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jeudi 20 juin 2019

Les douze cœurs

les douze CŒURS 

Un vieux calife avait douze femmes
Jeunes et belles comme des âmes
Chez lesquelles il entrait avec le soir
Et comme un enfant, allait s’asseoir
Afin d’écouter leurs longues histoires.
Quand la nuit commençait à être noire,
Son cœur commençait à être amoureux,
Il les possédait et était heureux
Et n’était jamais jaloux ou injuste.
Elles l’accueillaient comme un père auguste
Bien qu’en vérité il fût leur amant,
Et le monarque, grand comme le firmament,
Faisait reluire ces douze étoiles
Qui en le voyant jetaient leurs voiles
Et pour lui faire perdre la raison,
Ainsi que la porte d’une maison
Ouvraient leurs yeux derrière les nuages.
Toutes ces fleurs qui avaient des visages
Portaient des noms poétiques et beaux
Et poussaient doucement près du tombeau
Du calife épris de ces beautés frêles
Dont la jeunesse était pourtant cruelle,
Douze comme les mois, l’amour content
Étant aussi éternel que le temps.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 12 mars 2019

À des anges partis trop tôt

à des anges partis trop tôt

Douze bébés ont péri dans le service de néonatalité de l’hôpital la Rabta, en Tunisie, vraisemblablement à cause d’une erreur humaine. Ce poème est dédié à leur douce mémoire. Que les responsables de ce forfait soient punis !

Pauvres petits ! dans les cieux infinis,
Vous avez ouvert vos petites ailes
Pour vous envoler, radieux et bénis,
Et comme vos vies, vos courtes vies, frêles !

Vous avez donc quitté ce monde hideux,
Et la Mort a pleuré en voyant ses victimes,
Ces doux enfants, elle a eu pitié d’eux,
Et sa faux a tremblé avant son crime !

Elle a vu ces blancs et menus linceuls
Sous lesquels ils respiraient à peine
Avant que de mourir dans l’ombre seuls,
A cause de la bêtise humaine !

Douze petits, douze petits ! Hélas !
Comme il n’y a point de cercueils à leur taille,
On les a rendus à leurs parents las
Dans des cartons, déchets que l’on raille,

Au crime ajoutant l’humiliation
Et au meurtre ajoutant le blasphème,
Pour les parents aussi sans compassion
Comme pour leurs enfants que tout aime :

L’aurore, le vent, le ciel, le soleil,
L’hiver, le printemps, l’été et l’automne,
Qui ont sombré dans l’éternel sommeil
Et qu’a dévorés la nuit monotone !

Vous avez ravi comme des voleurs
Ces rayons au ciel, ces fleurs à la vie !
Malheur à vous, malheur, malheur, malheur !
Et que toute joie vous soit ravie !

Soyez flétris, sinistres criminels !
Maudits, que le gouffre vous emporte
Comme le vent emporte jusqu’au ciel
Les grains de poussière et les branches mortes !

Et vous, mes doux petits, soyez bénis
Et allez comme un encens que l’on brûle
Jusqu’aux sommets du ciel, tous réunis,
Loin de la tempête et du crépuscule !  


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 24 août 2015

Conte: Saute en mon sac! (Partie VII)

CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE ViI)


VII. Le dernier vœu de Francesco qu’exauça la reine des fées du lac de Creno

Au même moment où la Mort fut dans son sac,
Notre héros vit la reine des fées du lac,
Radieuse apparition, jeune et resplendissante.
A Francesco, à ses pieds, la fée puissante
Dit : « De mes deux présents tu n’as pas abusé
Et à faire le mal ne t’es pas amusé.
Tu mérites sans doute une autre récompense ;
Qu’aimerais-tu avoir ? » « Bonne fée, je pense,
Répondit Francesco, avoir longtemps vécu,
Et je ne veux plus rien, ni pouvoir ni écus. »
« Tu ne me verras plus, dit la fée vespérale,
Songe bien. Désires-tu être caporale ? »
« Non » « La richesse ? la jeunesse ? La santé ? »
« Non. Que les Sarrasins cessent d’épouvanter
La Corse, et qu’elle ne souffre plus des ravages
Qui lui sont chaque année causés par ces sauvages. »
« Accordé. » Et la fée, avant de s’en aller,
Embrassa le vieillard, et au ciel étoilé
S’envola, ne laissant doucement derrière elle
Qu’une lueur radieuse et qui devenait frêle.
Francesco alluma un bon feu, et lassé,
Réchauffa un instant ses vieux membres glacés,
Libéra la Mort pour qu’elle lui prît l’âme
Et jeta son bâton et son sac dans la flamme
Pour que nul après lui ne pût en profiter
Ou faire le mal sur terre sans s’inquiéter.
Derrière un épais buisson ricana le Diable,
Mais l’âge, qui rend tous les maux irrémédiables,
Avait rendu le vieux Francesco faible et sourd.
« Couquiacou ! Couquiacou ! » Voici venir le jour.
« C’est le coq ! » dit la Mort, qui de sa faux macabre
Frappa le vieillard, et emporta son cadavre
Avant de s’en aller on ne sait où prestement
En ouvrant ses ailes noires augustement.

[FIN DU CONTE: SAUTE EN MON SAC]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 22 août 2015

Conte: Saute en mon sac! (Partie VI)

CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE Vi)


VI. De quelle manière Francesco vint en aide aux gens du Niolo, et ce qu’il fit à la Mort

Après des jours de marche et de peu de répit,
Francesco, arrivé chez lui, avec dépit
Vit que la famine rongeait tout le monde
En montrant ses griffes sanglantes et immondes.
Pour aider les pauvres gens, maigres et accablés,
Et que tous vinssent sans rien payer s’attabler,
Francesco établit une grande auberge
Qui nourrit les hères et qui les héberge,
Dont les mets et les vins étaient fort délicieux,
Où il fit travailler, belles comme les cieux,
Pour régaler ses gens, des fées pour grisettes.
Cela dura aussi longtemps que la disette.
Quand la famine prit fin, Francesco ferma
Bientôt son auberge, car ce qui l’alarma
Etait d’encourager la sombre paresse.
Francesco, toutefois, vivait dans la détresse
De ne plus revoir ses frères trépassés ;
Il avait dit onze fois, bien triste et lassé :
« Giovanni, saute dans mon sac, mon pauvre frère !
Paolo, saute dans mon sac !... » A ces téméraires
Il avait pardonné ce qu’ils firent bassement,
Mais il trouvait dans son sac de vieux ossements,
Preuve que ses frères étaient morts sans doute
Et qu’ils n’avaient jamais poursuivi leur route.
Son vieux père mourut, de bons soins entouré,
Et lui-même devint vieux, le front labouré
Par les rides, la tête et la barbe blanches.
Avant de mourir il voulut, un dimanche,
Revoir la bonne fée qui séjournait au lac
Et lui avait donné son bâton et son sac.
Il marcha, les pas lourds et le visage blême,
Et arriva en deux jours à l’endroit même
Où il vit la reine des fées, qu’il supplia
De se montrer, et que jamais il n’oublia.
Mais, hélas ! toutes ses prières furent vaines,
Et il ne revit plus la fée inhumaine
Qu’à revoir il était toujours déterminé.
Le temps qui lui restait à vivre terminé
Et périr étant le sort de tous les hommes,
La Mort passa, celle qu’en frémissant on nomme,
Qu’on n’ose braver et qu’on attend amèrement,
Dans l’une de ses mains hasardeuses fièrement
Tenant un drapeau noir, et une faux tranchante.
Arrivée près de lui, la sinistre marchante
Lui dit : « Eh bien ! vieillard, il est temps de mourir.
N’es-tu point las de vivre et d’ainsi parcourir
Les superbes montagnes et les vastes vallées ?
Dans mille endroits divers ta voile est allée,
Mais la vie est une mer dont je suis le port. »
Et le vieux Francesco dit : « Attends un peu, Mort !
Oui, j’ai vécu longtemps, auguste nochère,
Mais pour dire adieu à une personne chère
Accorde-moi un jour à vivre seulement. »
« Vieillard, à me prier ainsi inutilement
Tu te fatigues en vain. Tu mourras tout de suite
Car ton heure est venue et j’en suis instruite. »
« Une demi-journée, ô Mort ! Je ne fuirai point. »
« Non, jamais. » « Accorde-moi donc une heure, au moins ! »
« Pas un seul instant. » « A tous mes vœux rebelle,
Saute maintenant dans mon sac, Mort cruelle ! »
La Mort brandit sa faux, se courrouça, gémit,
Mais elle fut forcée d’obéir, et gémit,
Du sac de Francesco devenue prisonnière
Et ne pouvant l’achever à son heure dernière.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 21 août 2015

Conte: Saute en mon sac! (Partie V)

CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE V)


V. Comment Francesco punit le médecin cupide

A son village où son vieux père séjournait
Francesco, fort content, prestement retournait,
Quand il vit en chemin, blêmi par les alarmes,
Un grand garçon versant tristement des larmes.
« Pourquoi pleurer ainsi, jeune homme ? Dis-le-moi ;
Est-ce une beauté qui te cause autant d’émois ? »
Lui demanda-t-il. « Non, mais je désespère,
Répondit le garçon, car notre brave père
Est tombé, se cassant le bras, d’un châtaignier.
Le médecin que j’ai cherché n’a pas daigné
Venir et le guérir, car il nous sait pauvres,
Et ferma sa porte qui seuls aux riches s’ouvre. »
« Calme-toi et dis-moi le nom de ce vaurien. »
« Son nom est le docteur Pancrace. » « Eh bien !
Pancrace, saute dans mon sac ! » Quand il entra
Dans le sac, le bâton vengeur le remontra,
Et il criait bien fort, au point que le jeune hère,
Epouvanté par ces cris qui l’étonnèrent,
Voulut fuir. Francesco, qui l’arrêta avant,
Dit au mauvais médecin : « Monsieur le grand savant,
Je vous donne un moment de répit. Par la suite
Vous allez mourir sans pouvoir prendre la fuite. 
Priez, préparez-vous. » « Dieu ! que vous ai-je fait ? »
S’écria le médecin, tremblant et stupéfait.
« Ne le sais-tu donc pas ? Tais-toi, misérable !
Je te rappelle ton action déshonorable :
Tu laisses le père de ce garçon souffrir,
Et, pauvre, tu n’as point songé à le guérir.
Frappe, mon bon bâton, et punis ce cupide ! »
Et le bâton rossa le médecin, rapide,
Qui criait : « Grâce ! grâce ! Ah, laissez-moi sortir
Et je le soignerai ! » « Bien. Je dois t’avertir
Que si tu songes à fuir, médecin, où que tu erres,
Je te trouverai, pusses-tu quitter la terre. »
« Je ne le ferai point ! Drogues, argent ou soins,
Je lui donnerai tout ce dont il a besoin
A cet homme, seigneur ! Je me repens, grâce ! »
Francesco fit sortir de son sac Pancrace
Qui peinait à marcher tant il était moulu.
Francesco l’obligea, comme il l’avait voulu,
A faire jusqu’au lit du père la balade,
Et il soigna si bien le pauvre malade
Que Francesco, qui lui fit faire son devoir,
Le soigna à son tour et partit pour revoir
Son vieux père esseulé et laissé au village
Pour s’occuper de lui, n’étant point volage.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 20 août 2015

Conte: Saute en mon sac! (Partie IV)

CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE Iv)


IV. Ce que Francesco fit et fit faire au Diable après avoir joué avec lui aux cartes

Francesco se rendit, pour braver le Diable,
A la maison de jeu où, chose effroyable,
Un jeune homme, las de perdre et se hasarder,
Désespéré, finit par se poignarder.
Tous en étaient tristes comme quand le sort frappe,
Mais le Diable riait sournoisement sous cape.
Dès que ce malheureux joueur fut enterré,
Le Diable, espérant un autre désespéré,
Joua contre le prince, et comme l’autre homme,
Ce dernier perdit bien vite de fortes sommes,
Ne sachant pas jouer, et on le crut ruiné.
Mais ce n’était point vrai ; il était fortuné
De posséder le sac et le bâton. L’aurore
Reluisit, et ledit prince joua encore,
Puis au troisième jour avec la même foi,
Et il ne gagna pas même une seule fois.
Le Diable, qui le crut désespéré et pauvre,
Fit semblant de le plaindre et lui dit : « Il me navre
De vous voir perdre aussi considérablement
Et vivre après ces trois jours misérablement.
Il ne sied point à un homme noble et illustre
De finir ces jeunes jours comme un vil rustre,
Et je vous propose, car de vous j’ai pitié,
De vous rendre de votre argent la moitié,
A une condition, bien entendu. » « Laquelle ? »
« Ce n’est, répondit-il, qu’une bagatelle :
Avec une beauté allez batifoler
Qu’il vous faudra après, jeune prince, violer.
Vous êtes riche et bien fait et allez lui plaire. »
Francesco s’écria avec grande colère :
« C’est cela ton conseil, hideux Satan ? Eh bien !
Saute alors dans mon sac, car je n’en ferai rien. »
Surpris, Satan songea à prendre la fuite,
Mais il fut obligé d’obéir ; ensuite
Francesco commanda à son bâton puissant : 
« Frappe dessus ! » Il fit pleuvoir, obéissant,
Tant de coups et si fort, que le démon infâme
Criait : « Je veux sortir ! » Pleurant comme une femme.
Mais le bâton était sourd, hormis pour férir.
« Ah, prince ! libère-moi ou je vais périr ! »
Cria encor le Diable. « Est-ce mauvaise chose ? »
Dit Francesco. « Voici ce que je te propose,
Ajouta-t-il après trois heures de douleur :
De tant de jeunes homme tu as fait le malheur,
Qui se sont suicidés après tes victoires ;
D’abord ressuscite-les, puis de ta mémoire
Efface la jeune fille, qui certainement
Est bonne et chaste pour que tu veuilles vainement
La châtier de la sorte avec tes ruses impures. »
« Libère-moi ! cria Satan, je te le jure ! »
« Sors, mais n’oublie pas que je peux te rattraper
Et mon bâton pourra tellement te frapper
Que tu en seras mort. Quitte cette ville
Quand tu ressusciteras ses joueurs, chose vile. »
Le Diable, qui trouva Francesco alarmant,
Disparut sous terre, fidèle à son serment.
Voilà une foule de jeunes gens pâles
Qui se réveillent de leurs tombes fatales,
Etonnés et contents et les yeux enfiévrés. 
« Vous êtes, mes amis, de l’enfer délivrés,
Leur dit Francesco ; grâce à Dieu notre maître,
J’ai pu vous rendre vie, chose que peut-être
Il ne permettra plus de faire demain.
Promettez-moi de suivre un tout autre chemin
Et de ne plus jouer si je vous laisse vivre. »
« On le jure ! on le jure, ô saint qui nous délivre !
C’est le Diable qui nous a trompés, ce faquin ! »
« Bien, dans ce cas prenez ces mille écus chacun.
Travaillez honnêtement pour gagner votre vie. »
Ils partirent embrasser leurs familles ravies
Et étonnées après leur mort de les revoir,
D’autres s’en allèrent, et tous firent leur devoir
Et devinrent, grâce à Francesco, riches et sages,
Se repentant du jeu et louant son passage.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 19 août 2015

Conte: Saute en mon sac! (Partie III)

CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE IiI)


III. Dans quelles circonstances Francesco, qui éprouva son bâton et sac, rencontra le Diable à la ville de Mariana

Content de ces présents que lui laissa la fée,
Francesco, affamé et la bouche assoiffée,
Voulut en éprouver les magiques pouvoirs
Et s’ils exauceraient tous ses souhaits savoir.
Il s’écria : « Je veux qu’une perdrix rôtie
Entre dans mon sac et qu’elle y soit blottie. »
Son vœu fut exaucé. Une folle joie vint,
Francesco demanda du pain et du bon vin
Et mille autres choses, et il mangea avec joie
En bénissant la fée à la robe de soie.
Repu, il poursuivit promptement son chemin
Et il arriva à Mariana le lendemain.
C’est là qu’allaient, mines ténébreuses et pâlies,
Les grands joueurs de Corse et ceux de l’Italie,
Jamais las de vaincre comme d’être vaincus.
Francesco commanda : « A moi cent mille écus ! » ;
Il les eut aussitôt. Mais, chose effroyable,
Cette ville était la préférée du Diable,
Qui aimait Mariana et ses joueurs hardis.
Déguisé en beau jeune homme, chaque mardi,
Il y venait jouer, les prenant pour cibles,
Et il gagnait toujours, aux cartes invincible.
Quand les joueurs n’avaient plus rien à mettre au jeu,
Aussi désespérés qu’ils étaient courageux,
Satan achetait alors allègrement leurs âmes
En leur faisant faire des actions infâmes.
A Mariana courut rapidement le bruit
Qu’un prince était venu. Satan en fut instruit,
Alla voir Francesco, déguisé, et lui dire :
« On dit que vous êtes riche et grand joueur, sire,
Votre réputation m’inspira le désir
De venir à vous. » « Vous me faites bien plaisir,
Répondit Francesco au ténébreux ange,
Mais je ne mérite point toutes ces louanges,
Je ne suis pas joueur et n’ai point de palais.
Mais je jouerai avec vous si cela vous plait
Car j’apprendrai à coup sûr à votre école. »
Le Diable, satisfait d’entendre ces paroles,
Partit en remerciant, mais fier comme les monts.
Or Francesco vit les pieds de bouc du démon
Qu’il oublia de lui cacher avec gaucherie.
« Ah ! c’est Satan, qui est le maître des tricheries,
L’ennemi des humains et l’ennemi de Dieu,
Et qui cache toujours quelque dessein odieux,
Se dit-il, qui vient et qui me rend visite !
A flouer les mortels jamais il n’hésite,
Mais grâce à mon bâton et mon sac enchantés
Je le punirai. Il sera épouvanté
Et il regrettera d’être mon adversaire. »
A boire les valets empressés lui versèrent,
Et joyeux comme un homme ignorant son destin,
Francesco commanda un superbe festin.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 18 août 2015

Conte: Saute en mon sac! (Partie II)

CONTE: SAUTE EN MON SAC! (PARTIE iI)


II. Comment Francesco cessa d’être boiteux, et les deux souhaits qui lui furent exaucés

Le corps bien fatigué et l’âme fort lasse,
Francesco le Boiteux s’endormit à la place
Où par ses onze frères il fut abandonné.
L’aurore dans le ciel avait rayonné.
La fée des lieux, qui vit ce qu’on fit à l’infirme,
Fut prise de pitié et versa des larmes
Pour ce malheureux qu’on délaissa sans remords
Comme au champ de guerre le cadavre d’un mort
Que le corbeau épie et le vautour guette.
Elle frappa sa jambe avec sa baguette
Et la lui redressa cependant son sommeil,
Puis, devenue vieille femme, attendit son réveil,
Et pour se reposer s’assit sur une charge
De bois pesant, et qui était haute et large.
Quand il se réveilla, Francesco, très surpris
Car il pouvait marcher, poussa un joyeux cri.
Il demanda doucement à la vieille femme :
« Avez-vous vu passer un médecin, madame,
Pendant que je dormais ? » « Pourquoi, mon bon ami ? »
« C’est sans doute Dieu qui dans ma route l’a mis,
Et je veux lui dire ma reconnaissance
Car j’ai été boiteux depuis ma naissance.
Il faut le remercier pour sa grande bonté. »
« Je suis fée, dit la vieille, et par ma volonté
Tu as été guéri. Je possède des herbes
Dont tu frotteras la jambe qui te courbe
Pour qu’elle soit enfin rétablie. J’ai songé
A t’éprouver d’abord ; ton cœur n’est point rongé
Par la cupidité et par l’ingratitude,
Contrairement aux hommes dont c’est l’habitude. »
Francesco, tout joyeux, la remercia beaucoup,
L’embrassa fervemment et sauta à son cou,
Et de porter son faix lui fit la prière.
Mais ô surprise ! Au lieu de la roturière
Vieille et le dos courbé, il vit en ce moment,
Aussi surpris qu’avant et sans savoir comment,
Une jeune fille qui lui souriait, ravie,
La plus belle qu’il put voir dans sa jeune vie,
Et qui de tous les hommes eût fait ses fiers amants.
De l’or de ses cheveux et de mille diamants
Elle resplendissait, et portait avec charme
Une robe de soie bleue qui montrait ses formes,
Et sous de riches pierres étoilées ses souliers
Disparaissaient, que nul ne pouvait oublier.
Francesco se jeta aux pieds de sa sauveuse
Qui lui dit : « Lève-toi, mon ami », rêveuse,
Et ajouta : « Tu n’est point un ingrat. Tu peux
Former les deux souhaits que t’exaucer tu veux,
De maintes princesses je suis la marraine
Et des cent fées du lac de Creno la reine. »
Francesco songea et dit : « Belle fée du lac,
Je veux d’abord avoir, petit, sans fond, un sac
Où entrera tout ce que j’aimerais qu’il entre. »
« Accordé. Il te reste un souhait ; à ton ventre
Songe, et aux richesses que tu pourrais avoir. »
« J’aimerais, dit Francesco, fée aux puissants pouvoirs,
Posséder un bâton enchanté qui fasse
Toutes mes volontés, et que rien n’embarrasse. »
« Accordé », lui dit la fée qui disparut, laissant
Aux pieds de Francesco les deux présents puissants.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène