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samedi 1 février 2020

La chaîne la plus sainte

la chaîne la plus sainte

À ma femme et mon fils.

S’il est une chaîne sainte, c’est la famille.
Être entouré de ses fils et de ses filles,
Petits soleils qu’on voit briller dans la maison,
Chaque matin, chaque soir, aux quatre saisons,
Y trouver, comme des pièces d’or, des sourires
Qu’on ne se lasse pas de revoir reluire,
Aimer le désordre qu’on voit autour de soi,
Se sentir plus comblé de bonheur que les rois
Quand vient à nous un doux être minuscule,
Ne pas souffrir du vide et du crépuscule
Dans un appartement désert et exigu,
D’une voix innocente ouïr le son aigu
Chanter, pareille à la plus aimable tempête,
Dans notre âme aussi bien que dans notre tête,
Être dans sa demeure, être dans son pays,
Être toujours aimé, ne pas être obéi,
Rire à pleins poumons quand on fait une bêtise,
Ne pas voir dans son toit une nuée grise,
Ne jamais maudire la nuit, car il fait jour
Dans une maison où il y a tout notre amour,
Courir derrière un fils, non après les honneurs,
C’est là toute la joie, c’est là tout le bonheur.

Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 5 décembre 2019

Sainte excitation

sainte excitation 

Comme une feuille d’un arbre
Sa robe aux augustes couleurs
De son corps blanc comme le marbre
Tombe sur les radieuses fleurs

Et sur mon désir immense
Dont elle devient le linceul,
Nous nous sentons sans défense
Et nous nous sentons soudain seuls,

Pareils à Adam et Ève
Jetés dans la Création,
Nous sommes jetés dans le rêve
De notre divine passion,

Nous nous noyons avec ivresse
Dans les ondes de notre sang
Et de toutes nos caresses
Sortira une odeur d’encens

Qui nous donne le vertige.
Comme une douce punition
Notre amour, qui nous afflige,
Exalte notre aliénation,

Car il est notre seul asile,
Et notre cerveau qui pâlit
Ainsi qu’un vieillard tranquille
Mourra un jour dans notre lit.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 24 octobre 2016

Le poète à l’hôpital des fous

le poète à l'hôpital des fous

Eugène Delacroix, Le Tasse à l’Hôpital Sainte-Anne de Ferrare (1839)

Le poète, oublié dans sa prison sombre,
Et raillé par les fous comme par le destin,
Gémit, appesanti par les fers de l’ombre
Qui dévore son cœur comme un vivant festin ;

A ses pieds, déchirés comme par des serres,
Ses manuscrits jetés, toujours recommencés,
Pareils aux cadavres dans lesquels le ver erre,
Sont les épais linceuls du génie offensé !

Et il songe, vaincu, triste et ridicule,
A ses jours de gloire, éphémères mais beaux,
Dans cette chambre emplie d’un vague crépuscule

Qui l’éclaire comme un invisible flambeau,
L’esprit comme le corps couvert de mille haillons,
Cherchant on ne sait où d’impossibles rayons.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 6 août 2016

Conte: L'église de saint Jean

CONTE: L'église de saint jean

La piève de Santa-Lucia-di-Tallano
Que les monts entouraient comme de grands anneaux
Avait des églises dans tous ses villages
Hormis Poggio, objet de tous les persiflages.
Les habitants, froissés, se dirent un jour : « Il faut
Que nous érigions notre église sans défaut. »
Ils se réunirent sur la place publique,
Pansus et bien maigres, riches et faméliques,
Et déclarèrent tous, avant que de partir,
Que dans un champ désert il la fallait bâtir.
Ils ne tardèrent point, dans leur enthousiasme,
A se mettre au travail, guidés par leur fantasme ;
Hommes, femmes et enfants, appelés par leur foi,
Travaillèrent si bien, tant de jours, tant de fois,
Qu’ils apportèrent tout, matériaux et pierres,
Au lieu convenu à force de prières.
Les truelles, les pics et les pioches en main,
Les maçons de Poggio vinrent le lendemain,
Mais ils ne trouvèrent point, à leur surprise,
La pierre, comme si le diable l’avait prise.
Tout le village s’en émut. Qui est l’auteur
De l’ignoble larcin ? Et – par le Créateur ! –
Comment a-t-il porté une pierre si lourde ?
Qui croirait des autres villages à cette bourde ?
On chercha donc un autre endroit, et on trouva
Une belle vallée où seul l’oiseau va.
« Des plaisantins nous ont joué une farce »,
Dirent les villageois, et leurs ardeurs éparses
Réunies, les voilà charriant les matériaux
Et poussant ensemble de grands cris victoriaux.
Cela dura longtemps malgré leur prestesse
Car les routes étaient mauvaises hôtesses.
Le lendemain matin, ô surprise et effroi !
La pierre avait changé subitement d’endroit,
Et les Poggiolinchi étaient en colère.
« C’est une farce que nul chrétien ne tolère !
C’est le diable qui veut décourager nos cœurs,
Bâtissons notre église et nous serons vainqueurs. »
Et tous les travailleurs, malgré leur grande rage,
Se remirent bientôt tous ensemble à l’ouvrage.
A minuit, des malins dirent : « Ne partons pas.
Et reposons ici, cette nuit, nos bras las.
Nous saurons qui nous a joué ce tour infâme. »
Et ils restèrent tous, hommes, enfants et femmes.
On chargea les armes et on se cacha sans bruit
Pour que de ce mystère on fût enfin instruits.
Une heure passée, on vit venir un âne
Et un homme. « Par saint Pancrace et saint Antoine !
S’écria un paysan, je veux bien faire feu ! »
«Mais non, conseilla un autre, attendons un peu
Et nous saurons comment les farceurs s’y prennent
Pour transporter tous ces fardeaux l’âme sereine. »
L’homme chargeait l’âne de tous les pesants faix
Qui auraient écrasé cent grands chevaux bien faits
Et qui semblaient pour lui légers comme la soie.
La colère de tous se transforma en joie ;
On cria au miracle à la vue de l’exploit.
« Qui êtes-vous, saint homme ? Au nom de quelle loi
Prenez-vous chaque soir toute notre pierre ? »
« Je suis saint Jean. J’ai ouï toutes vos prières,
Comme vous bâtissez l’église à mon honneur,
Je suis venu ici, bonne gens, en préveneur :
Cette terre est maudite et j’en suis chagriné,
Mais un enfant y a été assassiné
Ainsi que sa mère, par un misérable. »
Quand il eut dit ces mots, le passant vénérable
Disparut avec l’âne, et suivant son dessein,
On bâtit l’église là où voulut le saint. 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 24 décembre 2013

Vie de sainte Odile (Neuvième partie)

Vie de sainte Odile (neuvième partie)
Première partie
Deuxième partie 
Troisième partie 
Quatrième partie  
Cinquième partie 
Sixième partie 
Septième partie 
Huitième partie 

IX 


Au pied de son couvent fondant un hôpital
Pour guérir les malades aux gémissements fatals,
Tous les jours Odile, en robe de laine blanche,
Pareille à l’hirondelle qui quitte sa branche,
Descendait du couvent, allant au bas moustier,
Et, de la charité faisant son doux métier,
Elle soignait elle-même et consolait ses malades,
Et quand l’un d’eux souffrait, éplorée et maussade,
Elle passait la nuit à prier Dieu pour lui.
Adorant cet ange du ciel, le peuple ébloui
Racontait maints miracles de la sainte Dame ;
Une fois, dit-on, elle rencontra un moine blême
Et qui mourait de soif. De son bâton touchant
Le roc, le caressant et sur lui se penchant,
Il en jaillit une eau bienfaisante et claire
Qui guérit les lépreux et les atrabilaires.

En ce temps, Atalric, blessé, vint à mourir.
Odile le pleura et elle le vit souffrir
A cause de ses crimes, dans le purgatoire,
Rongé par les flammes, suivi par les âmes noires
De tous ceux qu’il avait tués. Odile en pleurs
Ressentit pour son père une immense douleur,
Et malgré ses péchés, à gémir condamnée,
Elle pria pour lui des nuits et des années.
Elle disait : « Seigneur, vous dont la compassion
Est infinie, de la ténébreuse perdition
Sauvez mon père, certes coupable, qui irrite
Le ciel, mais qui s’était repenti et mérite
Votre pardon, ô, dieu éternel et clément !
Ô, voyez mes pleurs et oyez mes gémissements,
Et souffrez que votre serviteuse fidèle
Pleure à vos pieds, et que ses soupirs s’envolent
Jusqu’à vous, se mêlant au parfum des encens,
Pour attendrir votre cœur, Seigneur tout-puissant ! »
Une nuit qu’Odile priait de la sorte,
Elle vit une vive lueur, et une voix forte
Lui dit : « Tes prières de ses fautes l’ont lavé ;
Ne pleure plus ton père chéri, il est sauvé. »
« Ne me réveillez pas ! J'étais si heureuse ! »
Dit Odile aux sœurs qui la trouvèrent en extase,
A genoux et presque sans vie. Pleurant doucement,
Elle sourit et ferma ses deux yeux charmants
Et en bénissant Dieu, elle rendit l’âme.
Dans le firmament on vit reluire une flamme
Et un parfum plus doux que le parfum des lis
Se répandit dans le mont altier qui pâlit
En voyant mourir sa céleste maîtresse.

Jusqu’à aujourd’hui, ce parfum béni caresse
Les voyageurs, quand ils passent dans ces saints lieux,
Et l’on dit que c’est l’âme d’Odile revenant des cieux.


[FIN]



Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 
 

lundi 23 décembre 2013

Vie de sainte Odile (Huitième partie)

Vie de sainte Odile (huitième partie)
Première partie
Deuxième partie 
Troisième partie 
Quatrième partie  
Cinquième partie 
Sixième partie 
Septième partie 

VIII 
 
Tout à coup le rocher s’ouvrit. Ces têtes fières
Virent rayonner une céleste lumière,
Comme s’il allait soudain faire jour. Émerveillés,
Ils virent, telle un enfant par l’aurore réveillé,
Innocente et pure, la vierge sublime
Apparaître et reluire, doucement magnanime.
Atalric s’écria : « Seigneur, pardonnez-nous
Nos péchés ! » Et toute la troupe se mit à genoux
Devant Odile, rêveuse et surnaturelle.
Ces farouches guerriers, devant cette jeune fille frêle
Tremblaient et demeuraient muets d’admiration.

Le duc Atalric, le cœur plein de vénération,
Devint le serviteur de sa fille chaste
Qui se donna à son Rédempteur céleste,
Lui céda, retiré au château d’Aubernai,
Son autre castel que la montagne enchaînait.
Le sombre sommet de cette montagne altière
Qui fut le foyer d’âmes terribles et fières,
Les Gaulois belliqueux, l’empereur Maximien
Et un duc criminel, était l’asile chrétien
De la foi et de sa sœur, l’abstinence.
De ce castel Odile fit la résidence
Du Christ. Elle y fonda un couvent et devint
Son abbesse, gardienne du mystère divin
Qui habite ces lieux qui jamais ne changent.
Couchant sur une peau d’ours, elle mangeait du pain d’orge
Et dormait sur une pierre. Sa modeste piété,
Ses humbles repas et ses jeûnes répétés
La rendirent sensible à la souffrance humaine.
Elle songeait à tous ces cœurs minés par la haine,
Aux âmes tourmentées des malheureux pécheurs
Qui avaient perdu leur originelle blancheur,
Aux misérables qui tremblent dans leurs bouges,
Aux pauvresses qui ont les joues pâles et les pieds rouges
En errant dans les rues et cherchant l’aumône !
Odile était pareille au soleil qui rayonne
Pour ces sombres damnés ; quand elle apparaissait,
La douleur s’envolait et le soupir cessait,
Et il leur suffisait de voir son sourire
Pour consoler leurs maux généreusement reluire.
  
[A SUIVRE] 
 
 
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène