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samedi 16 mai 2020

Re-Ma mère


RE-ma mère

D’après le poème  « Ma mère » d’Émile Nelligan (1879 – 1941), duquel je ne garde ici que les deux premiers vers.

Quelquefois sur ma tête elle met ses mains pures,
Blanches, ainsi que des frissons blancs de guipures,
Et comme bien souvent je ne suis pas là,
En touchant mon portrait avec ses doigts las,
Elle me demande à toute la nature,
À ses meubles anciens, aux choses futures,
À tous les coins emplis d’ombre de sa maison,
À l’aurore, à la nuit, à toutes les saisons,
À tout ce qui chante et à tout ce qui passe !
Pardon, je t’ai rendue, mère, inquiète et lasse,
Ma vie est, toutefois, un dangereux sentier,
C’est un orage qui va dans le monde entier
Et qui m’emporte loin de tous ceux que j’aime ;
Écoute-moi, ma mère, et ne sois pas blême :
Sais-tu qui nous sommes en vérité, maman ?
Poussières répandues sous le grand firmament,
Nous allons aux Frances et nous allons aux Allemagnes.
Mais tu connais ton fils : je suis une montagne.
Par la grâce de Dieu aussi sage que fort,
J’ai maintes fois perdu le doux chemin du port,
Mon cœur a maintes fois été pris pour cible,
Des dards y sont restés, bien qu’ils soient invisibles,
Et des épées cassées et des morceaux de bois,
J’ai été assailli par tout ce que tu vois,
Je suis presque aussi dur que le fer et la pierre,
Mais lorsque ton souvenir, pareil à la lumière,
Pareil au soleil, se lève dans mon esprit,
Ton image me berce et ta voix m’attendrit. 


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 12 décembre 2016

Un naufrage

un naufrage

Pierre-Émile Berthélemy, Après la tempête (1859)

Le vaisseau brisé par la mer sauvage,
Les voiles déchirées, les mâts cassés,
Vêtu de haillons, sommeille, lassé,
Comme un pauvre hère sur le rivage.

Il n’est plus qu’un débris hideux, immense !
Loin du doux port il s’est aventuré
Et l’orage bourreau l’a torturé !
Fouetté par les flots sans clémence,

Flagellé par la houle qui gronde,
Ecartelé enfin par les écueils,
Il a fait porter des habits de deuil
A cent veuves maudissant les ondes !

La tempête fut tellement violente
Que tout périt ; pâles et sans linceuls,
Loin de leur fils et de leurs femmes, seuls,
Des marins aux poitrines sanglantes

Sont jetés sur la paisible grève,
Pareils à de nauséabonds déchets,
Viande ensanglantée pendue au crochet,
Et tout cela pourrit lentement et rêve.

Seul un chien a survécu ; il hurle
Et triste, renifle son maître mort,
Il va périr, peut-être, loin du port,
Bercé par l’océan qui déferle. 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 11 décembre 2016

Cosette

cosette

Émile-Antoine Bayard, Illustration pour Cosette (1862)

Pieds nus sous la pluie cruelle
Qui lui fera des bleus partout,
Tenant un balai plus grand qu’elle,
Cosette, opprimée par la toux,

Domestique frêle et rose,
Vêtue d’un éternel haillon,
Enfant devenue une chose,
Soupire loin des rayons !

Son horrible maigreur rappelle
Celle d’un chien mal nourri,
Avant, pourtant, elle était belle,
Jeune fruit tombé qui pourrit !

Elle craint tous les adultes
Et n’ose parler qu’en tremblant
Du bâton ou de l’insulte
Qui brisent son petit corps blanc ;

Elle souffre comme une femme,
Esclave de la Thénardier,
Marâtre sombre et infâme,
Et veut jouer et étudier

Comme on le fait à son âge ;
Son supplice va-t-il finir ?
Elle croit voir dans l’orage
Fantine, sa mère, revenir.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène