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jeudi 4 décembre 2025

Le vieux lion

 le vieux lion


Sous un figuier cassé, le lion se repose
Et dans ses yeux reluit une flamme rose :
Ce qui reste de sa force et de sa santé !
Jamais, pourtant, la mort n’avait épouvanté
Ce grand dormeur de la jungle, dont la crinière
S’effiloche et s’éteint comme une lumière ;
Jamais il n’avait craint, toujours il était craint,
Les mouches aujourd’hui, autour de son grand rein
Et de son grand mufle, incessamment bourdonnent ;
Avec leurs yeux rouges qui presque rayonnent,
Les hyènes, les vautours, marabouts et chacals,
Attendent sans férir que le moment fatal
Vienne, et qu’ils profitent de leur proie royale
Qui était terrifiante et jadis était mâle !

Et la vie continue, pourtant, et va toujours,
Les fleurs s’épanouissent et les arbres sont lourds,
Les singes voyagent, légers dans les lianes,
Tout vit, alors qu’hélas, tout le condamne !
Ses grandes pattes tremblent, et le doux vent en deuil
Berce ce symbole décadent de l’orgueil ;
Il ne peut plus rugir et n’a plus de force,
Son lionceau, qui était derrière une écorce,
Vient jouer avec lui, et ses yeux de père
S’allument tour à coup, emplis de lumière. 


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 15 août 2023

Jor, Lion des étoiles

   jor, lion des étoiles

Jor errait dans l’immensité,
Loin de nos mortelles cités,
Lion allant d’étoile en étoile
Et déchirant le grand voile
Avec ses griffes et ses dents.
Comme un feu il était ardent
Et brillait dans les abîmes
Du grand espace sublime ;
C’était un marin jamais mort
Cherchant d’invisibles ports
Et qui hantait les planètes,
À la fois savant et poète,
A la fois poète et savant !
Quand il rugissait en rêvant,
Il faisait trembler l’espace,
Pareil à un trou noir qui passe
Et se nourrit de la santé
De toute la réalité,
Et jamais ce lion rapide
Ne se reposait dans le vide.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 12 février 2018

Conte: Histoire d'un lion qui voulait se venger de l'homme (Partie V)

CONTE: HISTOIRE D'UN LION QUI VOULAIT SE VENGER DE L'HOMME (PARTIE V)


V. La quatrième rencontre, après laquelle le lion rencontra l’homme

Le lion voit devant lui une masse énorme
Qui marche pesamment, colossale et difforme.
Il se retient pour ne pousser un grand cri.
Les pieds de ce géant comme lui sont tout gris,
C’étaient des colonnes montant jusqu’aux étoiles !
Ses vastes oreilles ressemblaient à deux voiles,
Son nez à un arbre de branches dépouillé.
« Voilà donc l’homme ! dit le lion émerveillé,
Maintenant il faut combattre et il faut être brave. »
Il s’avance : « Homme dont tout est l’esclave !
S’écrie-t-il, meurtrier vil de mes deux parents !
Je vais te combattre et te maudire en mourant !
Luttons jusqu’à la mort. » « Brave lion, tu te trompes.
Je ne suis point l’homme, non ! avec ma trompe
Et mes grosses pattes, j’amuse ses enfants,
Alors qu’à ses côtés autrefois triomphant,
Je partais avec lui aux champs de bataille. »
« Toi aussi, tu le sers ! Ah, le destin me raille !
Je sais qu’il est puissant, que je suis en danger,
Mais j’ai promis à ma mère de la venger
Et ne serai jamais un lâche parjure. »
« Tu es la plus noble, lion, des créatures,
Digne d’être le roi de tous les animaux.
Il te craint plus que moi et plus que le chameau,
Va donc le combattre et que Dieu te bénisse,
Je vais prier, ce soir, pour que tu réussisses. »
Le lion poursuit sa route, à son grand combat prêt,
Quand il voit tout à coup, sortant d’une forêt,
Un pauvre être chétif, pâle comme un malade,
Et qu’il prend en pitié, le croyant bien maussade.
Il lui demande avec douceur, sans l’effrayer :
« Sais-tu où est l’homme ? car je vais essayer
De le tuer, afin de venger mère et père. »
« Oui, je le sais, répond le frêle être, et j’espère
Que tu le combattras et tu seras vainqueur,
Oui, je l’espère, grand lion, et de tout mon cœur !
Car je souffre comme toi de ses injustices
Et il m’a fait faire tant de sacrifices !
Mais avant, aide-moi, ô grand lion, s’il te plaît,
A fendre ce tronc d’arbre, et je suis ton valet. »
Le lion introduit ses pattes dans la fente
Formée par un coin très enfoncé. Sans attente,
Un coup de hache le fait sauter, et le lion
Est piégé comme un ver dans un vaste sillon.
« Je suis l’homme ! s’écrie alors le petit être,
Avec Dieu du monde tremblant je suis le maître !
Tu voulais me tuer ? Tu es entre mes mains,
Imbécile qui vient pour braver les humains ! »
Et méchamment, avec un rire de tempête,
L’homme avec sa hache lui fend bientôt la tête. 

[FIN DU CONTE: HISTOIRE D'UN LION QUI VOULAIT DE VENGER DE L'HOMME]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 10 février 2018

Conte: Histoire d'un lion qui voulait se venger de l'homme (Partie IV)

CONTE: HISTOIRE D'UN LION QUI VOULAIT SE VENGER DE L'HOMME (PARTIE iv)


IV. La troisième rencontre

Épouvanté, le lion continue cependant
Sa marche éternelle, flairant et attendant,
Et s’arrête soudain, comme en voyant le diable, 
Devant un colosse sombre et formidable
Portant deux grandes tours sur son immense dos.
« Qu’est-ce que ce géant qui porte des fardeaux ?
Se demande le lion, ma fin est imminente !
Mais si elle me tue, la bête surprenante,
J’aurais tenté, au moins, de venger mes parents. »
D’une voix tremblante à ce monstre effarant
Le lion demande : « Es-tu l’homme ? C’est toi, sans doute ! »
« L’homme ? s’écrie la bête, évite sa route,
Ne marche pas dans le même sentier que lui
Et si tu le trouves ne te bats pas et fuis !
Je suis son serviteur. Ce monstre m’humilie,
Je m’incline devant lui quand il vient, et plie
Mes genoux pour porter sa femme et ses enfants
Et même la maison de ce dieu triomphant !
Je parcours le désert quand il me l’ordonne
Et, fidèle, jamais je ne l’abandonne,
Je brave la tempête et les grands ouragans
Pour l’homme volage, ce seigneur arrogant
Qui maintes fois oublie de me donner à boire. »
L’âme de notre lion s’emplit d’une peur noire ;
« L’homme est bien terrifiant et fort, en vérité !
Se dit-il, de me voir il sera irrité,
Mais je ne serai point un jour son esclave,
Allons, s’il faut mourir, alors mourons en brave ! »
Et le lion continue devant lui à marcher
Et en craignant l’homme veut toujours le chercher. 

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 9 février 2018

Conte: Histoire d'un lion qui voulait se venger de l'homme (Partie III)

CONTE: HISTOIRE D'UN LION QUI VOULAIT SE VENGER DE L'HOMME (PARTIE IiI)


III. La deuxième rencontre que le lion fit dans la forêt

La majestueuse et puissante bête
Répond, sans avoir peur, au lion qui l’arrête :
« Non, lion, je ne suis pas l’homme, mais je le sers. »
« Comment ! s’écrie le lion, il t’accable de fers !
Est-il aussi puissant que toi et aussi brave ? »
« L’homme est mon maître et moi je suis son esclave,
Pour que je sois soumis et aussi moins ardent,
Avec un morceau de fer il brise mes dents ;
Pour que je ne sois pas à son confort rebelle,
Il ploie mon dos avec une lourde selle ;
Dans mes pieds fatigués il enfonce des clous
Pour que je sois aussi rapide que les loups.
Hélas, je ne suis point l’homme que tu cherches ! »
« Où puis-je le trouver ? » « Devant toi toujours marche
Et tu le trouveras, où il va te trouver !
Sauve-moi, alors, ou essaie de te sauver. »
Le lion rugit. Toute la nuit il voyage
Et rêve de combats et de grands ravages.
A l’aube, il aperçoit un être menaçant,
Brandissant deux cornes sur sa tête, passant
Tranquillement devant lui, sûr de sa force,
Sans trembler, pareil à la robuste écorce
Qui ne tressaille point de l’orage rampeur.
Pour la première fois de sa vie il a peur,
Songe d’abord à fuir, puis reprend courage,
A la grande bête qui lui fait ombrage
Demandant : « Serais-tu l’homme ? » « Ah ! Malheureux !
S’écrie la bête, quel nom sinistre et affreux
Viens-tu de prononcer ! Non, je ne suis pas l’homme,
Mais c’est ainsi que dans ce monde horrible on nomme
Celui qui est mon pire ennemi, et dont je suis
La propriété, que dans ses champs je suis
Pour les labourer, qui n’hésite pas à prendre
Le lait de mes enfants sans songer à les rendre,
Car ils deviennent aussi en grandissant son bien.
L’homme ! il est inhumain et croit que tout est sien !
En plus de ses fardeaux, en plus de ses sillons,
Ce barbare me pique avec un aiguillon,
Et quand je vieillis, il me tue et me mange
Et de mes cornes fait des jouets étranges
En se couvrant les pieds de ma bien chaude peau.
Tu cherches l’homme, ô lion ? C’est le sombre suppôt
Du diable ! Que dis-je ? c’est le diable lui-même !
Fuis-le, insensé ! » Et le lion devient blême.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 7 février 2018

Conte: Histoire d'un lion qui voulait se venger de l'homme (Partie II)

CONTE: HISTOIRE D'UN LION QUI VOULAIT SE VENGER DE L'HOMME (PARTIE Ii)


II. La rencontre que fit le lion en cherchant l’homme

Un an passa. Toujours abhorrant notre engeance,
Les spectres de sa mère et de sa vengeance
Hantaient notre lionceau devenu un grand lion,
Contre tous les hommes vivants en rébellion.
Il ressemblait maintenant à son défunt père,
Et le désert était son royaume prospère,
Car aucun animal n’osait le quereller.
Le brave tigre était son serviteur zélé,
Le loup était son humble esclave, et les bêtes
Craignaient son rugissement fort comme la tempête.
« Elle est venue enfin, l’heure du châtiment ! »
Se dit le terrible lion, de son pâtiment
Se souvenant toujours, et de la mort sombre
De son père et de sa mère, ces deux ombres.
Le voilà qui part, avec courroux cherchant
L’homme, ce criminel, et vaillamment marchant
Pendant trente jours et trente nuits, de l’aurore
Au soir, puis se mettant à voyager encore.
Il passe des fleuves, escalade des monts,
Traverse des jungles, pour trouver ce démon
Qui tua ses parents, par plateaux et plaines
Va, et la Nature de son courroux est pleine ;
En vain ! Rien ne lui dit où est le meurtrier.
Un soir, pourtant, il voit un animal altier
Dont il ne sait le nom, les naseaux blancs d’écume
Et pareils à une forge chaude qui fume,
De grande taille, l’œil sombre mais fulgurant,
Et dans l’immensité sans lassitude errant.
Le lion bondit devant lui, prêts aux grands ravages,
Et lui demande en lui barrant le passage 
Et en rugissant d’un air sinistre et méchant :
« Es-tu l’homme ? réponds, ou tu meurs sur-le-champ. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 6 février 2018

Conte: Histoire d'un lion qui voulait se venger de l'homme (Partie I)

CONTE: histoire d'un lion qui voulait se venger de l'homme (PARTIE i)

I. Le testament d’une lionne, sur le point d’expirer

Le brave lion, terreur des bois et des déserts
A qui on compare ceux qui brisent leurs fers,
Venait de succomber à ses larges blessures,
Blessé par l’homme traître et à la main sûre.
La lionne, sa compagne, à qui on a ôté
La vie, expire avec un râle à ses côtés
Et lutte avec de vains hurlements farouches
Contre la mort qui la poursuit comme une mouche,
En se tordant d’une bien horrible façon.
Un lionceau, près d’elle, qui est son seul garçon,
Ne sachant point comment exercer son courage,
Pleure, court, bondit, fou de douleur et de rage,
Puis retourne lécher les plaies de sa maman
Dont le sang tout rouge jaillit abondamment.
« Approche, mon cher fils, dit faiblement la lionne,
La vie en cet instant me quitte et m’abandonne,
Je te charge de la mission de nous venger. »
« De qui, pauvre mère ? » « De l’ignoble étranger
Qui s’appelle l’homme, qui envahit et souille
Nos paisibles forêts, ainsi que la rouille
Souille le fer luisant. » « Par le sable mouvant,
Par les grands chênes, dit le petit en rêvant,
Par le calme ruisseau et par le ciel auguste,
Ma vengeance sera terrible et sera juste. »
« Prends garde, mon cher fils ! car l’homme est fort rusé
Comme il est fort méchant. Ne sois pas abusé
Par son apparente mais fausse faiblesse. »
« Je grandirai, maman, et si le Ciel me laisse
Vivant, je parcourrai le monde des humains.
Malheur à ceux que je verrai sur mon chemin !
Je les briserai tous et briserai leurs patries
Ainsi que le potier brise une poterie. »
Contente de voir son lionceau déjà vaillant,
La lionne expire sous les coups de l’assaillant.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 9 août 2015

Conte: Harpalionu

CONTE: harpalionu

Un âne que les faix de l’homme importunent
Se mit en tête un jour d’aller faire fortune.
Le voilà donc qui rompt son licol et court, court,
Des oiseaux du printemps entendant le discours,
Dans la vaste prairie d’elle-même amoureuse.
Il y avait maints chardons, l’herbe était savoureuse,
Le soleil dans le ciel était doux et radieux,
Et notre compagnon brayait tant, si joyeux,
Qu’un lion curieux vint voir d’où venait ce vacarme.
Il trouva notre âne, comme objet d’un charme,
Qui dansait et sautait, par la joie bâtonné,
Et il lui demanda, de le voir étonné,
Car il n’avait jamais vu bête pareille :
« Comment t’appelle-t-on ? » Il leva ses oreilles
Et il lui répondit : « Je suis Harpalionu. »
« Harpalionu ? » « Oui. » « Ton nom m’est inconnu,
Tes oreilles sont si grandes et ta peau si épaisse !
Je n’ai jamais vu des bêtes de ton espèce ;
Quelle est ta force ? Et es-tu au-dessus des lions ? »
« Oui, je suis plus fort qu’eux. Quel fauve en rébellion
Oserait me braver, sire, sans épouvante ? »
« Mon ami, dit le lion, je crois que tu te vantes,
Et j’en serai, si c’est le cas, bien irrité.
Mais si ce que tu me dis est la vérité,
Pour que cette pâle forêt de nous tremble,
Il faut faire un traité et pactiser ensemble
Pour nous liguer contre les autres animaux. »
« Je veux bien. » dit l’âne. Et marchant sous les rameaux,
Les voilà partis tous deux, âmes aventurières.
Il fallut traverser une grande rivière :
D’un son, le lion atteint la rive. Et le baudet
Nageait si mal, et si maladroitement rôdait,
Qu’il faillit se noyer. Mais voilà qu’il arrive,
Après avoir fait mille efforts, à la rive.
Étonné de le voir à ce point maladroit :
« Tu ne sais pas nager ? dit le lion, cet endroit
Est pourtant paisible, et il n’y a point d’ondes. »
« J’ai nagé dans des eaux deux fois plus profondes,
Lui dit l’âne, voulant passer pour un héros,
Mais ma queue a pris un poisson si gros, si gros
Qu’il me faisait foncer. Je l’ai chassé, ensuite,
Pour ne point tarder l’ai laissé prendre la fuite. »
De cette réponse le lion se contenta
Et vers la route avec son ami s’orienta.
Ils virent bientôt tous deux une muraille :
Le lion brave et qui n’a point peur aux entrailles
Le franchit d’un seul bond. Le baudet malheureux
En souffrit, lui, comme d’un long supplice affreux,
Il leva deux pattes comme un vieux sa canne,
Et par un prodigieux effort, le pauvre âne
Réussit à monter sur le mur, sans pouvoir
Aller ou reculer. Étonné de le voir
Aussi gauche qu’avant : « Que fais-tu encore ?
Et pourquoi gémis-tu comme une pécore ? »
Lui demanda le lion, de nouveau stupéfait.
« N’avez-vous pas vu, lui dit-il, ce que j’ai fait ?
Je me pesais pour voir  quelle de mes parties
Est plus lourde que l’autre. » « Eh bien ! ta répartie
Ne me convainc pas, et je crois que tu me mens.
Tu es faible et je te punirai durement. »
« Faible ? le croyez-vous ? Parions à qui jette
Cette muraille par terre et la rendra miettes. »
Le lion donna des coups de pattes dans le mur,
Mais il se blessa, et ses efforts futiles
Etaient, malgré toute sa force, inutiles.
Il s’arrêta. L’âne le vit soudain pâlir
Et il lui dit : « Ce mur, je peux le démolir. »
Et il se rua avec une telle violence
Qu’en peu d’instant il le fit sans indolence.
« Ne suis-je pas plus fort que vous ? » dit-il, content.
« De démolir ce mur j’ai essayé longtemps
Et je n’ai pas pu, moi que les bêtes vénèrent ! »
Et l’âne d’ajouter : « C’est chose ordinaire,
De mes autres talents vous seriez étonné. »
« Que sais-tu faire aussi ? » « Sans être passionné,
Je peux, si je le veux, manger des épines. »
« Des épines ?  Te voir le faire me mine ! 
Montre-moi donc cela. Puissant ami, pardon ! »
Harpalionu tondit devant des lui des chardons.
Quand il finit : « Tu es bien extraordinaire !
S’écria le lion, et de mes congénères
Je te nomme le roi. » « Merci, lion, je veux bien,
Car à mes bons amis je ne refuse rien. »
Les lions de la contrée tous se réunirent,
Jurèrent allégeance à leur roi et le bénirent.

Harpalionu régna longtemps et justement
Sur ses nombreux sujets qui vivaient fastement
Car il ne les privait jamais de leur chasse.
Mais comme la santé la jeunesse passe,
Harpalionu devint fort malade et fort vieux,
Et on l’enterra, à sa mort, aux mêmes lieux
Qui le virent régner jadis, en grande pompe.
Les forêts, comme d’un immense son de trompe,
Retentirent, bon roi et de tous adoré,
Des hurlements de ses sujets endolorés.


[FIN DU CONTE: HARPALIONU]




Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 8 juillet 2012

Hamza et le lion d’Alep


Hamza et le lion d’Alep


 Près d’Alep, ville où aujourd’hui règne l’effroi,
Le fier Hamza passait sur son blanc palefroi,
Il était seul et il n’avait point d’armes
Mais ses yeux d’aigle jetaient des regards fermes
A tout ce qu’il voyait, cet éternel guerrier
Avait sur la tête d’invisibles lauriers
Et épiant quelque chose dans la solitude,
Du combattant avait la sombre attitude,
Attentif aux dagues cachées soudain frappant,
Aux flèches empoisonnées et aux noirs guets-apens.

Il arriva enfin à l’antique ville,
Calme d’habitude, elle était fébrile,
Houleuse et alarmée, secouée affreusement
Par une grande peur ou un grand évènement ;
Leurs petits pendant à leurs seins, les mères hagardes
Couraient comme des gazelles que les serpents mordent,
Les vieillards chenus, les femmes et les enfants
Fuyaient quelque chose d’horrible et triomphant,
Du peuple rapide et empli de zèle
L’effroi ailé faisait déployer les ailes,
Les aveuglait, mettant son bandeau sur leurs yeux,
Car ils se bousculaient sans rien voir devant eux
Et poussaient un énorme cri plein d’épouvante.
Hamza étonné, en arrêtant une manante
Lui demanda : « Pourquoi courez-vous tous ainsi ?
Par la nuit le ciel n’est pas encore obscurci
Et on ne voit point de spectres à cette heure.
D’où vient que vous fuyez ? D’où vient que tu pleures ?
L’ennemi vous attaque-t-il ? Votre roi est-il mort ?
Réponds ! » « Je quitterai cette ville sans remords
Répondit la manante effrayée. Peu importe
Que de mon humble bouge j’y laisse la porte
Ouverte aux voleurs et qui n’oseront pas
Venir ici braver le farouche trépas !
Un lion nous assaille et il est gigantesque,
On eût dit un dragon ou une tarasque
Que nous envoya quelque dieu des païens !
Et je pense, par Dieu ! que l’unique moyen
Pour que périsse cette bête immonde et cruelle
Est que la foudre du Seigneur tombe sur elle !
Elle a mangé deux preux, qui étaient assez fous
Pour braver sans trembler son funeste courroux,
Ça, guerrier, qui que vous soyez, quittez cette ville »
Hamza descendit de son cheval, et tranquille,
Sans répondre à la femme tremblante, informé,
Il s’avança vers la ville, seul et désarmé.

Il vit, sans tressaillir, la formidable bête :
De sa crinière énorme l’épouvantable crête
Comme un champ de bataille était souillée de sang
Et elle poussait des rugissements puissants.
Ni le lion de Némée, ni les lions de Rome
Qui dévorent dans les cirques chaque jour un homme
N’étaient plus effrayants que ce lion forcené.
Une heure passa, ô, combat noir, acharné,
Des ongles empourprés et des griffes vermeilles !
Hamza, en traînant la bête par l’oreille,
Sortit de la ville, fatigué et vainqueur,
Et dit aux manants qui tremblaient encor de peur :
« La terreur n’assiège que les âmes impures,
L’homme qui craint Dieu ne craint point ces créatures »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène