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les douze CŒURS
Un vieux calife
avait douze femmes
Jeunes et belles
comme des âmes
Chez lesquelles
il entrait avec le soir
Et comme un
enfant, allait s’asseoir
Afin d’écouter
leurs longues histoires.
Quand la nuit
commençait à être noire,
Son cœur
commençait à être amoureux,
Il les possédait
et était heureux
Et n’était
jamais jaloux ou injuste.
Elles l’accueillaient
comme un père auguste
Bien qu’en
vérité il fût leur amant,
Et le monarque,
grand comme le firmament,
Faisait reluire
ces douze étoiles
Qui en le voyant
jetaient leurs voiles
Et pour lui
faire perdre la raison,
Ainsi que la
porte d’une maison
Ouvraient leurs
yeux derrière les nuages.
Toutes ces
fleurs qui avaient des visages
Portaient des
noms poétiques et beaux
Et poussaient
doucement près du tombeau
Du calife épris
de ces beautés frêles
Dont la jeunesse
était pourtant cruelle,
Douze comme les
mois, l’amour content
Étant aussi
éternel que le temps.
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2210.
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jeudi 20 juin 2019
Les douze cœurs
mardi 12 mars 2019
À des anges partis trop tôt
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à des anges partis trop tôt
Douze bébés ont péri dans le service de néonatalité
de l’hôpital la Rabta, en Tunisie, vraisemblablement à cause d’une erreur
humaine. Ce poème est dédié à leur douce mémoire. Que les responsables de ce
forfait soient punis !
Pauvres petits !
dans les cieux infinis,
Vous avez ouvert
vos petites ailes
Pour vous
envoler, radieux et bénis,
Et comme vos
vies, vos courtes vies, frêles !
Vous avez donc
quitté ce monde hideux,
Et la Mort a
pleuré en voyant ses victimes,
Ces doux enfants,
elle a eu pitié d’eux,
Et sa faux a
tremblé avant son crime !
Elle a vu ces
blancs et menus linceuls
Sous lesquels
ils respiraient à peine
Avant que de
mourir dans l’ombre seuls,
A cause de la
bêtise humaine !
Douze petits,
douze petits ! Hélas !
Comme il n’y a
point de cercueils à leur taille,
On les a rendus
à leurs parents las
Dans des
cartons, déchets que l’on raille,
Au crime
ajoutant l’humiliation
Et au meurtre
ajoutant le blasphème,
Pour les parents
aussi sans compassion
Comme pour leurs
enfants que tout aime :
L’aurore, le
vent, le ciel, le soleil,
L’hiver, le
printemps, l’été et l’automne,
Qui ont sombré
dans l’éternel sommeil
Et qu’a dévorés
la nuit monotone !
Vous avez ravi
comme des voleurs
Ces rayons au
ciel, ces fleurs à la vie !
Malheur à vous,
malheur, malheur, malheur !
Et que toute
joie vous soit ravie !
Soyez flétris,
sinistres criminels !
Maudits, que le
gouffre vous emporte
Comme le vent emporte
jusqu’au ciel
Les grains de
poussière et les branches mortes !
Et vous, mes
doux petits, soyez bénis
Et allez comme
un encens que l’on brûle
Jusqu’aux
sommets du ciel, tous réunis,
Loin de la
tempête et du crépuscule !
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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lundi 24 août 2015
Conte: Saute en mon sac! (Partie VII)
|
CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE ViI)
VII. Le dernier vœu de Francesco qu’exauça la reine
des fées du lac de Creno
Au même moment où la Mort fut dans son
sac,
Notre héros vit la reine des fées du
lac,
Radieuse apparition, jeune et
resplendissante.
A Francesco, à ses pieds, la fée
puissante
Dit : « De mes deux
présents tu n’as pas abusé
Et à faire le mal ne t’es pas amusé.
Tu mérites sans doute une autre récompense ;
Qu’aimerais-tu
avoir ? » « Bonne fée, je pense,
Répondit Francesco, avoir longtemps
vécu,
Et je ne veux plus rien, ni pouvoir ni
écus. »
« Tu ne me verras plus, dit la fée
vespérale,
Songe bien. Désires-tu être
caporale ? »
« Non » « La
richesse ? la jeunesse ? La santé ? »
« Non. Que les Sarrasins cessent
d’épouvanter
La Corse, et qu’elle ne souffre plus des
ravages
Qui lui sont chaque année causés par ces
sauvages. »
« Accordé. » Et la fée, avant
de s’en aller,
Embrassa le vieillard, et au ciel étoilé
S’envola, ne laissant doucement derrière
elle
Qu’une lueur radieuse et qui devenait
frêle.
Francesco alluma un bon feu, et lassé,
Réchauffa un instant ses vieux membres
glacés,
Libéra la Mort pour qu’elle lui prît
l’âme
Et jeta son bâton et son sac dans la
flamme
Pour que nul après lui ne pût en
profiter
Ou faire le mal sur terre sans
s’inquiéter.
Derrière un épais buisson ricana le
Diable,
Mais l’âge, qui rend tous les maux
irrémédiables,
Avait rendu le vieux Francesco faible et
sourd.
« Couquiacou ! Couquiacou ! »
Voici venir le jour.
« C’est le coq ! » dit la
Mort, qui de sa faux macabre
Frappa le vieillard, et emporta son
cadavre
Avant de s’en aller on ne sait où
prestement
En ouvrant ses ailes noires augustement.
[FIN DU CONTE: SAUTE EN MON SAC]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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samedi 22 août 2015
Conte: Saute en mon sac! (Partie VI)
|
CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE Vi)
VI. De quelle manière Francesco vint en aide aux
gens du Niolo, et ce qu’il fit à la Mort
Après des jours de marche et de peu de
répit,
Francesco, arrivé chez lui, avec dépit
Vit que la famine rongeait tout le monde
En montrant ses griffes sanglantes et
immondes.
Pour aider les pauvres gens, maigres et
accablés,
Et que tous vinssent sans rien payer s’attabler,
Francesco établit une grande auberge
Qui nourrit les hères et qui les
héberge,
Dont les mets et les vins étaient fort
délicieux,
Où il fit travailler, belles comme les
cieux,
Pour régaler ses gens, des fées pour
grisettes.
Cela dura aussi longtemps que la
disette.
Quand la famine prit fin, Francesco
ferma
Bientôt son auberge, car ce qui l’alarma
Etait d’encourager la sombre paresse.
Francesco, toutefois, vivait dans la
détresse
De ne plus revoir ses frères trépassés ;
Il avait dit onze fois, bien triste et
lassé :
« Giovanni, saute dans mon sac, mon
pauvre frère !
Paolo, saute dans mon sac !... »
A ces téméraires
Il avait pardonné ce qu’ils firent
bassement,
Mais il trouvait dans son sac de vieux
ossements,
Preuve que ses frères étaient morts sans
doute
Et qu’ils n’avaient jamais poursuivi
leur route.
Son vieux père mourut, de bons soins
entouré,
Et lui-même devint vieux, le front
labouré
Par les rides, la tête et la barbe
blanches.
Avant de mourir il voulut, un dimanche,
Revoir la bonne fée qui séjournait au
lac
Et lui avait donné son bâton et son sac.
Il marcha, les pas lourds et le visage
blême,
Et arriva en deux jours à l’endroit même
Où il vit la reine des fées, qu’il
supplia
De se montrer, et que jamais il n’oublia.
Mais, hélas ! toutes ses prières
furent vaines,
Et il ne revit plus la fée inhumaine
Qu’à revoir il était toujours déterminé.
Le temps qui lui restait à vivre terminé
Et périr étant le sort de tous les hommes,
La Mort passa, celle qu’en frémissant on
nomme,
Qu’on n’ose braver et qu’on attend
amèrement,
Dans l’une de ses mains hasardeuses
fièrement
Tenant un drapeau noir, et une faux
tranchante.
Arrivée près de lui, la sinistre
marchante
Lui dit : « Eh bien !
vieillard, il est temps de mourir.
N’es-tu point las de vivre et d’ainsi
parcourir
Les superbes montagnes et les vastes
vallées ?
Dans mille endroits divers ta voile est
allée,
Mais la vie est une mer dont je suis le
port. »
Et le vieux Francesco dit : « Attends
un peu, Mort !
Oui, j’ai vécu longtemps, auguste
nochère,
Mais pour dire adieu à une personne
chère
Accorde-moi un jour à vivre seulement. »
« Vieillard, à me prier ainsi
inutilement
Tu te fatigues en vain. Tu mourras tout
de suite
Car ton heure est venue et j’en suis
instruite. »
« Une demi-journée, ô Mort !
