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samedi 31 août 2024

Point de vue sur un ciel gris

POINT DE VUE SUR un ciel gris

Voici l’horizon des événements.
Tout change dans la vaste nature
Et nos cœurs qui vivaient sereinement,
Loin du soleil et de sa dictature.

Le temps est étrange et l’air est curieux.
Un sphinx couvre le monde de son aile,
Bientôt viendra crier le vent furieux
Et gronder la tempête éternelle !

Le ciel est alarmant et alarmé,
La lumière, dans son rideau fermé,
Vacille lentement et trépasse,

La vie est plus pesante et l’air plus lourd,
La nuit couvre de son voile le jour
Et la création est morne et lasse.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 14 août 2024

Point de vue sur un ciel gris d’été

POINT DE VUE SUR un ciel gris d'été

Le ciel est gris, vaste et lourd,
Le soleil brille et se cache,
Un démon – curieuse tâche !
Met de la nuit dans le jour.

La ville est un grand désert
Plein de périls, de mirages,
Qu'on traverse avec courage,
Dans les souffles de l'enfer ;

L'été querelle l'hiver
Et la nuit le soleil vert
Et la lumière l'ombre,

La pluie gronde et ne vient pas,
Rien ne tombe du ciel las,
Hormis la chaleur sombre.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 23 mai 2015

Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie VI)

CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE Vi)


VI. Le bonheur des deux amants, qui devinrent mari et femme

Pour qu’on pût arriver chez Guillaume, il fallait
Passer à gué une rivière. Il y allait,
L’intrépide cheval. Le bruit que ses pas firent
Et sa brusquerie à pâlir Nina suffirent.
De sa triste rêverie quand la pauvrette sort,
Elle voit le chemin désert comme la mort
Où il n’y nul vivant, hélas, qui séjourne.
Pour appeler son parrain elle se retourne
Mais ne voit personne. L’inquiétude et le froid
La faisaient tressaillir et l’emplissaient d’effroi,
Mais l’idée de fuir cet hymen qu’on lui destine
La rendit plus hardie et aussi moins chagrine
Et elle ne retint plus le cheval béni.
De traverser le gué noir dès qu’il eut fini,
Le cheval arriva bientôt chez son maître.
Le guetteur, quand il vit la beauté paraître,
Corna pour avertir et vint lui demander
Ce qu’elle venait à telle heure truander,
Ne la reconnaissant point dans l’ombre pesante,
A travers la porte. Une voix séduisante
L’étonna quand elle lui dit : « Ouvrez, je cours,
Des voleurs me poursuivent, venez à mon secours ! »
L’autre par le guichet tout d’abord regarde
Et voit une jeune beauté fort hagarde
Sur un palefroi gris, vêtue d’un riche manteau.
Il court pour avertir le maître du château
Car il prit Nina pour une fée favorable
Venue pour consoler son seigneur honorable.
Celui-ci, affligé encore, s’éplorait
Pour Nina, la douce beauté qu’il adorait,
Et soupirait comme ses serviteurs fidèles.
Quand il sut qu’une femme venait, au-devant d’elle
Il alla courtoisement lui ouvrir, et sans voix,
Ô joie inespérée ! ô, bonheur ! il voit
Sa mie, qui dans ses bras aussitôt s’élance
En criant : « Sauvez-moi », et avecque violence
Le serre de toutes ses forces avec les siens
En se retournant pour voir s’il n’y avait rien,
Donnant l’air de craindre d’être vraiment ravie
Et de trembler comme elle le disait pour sa vie.
« Rassurez-vous, s’écrie Guillaume, je vous tiens,
Et à moi, cette fois, vous retenir revient.
Nul ne vous ravira encore à ma flamme,
Dussé-je en trépasser et en perdre l’âme ! »
Il fait lever le pont. Pour jouir d’un bonheur doux,
Il veut aussi devenir de sa beauté l’époux,
Et sans tarder il la conduit à la chapelle
En ordonnant à son chapelain qu’il appelle
De les marier. La joie enivra de plaisir
Tout le château, content de voir tous les désirs
De son maître comblés après une nuit sombre
Moins emplie que son bon cœur ténébreux d’ombre.   
Cependant à Médot tout le monde arriva.
De ne point voir Nina là on invectiva
D’abord le chevalier qui dormait encore
Et qui se réveilla, étonné, à l’aurore.
On soupçonna ensuite que Nina s’égara
Dans les bois, et à la chercher se prépara,
Quand un écuyer vint de la part de Guillaume
Inviter le père et tous les gentilshommes
A se rendre chez lui. Tous les convives hideux
Y coururent. Guillaume alla au-devant d’eux
Leur présentant Nina, devenue sa femme.
On se révolta de la trahison infâme,
Mais Guillaume pria les gens d’être écouté
Et leur dit qu’il n’avait point Nina filouté
Et de ses amours il leur conta l’histoire.
Les vieillards applaudirent sa douce victoire,
Blanchis dans des canons d’honneur et loyauté,
Du père et de l’oncle virent la cruauté
Et pressèrent le père de ratifier l’union,
Et celui-ci ne put avoir autre opinion.
Peu de temps après, lui et l’oncle moururent,
Guillaume et sa femme, qui se secoururent
Pour vivre, devinrent les plus riches seigneurs
De Champagne, et vécurent heureux et sans frayeur.

[FIN DU CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS)]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie V)

CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE V)


V. Comment le palefroi gris, complice de ses amours, aida Nina à fuir le mariage funeste

Tous sauf Nina à la paternelle demeure
Pour qu’ils partissent tôt couchés de bonne heure,
Dormaient et emplissaient l’air de leurs ronflements,
Vieillards fatigués qui sommeillaient lourdement.
Le guetteur du donjon avait ordre du maître
De réveiller dès qu’il verrait le jour paraître
Tous ceux qui étaient là en sonnant du tocsin.
Nina, qui maudissait le soleil assassin,
Fatal à ses amours, était pâle et sombre,
Et elle avait cherché à s’enfuir dans l’ombre
Sans qu’elle réussît à quitter sa prison.
Ô mortelle douleur et noire trahison !
Vers minuit la lune se leva, radieuse.
Le guetteur, dont l’humeur était fort joyeuse
Et qui avait mangé et vu à volonté,
S’était endormi. Tout à coup le déhonté,
Se levant, vit une clarté éblouissante
Qui lui sembla du jour la lueur puissante,
Et sonna son tocsin, croyant qu’il était tard.
Tous les vieux convives, qui n’étaient point fêtards,
Se levèrent en grommelant. Les domestiques allèrent
Préparer leurs chevaux qu’aussitôt ils scellèrent.
Comme il était le plus beau, le palefroi gris
Appartenant à son amant au cœur aigri,
Revenait à Nina, qui fondit en larmes
En le voyant. Mais nul ne plaignit ses alarmes
Dont on croyait à tort que l’unique raison
Etait qu’elle quittait son père et sa maison.
Elle ne voulait point de cette monture,
Mais on y fit monter la pauvre créature
Comme de force, et on partit bien promptement.
La mariée soupirait sans cesse et tristement
Et elle s’était mise à la queue de la troupe.
Devant elle marchait le sinistre groupe
Des gens de la noce, d’hommes, femmes et valets.
Pour l’escorter un vieux chevalier allait
Avec elle, parrain pour la cérémonie,
Et la pauvre, comme traînée aux gémonies,
Etait peu empressée d’arriver au château
Qui était pareil pour elle aux cachots fataux.
Pour atteindre Médot il fallait trois lieues faire
Et qui aux voyageurs semblaient prolifères
Car on passait, aux bois, par un chemin étroit,
Et deux chevaux, fussent-ils les plus adroits,
Ne pouvaient y passer de front. Chose pénible
Qui rendit ces barbons rapidement irascibles.
On causa un peu pour s’égayer, mais les vieux,
Qui n’avaient pas dormi suffisamment, envieux
D’un peu de sommeil, sans tarder s’endormirent.
Vous ririez en voyant leurs têtes qui se mirent
A vaciller, ou qui tombaient sur leurs chevaux.
Nina n’en riait pas en songeant de nouveau
A son malheur et à Guillaume qui l’aime,
Et ralentissait son cheval, triste et blême
Comme les condamnés au supplice conduits
A vouloir vivre des instants de plus réduits.
Quand on fit une lieue, à son insu la belle,
Grâce au destin à son mariage rebelle,
Fut séparée du groupe, et son vieux conducteur,
Qui dormait d’un sommeil lourd dont Dieu est l’auteur,
Ne s’en aperçut point, chose heureuse sans doute.
On arriva à un endroit où la route
Se partageait en deux. La gauche conduisait
A Médot, et la droite que le bois réduisait
A un petit sentier, au château de Guillaume.
Longtemps appesanti par ce porteur du heaume,
Son cheval prit, à son chemin accoutumé,
Le sentier qui était à cette heure embrumé,
Et tous les autres allèrent à Médot avec zèle
Sans suivre le palefroi de la demoiselle.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 22 mai 2015

Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie IV)

CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE Iv)


IV. La douleur de Guillaume quand il sut la funeste nouvelle

Guillaume, victorieux au tournoi mais lassé,
Chez l’oncle qu’il crut son complice avait passé
Pour ouïr la réponse propice qu’il espère.
Mais ne le trouvant pas, il crut que le père
Faisait à ses souhaits quelque difficulté,
Et sans qu’il ne fût de ce retard révolté,
Le cœur parfaitement tranquille sur l’affaire,
De ses amours le chantre et le thurifère,
En rentrant chez lui de venir il fit prier
Pour chanter des chansons douces un ménétrier,
Les yeux emplis d’espoir, tournés vers la porte.
Tout à coup il voit – Que le Diable l’emporte –
Le valet qui salue de la part du vieillard
Et qui lui demande à son nom d’un air gaillard
Son beau palefroi gris pour lui et la dame,
Qu’on lui rendra bientôt. « De toute mon âme !
S’écrie le chevalier, et je serais content
De le lui prêter, s’il le faut, pour plus longtemps.
Que veut-il en faire, que j’y emploie mon zèle ? »
« Sire, on mène à Médot notre demoiselle. »
Répond le domestique, et Guillaume repart :
« A Médot ? J’ignorais qu’elle allait quelque part !
Qu’y va-t-elle faire ? Pourquoi ce voyage ? »
« C’est pour consommer, dit le valet, son mariage.
Ne savez-vous donc pas que votre oncle est venu
La demander à monseigneur, a obtenu
Sa main de lui, et qu’ils seront mari et femme
Demain matin ? » De la trahison infâme
Le chevalier reste pétrifié d’étonnement
Et, courroucé par cet abandonnement,
Songea à se venger, se promenant en silence,
Furieux, les yeux baissés, se faisant violence
Pour dompter ses ardeurs. « Ce traître m’a tout pris,
Se disait-il, et veut aussi mon cheval gris !
On a forcé sa main, c’est une certitude.
Nina m’aime et elle a la même inquiétude,
Elle ne préférera point à moi ce barbon !
Maudit vieillard au cœur sombre comme charbon ! »
Et il fait sceller son cheval gris, le prête
En espérant toujours que le destin l’arrête,
Puis appelle, lorsque le valet sort, ses gens
Et généreusement leur part son peu d’argent,
Leur permettant de le quitter à l’instant même.
Ceux-ci lui demandent, éperdus et blêmes,
Car ils sont fidèles, en quoi ils ont déplu.
« Partez, leur répond-il, je ne vous retiens plus !
Vous avez tous été fidèles et honorables,
Mais moi je suis devenu, hélas ! un misérable
Que le destin condamne à pleurer et souffrir.
Partez et laissez-moi dans ce château mourir. »
Mais les infortunés tous se jettent en larmes
A ses pieds. De rester pour guérir ses alarmes
Ils le conjurent, mais lui, sans s’y conformer,
Les quitte et s’en va dans sa chambre s’enfermer.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 21 mai 2015

Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie III)

CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE iII)


III. La trahison de l’oncle de Guillaume, et ce qu’il alla dire au père de Nina

Guillaume courut chez l’oncle sans attendre
Comme lui dit Nina. Avec des soupirs tendres
Il le supplia de seconder son amour
Et oublia de dire qu’on l’aimait en retour.
Son oncle répondit : « Je loue votre zèle,
Votre mie est une charmante demoiselle,
Je connais sa vertu qu’on ne peut que bénir.
Soyez tranquille, car je vais vous l’obtenir
De son père, qui est mon ami d’enfance,
Et qui ne fera pas la même défense
Quand je lui parlerai, et j’y vais de ce pas. »
Content comme un hère invité au repas,
Guillaume alla, l’âme d’espoir enfin remplie,
En attendant que la mission fût accomplie,
Pour Galardon, à un tournoi qui durerait
Deux jours, mais sans songer point qu’on le leurrerait
Et que son oncle était en vérité traître.
Cet oncle alla devant le père paraître,
Il le reçut avec grande hospitalité,
Agent, sans le savoir, d’autre fatalité.
Les deux vieillards firent d’abord bonne chère
Et de leurs jeunesses, qui leur sont si chères,
Parlèrent en racontant leurs travaux fort vantés
En guerre et en amour, quelques-uns inventés.
« Mon vieil ami, dit l’oncle ensuite au père,
D’être encore garçon je m’ennuie, et j’espère
Que vous accepterez une proposition
Que je viens vous faire, sans nulle opposition.
Accordez-moi Nina. Je lui abandonne
Tous mes biens, et avec bonheur les lui donne,
Et je demeurerai ici jusqu’à ma mort
Si épouser votre chère fille est mon sort. »
Cette proposition plut au père cupide
Et son consentement fut certes rapide ;
Il embrassa son gendre pour sceller l’engagement,
Et pour lui annoncer le funeste arrangement
Fit venir sa fille qui en fut consternée.
Maudissant ce vieillard et l’horrible journée,
Elle se cacha dans sa chambre, sans recours,
Et de son chevalier implorant le secours
Alors qu’à Galardon il se couvrait de gloire
Sans qu’il n’imaginât cette perfidie noire
D’un oncle qui voulait lui ravir sa beauté
Et le déshériter avecque cruauté.
Le soir, Nina courut comme d’habitude
Attendant son amant dans la solitude
Sans savoir qu’il était à son tournoi rendu.
Après avoir longtemps et vainement attendu
Sans qu’elle ne vît son chevalier apparaître,
Elle rentra, pleurant. Cependant les deux reîtres
S’entendirent pour qu’on fêtât au même soir
Au château de Médot, ce qui semblait leur seoir,
Les noces et le mariage. Ils dirent en conséquence
Qu’on partirait fort tôt. Avec grandiloquence
Ils invitèrent leurs amis encor vivants.
Voir tous ces vieillards au cortège se suivant
Etait bien burlesque, mines nonchalantes
Au front ridé, la tête chauve et les mains tremblantes.
Nina, la mariée, se désolait tristement,
On préparait sa robe et ses ajustements,
Et elle retenait ses larmes avec courage.
Le père venait pour examiner l’ouvrage
Et on lui demanda cependant s’il avait
Le nombre suffisant de chevaux qu’il savait
Nécessaires, pour qu’on conduisît les convives
Au château de Médot. « Sur les leurs ils arrivent,
Répondit le vieillard, et quand ils partiront
Ceux de mes écuries sans doute suffiront
Ou nous irons chercher dans le voisinage. »
Et chargea un valet de ce badinage.
Le balourd se rappela en route, paressant
Et l’idée de rentrer vite le caressant,
Que Guillaume avait un cheval digne d’un prince
Gris et réputé le plus beau de la province,
Et crut pouvoir flatter en le lui ramenant
Sa pauvre maîtresse. Au chevalier avenant
Il l’alla emprunter donc, coquin qui pense
Mériter ainsi une belle récompense.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 20 mai 2015

Conte: Lai du Palefroi Vair (Histoire du cheval gris) (Partie II)

CONTE: LAI DU PALEFROI VAIR (HISTOIRE DU CHEVAL GRIS) (PARTIE Ii)


II. La douleur des deux amants, ce que fit Guillaume et ce que Nina lui dit de faire

Un jour que Guillaume rôdait autour des murs
Cherchant à parler à sa beauté au front pur,
Il aperçut de loin une vieille poterne
Et qui à ses amours lui semblait paterne
Pour parler à Nina sans qu’ils se fissent voir.
A sa bien-aimée il put le faire savoir
Grâce à un complice fidèle, et la belle,
Qui à ses nobles feux n’était point rebelle,
En profita, malgré sa vertu et pureté.
Guillaume, lui, pour qu’il pût venir en sûreté,
Prenait à chaque fois différente route.
Les deux amants jouirent joyeusement, sans doute,
De ce bonheur qui leur fut par le sort offert,
Car de ne point se voir ils avaient bien souffert.
Mais cela ne pouvait suffire à leur flamme,
Se parler sans quérir les mouvements de l’âme,
Trembler toujours d’être vus et ne point se voir,
Avoir le sentiment de trahir son devoir
Et d’un baiser volé ne point tirer gloire,
Tout cela ennuyait Guillaume, aux victoires
Toujours habitué, pourtant. Il décida,
Et son courage dans son entreprise aida,
D’aller parler au père qui dans sa tanière
Retient captive sa fille, de manière
A le persuader de ses nobles intentions.
« Je vous parle, sire, dit-il, sans inventions.
Daignez donc m’accorder un instant d’audience.
Je ne suis point fort riche et j’en ai conscience,
Mais j’aime votre fille. Je viens vous supplier
De m’accorder sa main ; je suis un chevalier
Dont le nom est connu ainsi que la lignée,
Et votre fille ne sera point indignée
De m’avoir pour époux. J’attends votre jugement
Qui m’emplira ou de bonheur ou d’affligement
Et qui me donnera ou la mort ou la vie
Qui me sera, si vous me rejetez, ravie. »
« Qu’on aime ma fille, je puis le concevoir,
Et qu’en la contemplant on veuille la revoir,
Répondit le vieillard, tout sur son passage
Lui sourit, et elle est jeune, belle et sage ;
Sa naissance est aussi distinguée, et je n’ai
Qu’elle d’héritière, et je ne suis point gêné
Qu’elle reste encore ici le temps que je lui trouve
Un mari digne d’elle. Votre valeur me prouve
Que vous êtes noble, mais sans vous humilier,
Nina ne sera point femme d’un chevalier,
Et ce n’est point là un parti convenable
Car elle ne vivra point vie agréable.
De l’épouser des princes viennent mander l’honneur,
Les chevaliers sont des faucons et des veneurs
Qui vivent de leurs proies dans l’éternelle errance.
Je sais que ma fille a pour vous quelque attirance,
Mais elle est jeune et ne songe point à l’avenir. »
Cachant ses larmes qu’il peinait à retenir,
Guillaume ne dit rien, et dans la clémence
Des bois alla cacher sa douleur immense,
Le reste du jour se désolant, attendant
L’heure d’aller à la poterne cependant.
Nina y vint aussi et pleurait, triste et tendre.
« Ah ! ma chère, n’allez plus ici m’attendre,
S’écria Guillaume. Beauté au front radieux,
Je suis venu, hélas ! vous dire mes adieux,
Je quitte, ma Nina, cette sombre contrée,
Vous êtes la plus belle que j’y ai rencontrée.
Votre père n’a point voulu de moi, hélas !
Et je maudis, le cœur éploré, triste et las,
Ces richesses qui ont causé mon infortune. »
« Que ces richesses, hélas ! me pèsent et m’importunent !
S’écria la douce Nina. Je maudissais
Comme vous tous ces biens, mais je m’applaudissais
De vous les présenter, ô, mon cher Guillaume !
Ne quittez pas, mon cher ami, le royaume,
Ne désespérons point vite et la foi ayons,
Il reste une ressource à nos feux, l’essayons :
Près d’ici, à Médot, châtelain prospère,
Vous avez un oncle de l’âge de mon père ;
Dans notre chemin c’est le destin qui l’a mis.
Pendant leur enfance de mon père l’ami,
Si vous lui êtes cher comme je le pense,
Sans craindre châtiment ou vouloir récompense,
Il nous aidera, car c’est un homme d’honneur.
Dites-lui qu’il peut faire notre commun bonheur,
Que nous nous aimons, et racontez nos sévices.
Vous lui demanderez de ma part un service
Qui ne lui coûtera rien, car il sera feint
Et car on lui rendra son présent à la fin :
C’est de vous céder trois cents livres de rente
Sur sa terre. Les choses seront différentes
Quand il interviendra, de nous ayant pitié.
Il parlera à mon père ; leur amitié
De nos amours sera la fidèle complice,
Et nos affres vont se transformer en délices. »
« Vous me rendez la vie, je vois maintenant le port ! »
S’écria Guillaume, content, avec transport.  

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène