samedi 7 mars 2020

Bête à bars

bête à bars

Tous les soirs, hirsute comme un patriarche,
Il noie sa tristesse dans sa coupe sans fin,
Mer orageuse où il semble chercher une arche,
Emplie des épaves de ses vaisseaux défunts.

Il contemple la rue et tout ce qui passe,
Son esprit est absent et son regard perdu,
Et de toute la vie son âme est si lasse
Qu’il se serait, s’il n’y avait pas l’alcool, pendu.

Sa femme l’a quitté – cela fait des années,
Son fils ne se souvient même plus de son nom,
Sa jeunesse depuis fort longtemps s’est fanée
Et toutes les femmes lui ont déjà dit non ;

Jamais saoul à force d’avoir l’habitude,
Rien ne délie sa langue et n’égaye son cœur,
Et il rentre chez lui, à sa solitude,
Vaincu par le destin qui est toujours vainqueur.

On l’appelle bête à bars, vaurien, l’ivrogne,
Et tout le monde rit de son cœur déchiré,
Il n’a pas d’amis et ne parle pas, mais grogne,
Comme un loup ou un chien, quand il est inspiré.

Il est là donc qui boit, dans un bar minable,
Minable comme lui et comme ses vieux jours,
Qui crache par terre, sur la terre et le diable
Et fume comme une cheminée ou un four.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

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