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mercredi 12 octobre 2016

Bon voyage

bon voyage

Francisco de Goya, Capricho n.º 64: Buen viaje (« Bon voyage ») (1797-1798)

Les vices criants et éblouis
Sur leur étrange monture
Sont partis à l’aventure,
Cachés au soleil qui reluit,

Cortège de monstres rêveurs,
Ils s’envolent dans le ciel sombre,
Ombres, ils s’en vont dans les ombres
En gémissant avec ferveur !

Ridicules et terribles,
Leur voyage semble éternel,
Ils semblent, dans la mer du ciel,
Chercher un port invisible !

Où vont-ils ? dans le vaste monde
Ils errent comme des bannis,
A la fois maudits et bénis,
Bravant les écueils et les ondes !

Au-dessus du radieux enfer
Dans lequel les hommes vivent,
Ils s’envolent et jamais n’arrivent
Aux rivages qui leurs sont chers,

Voyageurs de l’immensité
Perdus dans d’obscurs dédales,
Dont les visages sont pâles
De l’humaine perversité !


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 11 octobre 2016

Les squelettes et la tombe

les squelettes et la tombe

Francisco de Goya, Capricho n.º 59: Y aun no se van! (« Et encore ils ne s’en vont pas! ») (1797-1798)

Tandis qu’avec un bruit de tempête
La pierre tombale choit sur leurs têtes
Et les écrase comme de vils vers,
Comiques Atlas portant des univers,
Les squelettes, pour vivre, s’évertuent
A faire tomber ce faix qui les tue,
Plus pesant que la montagne altière,
Et veulent braver la Mort meurtrière
Qui raille leurs ridicules efforts !
Ils l’ignorent, mais ils sont déjà morts ;
Malédiction éternelle et antique !
Fantômes décharnés et rachitiques,
Ils luttent toujours, ces vains malheureux !
La fatale pierre tombera sur eux
Et elle les couvre déjà de son ombre
Ainsi que toutes les choses sans nombre
Qui errent ici-bas, bravant le destin !
Table, elle sera ornée du festin
De leurs os broyés et leurs membres frêles !

Cette pierre, nous marchons tous sous elle.
Elle s’appesantit lentement sur nous,
Tandis que nous attendons à genoux
Qu’elle nous écrase et nous mutile
En luttant avec des gestes futiles
Contre ce sinistre fardeau des cieux
Qui nous cache le soleil radieux.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 10 octobre 2016

La Chute

LA Chute

Francisco de Goya, Capricho n.º19: Todos caerán (« Tous tomberont ») (1797-1798)

Les amoureux, oiseaux à têtes humaines,
Guettent leurs proies sur terre et dans les cieux,
Ils croient être les chasseurs ; prétentieux,
Ils ignorent leur chute prochaine !

Ils chantent des vers, la gorge sèche,
Pour émouvoir les cœurs railleurs et durs
De leurs maîtresses aux regards impurs ;
Cupidon les attend avec ses flèches

Pour les faire choir, comme de coutume,
Souillés par la poussière, ensanglantés,
Proies infortunées et sans volonté
Qu’en raillant leur maigreur on déplume !

Ils tomberont tous, ces aigles frêles,
Ces grotesques faucons, ces vains vautours !
Car telle est la sombre loi de l’amour
Des volages et cruelles maquerelles !

Les filles de joie, filles de tristesse !
Vampiresses assoiffées de pluie d’or,
Prodiguant ensemble à l’amant qui dort
L’ignoble morsure et la caresse,

Dangereuses et sinistres créatures
Dont le parfum est un poison mortel
Et dont les cœurs fumants sont les autels
Et les sanctuaires de torture. 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 9 octobre 2016

La courtisane et sa mère

la courtisane et sa mère

Francisco de Goya, Capricho n.º 16: Dios la perdone. Y era su madre (« Que Dieu lui pardonne : c’était sa mère ») (1797-1798)

La courtisane, son éventail à la main, 
Dans sa vanité croit régner sur les humains,
Fière de sa chevelure et de sa robe noire
Et de son impureté faisant une gloire,
A volé de Cadix à Madrid au Prado,
Emportée par le vent comme un frêle radeau 
Que la tempête agite et tourmente sans cesse.
Après maintes aventures, après maintes bassesses,
Après maintes années loin du Cadix natal, 
Abandonnant sœurs et parents au sort fatal,
La voilà au Prado qui fait sa précieuse,
Aussi fière qu’un paon et toute radieuse.

Une pauvre femme, couverte de haillons,
Vient soudain s’abriter sous son riche rayon,
Assaillie par le froid, courbée et tremblante.
Elle lui demande l’aumône, cette allante,
Et toutes les deux ne se reconnaissent pas.
Comme si elle avait vu l’Ange du trépas,
Elle se recule, et lui lance, fougueuse : 
« Va-t’en chercher fortune ailleurs, infâme gueuse !
Personne ne m’a fait, à moi, la charité. »
Et détourne ses yeux avec sévérité 
De cette mendiante chenue et amère.
Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’elle est sa mère.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 8 octobre 2016

Un sacrifice

un sacrifice

Francisco de Goya, Capricho n.º 14: Que sacrificio! (1797–1798)

La Pauvreté est un minotaure d’auberge
Qui dans le dédale des chaumières rugit,
Pour apaiser enfin ce monstre qui mugit,
La famille en haillons lui offre sa vierge ;

Le mari est bossu, mais riche ! on lui donne
La frêle et blanche main d’une beauté en pleurs
Et dont la jeunesse est coupée comme une fleur
Que le ciel de l’hiver, sombre et soudain, étonne !

Le père est content, lui ; tout comme la mère !
La marraine cache ses larmes et ses soupirs,
Le bossu fait le beau, sa joie le fait glapir. 
L’amour, quand on est pauvre, est une chimère !

Cette jeune fille, pourtant, aime et souffre !
Mais l’amour est vaincu et le lucre est vainqueur !
Rien ne peut consoler, désormais, son grand cœur, 
Et le monde est pour elle un immense gouffre !

Ô pauvre jeunesse, sacrifiée et martyre !
Misérable beauté foulée aux pieds, hélas ! 
Doux cœur qu’on prostitue, qui gémit, triste et las,
Belle nymphe vendue à un hideux satyre !

Sa marraine lui a dit : ne sois pas rebelle,
Tu le feras cocu ! mais elle restera 
Fidèle à son époux, et le détestera,
Parce qu’elle est aussi pure qu’elle est belle !

Et elle songera souvent, de tout lassée,
Victime qui gémit, que ronge le remords,
A ce qu’elle a perdu, aux printemps qui sont morts,
Aux hivers éternels, aux amours trépassées !


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

jeudi 6 octobre 2016

El amor y la muerte

el amor y la muerte

Francisco de Goya, Capricho n.º 10: El amor y la muerte (1797–1798)

L’amant, dans les bras de sa maîtresse,
Expire lentement en fermant les yeux, 
Et à ses pieds son épée traîtresse
Semble railler leurs ténébreux adieux,

Et sa maîtresse, elle, se lamente,
Enlaçant, comme le trépas cruel,
Son amoureux qui perdra son amante
Et la vie, après un fatal duel. 

Nul n’entend ses gémissements mornes
Hormis les fauves dans les bois lointains,
Sa tristesse est infinie et sans bornes
Mais jamais ne changera le destin :

L’Amour et la Mort, tous deux solitaires,
Se jouent de nos futiles espoirs ;
Tous les deux sont de profonds mystères,
Portent un linceul blanc et un voile noir,

Errent, l’un faisant battre les cœurs blêmes,
L’autre les faisant taire éternellement !
La jeunesse est indifférente ; elle aime !
Et la vieillesse sourit pâlement

Attendant de cueillir, comme un pétale,
L’âme éprise d’absolu, que le vent
Menace de sa caresse fatale
Et fait tomber dans l’abîme en rêvant.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 5 octobre 2016

Nadie se conoce

nadie se conoce 

Francisco de Goya, Capricho n.º 6: Nadie se conoce (1797–1798)

Le monde est un vaste bal.
Chacun, las d’être lui-même,
Le front radieux, le cœur blême,
Cache son secret tombal

En souriant vaguement
A la mort et au gouffre,
Pitre maudit qui souffre
Et soupire tristement !

Tout donc ici-bas est feint !
L’habit, la voix, le visage,
L’homme que rien ne soulage
Erre sous l’azur sans fin,

Epris d’un songe éternel !
Tout n’est-il qu’un vain songe ?
Nous chérissons le mensonge
Immense comme le ciel !

Par nos masques appesantis,
Fardeaux rieurs et sombres,
Nous dansons dans les ombres,
Spectres frêles et petits

Dont le monde est le manoir
Et le bouge vénérable,
Théâtre incommensurable
Et où il fait toujours noir.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 3 octobre 2016

Le Croquemitaine

 le croquemitaine 

Francisco de Goya, Capricho n.º 3: Que viene el Coco (1797–1798)

Qu’est-ce que ce monstre vêtu d’un drap tout blanc ?
C’est le Croquemitaine, qu’on ne voit qu’en tremblant !
Cachez-vous, les enfants, dans les bras de vos mères,
Et tremblez, dans vos lits, de cette chimère !
Si vous ne restez pas sages, il viendra, ce soir,
Vous tourmenter dans vos lits, quand il fera noir !
Vous entendrez ses pas errer dans les ténèbres !
Craignez cette chose ridicule et funèbre !
Sachez ceci : la nuit appartient aux démons !
Ils viennent des tombeaux et ils viennent des monts
Assiéger les enfants rebelles avec ruse,
Ils s’appellent Coco, Lamia et came-cruse ! 
Frissonnez de ce spectre hagard aux milles noms, 
Et ne dites jamais à votre mère : non ! 

C’est ainsi qu’on apprend à l’enfant qui se cache
A avoir toujours peur et à être lâche,
A craindre les revenants et les mauvais esprits,
A être du moindre bruit inquiet et surpris, 
A trembler de la nuit, ce vaste mystère,
Et de tout ce qui sort de six pieds sous terre,
Avec des gémissements, de son cercueil hideux !
Mais un jour ces enfants sauront qu’on se rit d’eux,
Que ces superstitions sont vaines et ridicules,
Que ces monstres sortis soudain du crépuscule
N’existent pas, que leurs parents sont des menteurs 
Qui tourmentaient leurs songes et qui leur faisaient peur !


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène