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jeudi 19 mars 2020

L'excuse sans espoir

l'excuse sans espoir

Nous sommes des humains. C’est notre seule excuse,
C’est pour cette raison que nous faisons le mal,
Et nous obéissons à nos sombres Muses
Auxquelles n’obéit pas le sombre animal ;

Elles chantent comme de grandes Sirènes,
Nous poussent au néant, au crime, au désespoir,
Ces rivages moqueurs aux chimères souveraines,
Ces océans dont nous chérissons les flots noirs !

Nous sommes des humains ; nous sommes égoïstes,
Aux mortels qui meurent de faim et de froid
Nous ne pensons pas, et notre monde est fort triste,
En vérité, et bien plus triste qu’on le croit.

Tremblant des châtiments, nous aimons nos vices –
Certains appelleraient cela l’automaour
Illusions de grandeurs,  envie et avarice,
Être bruyant dans la joie et au malheur sourd,

Écraser les plus faibles, appauvrir les plus pauvres
Et ne penser qu’à ce qu’on va boire et manger,
Refermer sa porte qu’une prière ouvre,
Haïr les différents, haïr les étrangers,

Être mauvais, enfin, et être impitoyable,
Sans aucune raison abhorrer son prochain,
Avoir une âme comme un enfer effroyable ;
Peu importe, toutefois, nous sommes des humains !


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 8 septembre 2019

Le mal au cœur d'un oublié

Le mal au CŒUR d'un oublié

Il veut que quelqu’un soit à ses côtés,
Homme, femme ou animal, qu’importe !
Et qu’on vienne frapper à sa porte
Ou griffer sa fenêtre un jour d’été,

Et il voudrait entendre le bonjour
D’un ami, d’un voisin, de quelque âme,
Qu’il y ait dans sa cheminée plus de flamme
Et dans son cœur aride plus d’amour.

En vain, hélas ! Il demeurera seul,
Sa boîte aux lettres et son lit sont vides,
Et il s’endort le visage livide,
Comme un cadavre dort dans son linceul.

Il n’a point d’ami, point de confident,
Seulement un pauvre compte en banque,
Quelqu’un qu’il ne connaît pas lui manque,
Dans l’ombre il serre les poings et les dents

Et s’écrie : « au diable l’humanité !
Soyons seul, je n’ai besoin de personne ! »
Puis imagine qu’à sa porte on sonne
Avec tendresse et avec vanité.

Il entend la voix de son propre esprit ;
Le silence, toujours le silence !
Et de ses pensées dont la violence
Les rend pareilles à de vastes cris.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 5 juin 2018

Le mal moderne

Le mal moderne

Où vont ces pâles voyageurs
Poussés dans les capitales
Par les tempêtes fatales,
Marins fatigués et songeurs ?

Sombres, à des spectres pareils,
La tête baissée, ils errent,
Employés cachant leur misère
Aux hommes ainsi qu’au soleil.

Prisonniers de leurs grands bureaux
Ils obéissent, las et pâles,
Aux divinités infernales
Qui sont leurs chefs et leurs bourreaux,

Par le dieu du Travail châtiés,
Poussant leur rocher humide
Qui tombera dans le vide
Comme ils tomberont sans pitié,

Le jour où enfin ils verront
Leur sourire la Retraite,
Où ils seront à la crête
Et dans la nuit travailleront !


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 21 mars 2017

Le mal de Phèdre

LE mal de phèdre

Alexandre Cabanel, Phèdre (1880)

Ne trouvant nul repos, songeant à son délit,
Tourmentée par Vénus, s’agitant dans son lit
Qui lui semble comme son cœur plein de flamme,
Phèdre gémit, portant le fardeau de son âme.

L’infidèle Thésée fait la cour en enfer,
Et elle est accablée de mille pesants fers,
Amoureuse de son beau-fils, Hippolyte,
Maudissant sans répit sa famille maudite.
Les deux seins nus, blême d’amour et de chaleur,
Cherchant dans les murs la cause de son malheur,
Voyant de Cupidon reluire les flèches,
Garnement meurtrier, la gorge plus sèche
Qu’un infini désert fatal aux voyageurs.
Il pleut de la sueur de son beau front songeur,
Ce ciel de la pensée qu’opprime l’orage, 
Elle perdra la vie mais non le courage,
De funestes desseins emplissent son esprit
Il faut qu’il périsse si Phèdre un jour périt !
Puisque Diane et Vénus sont liguées contre elle,
Avant que de mourir elle sera cruelle
Et elle vengera la peine de son cœur 
Et, vaincue, occira son farouche vainqueur. 


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 6 novembre 2016

Le Mal d’Antiochos

le mal d'antiochos

Jacques-Louis David, Érasistrate découvrant la cause de la maladie d’Antiochus (1774)

Antiochos, roi faible et malade
Et dont l’empire est mutilé,
Soupire comme un exilé,
Le cœur plein d’estafilades ;

Un fléau sombre et homicide
Ronge son corps, patient et noir,
Chaque matin et chaque soir
Font gémir le Séleucide

Dont le nom est une ironie !
Lui, qu’on surnomme le Sauveur !
Le vertige le rend rêveur,
Enivré par son agonie !

Roi de Syrie, son sceptre tremble, 
Et son empire est un festin
Où Ptolémée et le Destin
Se sont invités ensemble !

Il a perdu la Cilicie
Comme un enfant perd un jouet,
Le Pont se rit se son fouet,
La Bithynie, la Phénicie ! 

Mais ce qui ainsi le tourmente
N’est pas un belliqueux souvenir.
C’est un feu qu’il ne peut bannir
Et c’est une beauté charmante !

Pour le guérir de son supplice
Érasistrate est à son lit,
Et l’Infaillible soudain dit : 
« Antiochos aime Stratonice. »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène