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les amours enlevées
Nos radieuses
amours de jeunesse
Se sont envolées
avec paresse
Dans le
firmament insondable et gris,
Tous ceux dont
nous avons été épris
Y deviennent de
sombres nuages,
Nous avons
oublié leurs visages,
Et leurs noms,
comme des poussières d’or,
Sont maintenant
loin, tant le vent est fort !
Nous les avons
aimés, pourtant, blêmes,
Perdus dans l’absolu,
comme on aime
Quand le cœur n’a
pas encore vieilli ;
La mémoire et le
temps nous ont trahis,
Et de ces feux
éteints la cendre reste.
À aimer de
nouveau nous sommes prestes,
Toutefois, mais
nos tardives amours
Sont chauves et
édentées, et toujours
Nous rappellent
de longues chevelures,
Des parfums, des
sourires, des allures,
Des yeux
profonds qui ne nous verront plus
Et des joues
roses où il a longtemps plu
Sur l’encre de
nos lettres finales,
Comme en une
saison hivernale.
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2209.
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samedi 30 novembre 2019
Les amours enlevées
mardi 20 novembre 2018
La chambre des amours
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la chambre des amours
Dans une chambre
emplie de ton odeur
Dont la porte
est éternellement close,
Avec quelques
tableaux et quelques roses
Et bien plus de
souvenirs que de fleurs,
Jusqu’à la folie
et jusqu’à la mort,
Comme dans une
prison parfumée,
Je veux
demeurer, ô ma bien-aimée,
Et me délecter
du moindre remords !
Dans cet antre
profond et ténébreux,
Je veux, hirsute
comme les bêtes,
A l’abri des
violentes tempêtes,
Rester captif et
rester amoureux !
Ton parfum enivrera
mon esprit
Douce liqueur
bienfaisante et rare,
Brouillard, il
voilera tous les phares,
Comme voilerait
les murmures un cri,
Et mes
souvenirs, pareils à des linceuls,
Envelopperont toute
mon âme,
Pour ne songer
qu’à toi, radieuse femme,
Quand avec ton
spectre je serai seul.
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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samedi 12 novembre 2016
Les amours de Paolo et Francesca
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Les amours de paolo et francesca
Ary Scheffer, Les ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile (1855)
Les deux amants, dans leur éternelle étreinte,
S’envolent, emportés par le même tourbillon,
S’aimant, après la mort, avec tendresse et crainte,
Dans les sombres enfers, en tremblant des rayons ;
Leurs âmes d’un seul être épris sont les ailes,
Bien qu’ils soient exilés, qu’ils soient châtiés et seuls,
Paolo et Francesca s’enlacent avec zèle
Soupirant pour toujours dans leur profond linceul !
Francesca, la fille du seigneur de Ravenne,
Guido da Polenta, aima d’un tendre amour
Son beau-frère Paolo ; chose tendre et vaine !
Quand son mari jaloux assassina leurs jours,
Ils devinrent tous deux des ombres amoureuses,
Condamnés à errer jusqu’à la fin des temps,
Unis par la même caresse douloureuse,
Se croyant poursuivis, frissonnants et contents !
Les deux poètes les plaignent et les contemplent
Emus par leurs baisers et par leur châtiment,
Tandis que les amants qui s’adorent et tremblent
S’envolent sans repos dans le noir firmament
Et cherchent vainement un salutaire havre
Qu’ils ne trouveront pas dans la mer des enfers,
Victimes tous les deux d’un amour qui les navre,
Qui se délectent de leurs invisibles fers.
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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mercredi 3 juin 2015
Conte: Aucassin et Nicolette (Partie VIII)
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CONTE: AUCASSIN ET NICOLETTE (PARTIE VIiI)
VIII. Ce que Nicolette, déguisée en ménétrier, alla
dire à Aucassin qui devint son époux
Au palais Aucassin était sur le perron
Assis en compagnie de ses braves barons.
Il contemplait le bois sombre avec
tristesse,
Et le ressouvenir de sa douce comtesse
Le faisait soupirer, demeuré amoureux
De sa mie, et le cœur épris et douloureux.
Celle-ci vint sans se faire reconnaître
Et elle dit : « Seigneurs
barons, de notre maître
Voudriez-vous ouïr les nobles et douces
amours,
Et de Nicolette, belle comme le jour ? »
Tous voulurent l’entendre, et de son
violon armée,
Elle raconta à leurs oreilles charmées
Comment le comte aima Nicolette en
chantant
Et un père cruel en les épouvantant
Fit prendre à la belle et à son amant la
fuite.
Elle s’arrêta et ajouta ensuite :
« On ravit Nicolette à son fidèle
amant
Et on lui réserva un destin alarmant.
Sur elle je ne sais rien davantage,
Mais fille à son insu du roi de
Carthage,
Son père lui veut un roi païen pour mari
Dont elle ne veut point, et son cœur est
marri
Comme son front de ces épousailles est
blême. »
En entendant cette chanson hors de
lui-même,
Aucassin pâlissait, et à l’écart tira
Le prétendu chanteur et qui se loisira
De rouvrir ses plaies, et le cœur plein
de flamme,
Lui demanda, car il allait en perdre l’âme,
Comment il connaissait sa mie qu’il
aimait tant.
En feignant de trembler de son air
inquiétant,
Le chanteur répondit que cette beauté
blanche,
La plus fidèle, la plus loyale et
franche,
Etait à Carthage, où il la vit, et la sœur
Des douze fils du roi, ses sombres
ravisseurs.
Il raconta aussi comment, persécutée,
Du roi son père elle ne fut point
écoutée
Qui désirait à un roi païen la marier.
Aucassin conjura le faux ménétrier :
« Mon ami, lui dit-il, retournez je
vous prie,
Après de mon amie. Je l’aime sans
tromperie ;
Dites-lui que si je savais où elle était
Et quel pays lointain, hélas ! elle
habitait,
Je m’y envolerais, tant mon âme est
jalouse
De la voir devenir d’un autre l’épouse ! »
Si vous pouvez aller me demander sa
main,
Je ferai de vous le plus riche des
humains
Et heureux, ayez-en l’absolue certitude. »
En contemplant ses larmes et son
inquiétude,
Le cœur de Nicolette, touché, s’en
affligea,
Et elle lui promit, ce qui l’encouragea,
Qu’il verrait son amour et serait sans
tristesse.
Elle alla ensuite voir la vicomtesse
Et se fit reconnaître à elle sans
tarder.
Elle en pleurait de joie, et pour la
défarder
Elle ordonna à ses servantes fidèles
Comme une princesse de s’occuper d’elle,
Et avec une herbe dont elle la frotta
Fit disparaître sa noirceur qu’elle ôta.
En huit jours le bain, le repos et la
lumière
Lui rendirent tout à fait sa fraîcheur
première ;
La vicomtesse de beaux habits la para
Et à voir son amant elle la prépara.
Ces huit jours, Aucassin les passa dans
les larmes,
Et son cœur impatient était plein d’alarmes.
La vicomtesse alla le trouver, lui
disant :
« Pour toute une vie vos malheurs
sont suffisants,
Je vais dissiper vos chagrins et vos
souffrances ;
Suivez-moi. » Inquiet et aussi
plein d’espérance,
Aucassin la suivit. Ô bonheur sans
pareil !
Il vit reluire sa mie comme le soleil,
Qu’il prit dans ses bras et embrassa
sans paresse.
Ils se firent tous deux mille tendres
caresses,
Aucassin conduisit ensuite sa beauté,
Tous ces barons contents de cette
nouveauté,
A l’église, et devint l’époux de son
amante.
La destinée leur fut toujours douce et
clémente,
Ils s’aimèrent et furent bienheureux et
bénis.
Au revoir, mes seigneurs, ce beau chant
est fini.
[FIN DU CONTE: AUCASSIN ET NICOLETTE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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mardi 2 juin 2015
Conte: Aucassin et Nicolette (Partie VII)
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CONTE: AUCASSIN ET NICOLETTE (PARTIE VIi)
VII. La mésaventure d’Aucassin et de Nicolette,
comment Nicolette sut qui était son père, et pourquoi elle prit une deuxième
fois la fuite
Nicolette dit, quand Aucassin fut pansé :
« Ah ! dans notre transport
nous n’avons point pensé
A ce que notre avenir sombre nous
réserve.
Que le passé, hélas ! de leçon nous
serve !
Votre père m’abhorre et me croit vous souiller,
Il viendra sans aucun doute au matin
fouiller
Toute cette forêt à votre recherche.
Nous sommes de lui à quelques lieues de
marche,
Il nous trouvera. J’ignore quel sera
votre sort,
Mais je sais que le mien sera l’affreuse
mort. »
« Ne vous inquiétez point. »,
dit Aucassin, tendre,
Qui monta à cheval sans vouloir rien
entendre,
Prit sa mie dans ses bras et s’en alla
chargé
Du faix de ses amours, loin des jeunes
bergers
Et de son vieux père prenant la fuite.
« Où irons-nous, mon doux ami,
ensuite ? »
Lui demandait sa mie. « Ma
Nicolette, on fuit,
Répondait-il, où le vent du sort nous
conduit.
Nous sommes ensemble, c’est tout ce qui
importe. »
Ils traversèrent, eux et le cheval qui
les porte,
Plusieurs villes et des bourgs, et le cœur
moins amer,
Arrivèrent enfin au bord de la grande
mer.
Aucassin aperçut des marchands sur les
ondes
Propices à leur fuite et en hasards
fécondes ;
D’approcher il leur fit signe, et on
envoya
Une barque qu’à les quérir on employa,
Et on reçut le fils du comte avec sa
mie.
Ils ne devinaient point du sort les
infamies ;
Bientôt une horrible tempête qui gronda
Et qui de toutes parts tout à coup les
fronda,
Leur fit chercher un port dans la ville
voisine,
Mais ils virent alors une flotte
sarrasine
Qui à attaquer leur vaisseau se prépara
Et, plus nombreuse et mieux armée, s’en
empara
Et fit prisonniers Aucassin et
Nicolette.
Dans l’un des navires on porta la
fillette
Et Aucassin dans un autre, et on s’éloigna.
Mais une tourmente plus terrible empoigna
La flotte, et sépara des amants les
navires.
Aucassin, que les flots à sa mie
ravirent,
Ballotté et jeté par les vents
courroucés
De côte en côte, fut à son château
poussé.
Les habitants le virent avec
réjouissance,
De Dieu bénissant la bonté et la
puissance,
Et il fut au château mené et secouru.
Le comte son père en son absence mourut
Car il était fort vieux, et non de
tristesse,
Ainsi que sa femme, la brave comtesse.
Aucassin, devenu comte, prit possession
Du château, regrettant l’objet de sa
passion
Que malgré son pouvoir ramener est
impossible.
De Nicolette les ravisseurs impassibles
Etaient les douze fils du puissant et
grand roi
De Carthage, qui au monde inspirait l’effroi ;
Pour sa beauté emplis de douce idolâtrie,
Ils la traitèrent avec respect ;
sur sa patrie
Ils l’interrogèrent, et les noms de ses
parents.
« Je ne sais », répondit-elle
en leur déclarant
Qu’elle fut enlevée, jeune encore, et
vendue
Par des Sarrasins. Quand elle se fut
rendue
A Carthage, à l’aspect des royaux
appartements
Que, prisonnière, elle contemplait
tristement,
Et des grands édifices, elle put
reconnaître
Avec étonnement les lieux qui la virent
naître,
Et le roi bienveillant de ce pays
lointain
Que Nicolette est sa fille devint
certain
Quand elle raconta quelques
circonstances,
Que le sort lui ramena malgré la
distance.
Il sauta à son cou en pleurant de
bonheur,
Et ses frères, qui la vouaient au
déshonneur,
Embrassèrent leur sœur charmante et
aimable.
On lui conta sur son enfance mille
fables
Et on lui proposa un prince pour mari.
Mais son cœur, d’Aucassin épris, en fut
marri,
Et elle ne songeait qu’à aller le
rejoindre.
Dans ce dessein, elle commença par
feindre
D’y penser, d’apprendre le violon s’avisa,
Puis en noircissant le front se déguisa
En revêtant cotte, braies et manteau d’homme,
Et d’un marinier qui quittait le royaume
Et passait en Provence, obtint la
permission
De voyager avec lui, avec pour mission
De violonner et de bercer l’équipage.
Ils voyagèrent sur les flots sans tapage ;
Débarquée, Nicolette alla, preste,
prier,
Comme le marinier un bon ménétrier,
Qui la prit à son bord. Au deuxième
mouillage,
Elle atteignit Beaucaire à la fin du
voyage.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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lundi 1 juin 2015
Conte: Aucassin et Nicolette (Partie VI)
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CONTE: AUCASSIN ET NICOLETTE (PARTIE Vi)
VI. Comment Aucassin trouva sa mie Nicolette dans la
forêt
Les pastoureaux étaient, dans la forêt
lointaine,
Assis comme au matin au bord de la
fontaine,
Et sur la même cape ils mangeaient deux
gâteaux.
Aucassin, qui était à trois lieues du
château,
Entendit l’un d’eux dire à ses camarades :
« Que Dieu garde Aucassin, notre
maître malade
D’amour, et la belle fillette aux blonds
cheveux
Grâce à laquelle je mange ce que je
veux,
Et qui nous a donné de quoi acheter sans
lutte
Cornets, couteaux à gaine, maillets,
pipeaux et flûtes. »
Aucassin qu’on parlait de sa mie
soupçonna,
Il accosta alors les bergers, leur donna
Dix sous chacun afin d’expliquer ce
mystère.
A ce doux présent point ils ne
résistèrent,
Et le plus éloquent sans tarder lui
conta
Après avoir caché ses sous qu’il
recompta
L’aventure qui les rendit soudain
riches,
Ce que leur dit la fée, l’histoire de la
biche
Qu’il faut qu’il chasse en trois jours,
et qu’il en sera
Guéri de tous ses maux qu’elle lui
pansera.
« Dieu me la fasse voir ! »
dit-il, intrépide,
Et il alla aux bois sombres d’un pas
rapide.
En marchant il disait : « Nicolette,
je viens
Dans cette forêt sombre et éloigné des
miens
Braver les féroces bêtes qui la hantent
Car ce ne sont point ces fauves qui m’épouvantent
Mais vivre sans vous, ma mie, et sans
vos beaux yeux
Dont je serai toujours l’adorateur
pieux.
A mes feux, ma beauté, daignez donc
apparaître
Pour que je revive et que je puisse
renaître. »
Il allait, fouillant des yeux les
buissons cachés,
Les habits à chaque pas qu’il fit
arrachés
Par les ronces et les épines saillantes,
Mais en continuant ses recherches
vaillantes.
Tout son corps en était déchiré ;
en passant
L’on eût pu le suivre à la trace de son
sang,
Mais il ne songeait, en ignorant ses
blessures,
Qu’à se mie Nicolette, et sa marche
était sûre.
Il passa sans succès ce qui restait du
jour
A chercher dans les bois l’objet de ses
amours ;
La nuit vint, il pleurait ses sombres
infortunes,
Mais il marchait toujours, éclairé par
la lune,
Et arriva enfin au logis construit
Par Nicolette, où il entra sans aucun
bruit.
En voyant les fleurs dont la loge était
ornée,
Fatigué des périls d’une rude journée,
Il s’y reposa et se dit que sûrement
Sa Nicolette était dans ce foyer
charmant
Et que c’étaient ses mains blanches qui
l’élevèrent,
Et ses yeux de la voir le bâtir
rêvèrent.
Son transport était tel qu’il tomba de
cheval
Et se démit l’épaule. De sa douleur
rival,
Il l’attacha avec l’autre main à un
arbre.
Il s’écria, entré dans la loge sombre :
« Belles fleurs, rameaux verts que
ma mie a cueillis !
Ah ! si j’étais par elle en ces
lieux accueilli !
Que de fois j’embrasserais tendrement sa
bouche !
Je lui dirais des choses douces et
farouches
Qu’avec bonheur de son amant elle
ouïrait,
Et dans ces ténèbres mon cœur s’épanouirait. »
Nicolette était là, et la douce amante
Qui entendit la voix d’Aucassin
charmante
Courut à lui les bras ouverts et l’embrassa
Tendrement, blanche biche que le
chasseur chassa.
« Mon bel ami, lui dit-elle, Dieu
nous prouve
Sa miséricorde, et grâce à lui je vous
trouve ! «
Il la serra à son tour dans ses bras
aimants
Et l’embrassa avec transport. « Ma
mie, vraiment,
S’écria-t-il, sans vous je me lassais de
vivre,
Et du bonheur de vous revoir je m’enivre !
Grâce à vous et à Dieu, j’ai vaincu ma
douleur. »
Nicolette de le voir changer de couleur
Etait effrayée. Quand elle en sut la
cause,
De converser elle s’octroya une pause,
Lui tâta l’épaule et en place la remit,
Et la douce amante qui de son mal frémit
Y appliqua des fleurs et plantes
salutaires
Qu’elle connaissait et firent sa douleur
taire,
Et les assujettit ensuite avec savoir
Avec des pans de sa chemise, et laissa
voir
A son ami ébloui, pareille à la grêle,
Des pans de sa blanche peau parfumée et
frêle.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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dimanche 31 mai 2015
Conte: Aucassin et Nicolette (Partie V)
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CONTE: AUCASSIN ET NICOLETTE (PARTIE V)
V. Ce que fit Nicolette pour éprouver son ami,
et le bruit que le vicomte, son parrain, fit courir sur son destin
A portée d’arbalète du fossé, commençait
La forêt qu’en ces temps-là hantée on
pensait,
Longue et large de vingt lieues, emplie
de bêtes
Venimeuses et féroces, que voir
seulement hébète
Le plus brave des hommes qu’elles font
tressaillir.
Nicolette tremblait de les voir
l’assaillir,
Mais si elle restait, elle serait
reprise,
Et face à un hasard certain on méprise
Un hasard attendu ; c’est la loi du
danger.
Nicolette alla donc se cacher sans
songer
Sous d’épais buissons qui formaient la
lisière.
Elle dit d’abord tout bas une prière,
Et malgré le péril, s’assoupit et dormit
Jusqu’au matin, le cœur par Dieu
raffermi.
Les bergers de la ville, comme
d’habitude,
Avaient conduit leurs bêtes dans cette
solitude.
Pendant qu’elles paissaient, les
pasteurs à deux pas
S’assirent pour prendre leur matinal
repas
En étendant une cape sur l’herbe, et
mirent
Leur pain dessus. De voir Nicolette ils
frémirent
Quand elle s’approcha d’eux en les
saluant
Et leur dit : « Beaux
enfants comme roses effluant,
Je cherche Aucassin, fils du comte de
Beaucaire.
L’avez-vous vu ? » D’abord ils
s’interloquèrent
En voyant cette dame qui reluisait bellement
Et dont les doux charmes les éblouirent
tellement
Qu’ils crurent qu’elle était une fée
errante.
Elle ajouta avec une voix
implorante :
« Mes amis, allez lui dire qu’il
trouvera
Une biche blanche qui bientôt se
sauvera,
Pour laquelle il donnerait tout ce qu’il
possède,
Qu’il a déjà vue et que revoir
obsède ;
Elle ne ressemble point aux autres
animaux,
Elle le guérira promptement de ses maux,
Dites-lui qu’il faut qu’il vienne et
qu’il la chasse,
Qu’il ne la reverra plus, si trois jours
passent,
Ni dans cette forêt, ni sous cet
horizon,
Et pourra renoncer à telle
guérison. »
Et elle leur donna cinq sous de sa
bourse
De leurs pas leur disant de hâter la
course.
Ils les prirent mais dirent, avant de
repartir,
Que s’ils le voyaient ils allaient l’en
avertir,
En lui faisant sur sa beauté force
éloges.
Près du chemin elle construisit une loge
Petite et en feuillage, et voulut
éprouver
Son amant. « S’il m’aime, il pourra
la trouver,
Se dit-elle ; si son âme est
indifférente... »
Et elle se tut. Des fleurs odoriférantes
Et d’herbes elle garnit jusqu’à la fin
du jour
Cette belle maison de ses douces amours,
Et se cacha sous un buisson en guettant
l’heure
De le voir arriver à cette demeure.
Il était sorti de prison sans l’oublier.
Le vicomte tremblant fit partout publier,
Pour prévenir la colère du comte et sa
perte,
Que sa chère pupille était dans la nuit
morte.
Des inquiétudes qu’elle lui donnait
délivré
Et de ne plus ouïr son nom de joie
enivré,
Le comte libéra son fils, et voulut même
Donner une fête pour le rendre moins
blême,
Et invita ses chevaliers et damoiseaux.
Aucassin désirait s’envoler, tel l’oiseau,
Loin de ces lieux, plongé dans sa mélancolie.
Un chevalier vint à lui. « C’est
une folie,
Lui dit-il, que l’amour. Comme vous j’ai
gémi
Et d’être séparé de ma mie j’ai blêmi.
Pour que votre douleur, sire, vous soit
moins dure,
Allez à la forêt à cheval ; la
verdure
Et les chants des oiseaux doux qui s’envoleront
Vous égaieront un peu et vous
consoleront. »
L’amant le remercia de sa sollicitude,
Quitta la salle et, le cœur plein de
lassitude,
Pour s’en aller aux bois fit sceller son
cheval
Et sortit du château bruyant et
festival.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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