|
POINT DE VUE SUR un ciel gris Voici l’horizon des événements. Tout change dans la vaste nature Et nos cœurs qui vivaient sereinement, Loin du soleil et de sa dictature. Le temps est étrange et l’air est curieux. Un sphinx couvre le monde de son aile, Bientôt viendra crier le vent furieux Et gronder la tempête éternelle ! Le ciel est alarmant et alarmé, La lumière, dans son rideau fermé, Vacille lentement et trépasse, La vie est plus pesante et l’air plus lourd, La nuit couvre de son voile le jour Et la création est morne et lasse. Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène |
La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2209.
Affichage des articles dont le libellé est gris. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est gris. Afficher tous les articles
samedi 31 août 2024
Point de vue sur un ciel gris
mercredi 14 août 2024
Point de vue sur un ciel gris d’été
|
POINT DE VUE SUR un ciel gris d'été Le ciel est gris, vaste et lourd, Le soleil brille et se cache, Un démon – curieuse tâche ! Met de la nuit dans le jour. La ville est un grand désert Plein de périls, de mirages, Qu'on traverse avec courage, Dans les souffles de l'enfer ; L'été querelle l'hiver Et la nuit le soleil vert Et la lumière l'ombre, La pluie gronde et ne vient pas, Rien ne tombe du ciel las, Hormis la chaleur sombre. Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène |
samedi 23 mai 2015
Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie VI)
|
CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE Vi)
VI. Le bonheur des deux amants, qui devinrent mari
et femme
Pour qu’on pût arriver chez Guillaume,
il fallait
Passer à gué une rivière. Il y allait,
L’intrépide cheval. Le bruit que ses pas
firent
Et sa brusquerie à pâlir Nina suffirent.
De sa triste rêverie quand la pauvrette
sort,
Elle voit le chemin désert comme la mort
Où il n’y nul vivant, hélas, qui
séjourne.
Pour appeler son parrain elle se
retourne
Mais ne voit personne. L’inquiétude et
le froid
La faisaient tressaillir et l’emplissaient
d’effroi,
Mais l’idée de fuir cet hymen qu’on lui
destine
La rendit plus hardie et aussi moins
chagrine
Et elle ne retint plus le cheval béni.
De traverser le gué noir dès qu’il eut
fini,
Le cheval arriva bientôt chez son
maître.
Le guetteur, quand il vit la beauté
paraître,
Corna pour avertir et vint lui demander
Ce qu’elle venait à telle heure
truander,
Ne la reconnaissant point dans l’ombre
pesante,
A travers la porte. Une voix séduisante
L’étonna quand elle lui dit : « Ouvrez,
je cours,
Des voleurs me poursuivent, venez à mon
secours ! »
L’autre par le guichet tout d’abord
regarde
Et voit une jeune beauté fort hagarde
Sur un palefroi gris, vêtue d’un riche
manteau.
Il court pour avertir le maître du
château
Car il prit Nina pour une fée favorable
Venue pour consoler son seigneur honorable.
Celui-ci, affligé encore, s’éplorait
Pour Nina, la douce beauté qu’il
adorait,
Et soupirait comme ses serviteurs
fidèles.
Quand il sut qu’une femme venait,
au-devant d’elle
Il alla courtoisement lui ouvrir, et
sans voix,
Ô joie inespérée ! ô, bonheur !
il voit
Sa mie, qui dans ses bras aussitôt s’élance
En criant : « Sauvez-moi »,
et avecque violence
Le serre de toutes ses forces avec les
siens
En se retournant pour voir s’il n’y
avait rien,
Donnant l’air de craindre d’être
vraiment ravie
Et de trembler comme elle le disait pour
sa vie.
« Rassurez-vous, s’écrie Guillaume,
je vous tiens,
Et à moi, cette fois, vous retenir
revient.
Nul ne vous ravira encore à ma flamme,
Dussé-je en trépasser et en perdre l’âme ! »
Il fait lever le pont. Pour jouir d’un
bonheur doux,
Il veut aussi devenir de sa beauté l’époux,
Et sans tarder il la conduit à la
chapelle
En ordonnant à son chapelain qu’il
appelle
De les marier. La joie enivra de plaisir
Tout le château, content de voir tous
les désirs
De son maître comblés après une nuit
sombre
Moins emplie que son bon cœur ténébreux
d’ombre.
Cependant à Médot tout le monde arriva.
De ne point voir Nina là on invectiva
D’abord le chevalier qui dormait encore
Et qui se réveilla, étonné, à l’aurore.
On soupçonna ensuite que Nina s’égara
Dans les bois, et à la chercher se
prépara,
Quand un écuyer vint de la part de
Guillaume
Inviter le père et tous les gentilshommes
A se rendre chez lui. Tous les convives
hideux
Y coururent. Guillaume alla au-devant d’eux
Leur présentant Nina, devenue sa femme.
On se révolta de la trahison infâme,
Mais Guillaume pria les gens d’être
écouté
Et leur dit qu’il n’avait point Nina
filouté
Et de ses amours il leur conta l’histoire.
Les vieillards applaudirent sa douce
victoire,
Blanchis dans des canons d’honneur et
loyauté,
Du père et de l’oncle virent la cruauté
Et pressèrent le père de ratifier l’union,
Et celui-ci ne put avoir autre opinion.
Peu de temps après, lui et l’oncle
moururent,
Guillaume et sa femme, qui se
secoururent
Pour vivre, devinrent les plus riches
seigneurs
De Champagne, et vécurent heureux et
sans frayeur.
[FIN DU CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS)]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie V)
|
CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE V)
V. Comment le palefroi gris, complice de ses amours,
aida Nina à fuir le mariage funeste
Tous sauf Nina à la paternelle demeure
Pour qu’ils partissent tôt couchés de
bonne heure,
Dormaient et emplissaient l’air de leurs
ronflements,
Vieillards fatigués qui sommeillaient
lourdement.
Le guetteur du donjon avait ordre du
maître
De réveiller dès qu’il verrait le jour
paraître
Tous ceux qui étaient là en sonnant du
tocsin.
Nina, qui maudissait le soleil assassin,
Fatal à ses amours, était pâle et
sombre,
Et elle avait cherché à s’enfuir dans l’ombre
Sans qu’elle réussît à quitter sa prison.
Ô mortelle douleur et noire trahison !
Vers minuit la lune se leva, radieuse.
Le guetteur, dont l’humeur était fort
joyeuse
Et qui avait mangé et vu à volonté,
S’était endormi. Tout à coup le déhonté,
Se levant, vit une clarté éblouissante
Qui lui sembla du jour la lueur
puissante,
Et sonna son tocsin, croyant qu’il était
tard.
Tous les vieux convives, qui n’étaient
point fêtards,
Se levèrent en grommelant. Les
domestiques allèrent
Préparer leurs chevaux qu’aussitôt ils
scellèrent.
Comme il était le plus beau, le palefroi
gris
Appartenant à son amant au cœur aigri,
Revenait à Nina, qui fondit en larmes
En le voyant. Mais nul ne plaignit ses
alarmes
Dont on croyait à tort que l’unique
raison
Etait qu’elle quittait son père et sa
maison.
Elle ne voulait point de cette monture,
Mais on y fit monter la pauvre créature
Comme de force, et on partit bien
promptement.
La mariée soupirait sans cesse et
tristement
Et elle s’était mise à la queue de la
troupe.
Devant elle marchait le sinistre groupe
Des gens de la noce, d’hommes, femmes et
valets.
Pour l’escorter un vieux chevalier
allait
Avec elle, parrain pour la cérémonie,
Et la pauvre, comme traînée aux
gémonies,
Etait peu empressée d’arriver au château
Qui était pareil pour elle aux cachots
fataux.
Pour atteindre Médot il fallait trois
lieues faire
Et qui aux voyageurs semblaient
prolifères
Car on passait, aux bois, par un chemin
étroit,
Et deux chevaux, fussent-ils les plus
adroits,
Ne pouvaient y passer de front. Chose
pénible
Qui rendit ces barbons rapidement
irascibles.
On causa un peu pour s’égayer, mais les
vieux,
Qui n’avaient pas dormi suffisamment,
envieux
D’un peu de sommeil, sans tarder s’endormirent.
Vous ririez en voyant leurs têtes qui se
mirent
A vaciller, ou qui tombaient sur leurs chevaux.
Nina n’en riait pas en songeant de
nouveau
A son malheur et à Guillaume qui l’aime,
Et ralentissait son cheval, triste et
blême
Comme les condamnés au supplice conduits
A vouloir vivre des instants de plus
réduits.
