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jeudi 10 juin 2021

Ce qui a vieilli le Prophète

 ce qui a vieilli le prophète

Si nous eussions fait descendre le Coran sur une montagne, sentant la crainte de Dieu, elle se serait fendue, et eût abaissé son sommet respectueux. Nous proposons ces exemples aux hommes, afin qu’ils y réfléchissent. (Coran, 59, 21)

Aboubaker dit au Prophète : « Tu vieillis,
Ô messager de Dieu ! Et je suis bien surpris
De voir quelques cheveux blancs déjà sur ta tête. »
« Oui, ce qui m’a vieilli, répond le Prophète,
C’est d’avoir lu ces sourates du Coran :
Houd, le Jugement qui viendra, les vents courants,
Leurs Questions et quand le soleil sera sombre. »
Ce qui a empli le cœur du Prophète d’ombre,
C’étaient les descriptions du Jugement dernier,
Le trépas des nations qui ont jadis nié
La vérité, l’Enfer aux flammes éternelles,
Et aimant sa nation, il tremblait pour elle.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 11 mars 2015

Conte: Le petit roi Jeannot (Partie V)

CONTE: LE PETIT ROI JEANNOT (PARTIE V)


V. La trahison des deux frères, et comment Jeannot finit par reprendre ses trésors usurpés

Les deux frères, âmes malveillantes et jalouses,
Contemplaient Jeannot, son oiseau et son épouse,
En les suivant, avec de bien envieux regards,
De la réussite de leur cadet hagards.
Comme ils passaient par un étroit sentier propice
Et qui côtoyait un sombre précipice,
Hubert poussa Jeannot violemment qu’il fit choir,
Laissant tomber sa cage, dans l’abîme noir.
Poucet s’en empara, ils continuèrent
De suivre la même route, et sinuèrent
Souvent, en menaçant la Belle de se venger
Si elle mettait leurs noirs desseins en danger.
La chute du petit Jeannot fut amortie
Par des ronces qui semblaient pour lui sorties
De la terre, et par des ajoncs qu’il agrippa,
Et à un trépas sûr et affreux échappa.
L’endroit qui le reçut, couverts d’herbes épaisses
Et où les bêtes de bergers jamais ne paissent,
Empêcha de mourir le petit au cœur pur ;
Mais les bords en étaient escarpés comme un mur,
Et il était profond comme un abîme immense.
Jeannot implorait la divine clémence,
Il s’assit sur une pierre et se désolait
En voyant l’oiseau blanc qui au loin s’envolait
Et en pensant que sa mort était bien proche.
« Ah ! dit-il en mouillant de ses larmes la roche,
Que je suis malheureux ! Je vais bientôt mourir !
A quoi m’a servi, fou que je suis, de courir
Tant de routes, afin de mourir d’une mort affreuse ?
Renard, mon ami, mon âme serait heureuse
De te revoir ici, et j’aurais bien besoin
De tes bons conseils et de tes bienveillants soins. »
Comme il achevait ces mots, sur la cime rocheuse
Il vit le renard. « Dans une passe fâcheuse
Te voilà, mon ami. » lui lança l’animal.
« Hélas ! s’écria-t-il. Renard, je vais bien mal
Et je suis dans la peine et dans la misère ;
J’ai été trahi par mes deux fourbes frères
Qui dans cet abîme noir m’ont précipité
En me croyant mort dans ce mont inhabité.
Ils se sont emparés de la Belle et du Merle,
Et doivent être au château à l’heure où je te parle,
Pour que l’un d’eux à ma place devienne roi. »
« Je vais te faire quitter, mon ami, cet endroit,
Repartit le renard. Il te suffit de prendre
Ma queue que j’allongerai pour te faire ascendre
Dans ta main, et jusqu’en haut tu te hisseras.
Jamais Dieu dans ce sombre endroit ne te laissera,
Car tu es bon et ton âme est des plus nobles. »
Jeannot, qui commençait à devenir faible,
Saisit la queue et de l’abîme se tira,
Et le renard lui dit : « Jeannot, tu partiras
Au château, déguisé en médecin qui passe
Et qui pourra guérir tous les maux qu’il chasse.
Mon rôle est fini et j’ai rempli mon devoir ;
Je disparais et tu ne vas plus me revoir. »
Habillé en médecin, Jeannot marcha encore
Et au château parvint une heure après l’aurore.
Il demanda avec le roi un entretien,
On le lui accorda, et il lui dit : « Je viens,
Majesté, pour offrir mes loyaux services.
Hormis la mort, je peux guérir tous les vices. »
Le roi, content de ce vaillant médecin, lui dit :
« Plus que vos confrères peut-être êtes-vous érudit ;
Un merle blanc et une princesse demeurent
Depuis quelques jours dans mon château, et se meurent
Car ils ne veulent point ni boire ni manger. »
« Ceci, mon roi, grâce à Dieu va bientôt changer. »
Répondit Jeannot, qui alla voir la princesse
Et le Merle blanc qui soupire sans cesse.
Dès que l’oiseau le vit, il siffla, bien joyeux,
Un air singulier. La Belle leva ses yeux
Et s’écria : « Voici mon sauveur et maître !
Roi, châtiez vos deux fils, car ils sont des traîtres. »
Jeannot ôta alors son costume, éploré,
Et se jeta aux pieds de son père adoré
Qui le reconnut et l’embrassa. Sa mère,
Qui croyait son fils mort et en était amère,
Fut bien joyeuse de le revoir encor vivant.
Le père courroucé, avant le jour suivant,
Chassa ses deux fils qu’il maudit pour leur traitrise.
Epris de la princesse de lui éprise,
Jeannot devint le roi et son fidèle époux,
Et vécut avec elle et le Merle aux chants doux
Qui rendait toute sa cour qui l’aimait ravie
Bienheureux jusqu’à la fin de sa longue vie.

[FIN DU CONTE: LE PETIT ROI JEANNOT]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 10 mars 2015

Conte: Le petit roi Jeannot (Partie IV)

CONTE: LE PETIT ROI JEANNOT (PARTIE Iv)


IV. De quelle manière le petit roi Jeannot réussit à trouver et à libérer la Belle aux cheveux d’or

Le petit roi Jeannot, d’être sauvé content,
Suivit patiemment la route et marcha longtemps
Avant d’arriver au cimetière vide
Où il s’empara de la tête livide ;
Le Merle blanc l’aida à trouver le chemin
Et lui dit : « Mon maître, vous serez, le lendemain,
Au château où la Belle aux cheveux d’or demeure. »
Quand Jeannot était las de ces sombres heures
Où il marchait et en était désespéré,
Le Merle lui chantait de beaux airs éthérés,
Et il en oubliait ses fatigues mornes.
Il traversa une forêt semblant sans bornes,
Dont les arbres étaient si épais et si touffus
Que le voyageur en était souvent confus
Et que le soleil n’y reluisait point, blême.
Jeannot aperçut un château sans emblèmes
Qui était immense et semblait hospitalier,
Mais qui semblait depuis fort longtemps oublié,
Car Jeannot ne voyait pour le garder personne,
Et toutes ses portes étaient ouvertes et bessonnes.
Il parcourut avec précaution, les pieds nus,
Une longue suite d’appartements devenus
A des tombeaux pareils, déserts, sans bruit faire,
En retenant son souffle qu’il essayait de taire.
Il vit le lion hideux, qui était le gardien
De la Belle aux cheveux d’or, qu’il gardait si bien
Que, quand il s’endormait, le monstre difforme
Prenait sa tête entre ses pattes énormes
De peur qu’un ravisseur ne vînt la lui ravir,
Car son étrange amant aimait à l’asservir.
Lorsque Jeannot était entré, la sombre bête
Tenait entre ses griffes la charmante tête
De la Belle, en fermant les yeux à moitié.
Pour endormir ce fauve qui n’a point de pitié,
Le Merle siffla d’un air doux. Le lion farouche
S’endormit ; Jeannot mit un doigt sur sa bouche
Pour que la Belle se tût, quand il se montra.
Il l’ôta doucement, et bien qu’il la rencontrât
Pour la première fois, elle ne prit point la fuite.
A sa place il mit la tête de mort ensuite
Dans les griffes du lion, et quitta promptement
Avec la Belle qui lui souriait doucement
Le château, avant le réveil du lion funeste.
Le petit roi Jeannot, fort content, fut preste
A marcher, pour revenir à ses royaux parents
Avec les deux merveilles, car en s’en emparant
Il serait le nouveau roi après son père.
Il rencontra, dans sa route, ses deux frères,
Qui virent bien qu’il ne leur restait plus, hélas,
Qu’à rebrousser chemin, bien mécontents et las.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 9 mars 2015

Conte: Le petit roi Jeannot (Partie III)

CONTE: LE PETIT ROI JEANNOT (PARTIE IIi)


III. Comment le fidèle renard aida le petit roi Jeannot une deuxième fois

Le renard disparut et Jeannot repartit.
Bien des jours et bien des nuits, le noble petit
Chemina dans l’ombre et dans la solitude
En cherchant le château promis sans lassitude.
Il le vit, éclairé de cent radieux flambeaux,
Et qui était plus grand, plus auguste et plus beau
Que le château de son père. Tout en marbre,
Il était entouré d’une forêt d’arbres
Sombre et épaisse, qu’on contemplait en tremblant.
En s’y promenant, Jeannot trouva le Merle blanc
Qui était dans une cage bien vilaine,
Aussi grossière, mal confectionnée et vaine
Que celles où les enfants mettent des oisillons.
Au lieu de l’y laisser dormir sans carillon
Et suivre du renard les conseils bien sages,
Jeannot plaça l’oiseau dans une grande cage
Toute dorée, et qui se trouvait à côté.
Le Merle se mit à chanter et à sauter
Pour montrer sa joie et sa reconnaissance,
Et son chant était d’une telle puissance
Qu’il éveilla les gens du château endormis
Qui accoururent, aussi nombreux que des fourmis,
Et s’emparèrent de Jeannot, qu’ils ligotèrent
Et dans un cachot sombre et pierreux jetèrent.
Il y faisait bien noir, il y faisait bien froid,
La lumière y entrait d’un soupirail étroit
Et que d’énormes barres de fer garnissaient.
Le roi Jeannot croyait que ses jours finissaient
Dans ce cachot par une porte de chêne fermé.
Or, le renard vint pour le jeune homme alarmé
A qui il reprocha, mais d’une voix tendre,
D’oublier le conseil qu’il lui fit entendre,
Et il commanda à la porte de s’ouvrir.
Il fit sortir Jeannot, qu’il vint pour secourir,
Du château, sans qu’il ne fût aperçu des gardes,
Et l’aida à prendre le Merle blanc. « Regarde
Lui dit-il, cette route ; prince, tu la suivras
Et à un cimetière désert tu arriveras.
Tu y trouveras une tête de mort. Sans attendre,
N’oublie point qu’il te faut, petit Jeannot, la prendre
Pour la mettre dans les griffes du lion qui dort
Et garde, farouche, la Belle aux cheveux d’or.
Ne le réveille pas, surtout, car de coutume,
Quand il ouvre la bouche, sa flamme consume
Tout à plus de sept lieues de son fatal endroit.
Et au sceptre et à la gloire tu auras droit ;
Va, de ce lion trouve la sombre tanière,
Le Merle te dira où est la prisonnière.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 8 mars 2015

Conte: Le petit roi Jeannot (Partie II)

CONTE: LE PETIT ROI JEANNOT (PARTIE II)


II. La bonne action du petit roi Jeannot, et comment il fut récompensé

Le chemin qu’avait pris Jeannot le petit roi
Le mena bientôt à un difficile endroit
Qui était raboteux, coupé de fondrières,
Et lassant pour l’âme la plus aventurière.
Mais Jeannot ne cessa point de toujours marcher,
Malgré tous les obstacles, et de toujours chercher.
Il arriva à un bourg dont la terre est verte
Et dont les rustiques maisons sont couvertes
De chaume, qu’autour d’une frêle église on bâtit.
A la porte de son cimetière, le petit
Vit un mort étendu pauvrement par terre,
Recouvert d’un drap dont il fut propriétaire.
Pour dire une prière Jeannot s’agenouilla
Avec recueillement, près du mort qu’on souilla,
Et demanda pourquoi cette désinvolture
De laisser un chrétien ainsi sans sépulture.
« Le défunt, lui dit-on alors, est un mendiant
Qui était bien pauvre, et le Seigneur, l’expédiant,
N’appesantit pas sa bourse, fort légère.
Hélas, sire ! La vie est une mégère !
Cet homme n’a pas pu payer son enterrement,
Les prêtres le lui font regretter chèrement
Et de son corps livide détournent leurs visages,
Sans le mettre en terre sainte, car l’usage
Est de payer d’abord pour le déplacement. »
Le pauvre mort semblait les contempler lassement
Pendant qu’ils répondaient à Jeannot de la sorte.
« Je paierai moi-même pour qu’enfin on le porte
En terre sainte ; allez dire à votre recteur,
Leur commanda Jeannot, de venir sans lenteur
Enterrer ce pauvre homme qu’on voue aux gémonies. »
Il assista, dévot, à la cérémonie,
Et jusqu’à l’ultime pelletée de terre resta.
Il se mit en route à nouveau quand on lesta
Le cadavre, et vit, près d’une croix de pierre,
A un carrefour, un renard assis sur terre
Qui ne fuit pas et qui lui dit : « Mon bon ami,
Dans ce chemin désert dis-moi ce qui t’a mis. »
« Je suis fils de roi. Par l’ordre de mon père,
Je suis parti, mes frères et moi, et on espère
Trouver le Merle blanc qui ramène à quinze ans
Et la belle princesse aux cheveux reluisants.
La royale couronne sera la récompense
De celui qui les va avoir ; comme tu penses,
De trouver ces merveilles nous sommes désireux,
Celui qui les aura sera le plus heureux,
Mais j’ai peur de ne point réussir. Je doute
De cette fable et de l’interminable route. »
« Ce sera toi qui les aura, dit le renard,
Mais méfie-toi de tes frères et de leurs tracquenards.  
Je suis l’âme du pauvre homme misérable,
Pour récompenser ton action vénérable,
Dieu a souffert que je te porte mon secours.
Dans la direction du soleil de midi cours
En suivant ce chemin ; la route est difficile
Et ton cheval sera souvent indocile,
Mais ne te décourage pas, prince bienveillant,
Et malgré les dangers reste toujours vaillant.
Tu trouveras l’oiseau dans une cage grossière,
Et tu dois l’y laisser malgré ses prières,
Sans le mettre dans la belle cage à côté.
Il serait joyeux de n’être plus ligoté
Dans son ancienne cage, et avec allégresse
Il chanterait, réveillant toute la forteresse,
Et les gens du château se hâteraient d’accourir
Et de t’emprisonner pour te faire mourir.
Je te dirai plus tard où trouver la Belle
Aux cheveux d’or, à mille aventuriers rebelle.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 6 mars 2015

Conte: Le petit roi Jeannot (Partie I)

CONTE: le petit roi jeannot (PARTIE I)

 I. Pourquoi trois frères, qui sont aussi trois princes, partirent à l’aventure

Il était une fois un roi et une reine
Qui régnaient sur de vastes contrées sereines,
Appesantis par leurs sceptres et par leurs hauberts.
Ils avaient trois garçons : l’aîné s’appelait Hubert,
Le second Poucet, et Jeannot le troisième.
Jeannot était celui que tout le royaume aime,
Car il était doux et faisait la charité
A tous les humbles et à tous les déshérités.
Lorsque les trois princes grandirent et furent en âge
De montrer leurs talents et quitter le ménage,
Le roi leur dit : « Le temps est venu des travaux ;
Demain, vous partirez tous trois sur vos chevaux
Quérir le Merle blanc enchanté qui ramène
A l’âge de quinze ans les destinées humaines,
Et chercherez aussi la Belle aux cheveux d’or
Qui dans un château que nul ne connaît s’endort.
Celui d’entre vous qui ramènera ces merveilles
Sera le nouveau roi. » Les voilà qui s’éveillent,
Le lendemain, et qui prennent la route, bien armés,
Et de s’aventurer loin du château charmés,
Munis pour ce voyage de l’argent nécessaire.
Ils arrivèrent à un carrefour et cessèrent
De galoper, devant trois chemins différents.
L’un était large et droit ; Hubert, le préférant
Aux deux autres, le prit. L’autre route, bien belle,
Etait brodée d’arbres ; Poucet la prit. Rebelle,
Tortueuse et étroite, désertée des moineaux,
La troisième fut prise par le petit Jeannot
Qui dit à ses frères : « Que rien n’importune
Votre voyage. Je vous souhaite bonne fortune ! »
Ils se séparèrent, et après avoir marché
Plusieurs jours, chacun de son côté, et cherché,
Les aînés parvinrent, las et pleins de doutes,
A un bel endroit où s’unissaient les deux routes,
Et ils se mirent ensemble, alors, à voyager,
A tous les chemins où ils purent s’engager
Demandant aux gens qui passaient, l’âme incertaine,
Où trouver le Merle et la beauté lointaine.
« Pardieu, messires ! leur répondit-on, rieurs,
Vous ne les trouverez ni ici ni ailleurs.
Ce n’est qu’une vieille fable de nos grands-mères. »
Ces paroles, pour eux, étaient bien amères,
Mais d’autres leur disaient sombrement, en tremblant,
Que la Belle aux cheveux d’or et le Merle blanc
Existaient, mais que nulle humaine créature
Ne put les ramener en allant à l’aventure,
Qu’ils étaient de nobles et de vaillants étrangers
Pour qu’ils bravassent ainsi les sinistres dangers,
Et que nul, comme leurs serviteurs qui leur parlent,
Ne sait où se trouvent la Belle et le Merle.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène