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jeudi 7 septembre 2023

Kradurf, Bête des Illusions

   kradurf, bête des illusions

Kradurf, Bête des Illusions,
Aimait les sinistres visions
Et les sinistres mirages.
Il errait avec courage,
Trompait avec obstination
Les peuples et les nations,
Il répandait les mensonges,
Faisait croire que les songes
Étaient d'autres réalités,
Dévorait la vitalité,
Encourageait à la paresse
Et abhorrait la détresse
De tous les sombres travailleurs !
Il aimait les lointains ailleurs
Qu'on ne trouve que quand on rêve
Et qui s'en vont quand on se lève
Avant huit heures du matin ;
Ceux qui tremblaient de leur destin
L'imploraient, alors que la Bête
Se perdait dans les tempêtes.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 2 septembre 2023

Encerius, le Murmureur

   encerius, le murmureur

Encerius, la Bête,
Le diable, le malin,
Murmurait des desseins
Pareils aux tempêtes.

Il disait aux hommes :
« Nous sommes les élus !
Nous ne souffrirons plus
Dans le monde où nous sommes ;

Nous régnerons comme
Les rois, comme les dieux !
Et nous sommes radieux
Et de grands atomes !

Comme une vaste rose,
Notre destin qui court
S'épanouira un jour
Si on brave et on ose ! »

Et ses yeux, dans l'ombre,
Reluisaient tous les deux
Comme un flambeau hideux
Dans une grotte sombre.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 7 mars 2020

Bête à bars

bête à bars

Tous les soirs, hirsute comme un patriarche,
Il noie sa tristesse dans sa coupe sans fin,
Mer orageuse où il semble chercher une arche,
Emplie des épaves de ses vaisseaux défunts.

Il contemple la rue et tout ce qui passe,
Son esprit est absent et son regard perdu,
Et de toute la vie son âme est si lasse
Qu’il se serait, s’il n’y avait pas l’alcool, pendu.

Sa femme l’a quitté – cela fait des années,
Son fils ne se souvient même plus de son nom,
Sa jeunesse depuis fort longtemps s’est fanée
Et toutes les femmes lui ont déjà dit non ;

Jamais saoul à force d’avoir l’habitude,
Rien ne délie sa langue et n’égaye son cœur,
Et il rentre chez lui, à sa solitude,
Vaincu par le destin qui est toujours vainqueur.

On l’appelle bête à bars, vaurien, l’ivrogne,
Et tout le monde rit de son cœur déchiré,
Il n’a pas d’amis et ne parle pas, mais grogne,
Comme un loup ou un chien, quand il est inspiré.

Il est là donc qui boit, dans un bar minable,
Minable comme lui et comme ses vieux jours,
Qui crache par terre, sur la terre et le diable
Et fume comme une cheminée ou un four.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 6 janvier 2015

Conte: Jean sans Peur (Partie V)

CONTE: JEAN SANS PEUR (PARTIE V) 



V. Comment Jean sans Peur devint l’époux de la belle princesse

Comme le soir, pendant que Jean allait à la ville,
Etait déjà venu, il se coucha, tranquille,
Et n’oubliant point de sa mère les bons conseils,
Sous un arbre et dormit, attendant le soleil.
Fatigué de combattre l’affreuse créature,
Il s’oublia longtemps dans cette douce posture,
Une hirondelle, avec son aile qu’elle déployait,
Le réveilla, et en la voyant qui fuyait
Il se souvint de la princesse et de la Bête.
Il trouva le palais du roi tout en fête,
Et on lui apprit qu’on allait bientôt marier
La belle fille du roi au valeureux guerrier
Qui vainquit le monstre ou prétendit cette victoire.
Celui qui s’en était attribué la gloire
Etait un homme que la princesse méprisait,
Et qui, passant près des lieux où la Bête gisait,
Lui coupa les têtes et les ramena à son père ;
Bien que sa fille lui fût plus que tout chère,
Il lui fallait tenir sa promesse. « Ce conteur,
Cria Jean, n’est qu’un lâche et un vil affronteur.
C’est moi qui suis digne d’épouser la princesse,
Et pour vous montrer de cet homme la bassesse
J’ai les sept langues de la Bête dans mon mouchoir. »
Au roi et à toute sa cour il les fit voir ;
Irrité contre cet homme, il donna de suite
L’ordre de le pendre aux soldats avant sa fuite,
Et fit revêtir Jean, l’embrassant tendrement,
De magnifiques habits qu’il porta princièrement.
Les noces furent des plus belles ; sept jours elles duraient,
Tout rôtis, tout bouillis, les petits porcs couraient
Par la rue, la fourchette au dos, et furent mangés.
On but beaucoup, et les convives dérangés
Par l’homme qui conta plus tard cette histoire entière
Lui donnèrent de grands coups de pied dans le derrière.

[FIN DU CONTE: JEAN SANS PEUR]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

Conte: Jean sans Peur (Partie IV)

CONTE: JEAN SANS PEUR (PARTIE IV) 



IV. Ce que Jean fit en arrivant à une ville dont tous les habitants étaient vêtus de noir

Un jour Jean entra dans une ville. Ses habitants,
Qui semblaient attendre quelque chose d’inquiétant,
Etaient vêtus de noir et avaient la mine triste.
Frappé de les trouver ainsi, l’aventuriste
Leur demanda de qui le deuil était conduit.
« On voit bien que vous êtes étranger. Aujourd’hui,
Lui dit-on, nous portons tous ces habits sombres
Qui nous rendent pareils, seigneur, à des ombres,
Car demain la Bête à sept têtes va dévorer
La fille du roi qu’il n’est pas le seul à adorer.
Bien qu’elle soit belle comme un jour d’été et l’aurore,
Nul ne s’est présenté pour la défendre encore,
De peur de la Bête et son feu plein de courroux.
Celui qui la sauvera deviendra son époux,
Mais personne n’ose braver cette farouche créature. »
« Moi, dit Jean, je veux bien tenter l’aventure,
Et je sauverai la belle fille du roi
Car je ne sais encore ce que c’est que l’effroi. »
On le mena au roi, qui prit espérance
Et de sa fille chérie rêvait la délivrance
Grâce à ce jeune homme qui lui apparut preux.
Jean vit la fille du roi ; il tomba amoureux
De sa beauté qu’il ne vit point dans ses voyages.
Le roi promit de la lui donner en mariage
S’il triomphait de la Bête. A l’aurore, bien droit,
Jean, avec la princesse, vint au fatal endroit
Où était cette Bête qui inspirait tant d’alarmes.
La princesse, pensant mourir, pleurait mille larmes,
Et bientôt Jean vit le monstre qui arrivait,
Ses sept têtes cornues et sa flamme qui le suivait.
D’une main il prit son étole, de l’autre son sabre,
Et s’avança à sa rencontre, hardi et sombre.
De l’étole il fit un bouclier, protégé
Du feu du monstre qui, étonné et piégé,
Recula d’abord, puis revint à la charge.
Le héros le retint à l’aide de sa targe
Et lui assena un coup tellement puissant
Qu’il lui coupa quatre têtes, en lui cassant
Deux cornes. Il frappa les trois autres têtes
Qui tombèrent à côté du corps de la Bête.
Ne pouvant ni lancer du feu ni respirer,
Elle ne tarda pas, sanglante, à expirer ;
Jean coupa ses sept langues, souvenirs de son courage,
Et la laissa morte et ne montrant plus sa rage.
La fille du roi revint au palais. Lui, sa cour,
Et tous se réjouirent de la voir vivre toujours.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène