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samedi 7 janvier 2017

La mort de Germaine Cousin

La mort de germaine cousin

Alexandre Grellet, La mort de Germaine Cousin, la vierge de Pibrac (1863) 

Victime d’une marâtre inhumaine,
Seule sous son misérable appentis,
La pauvre et gémissante Germaine,
Pâle et lasse, à mourir a consenti.

Le corps rongé par les écrouelles
Et la faim, crime de la charité
Aux manants douce et à elle cruelle,
Victime d’un supplice immérité,

Elle se meurt sur son lit de paille
Heureuse d’abandonner les vivants,
Lasse de la vie et de ses batailles
Et d’un monde chimérique rêvant ;

Malade et légère comme un voile,
Elle tient son chapelet à la main,
Sa faim fait reluire des étoiles
Que ne peuvent voir les autres humains !

Elle priait, la triste bergère,
En caressant ses aimables moutons,
Vêtue de sa seule robe légère,
Appuyée sur son éternel bâton,

Et aujourd’hui, elle est morte
Sans que nul ne se soucie de son sort
Hormis le vent qui frappe à la porte
Et son petit troupeau resté dehors.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 22 août 2016

Conte: Santa Catalina (Partie III)

CONTE: SANTA CATALINA (PARTIE III)

Conte: Santa Catalina (Partie I)
Conte: Santa Catalina (Partie II)

III. De quelle manière Catherine fut sauvée de la mort, ce qu’elle devint, et ce qu’il advint de sa marâtre

La marâtre emmena, à bord d’un fleuve ardent,
La pauvre Catherine et la jeta dedans,
Et elle retourna en pleurant chez elle
Et en se lamentant que malgré son zèle
Elle ne put sauver l’enfant de son noir sort.
Mais le Seigneur sauva Catherine de la mort
Et il fit la entrer dans un couvent paisible
Où loin de sa marâtre elle apprenait la Bible.
« Soignez bien cet enfant, dit-il aux bonnes sœurs, 
Elle a beaucoup souffert, pansez son triste cœur. »
Le père de Catherine demanda à sa femme,
Le soir : « Où est ma fille ? » et la marâtre infâme
Lui répondit qu’elle ne savait pas. « Par Dieu !
S’écria-t-il, trouve-la maintenant, monstre odieux,
Ou je vais te tuer ! » « Où veux-tu que je cherche ? »
« Trouve-la-moi ou meurs ! ». Feignant une longue marche,
La marâtre revint et dit à son époux :
« Je ne la trouve point, hélas, hélas ! sois doux ! »
« Doux ? Tu as égaré ma fille, mégère,
Et ta mort est une punition trop légère ! »
Et la rossa si bien qu’elle en trouva la mort.
Le malheureux père, le cœur plein de remords,
Alla chercher partout sa fillette chérie.
Il ne la trouva point, entra en hystérie
Puis se mit à pleurer, sur une pierre assis.
Le Seigneur vint le voir. « Pourquoi pleurer ainsi ? »
Lui demanda-t-il. « J’ai perdu ma fille aimée. »
« Elle n’est point morte. Par sa mère affamée
Et punie, cette femme a voulu la tuer. »
« Ah la vile femme ! Mentir, s’évertuer
A cacher son forfait ! Mais elle est bien morte !
Dites-moi où ma fille est, à quelle porte
Faut-il que je frappe ? J’irai, même en enfer,
La chercher, ma pauvre fille qui a souffert ! »
« Prends cette pelote de fil d’or et attache
Un de ses bouts à un arbre. Marche et tâche
De ne point reculer. Quand la pelote d’or
Sera vide, tu vas trouver sa porte, alors
Frappe et tu reverras ta chère petite. »
Le père de Catherine la prit et partit vite,
Il suivit le fil d’or et voyagea longtemps,
Trouva une porte et y frappa, content :
« Pan ! pan ! pan ! » « Qui est là ? » « Je suis le pauvre père
De Catherine, qui la cherche et qui espère. »
On ouvrit la porte, et le père éploré
Vit chanter doucement son enfant adoré
Avec d’autres filles, dans une chapelle.
La voilà qui entend son père qui l’appelle,
Se jette dans ses bras et l’embrasse en pleurant.
Il l’embrassa à son tour, et en soupirant
Lui demanda : « Pourquoi es-tu partie, ma chère ? »
De celle qu’elle appelait encore sa mère
Catherine lui conta tous les mauvais traitements
Et comment elle la jeta méchantement
Dans le fleuve, mais grâce à Dieu resta vivante.
« J’ai tué ce démon odieux qui t’épouvante,
Lui dit son père, viens avec moi, tu ne cours
Aucun danger, mon cœur est pour toi plein d’amour. »  
Catherine supplia cependant son père
De la laisser vivre au couvent dans la prière.
Il consentit enfin. Connue pour sa piété,
Catherine vécut bien longtemps en pauvreté, 
Et quand elle mourut on vit une étoile
Reluire dans le ciel ténébreux pour les voiles.

[FIN DU CONTE: SANTA CATALINA]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 17 août 2016

Conte: Santa Catalina (Partie II)

CONTE: SANTA CATALINA (PARTIE II)

Conte: Santa Catalina (Partie I)

II. Comment la Vierge aida Catherine deux fois

La marâtre dit à Catherine, un autre jour :
« Au lieu de ne rien faire ainsi, va faire un tour
A la fontaine où tu laveras cette chemise.
Mais souviens-toi qu’avant qu’elle ne soit mise
Tu dois la repasser avec tes propres mains. »
Elle ajouta, cette femme au cœur inhumain :  
« Si pour le faire tu es trop paresseuse
Et que tu ne défies point toutes les repasseuses,
Tu seras liée et battue ce même soir. »
Catherine alla près de la fontaine s’asseoir,
Lava la chemise, mais malgré son zèle
Ne put la repasser, et la pauvre oiselle
Pleurait, quand la Vierge lui apparut et dit :
« Qu’as-tu, ma bonne enfant ? Pourquoi ces pleurs maudits ? »
« Je ne puis repasser, après l’avoir lavée
Cette chemise, et pour que je sois sauvée
Il faut que je le fasse avec mes mains, maintenant. »
« Donne-la-moi. » et la Vierge, en la tenant,
La rendit plus blanche que la neige hivernale.
Notre marâtre, en la voyant, devint fort pâle
Et elle entra bientôt dans une âpre fureur.
Sans plaindre son enfance et sa sombre maigreur,
Car elle l’affamait et la rendait débile,
Elle lui dit une troisième fois : « File
Aujourd’hui ces morceaux de bois sans paresser,
Ou quand tu rentreras je viendrai te rosser
Et tu ne mangeras rien la journée entière. »
Catherine dit à sa marâtre altière :
« Mais comment voulez-vous que je file du bois ? »
« Je ne sais pas du tout comment, mais tu le dois. »
Et elle l’enferma dans une chambre sombre,
La laissant sangloter tristement dans l’ombre.
Mais la Vierge vint et lui dit : « Pourquoi pleurer,
Ma pauvre et douce enfant au sourire adoré ? »
« Il faut que je file, ma radieuse dame,
Ces grands morceaux de bois. Ma mère m’affame
Et elle m’ordonne ce soir de le finir
Et a juré, sinon, qu’elle va me punir. »
« Ne pleure pas, donne-le-moi. » et la Vierge
Fila de beaux fils d’or. Armée de sa verge,
La laide marâtre vint, le soir, pour châtier
L’enfant qu’elle croyait perdue, et sans pitié
Lui demanda : « alors, as-tu fait ta tâche ? »
« Oui, regardez ces fils d’or. Que rien ne vous fâche. »
Et ce démon pensa : « En bas ou bien en haut,
Quelqu’un aide cette malpropre, alors il faut,
Pour m’en débarrasser une fois pour toutes,
Que je la tue bientôt. Oui, il le faut sans doute. »

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 10 août 2016

Conte: Santa Catalina (Partie I)

CONTE: santa catalina (partie i)

I. Les affres de Catherine, et comment elle fut aidée par saint Joseph

Un homme marié avec une belle femme
En eut une fille dont le visage et l’âme
Etaient tous les deux beaux, et qui portait les traits
De sa mère et était son fidèle portrait.
Or, peu de temps après – toute vie est chimère –
Notre homme devint veuf et l’enfant sans mère,
Jeune beauté soudain couverte du linceul.
Il décida alors, ne pouvant vivre seul,
De se remarier, et sa nouvelle épouse
Qui de la fillette était bien jalouse,
Car elle était charmante et qu’il aimait beaucoup,
N’enfanta pas, et il la rossa à grands coups,
Etant un rustre, en la qualifiant de mule.
Ne pouvant lui rendre ses coups, sans scrupules,
Sur la petite elle déversait tout son fiel.
L’enfant, elle, semblait bénie par le ciel,
Souriait et devenait de plus en plus belle,
Et bien qu’elle ne lui fût jamais rebelle,
De toutes les corvées la marâtre accablait
La pauvre fillette qui tout le jour tremblait.
Elle envoya un jour la pauvre Catherine 
– C’est son nom – à l’heure le ciel s’illumine,
A la fontaine et lui dit, malgré son fardeau :
« Va et rapporte-moi ce crible rempli d’eau
Ou tu seras privée, ce soir, de nourriture. »
A la fontaine, la pauvre créature
Ne put remplir le crible et se prit à pleurer.
Saint Joseph entendit cet ange soupirer,
Il parut et lui dit : « Qu’as-tu, ma petite ? »
« Il me faut remplir ce crible d’eau très vite
Ou je serai punie. » « Donne-le-moi ». Le saint
Le remplit à sa place et porta sur son sein
Le fardeau jusqu’à la maison de la marâtre
Qui était furieuse de ne pouvoir la battre.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 23 juillet 2016

Conte: Les trois frères et la Vierge (Partie II)

CONTE: LES TROIS FRÈRES ET LA VIERGE (PARTIE iI)

Conte: Les trois frères et la Vierge (Partie I)

II. De quelle manière la charité du cadet fut récompensée 

Le cadet voyagea aussi loin que ses frères,
Pauvre, il aidait les pauvres, ni fier ni téméraire.
Il rencontra enfin la femme et son petit
Qui frissonnait de froid, sous son voile blotti.
Il demanda un peu de son gâteau de cendre.
« Certainement, mon pauvre petit ». D’un geste tendre
Il coupa pour lui un morceau, et donna 
Le reste à sa mère, qui alors s’étonna
De tant de charité, et lui dit : « Bonne âme, 
Je ne suis pas, sache-le, une pauvre femme.
J’ai voulu éprouver ta foi et ta bonté.
En vérité,  je suis – cela, je l’ai conté –
La Vierge. Que veux-tu comme récompense ? »
« Ah, bonne madone ! A mes frères je pense,
C’est eux que je cherche. » « Ils sont mort tous les deux. »
Le cadet en pleurait. La Vierge dit : « Je veux
Consoler ta douleur, bon cœur qui soupire.
Poursuis ton voyage et prends ce morceau de cire ;
Il ne t’arrivera, grâce à lui, aucun mal,
Aucun bandit, aucun démon, nul animal
Ne te vaincra si tu dis : halte ou je t’écrase
Comme cette pierre ! Suite à cette phrase
Tu y enfonceras tes ongles ; ils fuiront loin. »
Le cadet remercia la Vierge aux bons soins.
Il rencontra, en route, une forêt immense
Et des brigands farouches et sans nulle clémence
Qui voulurent tuer le pauvre voyageur.
Il fit comme lui dit la Vierge ; ils prirent peur
Et fuirent, le croyant d’une force inhumaine.
Il trouva dans les bois un vaste domaine
Que de farouches lions gardaient, bien que désert.
Ils furent en le voyant en rugissements diserts
Et montraient leurs griffes rouges et meurtrières.
« Halte ou je vous écrase comme cette pierre ! »
S’écria le cadet. Ils se turent aussitôt.
Il pénétra ainsi dans l’immense château
Aux salles de diamants et d’or toutes pleines.
Il chargea deux bêtes dans l’écurie sereines
De diamants, d’or et de mille trésors luisants, 
Et il revint avec son pactole pesant
A son pays, trouva sa mère vivante,
Bâtit un grand château, et sans épouvante
Y vécut tranquillement, généreux, triomphant,
Avec sa mère, avec sa femme et ses enfants.

[FIN DU CONTE: LES TROIS FRÈRES ET LA VIERGE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 22 juillet 2016

Conte: Les trois frères et la Vierge (Partie I)

Conte: les trois frères et la vierge (partie i)

I. Ce qui arriva à deux frères partis faire fortune 

Il y a longtemps, vivaient trois frères si pauvres
Qu’une vile cabane était leur seul havre
Et qu’ils mangeaient seulement des herbes dans les bois,
Pareils à des bêtes farouches et aux abois.
Un jour, l’aîné dit à sa mère : « La misère
Nous ronge tous les trois depuis longtemps, mère.
Je veux faire fortune et tenter le destin.
C’est décidé, mère, je m’en vais le matin. »
La mère supplia son fils ; chose vaine.
Et comment apaiser l’ambition humaine ?
Elle pria pour lui, lui dit d’être prudent,
De ne point à chercher les hasards être ardent,
Et lui fit promptement un gâteau de cendre. 
A son fils elle fit des adieux bien tendres.
Il voyagea longtemps et il était bien las.
Un jour, il vit – pour son plus grand malheur, hélas –
Une femme en haillons avec un enfant pâle
Qui semblait se mourir et poussait de grands râles.
Il lui dit : « Donne-moi un peu de ton gâteau. »
« Non. Meurs de faim plutôt, et laisse-moi, pataud ! »
La femme, qui était la sainte Vierge,
Lui dit : « dans un fleuve sans fond et sans berges
Cœur noir, tu te noieras ». Le voyageur en rit,
Rencontra le soir même un fleuve et y périt.
Le second, ne voyant pas son défunt frère,
Crut qu’il fit fortune, et tout aussi téméraire,
Décida de partir. « Ah, demeure avec moi !
S’écria sa mère qui était en émoi.
Pourquoi abandonner ta mère qui t’aime ? »
Mais l’enfant n’écouta point sa mère blême
Qui lui fit un gâteau de cendre à lui aussi.
Il voyagea longtemps ; sous un grand arbre assis,
Il vit le même enfant et la même mère
Qui poussait des soupirs et semblait amère.
« Je veux un peu de ton gâteau, mon bon monsieur. »
Lui demanda l’enfant. Mais l’irrévérencieux
Lui répondit : « Va-t’en, polisson, pique-assiette !
Tu n’en auras jamais une seule miette. »
Et la Vierge lui dit : « Dans une mer de sang
Tu te noieras ce soir même, sombre passant. »
Le second la railla et l’appela sorcière
Et mourut de cette ténébreuse manière.
Le cadet attendit vainement ses deux aînés.
De ne point les revoir il était si peiné
Qu’il dit à sa mère, un jour : « Mes pauvres frères
Ont peut-être besoin de moi, chère mère,
Il faut que je parte. Sans ta bénédiction
Je ne le ferai pas ». Malgré son affliction,
La pauvre mère lui dit : « Je souffre sans doute,
Mais pars, mon fils, et sois heureux. Que ta route
Soit propice ! n’oublie pas, mon fils, cependant,
Ta mère qui t’attend et vit en t’attendant. »
A ces mots, le cadet pleura mille larmes
Car il avait bon cœur ; mais malgré ses alarmes
Il embrassa sa mère et partit au matin
N’ayant que son gâteau de cendre pour festin.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène