Diable faisait goûter hors du castel
Pour le faire connaître ici-bas aux plus braves
Qu’il soumettait bientôt, faisant d’eux ses esclaves.
Ils venaient, mais jamais ne purent réussir ;
Arrivés aux portes dont on ne peut issir,
Mille cloches sonnaient, et les dragons venaient
Dévorer l’audacieux qu’en enfer ils menaient.
Un jeune chevalier, preux et bravant le sort,
Tenta l’aventure et voulut vaincre la mort.
Il cherchait la gloire, la plus grande de toutes !
Revenir avec la Dent du Paladin ! Sans doute
On parlerait de lui et nul ne l’oublierait.
Même à la géhenne pour cela il irait ! 
En route il se mit donc. Malgré la lassitude,
Les hasards du chemin et la solitude,
Il fut près des portes du château infernal
Se reposant un peu, reposant son cheval.
Dès qu’il fut sur l’herbe, il vit une femme frêle
Et un sanglier qui courait derrière elle,
Enorme et menaçant, grommelant avec fureur.
« Sauvez-moi ! Sauvez-moi ! » Criait avec terreur
La pauvre victime. Le chevalier, bien leste,
Eventra promptement la bête funeste
Avec son grand couteau. « Crâne et bon chevalier,
Qui vient à ce château inhospitalier,
Je ne suis point femme, mais une fée puissante.
Tu m’as sauvée et je te suis reconnaissante. 
Pour te récompenser que veux-tu, bon guerrier ? »
Il répondit à la fée : « Seulement te prier
De me dire comment franchir ces grandes portes. »
« Arrache, chevalier, à cette bête morte
Sa plus grande défense, et tu pourras sans bruit
Entrer dans le château. De ceci sois instruit,
Toutefois : refuse tout ce qu’on t’y offre
Ou tu mourras. Prends garde à l’enfer et ses affres,
N’oublie pas que le Diable est malin et puissant.
Va, mon cœur te sera toujours reconnaissant. »

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 23 mai 2015

Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie VI)

CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE Vi)


VI. Le bonheur des deux amants, qui devinrent mari et femme

Pour qu’on pût arriver chez Guillaume, il fallait
Passer à gué une rivière. Il y allait,
L’intrépide cheval. Le bruit que ses pas firent
Et sa brusquerie à pâlir Nina suffirent.
De sa triste rêverie quand la pauvrette sort,
Elle voit le chemin désert comme la mort
Où il n’y nul vivant, hélas, qui séjourne.
Pour appeler son parrain elle se retourne
Mais ne voit personne. L’inquiétude et le froid
La faisaient tressaillir et l’emplissaient d’effroi,
Mais l’idée de fuir cet hymen qu’on lui destine
La rendit plus hardie et aussi moins chagrine
Et elle ne retint plus le cheval béni.
De traverser le gué noir dès qu’il eut fini,
Le cheval arriva bientôt chez son maître.
Le guetteur, quand il vit la beauté paraître,
Corna pour avertir et vint lui demander
Ce qu’elle venait à telle heure truander,
Ne la reconnaissant point dans l’ombre pesante,
A travers la porte. Une voix séduisante
L’étonna quand elle lui dit : « Ouvrez, je cours,
Des voleurs me poursuivent, venez à mon secours ! »
L’autre par le guichet tout d’abord regarde
Et voit une jeune beauté fort hagarde
Sur un palefroi gris, vêtue d’un riche manteau.
Il court pour avertir le maître du château
Car il prit Nina pour une fée favorable
Venue pour consoler son seigneur honorable.
Celui-ci, affligé encore, s’éplorait
Pour Nina, la douce beauté qu’il adorait,
Et soupirait comme ses serviteurs fidèles.
Quand il sut qu’une femme venait, au-devant d’elle
Il alla courtoisement lui ouvrir, et sans voix,
Ô joie inespérée ! ô, bonheur ! il voit
Sa mie, qui dans ses bras aussitôt s’élance
En criant : « Sauvez-moi », et avecque violence
Le serre de toutes ses forces avec les siens
En se retournant pour voir s’il n’y avait rien,
Donnant l’air de craindre d’être vraiment ravie
Et de trembler comme elle le disait pour sa vie.
« Rassurez-vous, s’écrie Guillaume, je vous tiens,
Et à moi, cette fois, vous retenir revient.
Nul ne vous ravira encore à ma flamme,
Dussé-je en trépasser et en perdre l’âme ! »
Il fait lever le pont. Pour jouir d’un bonheur doux,
Il veut aussi devenir de sa beauté l’époux,
Et sans tarder il la conduit à la chapelle
En ordonnant à son chapelain qu’il appelle
De les marier. La joie enivra de plaisir
Tout le château, content de voir tous les désirs
De son maître comblés après une nuit sombre
Moins emplie que son bon cœur ténébreux d’ombre.   
Cependant à Médot tout le monde arriva.
De ne point voir Nina là on invectiva
D’abord le chevalier qui dormait encore
Et qui se réveilla, étonné, à l’aurore.
On soupçonna ensuite que Nina s’égara
Dans les bois, et à la chercher se prépara,
Quand un écuyer vint de la part de Guillaume
Inviter le père et tous les gentilshommes
A se rendre chez lui. Tous les convives hideux
Y coururent. Guillaume alla au-devant d’eux
Leur présentant Nina, devenue sa femme.
On se révolta de la trahison infâme,
Mais Guillaume pria les gens d’être écouté
Et leur dit qu’il n’avait point Nina filouté
Et de ses amours il leur conta l’histoire.
Les vieillards applaudirent sa douce victoire,
Blanchis dans des canons d’honneur et loyauté,
Du père et de l’oncle virent la cruauté
Et pressèrent le père de ratifier l’union,
Et celui-ci ne put avoir autre opinion.
Peu de temps après, lui et l’oncle moururent,
Guillaume et sa femme, qui se secoururent
Pour vivre, devinrent les plus riches seigneurs
De Champagne, et vécurent heureux et sans frayeur.

[FIN DU CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS)]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie V)

CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE V)


V. Comment le palefroi gris, complice de ses amours, aida Nina à fuir le mariage funeste

Tous sauf Nina à la paternelle demeure
Pour qu’ils partissent tôt couchés de bonne heure,
Dormaient et emplissaient l’air de leurs ronflements,
Vieillards fatigués qui sommeillaient lourdement.
Le guetteur du donjon avait ordre du maître
De réveiller dès qu’il verrait le jour paraître
Tous ceux qui étaient là en sonnant du tocsin.
Nina, qui maudissait le soleil assassin,
Fatal à ses amours, était pâle et sombre,
Et elle avait cherché à s’enfuir dans l’ombre
Sans qu’elle réussît à quitter sa prison.
Ô mortelle douleur et noire trahison !
Vers minuit la lune se leva, radieuse.
Le guetteur, dont l’humeur était fort joyeuse
Et qui avait mangé et vu à volonté,
S’était endormi. Tout à coup le déhonté,
Se levant, vit une clarté éblouissante
Qui lui sembla du jour la lueur puissante,
Et sonna son tocsin, croyant qu’il était tard.
Tous les vieux convives, qui n’étaient point fêtards,
Se levèrent en grommelant. Les domestiques allèrent
Préparer leurs chevaux qu’aussitôt ils scellèrent.
Comme il était le plus beau, le palefroi gris
Appartenant à son amant au cœur aigri,
Revenait à Nina, qui fondit en larmes
En le voyant. Mais nul ne plaignit ses alarmes
Dont on croyait à tort que l’unique raison
Etait qu’elle quittait son père et sa maison.
Elle ne voulait point de cette monture,
Mais on y fit monter la pauvre créature
Comme de force, et on partit bien promptement.
La mariée soupirait sans cesse et tristement
Et elle s’était mise à la queue de la troupe.
Devant elle marchait le sinistre groupe
Des gens de la noce, d’hommes, femmes et valets.
Pour l’escorter un vieux chevalier allait
Avec elle, parrain pour la cérémonie,
Et la pauvre, comme traînée aux gémonies,
Etait peu empressée d’arriver au château
Qui était pareil pour elle aux cachots fataux.
Pour atteindre Médot il fallait trois lieues faire
Et qui aux voyageurs semblaient prolifères
Car on passait, aux bois, par un chemin étroit,
Et deux chevaux, fussent-ils les plus adroits,
Ne pouvaient y passer de front. Chose pénible
Qui rendit ces barbons rapidement irascibles.
On causa un peu pour s’égayer, mais les vieux,
Qui n’avaient pas dormi suffisamment, envieux
D’un peu de sommeil, sans tarder s’endormirent.
Vous ririez en voyant leurs têtes qui se mirent
A vaciller, ou qui tombaient sur leurs chevaux.
Nina n’en riait pas en songeant de nouveau
A son malheur et à Guillaume qui l’aime,
Et ralentissait son cheval, triste et blême
Comme les condamnés au supplice conduits
A vouloir vivre des instants de plus réduits.
Quand on fit une lieue, à son insu la belle,
Grâce au destin à son mariage rebelle,
Fut séparée du groupe, et son vieux conducteur,
Qui dormait d’un sommeil lourd dont Dieu est l’auteur,
Ne s’en aperçut point, chose heureuse sans doute.
On arriva à un endroit où la route
Se partageait en deux. La gauche conduisait
A Médot, et la droite que le bois réduisait
A un petit sentier, au château de Guillaume.
Longtemps appesanti par ce porteur du heaume,
Son cheval prit, à son chemin accoutumé,
Le sentier qui était à cette heure embrumé,
Et tous les autres allèrent à Médot avec zèle
Sans suivre le palefroi de la demoiselle.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 22 mai 2015

Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie IV)

CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE Iv)


IV. La douleur de Guillaume quand il sut la funeste nouvelle

Guillaume, victorieux au tournoi mais lassé,
Chez l’oncle qu’il crut son complice avait passé
Pour ouïr la réponse propice qu’il espère.
Mais ne le trouvant pas, il crut que le père
Faisait à ses souhaits quelque difficulté,
Et sans qu’il ne fût de ce retard révolté,
Le cœur parfaitement tranquille sur l’affaire,
De ses amours le chantre et le thurifère,
En rentrant chez lui de venir il fit prier
Pour chanter des chansons douces un ménétrier,
Les yeux emplis d’espoir, tournés vers la porte.
Tout à coup il voit – Que le Diable l’emporte –
Le valet qui salue de la part du vieillard
Et qui lui demande à son nom d’un air gaillard
Son beau palefroi gris pour lui et la dame,
Qu’on lui rendra bientôt. « De toute mon âme !
S’écrie le chevalier, et je serais content
De le lui prêter, s’il le faut, pour plus longtemps.
Que veut-il en faire, que j’y emploie mon zèle ? »
« Sire, on mène à Médot notre demoiselle. »
Répond le domestique, et Guillaume repart :
« A Médot ? J’ignorais qu’elle allait quelque part !
Qu’y va-t-elle faire ? Pourquoi ce voyage ? »
« C’est pour consommer, dit le valet, son mariage.
Ne savez-vous donc pas que votre oncle est venu
La demander à monseigneur, a obtenu
Sa main de lui, et qu’ils seront mari et femme
Demain matin ? » De la trahison infâme
Le chevalier reste pétrifié d’étonnement
Et, courroucé par cet abandonnement,
Songea à se venger, se promenant en silence,
Furieux, les yeux baissés, se faisant violence
Pour dompter ses ardeurs. « Ce traître m’a tout pris,
Se disait-il, et veut aussi mon cheval gris !
On a forcé sa main, c’est une certitude.
Nina m’aime et elle a la même inquiétude,
Elle ne préférera point à moi ce barbon !
Maudit vieillard au cœur sombre comme charbon ! »
Et il fait sceller son cheval gris, le prête
En espérant toujours que le destin l’arrête,
Puis appelle, lorsque le valet sort, ses gens
Et généreusement leur part son peu d’argent,
Leur permettant de le quitter à l’instant même.
Ceux-ci lui demandent, éperdus et blêmes,
Car ils sont fidèles, en quoi ils ont déplu.
« Partez, leur répond-il, je ne vous retiens plus !
Vous avez tous été fidèles et honorables,
Mais moi je suis devenu, hélas ! un misérable
Que le destin condamne à pleurer et souffrir.
Partez et laissez-moi dans ce château mourir. »
Mais les infortunés tous se jettent en larmes
A ses pieds. De rester pour guérir ses alarmes
Ils le conjurent, mais lui, sans s’y conformer,
Les quitte et s’en va dans sa chambre s’enfermer.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 21 mai 2015

Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie III)

CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE iII)


III. La trahison de l’oncle de Guillaume, et ce qu’il alla dire au père de Nina

Guillaume courut chez l’oncle sans attendre
Comme lui dit Nina. Avec des soupirs tendres
Il le supplia de seconder son amour
Et oublia de dire qu’on l’aimait en retour.
Son oncle répondit : « Je loue votre zèle,
Votre mie est une charmante demoiselle,
Je connais sa vertu qu’on ne peut que bénir.
Soyez tranquille, car je vais vous l’obtenir
De son père, qui est mon ami d’enfance,
Et qui ne fera pas la même défense
Quand je lui parlerai, et j’y vais de ce pas. »
Content comme un hère invité au repas,
Guillaume alla, l’âme d’espoir enfin remplie,
En attendant que la mission fût accomplie,
Pour Galardon, à un tournoi qui durerait
Deux jours, mais sans songer point qu’on le leurrerait
Et que son oncle était en vérité traître.
Cet oncle alla devant le père paraître,
Il le reçut avec grande hospitalité,
Agent, sans le savoir, d’autre fatalité.
Les deux vieillards firent d’abord bonne chère
Et de leurs jeunesses, qui leur sont si chères,
Parlèrent en racontant leurs travaux fort vantés
En guerre et en amour, quelques-uns inventés.
« Mon vieil ami, dit l’oncle ensuite au père,
D’être encore garçon je m’ennuie, et j’espère
Que vous accepterez une proposition
Que je viens vous faire, sans nulle opposition.
Accordez-moi Nina. Je lui abandonne
Tous mes biens, et avec bonheur les lui donne,
Et je demeurerai ici jusqu’à ma mort
Si épouser votre chère fille est mon sort. »
Cette proposition plut au père cupide
Et son consentement fut certes rapide ;
Il embrassa son gendre pour sceller l’engagement,
Et pour lui annoncer le funeste arrangement
Fit venir sa fille qui en fut consternée.
Maudissant ce vieillard et l’horrible journée,
Elle se cacha dans sa chambre, sans recours,
Et de son chevalier implorant le secours
Alors qu’à Galardon il se couvrait de gloire
Sans qu’il n’imaginât cette perfidie noire
D’un oncle qui voulait lui ravir sa beauté
Et le déshériter avecque cruauté.
Le soir, Nina courut comme d’habitude
Attendant son amant dans la solitude
Sans savoir qu’il était à son tournoi rendu.
Après avoir longtemps et vainement attendu
Sans qu’elle ne vît son chevalier apparaître,
Elle rentra, pleurant. Cependant les deux reîtres
S’entendirent pour qu’on fêtât au même soir
Au château de Médot, ce qui semblait leur seoir,
Les noces et le mariage. Ils dirent en conséquence
Qu’on partirait fort tôt. Avec grandiloquence
Ils invitèrent leurs amis encor vivants.
Voir tous ces vieillards au cortège se suivant
Etait bien burlesque, mines nonchalantes
Au front ridé, la tête chauve et les mains tremblantes.
Nina, la mariée, se désolait tristement,
On préparait sa robe et ses ajustements,
Et elle retenait ses larmes avec courage.
Le père venait pour examiner l’ouvrage
Et on lui demanda cependant s’il avait
Le nombre suffisant de chevaux qu’il savait
Nécessaires, pour qu’on conduisît les convives
Au château de Médot. « Sur les leurs ils arrivent,
Répondit le vieillard, et quand ils partiront
Ceux de mes écuries sans doute suffiront
Ou nous irons chercher dans le voisinage. »
Et chargea un valet de ce badinage.
Le balourd se rappela en route, paressant
Et l’idée de rentrer vite le caressant,
Que Guillaume avait un cheval digne d’un prince
Gris et réputé le plus beau de la province,
Et crut pouvoir flatter en le lui ramenant
Sa pauvre maîtresse. Au chevalier avenant
Il l’alla emprunter donc, coquin qui pense
Mériter ainsi une belle récompense.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène