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les spectres
Francisco de Goya, Disparate funèbre (1815-1823)
Minuit, heure sombre et redoutable
Où les spectres sortent de leurs tombeaux,
Et où on voit reluire, effroyables,
Leurs yeux radieux comme des flambeaux !
Ennemis des vivants, ils hantent la terre
Et emplissent les bois de leurs grands cris,
Et vagabondent, augustes et austères,
De la nuit et des ténèbres épris ;
Le monde est pour eux un manoir immense !
Chaque soir, ils déchirent leurs linceuls,
Et esprits en lambeaux, dans leur démence,
Terrifient les amants, dans l’ombre seuls !
Ils raillent leurs éphémères caresses
En leur montrant leur sourire moqueur,
Et ils s’envolent avec allégresse
Comme les parfums des vieilles liqueurs !
Et quand dans le ciel reluit l’aurore,
Ils reviennent à leurs tombeaux délabrés
De la mort terribles métaphores,
Et à leurs corps par les vers démembrés.
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2210.
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mardi 27 septembre 2016
Les spectres
samedi 24 septembre 2016
Saturne dévorant un de ses fils
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saturne dévorant un de ses fils
Francisco de
Goya, Saturne dévorant un de ses fils (1819-1823)
Saturne, divinité funèbre,
Seul convive d’un horrible festin,
Pour braver l’inéluctable destin,
Mange un de ses fils dans les ténèbres.
Hagard, infanticide et parricide,
Il fait calmement son devoir hideux,
Et tremblant de ses fils, se nourrit d’eux,
En accomplissant son forfait lucide,
Car il veut régner, seul, sur le monde,
Et car au nom de l’éternel pouvoir,
L’infamie est le plus saint des devoirs
Et la vertu est une chose immonde !
Tout sceptre est taché de sang et de fange,
Boue putride dont nous faisons de l’or !
Ténébreux alchimistes de la mort,
Nous savourons des repas étranges,
Et comme Saturne, dieu redoutable,
Pour que nous demeurions les plus puissants,
Nous consommons tous un pauvre innocent,
Et les noirs mets emplissent notre table.
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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vendredi 23 septembre 2016
Le Chien
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LE chien
Francisco de
Goya, Le Chien (1819-1823)
Seul dans l’immensité, un chien sombre
Contemple vaguement les sinistres murs,
Qui s’élèvent dans les vastes décombres,
Derniers vestiges du monde impur.
Plus rien ne vit désormais ; la bête
Semble attendre son maître, déjà mort,
En remuant tristement sa tête
Comme un marin inquiet et loin du port ;
Elle attend, dans ces ruines anciennes,
Eternellement Que quelqu’un revienne,
Mais même les spectres semblent défunts,
Et de temps en temps elle gémit, morne,
En contemplant la terre sans bornes
Et, au-dessus d’elle, le ciel sans fin.
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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jeudi 22 septembre 2016
Le Sabbat des sorcières
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le sabbat des sorcières
Francisco de Goya, Le Sabbat des sorcières ou Le Grand Bouc (1819-1823)
Assises en cercle, hagardes,
Les sombres sorcières regardent
Et écoutent, obscur conteur,
Le Diable, ce noir orateur.
Il leur parle de choses noires,
D’éternité et de gloire
Et de son Royaume caché,
Des vagues splendeurs du péché
Qui rend tout-puissant et libre,
Sa voix séduisante vibre
Comme un profond cor infernal,
Et l’ange limpide du Mal
Qui a perdu ses sombres ailes,
Berce et séduit avec zèle,
Fait entendre le bruit des fers
Qu’il brisera dans les enfers !
Le bouc contemple ses chèvres
Tout ce qui sort de ses lèvres
Est pour elles sombre et sacré,
Leurs fronts ténébreux sont ocrés
Par la fange du blasphème,
Pareilles à des bêtes blêmes,
Elles vénèrent le démon
Orgueilleux comme les monts,
Venu des immensités sombres,
Enfant du chaos et de l’ombre.
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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mercredi 21 septembre 2016
La Rixe
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la rixe
Francisco de Goya, Duel au gourdin, ou La Rixe (1819-1823)
Deux sots se
battent comme deux démons,
Armés de leurs
gourdins, sombres brutes,
Ensanglantés, essoufflés
et hirsutes,
Contemplés par
le ciel et par le mont.
Rien ne les
arrête : ni la houle,
Ni la lassitude,
ni la pitié,
Ni la nature
sans inimitié ;
Il faut se
battre, et que le sang coule !
Battez-vous
alors, combattants idiots !
Soyez violents,
glorieux et fratricides !
Que la haine
ronge comme un acide
Vos cœurs emplis
des meurtres primordiaux !
Atrée et
Thyeste, Caïn et Abel
Sont bien vos
ancêtres, et la brute humaine
Vous habite,
tueurs énergumènes,
Comme jadis vos
aïeux criminels,
Car l’histoire,
écrite en mots ténébreux,
C’est le roc de
Sisyphe qui retombe,
L’histoire, c’est,
hélas ! une tombe,
Un cimetière aux
trépassés nombreux.
Tuez, c’est ce
que vous faites de mieux !
Battez-vous de
la nuit à l’aurore,
Reposez-vous,
massacrez-vous encore,
Faites rire le
théâtre des cieux !
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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mardi 20 septembre 2016
Deux vieillards mangeant de la soupe
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DEUX vieillards mangeant de la soupe
Francisco de Goya, Deux vieillards mangeant de la soupe (1819-1823)
Deux vieux hommes chenus et éphémères,
Qui ont depuis longtemps déjà perdu
Leurs dents, leurs cheveux et leurs chimères,
Mangent leur soupe en causant, assidus,
De leurs amours, du temps de leur jeunesse,
De l’aube de leurs vies qui a relui,
Et attendent la mort sans détresse,
Par les rayons de leurs vieux jours éblouis.
Pareils à deux spectres ou à deux squelettes,
Décrépits, édentés et décharnés,
Ils inventent souvent des fabulettes
Pour rire un peu au taudis mal orné
Qui leur sert déjà de cimetière
Et où tous les draps sentent le linceul,
Havre de leurs existences altières
Où ils devisent chaque soir, tout seuls.
Le rire et l’orgueil : c’est tout ce qui reste
A ceux dont la vie va bientôt finir !
Des damnés consolations funestes,
Comme le remords, comme le souvenir !
Pour ces vieillards la vie est peu de chose,
Ils ont compris qu’en sourire est le mieux,
Et que seul le tombeau repose,
Comme les enfants leurs berceaux, les vieux.
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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lundi 19 septembre 2016
Deux vieux
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deux vieux
Francisco de Goya, Deux vieux (1819-1823)
Deux vieillards décrépits, l’un s’appelant le Temps,
Railleur et comme ses haillons vétuste,
Et l’autre, sur sa canne appuyé, auguste,
S’appelant la Vieillesse, hagard et écoutant,
Etaient debout. A la Vieillesse le Temps dit :
« Moi, je passe, et tu viens, ennemie de la vie,
Tu prends l’espoir avant qu’elle ne soit ravie,
Assassinant deux fois tous les hommes maudits ;
Tu fais choir tout à coup leurs cheveux et leurs dents,
Comme la tempête fait choir des feuilles mortes,
Vent d’effroi, du tombeau tu ouvres les portes,
Et tu désespères les cœurs les plus ardents !
Sans un remords, tu ploies leurs dos ; ils sont pareils
A des crève-la-faim courbés par la besogne,
Et moi je les berce et les endors sans vergogne
Pour que la Mort vienne soudain dans leur sommeil.
Ils rêvent, ces damnés, dans leur douce torpeur,
Et toi, rayon brutal, tout à coup les réveille,
Moi, je suis l’ennemi qui de loin les surveille,
Je les emplis d’espoir, tu les emplis de peur ! »
Et le Temps ricanait, ténébreux et moqueur,
Tandis que la Vieillesse, en restant muette,
Se reposait sur sa canne désuète,
Faisant tomber les vers qui lui rongeaient le cœur.
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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