Je ne fuirai point. »
« Non, jamais. » « Accorde-moi
donc une heure, au moins ! »
« Pas un seul instant. » « A
tous mes vœux rebelle,
Saute maintenant dans mon sac, Mort
cruelle ! »
La Mort brandit sa faux, se courrouça,
gémit,
Mais elle fut forcée d’obéir, et gémit,
Du sac de Francesco devenue prisonnière
Et ne pouvant l’achever à son heure dernière.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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vendredi 21 août 2015
Conte: Saute en mon sac! (Partie V)
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CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE V)
V. Comment Francesco punit le médecin cupide
A son village où son vieux père
séjournait
Francesco, fort content, prestement
retournait,
Quand il vit en chemin, blêmi par les
alarmes,
Un grand garçon versant tristement des
larmes.
« Pourquoi pleurer ainsi, jeune
homme ? Dis-le-moi ;
Est-ce une beauté qui te cause autant d’émois ? »
Lui demanda-t-il. « Non, mais je
désespère,
Répondit le garçon, car notre brave père
Est tombé, se cassant le bras, d’un
châtaignier.
Le médecin que j’ai cherché n’a pas
daigné
Venir et le guérir, car il nous sait
pauvres,
Et ferma sa porte qui seuls aux riches s’ouvre. »
« Calme-toi et dis-moi le nom de ce
vaurien. »
« Son nom est le docteur Pancrace. »
« Eh bien !
Pancrace, saute dans mon sac ! »
Quand il entra
Dans le sac, le bâton vengeur le
remontra,
Et il criait bien fort, au point que le
jeune hère,
Epouvanté par ces cris qui l’étonnèrent,
Voulut fuir. Francesco, qui l’arrêta
avant,
Dit au mauvais médecin : « Monsieur
le grand savant,
Je vous donne un moment de répit. Par la
suite
Vous allez mourir sans pouvoir prendre
la fuite.
Priez, préparez-vous. » « Dieu !
que vous ai-je fait ? »
S’écria le médecin, tremblant et
stupéfait.
« Ne le sais-tu donc pas ? Tais-toi,
misérable !
Je te rappelle ton action déshonorable :
Tu laisses le père de ce garçon
souffrir,
Et, pauvre, tu n’as point songé à le
guérir.
Frappe, mon bon bâton, et punis ce
cupide ! »
Et le bâton rossa le médecin, rapide,
Qui criait : « Grâce !
grâce ! Ah, laissez-moi sortir
Et je le soignerai ! » « Bien.
Je dois t’avertir
Que si tu songes à fuir, médecin, où que
tu erres,
Je te trouverai, pusses-tu quitter la
terre. »
« Je ne le ferai point !
Drogues, argent ou soins,
Je lui donnerai tout ce dont il a besoin
A cet homme, seigneur ! Je me
repens, grâce ! »
Francesco fit sortir de son sac Pancrace
Qui peinait à marcher tant il était
moulu.
Francesco l’obligea, comme il l’avait
voulu,
A faire jusqu’au lit du père la balade,
Et il soigna si bien le pauvre malade
Que Francesco, qui lui fit faire son
devoir,
Le soigna à son tour et partit pour
revoir
Son vieux père esseulé et laissé au
village
Pour s’occuper de lui, n’étant point
volage.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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jeudi 20 août 2015
Conte: Saute en mon sac! (Partie IV)
|
CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE Iv)
IV. Ce que Francesco fit et fit faire au Diable
après avoir joué avec lui aux cartes
Francesco se rendit, pour braver le
Diable,
A la maison de jeu où, chose effroyable,
Un jeune homme, las de perdre et se
hasarder,
Désespéré, finit par se poignarder.
Tous en étaient tristes comme quand le
sort frappe,
Mais le Diable riait sournoisement sous
cape.
Dès que ce malheureux joueur fut
enterré,
Le Diable, espérant un autre désespéré,
Joua contre le prince, et comme l’autre
homme,
Ce dernier perdit bien vite de fortes
sommes,
Ne sachant pas jouer, et on le crut
ruiné.
Mais ce n’était point vrai ; il
était fortuné
De posséder le sac et le bâton. L’aurore
Reluisit, et ledit prince joua encore,
Puis au troisième jour avec la même foi,
Et il ne gagna pas même une seule fois.
Le Diable, qui le crut désespéré et
pauvre,
Fit semblant de le plaindre et lui dit : « Il
me navre
De vous voir perdre aussi
considérablement
Et vivre après ces trois jours
misérablement.
Il ne sied point à un homme noble et
illustre
De finir ces jeunes jours comme un vil
rustre,
Et je vous propose, car de vous j’ai
pitié,
De vous rendre de votre argent la moitié,
A une condition, bien entendu. » « Laquelle ? »
« Ce n’est, répondit-il, qu’une
bagatelle :
Avec une beauté allez batifoler
Qu’il vous faudra après, jeune prince,
violer.
Vous êtes riche et bien fait et allez
lui plaire. »
Francesco s’écria avec grande colère :
« C’est cela ton conseil, hideux
Satan ? Eh bien !
Saute alors dans mon sac, car je n’en
ferai rien. »
Surpris, Satan songea à prendre la
fuite,
Mais il fut obligé d’obéir ;
ensuite
Francesco commanda à son bâton puissant :
« Frappe dessus ! » Il
fit pleuvoir, obéissant,
Tant de coups et si fort, que le démon
infâme
Criait : « Je veux sortir ! »
Pleurant comme une femme.
Mais le bâton était sourd, hormis pour
férir.
« Ah, prince ! libère-moi ou
je vais périr ! »
Cria encor le Diable. « Est-ce
mauvaise chose ? »
Dit Francesco. « Voici ce que je te
propose,
Ajouta-t-il après trois heures de
douleur :
De tant de jeunes homme tu as fait le
malheur,
Qui se sont suicidés après tes victoires ;
D’abord ressuscite-les, puis de ta
mémoire
Efface la jeune fille, qui certainement
Est bonne et chaste pour que tu veuilles
vainement
La châtier de la sorte avec tes ruses
impures. »
« Libère-moi ! cria Satan, je
te le jure ! »
« Sors, mais n’oublie pas que je
peux te rattraper
Et mon bâton pourra tellement te frapper
Que tu en seras mort. Quitte cette
ville
Quand tu ressusciteras ses joueurs,
chose vile. »
Le Diable, qui trouva Francesco
alarmant,
Disparut sous terre, fidèle à son
serment.
Voilà une foule de jeunes gens pâles
Qui se réveillent de leurs tombes
fatales,
Etonnés et contents et les yeux
enfiévrés.
« Vous êtes, mes amis, de l’enfer
délivrés,
Leur dit Francesco ; grâce à Dieu
notre maître,
J’ai pu vous rendre vie, chose que
peut-être
Il ne permettra plus de faire demain.
Promettez-moi de suivre un tout autre
chemin
Et de ne plus jouer si je vous laisse
vivre. »
« On le jure ! on le jure, ô
saint qui nous délivre !
C’est le Diable qui nous a trompés, ce
faquin ! »
« Bien, dans ce cas prenez ces
mille écus chacun.
Travaillez honnêtement pour gagner votre
vie. »
Ils partirent embrasser leurs familles
ravies
Et étonnées après leur mort de les
revoir,
D’autres s’en allèrent, et tous firent
leur devoir
Et devinrent, grâce à Francesco, riches
et sages,
Se repentant du jeu et louant son
passage.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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mercredi 19 août 2015
Conte: Saute en mon sac! (Partie III)
|
CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE IiI)
III. Dans quelles circonstances Francesco, qui
éprouva son bâton et sac, rencontra le Diable à la ville de Mariana
Content de ces présents que lui laissa
la fée,
Francesco, affamé et la bouche
assoiffée,
Voulut en éprouver les magiques pouvoirs
Et s’ils exauceraient tous ses souhaits
savoir.
Il s’écria : « Je veux qu’une
perdrix rôtie
Entre dans mon sac et qu’elle y soit
blottie. »
Son vœu fut exaucé. Une folle joie vint,
Francesco demanda du pain et du bon vin
Et mille autres choses, et il mangea
avec joie
En bénissant la fée à la robe de soie.
Repu, il poursuivit promptement son
chemin
Et il arriva à Mariana le lendemain.
C’est là qu’allaient, mines ténébreuses
et pâlies,
Les grands joueurs de Corse et ceux de l’Italie,
Jamais las de vaincre comme d’être
vaincus.
Francesco commanda : « A
moi cent mille écus ! » ;
Il les eut aussitôt. Mais, chose
effroyable,
Cette ville était la préférée du Diable,
Qui aimait Mariana et ses joueurs
hardis.
Déguisé en beau jeune homme, chaque
mardi,
Il y venait jouer, les prenant pour cibles,
Et il gagnait toujours, aux cartes
invincible.
Quand les joueurs n’avaient plus rien à
mettre au jeu,
Aussi désespérés qu’ils étaient
courageux,
Satan achetait alors allègrement leurs
âmes
En leur faisant faire des actions
infâmes.
A Mariana courut rapidement le bruit
Qu’un prince était venu. Satan en fut
instruit,
Alla voir Francesco, déguisé, et lui
dire :
« On dit que vous êtes riche et
grand joueur, sire,
Votre réputation m’inspira le désir
De venir à vous. » « Vous me
faites bien plaisir,
Répondit Francesco au ténébreux ange,
Mais je ne mérite point toutes ces
louanges,
Je ne suis pas joueur et n’ai point de
palais.
Mais je jouerai avec vous si cela vous
plait
Car j’apprendrai à coup sûr à votre
école. »
Le Diable, satisfait d’entendre ces
paroles,
Partit en remerciant, mais fier comme
les monts.
Or Francesco vit les pieds de bouc du
démon
Qu’il oublia de lui cacher avec
gaucherie.
« Ah ! c’est Satan, qui est le
maître des tricheries,
L’ennemi des humains et l’ennemi de Dieu,
Et qui cache toujours quelque dessein
odieux,
Se dit-il, qui vient et qui me rend
visite !
A flouer les mortels jamais il n’hésite,
Mais grâce à mon bâton et mon sac
enchantés
Je le punirai. Il sera épouvanté
Et il regrettera d’être mon adversaire. »
A boire les valets empressés lui
versèrent,
Et joyeux comme un homme ignorant son
destin,
Francesco commanda un superbe festin.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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mardi 18 août 2015
Conte: Saute en mon sac! (Partie II)
|
CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE iI)
II. Comment Francesco cessa d’être boiteux, et les
deux souhaits qui lui furent exaucés
Le corps bien fatigué et l’âme fort
lasse,
Francesco le Boiteux s’endormit à la
place
Où par ses onze frères il fut abandonné.
L’aurore dans le ciel avait rayonné.
La fée des lieux, qui vit ce qu’on fit à
l’infirme,
Fut prise de pitié et versa des larmes
Pour ce malheureux qu’on délaissa sans
remords
Comme au champ de guerre le cadavre d’un
mort
Que le corbeau épie et le vautour
guette.
Elle frappa sa jambe avec sa baguette
Et la lui redressa cependant son
sommeil,
Puis, devenue vieille femme, attendit
son réveil,
Et pour se reposer s’assit sur une
charge
De bois pesant, et qui était haute et
large.
Quand il se réveilla, Francesco, très
surpris
Car il pouvait marcher, poussa un joyeux
cri.
Il demanda doucement à la vieille femme :
« Avez-vous vu passer un médecin,
madame,
Pendant que je dormais ? » « Pourquoi,
mon bon ami ? »
« C’est sans doute Dieu qui dans ma
route l’a mis,
Et je veux lui dire ma reconnaissance
Car j’ai été boiteux depuis ma
naissance.
Il faut le remercier pour sa grande
bonté. »
« Je suis fée, dit la vieille, et
par ma volonté
Tu as été guéri. Je possède des herbes
Dont tu frotteras la jambe qui te courbe
Pour qu’elle soit enfin rétablie. J’ai
songé
A t’éprouver d’abord ; ton cœur n’est
point rongé
Par la cupidité et par l’ingratitude,
Contrairement aux hommes dont c’est l’habitude. »
Francesco, tout joyeux, la remercia
beaucoup,
L’embrassa fervemment et sauta à son
cou,
Et de porter son faix lui fit la prière.
Mais ô surprise ! Au lieu de la
roturière
Vieille et le dos courbé, il vit en ce
moment,
Aussi surpris qu’avant et sans savoir
comment,
Une jeune fille qui lui souriait, ravie,
La plus belle qu’il put voir dans sa
jeune vie,
Et qui de tous les hommes eût fait ses
fiers amants.
De l’or de ses cheveux et de mille
diamants
Elle resplendissait, et portait avec
charme
Une robe de soie bleue qui montrait ses
formes,
Et sous de riches pierres étoilées ses
souliers
Disparaissaient, que nul ne pouvait
oublier.
Francesco se jeta aux pieds de sa
sauveuse
Qui lui dit : « Lève-toi,
mon ami », rêveuse,
Et ajouta : « Tu n’est
point un ingrat. Tu peux
Former les deux souhaits que t’exaucer
tu veux,
De maintes princesses je suis la
marraine
Et des cent fées du lac de Creno la
reine. »
Francesco songea et dit : « Belle
fée du lac,
Je veux d’abord avoir, petit, sans fond,
un sac
Où entrera tout ce que j’aimerais qu’il
entre. »
« Accordé. Il te reste un
souhait ; à ton ventre
Songe, et aux richesses que tu pourrais
avoir. »
« J’aimerais, dit Francesco, fée
aux puissants pouvoirs,
Posséder un bâton enchanté qui fasse
Toutes mes volontés, et que rien n’embarrasse. »
« Accordé », lui dit la fée
qui disparut, laissant
Aux pieds de Francesco les deux présents
puissants.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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