Quand on fit une lieue, à son insu la
belle,
Grâce au destin à son mariage rebelle,
Fut séparée du groupe, et son vieux
conducteur,
Qui dormait d’un sommeil lourd dont Dieu
est l’auteur,
Ne s’en aperçut point, chose heureuse
sans doute.
On arriva à un endroit où la route
Se partageait en deux. La gauche
conduisait
A Médot, et la droite que le bois
réduisait
A un petit sentier, au château de
Guillaume.
Longtemps appesanti par ce porteur du
heaume,
Son cheval prit, à son chemin accoutumé,
Le sentier qui était à cette heure
embrumé,
Et tous les autres allèrent à Médot avec
zèle
Sans suivre le palefroi de la
demoiselle.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
vendredi 22 mai 2015
Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie IV)
|
CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE Iv)
IV. La douleur de Guillaume quand il sut la funeste
nouvelle
Guillaume, victorieux au tournoi mais
lassé,
Chez l’oncle qu’il crut son complice
avait passé
Pour ouïr la réponse propice qu’il
espère.
Mais ne le trouvant pas, il crut que le père
Faisait à ses souhaits quelque
difficulté,
Et sans qu’il ne fût de ce retard
révolté,
Le cœur parfaitement tranquille sur l’affaire,
De ses amours le chantre et le thurifère,
En rentrant chez lui de venir il fit
prier
Pour chanter des chansons douces un
ménétrier,
Les yeux emplis d’espoir, tournés vers
la porte.
Tout à coup il voit – Que le Diable l’emporte
–
Le valet qui salue de la part du
vieillard
Et qui lui demande à son nom d’un air
gaillard
Son beau palefroi gris pour lui et la
dame,
Qu’on lui rendra bientôt. « De
toute mon âme !
S’écrie le chevalier, et je serais
content
De le lui prêter, s’il le faut, pour
plus longtemps.
Que veut-il en faire, que j’y emploie
mon zèle ? »
« Sire, on mène à Médot notre
demoiselle. »
Répond le domestique, et Guillaume
repart :
« A Médot ? J’ignorais qu’elle
allait quelque part !
Qu’y va-t-elle faire ? Pourquoi ce
voyage ? »
« C’est pour consommer, dit le
valet, son mariage.
Ne savez-vous donc pas que votre oncle
est venu
La demander à monseigneur, a obtenu
Sa main de lui, et qu’ils seront mari et
femme
Demain matin ? » De la
trahison infâme
Le chevalier reste pétrifié d’étonnement
Et, courroucé par cet abandonnement,
Songea à se venger, se promenant en
silence,
Furieux, les yeux baissés, se faisant
violence
Pour dompter ses ardeurs. « Ce
traître m’a tout pris,
Se disait-il, et veut aussi mon cheval
gris !
On a forcé sa main, c’est une certitude.
Nina m’aime et elle a la même inquiétude,
Elle ne préférera point à moi ce barbon !
Maudit vieillard au cœur sombre comme
charbon ! »
Et il fait sceller son cheval gris, le
prête
En espérant toujours que le destin l’arrête,
Puis appelle, lorsque le valet sort, ses
gens
Et généreusement leur part son peu d’argent,
Leur permettant de le quitter à l’instant
même.
Ceux-ci lui demandent, éperdus et
blêmes,
Car ils sont fidèles, en quoi ils ont
déplu.
« Partez, leur répond-il, je ne
vous retiens plus !
Vous avez tous été fidèles et
honorables,
Mais moi je suis devenu, hélas ! un
misérable
Que le destin condamne à pleurer et
souffrir.
Partez et laissez-moi dans ce château
mourir. »
Mais les infortunés tous se jettent en larmes
A ses pieds. De rester pour guérir ses
alarmes
Ils le conjurent, mais lui, sans s’y
conformer,
Les quitte et s’en va dans sa chambre s’enfermer.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
jeudi 21 mai 2015
Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie III)
|
CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE iII)
III. La trahison de l’oncle de Guillaume, et ce qu’il
alla dire au père de Nina
Guillaume courut chez l’oncle sans
attendre
Comme lui dit Nina. Avec des soupirs
tendres
Il le supplia de seconder son amour
Et oublia de dire qu’on l’aimait en retour.
Son oncle répondit : « Je
loue votre zèle,
Votre mie est une charmante demoiselle,
Je connais sa vertu qu’on ne peut que
bénir.
Soyez tranquille, car je vais vous l’obtenir
De son père, qui est mon ami d’enfance,
Et qui ne fera pas la même défense
Quand je lui parlerai, et j’y vais de ce
pas. »
Content comme un hère invité au repas,
Guillaume alla, l’âme d’espoir enfin
remplie,
En attendant que la mission fût
accomplie,
Pour Galardon, à un tournoi qui durerait
Deux jours, mais sans songer point qu’on
le leurrerait
Et que son oncle était en vérité
traître.
Cet oncle alla devant le père paraître,
Il le reçut avec grande hospitalité,
Agent, sans le savoir, d’autre fatalité.
Les deux vieillards firent d’abord bonne
chère
Et de leurs jeunesses, qui leur sont si
chères,
Parlèrent en racontant leurs travaux
fort vantés
En guerre et en amour, quelques-uns
inventés.
« Mon vieil ami, dit l’oncle
ensuite au père,
D’être encore garçon je m’ennuie, et j’espère
Que vous accepterez une proposition
Que je viens vous faire, sans nulle
opposition.
Accordez-moi Nina. Je lui abandonne
Tous mes biens, et avec bonheur les lui
donne,
Et je demeurerai ici jusqu’à ma mort
Si épouser votre chère fille est mon
sort. »
Cette proposition plut au père cupide
Et son consentement fut certes rapide ;
Il embrassa son gendre pour sceller l’engagement,
Et pour lui annoncer le funeste
arrangement
Fit venir sa fille qui en fut
consternée.
Maudissant ce vieillard et l’horrible
journée,
Elle se cacha dans sa chambre, sans
recours,
Et de son chevalier implorant le secours
Alors qu’à Galardon il se couvrait de
gloire
Sans qu’il n’imaginât cette perfidie
noire
D’un oncle qui voulait lui ravir sa
beauté
Et le déshériter avecque cruauté.
Le soir, Nina courut comme d’habitude
Attendant son amant dans la solitude
Sans savoir qu’il était à son tournoi
rendu.
Après avoir longtemps et vainement
attendu
Sans qu’elle ne vît son chevalier apparaître,
Elle rentra, pleurant. Cependant les
deux reîtres
S’entendirent pour qu’on fêtât au même
soir
Au château de Médot, ce qui semblait
leur seoir,
Les noces et le mariage. Ils dirent en
conséquence
Qu’on partirait fort tôt. Avec
grandiloquence
Ils invitèrent leurs amis encor vivants.
Voir tous ces vieillards au cortège se
suivant
Etait bien burlesque, mines nonchalantes
Au front ridé, la tête chauve et les
mains tremblantes.
Nina, la mariée, se désolait tristement,
On préparait sa robe et ses ajustements,
Et elle retenait ses larmes avec
courage.
Le père venait pour examiner l’ouvrage
Et on lui demanda cependant s’il avait
Le nombre suffisant de chevaux qu’il
savait
Nécessaires, pour qu’on conduisît les
convives
Au château de Médot. « Sur les
leurs ils arrivent,
Répondit le vieillard, et quand ils
partiront
Ceux de mes écuries sans doute suffiront
Ou nous irons chercher dans le
voisinage. »
Et chargea un valet de ce badinage.
Le balourd se rappela en route, paressant
Et l’idée de rentrer vite le caressant,
Que Guillaume avait un cheval digne d’un
prince
Gris et réputé le plus beau de la
province,
Et crut pouvoir flatter en le lui
ramenant
Sa pauvre maîtresse. Au chevalier
avenant
Il l’alla emprunter donc, coquin qui
pense
Mériter ainsi une belle récompense.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
mercredi 20 mai 2015
Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie II)
|
CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE Ii)
II. La douleur des deux amants, ce que fit Guillaume
et ce que Nina lui dit de faire
Un jour que Guillaume rôdait autour des
murs
Cherchant à parler à sa beauté au front
pur,
Il aperçut de loin une vieille poterne
Et qui à ses amours lui semblait paterne
Pour parler à Nina sans qu’ils se
fissent voir.
A sa bien-aimée il put le faire savoir
Grâce à un complice fidèle, et la belle,
Qui à ses nobles feux n’était point
rebelle,
En profita, malgré sa vertu et pureté.
Guillaume, lui, pour qu’il pût venir en
sûreté,
Prenait à chaque fois différente route.
Les deux amants jouirent joyeusement,
sans doute,
De ce bonheur qui leur fut par le sort
offert,
Car de ne point se voir ils avaient bien
souffert.
Mais cela ne pouvait suffire à leur
flamme,
Se parler sans quérir les mouvements de
l’âme,
Trembler toujours d’être vus et ne point
se voir,
Avoir le sentiment de trahir son devoir
Et d’un baiser volé ne point tirer
gloire,
Tout cela ennuyait Guillaume, aux
victoires
Toujours habitué, pourtant. Il décida,
Et son courage dans son entreprise aida,
D’aller parler au père qui dans sa
tanière
Retient captive sa fille, de manière
A le persuader de ses nobles intentions.
« Je vous parle, sire, dit-il, sans
inventions.
Daignez donc m’accorder un instant d’audience.
Je ne suis point fort riche et j’en ai
conscience,
Mais j’aime votre fille. Je viens vous
supplier
De m’accorder sa main ; je suis un
chevalier
Dont le nom est connu ainsi que la
lignée,
Et votre fille ne sera point indignée
De m’avoir pour époux. J’attends votre
jugement
Qui m’emplira ou de bonheur ou d’affligement
Et qui me donnera ou la mort ou la vie
Qui me sera, si vous me rejetez, ravie. »
« Qu’on aime ma fille, je puis le
concevoir,
Et qu’en la contemplant on veuille la
revoir,
Répondit le vieillard, tout sur son
passage
Lui sourit, et elle est jeune, belle et
sage ;
Sa naissance est aussi distinguée, et je
n’ai
Qu’elle d’héritière, et je ne suis point
gêné
Qu’elle reste encore ici le temps que je
lui trouve
Un mari digne d’elle. Votre valeur me
prouve
Que vous êtes noble, mais sans vous
humilier,
Nina ne sera point femme d’un chevalier,
Et ce n’est point là un parti convenable
Car elle ne vivra point vie agréable.
De l’épouser des princes viennent mander
l’honneur,
Les chevaliers sont des faucons et des
veneurs
Qui vivent de leurs proies dans l’éternelle
errance.
Je sais que ma fille a pour vous quelque
attirance,
Mais elle est jeune et ne songe point à
l’avenir. »
Cachant ses larmes qu’il peinait à
retenir,
Guillaume ne dit rien, et dans la
clémence
Des bois alla cacher sa douleur immense,
Le reste du jour se désolant, attendant
L’heure d’aller à la poterne cependant.
Nina y vint aussi et pleurait, triste et
tendre.
« Ah ! ma chère, n’allez plus
ici m’attendre,
S’écria Guillaume. Beauté au front
radieux,
Je suis venu, hélas ! vous dire mes
adieux,
Je quitte, ma Nina, cette sombre
contrée,
Vous êtes la plus belle que j’y ai
rencontrée.
Votre père n’a point voulu de moi, hélas !
Et je maudis, le cœur éploré, triste et
las,
Ces richesses qui ont causé mon
infortune. »
« Que ces richesses, hélas !
me pèsent et m’importunent !
S’écria la douce Nina. Je maudissais
Comme vous tous ces biens, mais je m’applaudissais
De vous les présenter, ô, mon cher
Guillaume !
Ne quittez pas, mon cher ami, le
royaume,
Ne désespérons point vite et la foi
ayons,
Il reste une ressource à nos feux, l’essayons :
Près d’ici, à Médot, châtelain prospère,
Vous avez un oncle de l’âge de mon père ;
Dans notre chemin c’est le destin qui l’a
mis.
Pendant leur enfance de mon père l’ami,
Si vous lui êtes cher comme je le pense,
Sans craindre châtiment ou vouloir
récompense,
Il nous aidera, car c’est un homme d’honneur.
Dites-lui qu’il peut faire notre commun
bonheur,
Que nous nous aimons, et racontez nos
sévices.
Vous lui demanderez de ma part un
service
Qui ne lui coûtera rien, car il sera feint
Et car on lui rendra son présent à la
fin :
C’est de vous céder trois cents livres
de rente
Sur sa terre. Les choses seront
différentes
Quand il interviendra, de nous ayant
pitié.
Il parlera à mon père ; leur amitié
De nos amours sera la fidèle complice,
Et nos affres vont se transformer en
délices. »
« Vous me rendez la vie, je vois
maintenant le port ! »
S’écria Guillaume, content, avec
transport.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
|
Inscription à :
Articles (Atom)






