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vendredi 14 mai 2021

Après la bataille de Badr

  après la bataille de badr

Et les habitants du Paradis crieront aux habitants du feu : Nous avons éprouvé la vérité des promesses de notre Seigneur, et vous, l’avez-vous éprouvée ? Et ils répondront : Oui ! Un héraut qui criera parmi eux criera ces paroles : Malédiction de Dieu sur les impies. (Coran, 7, 44)

Trois jours après la mort des ennemis impies
À Badr, le Prophète, devant ces corps sans vie
Se mit debout et les harangua en disant :
« Certes vos fardeaux dans l’au-delà sont pesants !
Abou-Jahl, Oumayya ibn Khalaf, et vous deux,
Outba et Chayba ibn Rabia, cœurs hideux,
Dieu vous a promis la géhenne noire
Et vous l’avez trouvée, et à moi la victoire !
N’êtes-vous pas aujourd’hui bien affligés
De désobéir à Dieu et son messager ?
Votre sort est affreux : l’enfer et la défaite ! »
Omar ibn Al-Khattab entendit le Prophète,
Et surpris, il lui dit : « Ô Prophète, ils sont morts !
À quoi sert d’adresser la parole à des corps
Qui sont devenus des charognes infâmes ? »
« Par le Seigneur qui est maître de mon âme,
Répondit le Prophète, ils m’ont tous entendu
Comme vous m’entendez, et n’ont point répondu. »


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 2 octobre 2020

Après le Déluge

  après le déluge


Noé cria vers son Seigneur, et dit : Ô mon Seigneur ! Mon fils est des miens ; tes promesses sont véritables, et tu es le meilleur des juges.
- O Noé ! Reprit Dieu, il n’est point des tiens. Ce que tu fais est une action injuste. Ne me demande point ce que tu ne sais pas. Je t’avertis, afin que tu ne sois pas du nombre des ignorants. (Coran, 11, 45-46)

Quand Noé construisait l’Arche, obéissant
Au commandement qui lui vint du Tout-Puissant,
Son peuple le raillait : « Gare à la tempête !
Es-tu donc charpentier, Noé, ou prophète ?
Pourquoi est-il si loin de la mer, ton vaisseau ?
Çà ! Pour le construire, tu dois être bien sot ! »
Noé leur répondait comme un homme qui prie :
« Pour nous aussi vous êtes un objet de raillerie.
Malheureux ! Vous courez tous à votre trépas !
Dieu m’a envoyé, mais vous ne l’écoutez pas !
Le jour viendra, et quand criera le Déluge,
En vain, loin de Dieu, vous chercherez un refuge. »

Le jour terrible vint. Sous le ciel sans rayons,
La mer, comme si elle était remplie de lions,
Rugissait sombrement. Dans l’Arche montèrent
Des couples d’animaux qui peuplaient la terre
Et qui étaient plus que les fidèles nombreux.
Noé appela son fils dans les flots ténébreux
Aussi grands que le sont de grandes montagnes :
« Monte avec nous, il faut que tu nous accompagnes,
Fils, ou tu périras avec les mécréants ! »
L’océan devenait de plus en plus géant,
Mais le fils de Noé répondit à son père :
« Je chercherai une grotte salutaire,
Je m’y cacherai et j’y serai à l’abri. »
« Viens, répéta Noé, viens, mon fils chéri !
Car de Dieu, qui en ce moment nous regarde,
Rien ne te sauvera, sauf sa miséricorde ! »
Le jeune homme fougueux bientôt fut englouti
Par les flots sans merci, et le vaisseau partit
Loin de la destruction qui frappait le monde.
Dieu ordonna : « Fermez-vous, cieux ! Bois ton onde,
Terre ! », et le vaisseau de lui-même s’arrêta.

Noé, désespéré, dans la boue se jeta,
Et prosterné devant Dieu, pria : « Ô Maître !
Tu juges toujours avec équité tes êtres,
Tes promesses sont vraies, et tout t’appartient,
Daigne épargner mon fils, car il est des miens ! »
Il entendit de Dieu la réponse auguste :
« Noé, ne me prie pas, ta demande est injuste.
Ton fils n’est pas des tiens, il ne t’a pas suivi,
Et pour cette raison, il t’a été ravi.
Tu ignores le sens des vœux que tu formes,
Et moi je t’avertis et je t’en informe
Pour que tu ne sois pas parmi les ignorants. »
Noé se repentit : « À mon esprit errant,
Seigneur, pardonne, car ta pitié est grande,
Dit-il, et ne permets pas que je te demande
Ce que je sais pas ». Dieu reprit : « Sois béni,
Noé. Certains que tu vois ici réunis
Le sont aussi ; d’autres connaîtront les jouissances
Avant d’être châtiés par notre puissance. »


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 22 janvier 2020

Cécité après le monde

Cécité après le monde

Quand le monde sera fini comme un livre
Qui ennuie à la fin et au début enivre,
Et que la nuit fera taire ses cris,
Ce qui existera, ce sera l’esprit.
Aveuglé devant les choses altières
Par l’ombre comme on l’est par la lumière,
Il cherche la Beauté et la Raison,
Ces deux portes de la même maison,
Il erre sans fin dans des chemins sombres
Qui n’ont pas de but et n’ont pas de nombre
Et comme le vieux cosmos sont ridés,
Tel Prométhée, autrefois, décidé
À voler le feu divin à l’abîme
Et à le donner – forfait sublime –
Aux spectres qui ont été des mortels.
L’esprit trouvera toujours son autel,
Même dans la nuit la plus immense,
Même dans la tempête sans clémence,
Il est le seul asile et le seul port.
Comme un nouveau-né de sa mère sort,
Il sortira glorieusement des ténèbres
Et s’en ira dans l’espace funèbre,
Torche enflammée et grand flambeau vivant,
En brillant, en pensant et en rêvant.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 20 novembre 2019

Rêverie de l'après

rêverie de l'après

Quand devant nous elle passe, elle nous emplit
De son parfum et de sa lumière,
La rose se lamente et le soleil pâlit
Et la Nature dit des prières,

Tout devient plus radieux et plus bleu et plus vert,
Plongé dans ses profondes songeries,
Et même les vieillards plus chenus que l’hiver
Se mettent à dire des galanteries,

En songeant à elle, l’on devient soudain seul
Avec ses fantasmes impossibles
Qui enveloppent le cœur comme des linceuls,
Tandis qu’elle va toujours, impassible,

Et que, comme on devine une énigme sans fin,
Tous ses amants devinent son sourire
En pensant tristement à leur amour défunt,
Pur et impur et qui ne peut suffire.

Elle s’en va ; vague et splendide émanation
De sa chair ainsi que de tout son être,
Il reste d’elle un peu d’odeur à nos passions
Qui sort d’elle comme d’une fenêtre,

Mais rien ne consolera ses pauvres amoureux,
De leurs rêves elle sera la brume,
Plus que les étoiles au ciel ils sont nombreux,
L’un songe à elle et chante, et l’autre fume.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 12 décembre 2016

Un naufrage

un naufrage

Pierre-Émile Berthélemy, Après la tempête (1859)

Le vaisseau brisé par la mer sauvage,
Les voiles déchirées, les mâts cassés,
Vêtu de haillons, sommeille, lassé,
Comme un pauvre hère sur le rivage.

Il n’est plus qu’un débris hideux, immense !
Loin du doux port il s’est aventuré
Et l’orage bourreau l’a torturé !
Fouetté par les flots sans clémence,

Flagellé par la houle qui gronde,
Ecartelé enfin par les écueils,
Il a fait porter des habits de deuil
A cent veuves maudissant les ondes !

La tempête fut tellement violente
Que tout périt ; pâles et sans linceuls,
Loin de leur fils et de leurs femmes, seuls,
Des marins aux poitrines sanglantes

Sont jetés sur la paisible grève,
Pareils à de nauséabonds déchets,
Viande ensanglantée pendue au crochet,
Et tout cela pourrit lentement et rêve.

Seul un chien a survécu ; il hurle
Et triste, renifle son maître mort,
Il va périr, peut-être, loin du port,
Bercé par l’océan qui déferle. 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 22 juin 2012

Après la Révolution


Après la Révolution


Comme le flambeau éteint est souillé par ses cendres
Après avoir empli l’ombre de ses lueurs,
La radieuse Tunisie est devenue sombre
Quand la Révolution au sourire railleur

A relui un instant, aurore volage,
Dans nos cieux obscurcis par la nuit et le deuil,
Nous montrant la mer et nous cachant le rivage,
En rayonnant pour que nous voyions les écueils !

Ô, la Patrie erre, comme la voile d’Ulysse,
Sans vaillant capitaine et sans preux matelots,
Elle gémit et la houle est son supplice,
Perdue éternellement dans les ombres et les flots !

Ben Ali a fui. Mais, idée ténébreuse,
Il hante nos esprits. Vautour plein de courroux
Qui en s’envolant dans les nuées orageuses
De ses ailes fait tomber des plumes noires sur nous !

La Troïka, hydre à trois têtes, comme l’hydre de Lerne
Bête affreuse, dévore le peuple pâle et muet
Et qui de gouverner prie ceux qui gouvernent
Et obéit à ses bourreaux, squelette ployé

Par l’éternel fardeau de sa sombre misère !
Les mères éplorées de nos héros qui sont morts
En défiant d’un tyran les lois austères
Pleurent toujours, et le sang empourpre les corps

De nos blessés dont les balafres héroïques
Saignent encore, pourries, aux sinistres relents,
Tandis que nos maîtres, comme les statues stoïques,
Contemplent leurs sujets, le regard nonchalant,

Et leur disent : « Mères, veuves, soyez patientes !
Chômeurs, vous chômez car vous êtes fainéants !
Pour que vos prières jusqu’au Seigneur montent
Combattez comme nous les traîtres et les mécréants ! »

Sept novembre, quatorze janvier, vingt-trois octobre,
Qui peut savoir ce que demain cache aux mortels ?
Chiffres que le Destin ajoute au fatal nombre
Quand, savant et pensif, il calcule l’Eternel !

Mais notre destinée, c’est ce que nous sommes !
Enfants immortels de l’immortelle Nation,
Ce nombre monstrueux est la tragique somme
De nos désirs, de nos paroles, de nos actions !

Allumons nos flambeaux pour qu’ils deviennent aurore ;
Attendre est inutile, se lamenter est vain !
Essuyons les larmes de la Patrie qui pleure
Et penchés sur l’abîme, tendons-lui notre main !

Aigles, portons le foudre dans nos griffes acérées,
Remuons nos ailes pour le faire flamber,
Et au nom de notre Tunisie adorée
Que sur ses ennemis nous le fassions tomber !



Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène