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vendredi 2 octobre 2020

Après le Déluge

  après le déluge


Noé cria vers son Seigneur, et dit : Ô mon Seigneur ! Mon fils est des miens ; tes promesses sont véritables, et tu es le meilleur des juges.
- O Noé ! Reprit Dieu, il n’est point des tiens. Ce que tu fais est une action injuste. Ne me demande point ce que tu ne sais pas. Je t’avertis, afin que tu ne sois pas du nombre des ignorants. (Coran, 11, 45-46)

Quand Noé construisait l’Arche, obéissant
Au commandement qui lui vint du Tout-Puissant,
Son peuple le raillait : « Gare à la tempête !
Es-tu donc charpentier, Noé, ou prophète ?
Pourquoi est-il si loin de la mer, ton vaisseau ?
Çà ! Pour le construire, tu dois être bien sot ! »
Noé leur répondait comme un homme qui prie :
« Pour nous aussi vous êtes un objet de raillerie.
Malheureux ! Vous courez tous à votre trépas !
Dieu m’a envoyé, mais vous ne l’écoutez pas !
Le jour viendra, et quand criera le Déluge,
En vain, loin de Dieu, vous chercherez un refuge. »

Le jour terrible vint. Sous le ciel sans rayons,
La mer, comme si elle était remplie de lions,
Rugissait sombrement. Dans l’Arche montèrent
Des couples d’animaux qui peuplaient la terre
Et qui étaient plus que les fidèles nombreux.
Noé appela son fils dans les flots ténébreux
Aussi grands que le sont de grandes montagnes :
« Monte avec nous, il faut que tu nous accompagnes,
Fils, ou tu périras avec les mécréants ! »
L’océan devenait de plus en plus géant,
Mais le fils de Noé répondit à son père :
« Je chercherai une grotte salutaire,
Je m’y cacherai et j’y serai à l’abri. »
« Viens, répéta Noé, viens, mon fils chéri !
Car de Dieu, qui en ce moment nous regarde,
Rien ne te sauvera, sauf sa miséricorde ! »
Le jeune homme fougueux bientôt fut englouti
Par les flots sans merci, et le vaisseau partit
Loin de la destruction qui frappait le monde.
Dieu ordonna : « Fermez-vous, cieux ! Bois ton onde,
Terre ! », et le vaisseau de lui-même s’arrêta.

Noé, désespéré, dans la boue se jeta,
Et prosterné devant Dieu, pria : « Ô Maître !
Tu juges toujours avec équité tes êtres,
Tes promesses sont vraies, et tout t’appartient,
Daigne épargner mon fils, car il est des miens ! »
Il entendit de Dieu la réponse auguste :
« Noé, ne me prie pas, ta demande est injuste.
Ton fils n’est pas des tiens, il ne t’a pas suivi,
Et pour cette raison, il t’a été ravi.
Tu ignores le sens des vœux que tu formes,
Et moi je t’avertis et je t’en informe
Pour que tu ne sois pas parmi les ignorants. »
Noé se repentit : « À mon esprit errant,
Seigneur, pardonne, car ta pitié est grande,
Dit-il, et ne permets pas que je te demande
Ce que je sais pas ». Dieu reprit : « Sois béni,
Noé. Certains que tu vois ici réunis
Le sont aussi ; d’autres connaîtront les jouissances
Avant d’être châtiés par notre puissance. »


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 16 décembre 2019

Barbe alphabétique

Barbe alphabétique

En contemplant le ciel, la terre et son arche,
Avant le Déluge qui va bientôt gronder,
Le vieux Noé, prophète et patriarche,
D’une immense pitié voit son cœur inondé ;

Il voit déjà le monde après la catastrophe,
Ainsi qu’une poterie brisé par un seul flot,
Comme après un vers on voit une strophe,
Attentif à la mer et ses moindres sanglots.

Bientôt, pareille au feu qui détruit et embrase
Et, inexorable, à chaque soupir grandit,
La goutte d’eau fera déborder le vase
Et Noé soupirera : « Moi, je vous l’avais dit ! »

Sur son arche, à l’abri du courroux des ondes,
Que dans grande serre emportera le vent
Et qui pourra survivre à la fin du monde
Et à d’invisibles rivages va en rêvant.

Le Déluge éteindra le soleil et l’étoile
Comme on éteint dans la nuit un frêle flambeau,
Toute la création marchera dans un voile,
La nuit est le linceul, la mer est le tombeau.

Noé voit tout cela, pareil à un homme ivre
Qui voit de grands spectres en traversant un brouillard,
Et il tient sa barbe comme on tient un livre
Et y lit le destin que comprend son regard.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène