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samedi 19 novembre 2016

La Mort du Pauvre

La mort du pauvre

Alexandre Antigna, La Mort du Pauvre (1855)

Un pauvre est mort dans sa demeure misérable,
Las, vaincu par la faim et par le désespoir ;
Il a enfin fermé ses yeux vénérables
Qui rêvaient tous les jours de ne plus rien voir.

Sa vie ne fut qu’une épuisante agonie,
C’était un être obscur et couvert de haillons
Qui bravait du Destin l’implacable ironie,
Et errait dans les rues, le soir, sous les rayons,

Employé à quelque basse et rude besogne,
Travaillant et mendiant, mendiant et travaillant,
Et promenant partout son grand cœur qui saigne
Et ses pas fatigués qui demeuraient vaillants.

Pour le salut de sa famille qui souffre
Son front était empli d’une ingrate sueur,
Et il sentait sous lui un immense gouffre
S’ouvrir comme un rêve dans la nuit sans lueurs.

Sa femme et sa fille pleurent et se lamentent,
Noires allégories de la sombre Douleur,
Malgré leur pauvreté tristement charmantes,
En contemplant ce mort sans suaire et sans couleurs ;

Son fils, qui ne comprend rien aux arrêts du sort,
Regarde son père, puis il les regarde,
Pour lui, la vie n’est qu’un mot, tout comme la mort,
Et il leur demande : « Est-ce que papa dort ? »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 31 août 2015

Conte: Bastuncedu dirida (Partie IV)

CONTE: BASTUNCEDU DIRIDA (PARTIE IV)


IV. Comment l’hôtelier fut châtié par son hôte pour sa grande cupidité

Le pauvre homme revint à l’hôtel encore
Où le fourbe hôtelier l’attendait dès l’aurore.
Il s’écria en le voyant : « Ah ! vous revenez !
Soyez le bienvenu, bon sire. » « Oui, tenez,
Lui dit notre hère chercheur de fortune,
Ce bâton enchanté et qui m’importune.
Mais ne lui dites pas – vous serez attrapé –
Bâtonnet dirida, frappe car tu sais frapper. »
« Dormez, sire, et soyez sans inquiétude. »
Mais dès qu’il s’endormit, comme d’habitude,
L’hôtelier parla au bâton. Après ce vers,
Le bâton le frappa à tort et à travers,
Lui cassant les jambes, les bras et les côtes.
L’hôtelier appelait au secours son hôte
Et criait : « Arrêtez votre maudit bâton !
Je vous rendrai tous vos biens ! » Le fourbe glouton
Fut rossé de coups comme il méritait de l’être
Jusqu’à ce que, lassé de ses cris, le maître
Commandât au bâton enchanté de cesser
De punir l’hôtelier et de bien le rosser.
Ce dernier rendit à son hôte qui erre
La serviette et l’âne que lui donna saint Pierre.
Sous les coups du bâton il était presque mort
Et jura à notre bonhomme avec remords
De ne plus rien voler après cette torture
Par Dieu le Tout-Puissant à ses créatures.
« C’est bien, retiens toujours cette rude leçon,
Lui dit le bonhomme, et sois honnête garçon. »
Et il vécut jusqu’à sa mort heureux et riche,
Nourrissant les pauvres sans jamais être chiche,
Et après ses anciens jours sombres et miséreux
Remerciant le Seigneur et son saint généreux.

[FIN DU CONTE: BASTUNCEDU DIRIDA]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 30 août 2015

Conte: Bastuncedu dirida (Partie III)

CONTE: BASTUNCEDU DIRIDA (PARTIE IiI)


Vocabulaire: Bastuncedu dirida: Petit bâton dirida, "dirida" étant un mot vide de sens, dans le dialecte basque/ L'âne "caga dinari": L'âne aux écus

III. Le troisième et dernier présent que saint Pierre fit au pauvre bonhomme, volé une autre fois par son fourbe hôtelier

De retour à l’hôtel, le pauvre écervelé
Dit à l’hôtelier : « C’est vous qui m’avez volé ;
Prenez soin de mon âne et n’osez point lui dire :
Âne, fais ce que tu dois. » « Entendu, sire,
Répondit le fourbe, je ne lui dirai rien.
Soyez sans inquiétude et surtout dormez bien. »
Quand le hère dormit, avec effronterie
Son hôtelier alla, la nuit, à l’écurie
Et dit à l’âne : « Fais, âne, ce que tu dois. »
« Ah ! ah ! s’écria-t-il, mais qu’est-ce que je vois ?
En voyant le baudet faire de belles pièces,
Je dois remercier ce sot de sa gentillesse !
Par le rude labeur fini d’être marri !
J’ai cet âne, grâce au ciel, caga dinari,
Jusqu’à ma mort je vais demeurer prospère,
D’une beauté l’époux, d’heureux enfants le père. »
Et alla remplacer le baudet enchanté
Par un autre, comme lui en bonne santé
Et noir comme la nuit profonde et hagarde
En pensant que son pauvre hôte n’aurait garde,
Imbécile tel qu’il l’était, de le savoir.
Le hère s’en alla, en effet, sans rien voir.
Voulant quelques écus, il dit à la bête :
« Âne, fais ce que tu dois. » qui fit à sa tête.
L’imbécile attendit, attendit, puis se dit :
« Je crois que saint Pierre de mon malheur se rit !
Sa serviette et son âne, hélas ! sont éphémères. »
Et il revint au ciel, l’âme bien amère,
Frappa à la porte et attendit un moment.
Saint Pierre, en le voyant, s’écria : « Comment,
Tu reviens encore ! N’as-tu point fait fortune ?
Tu es un bon garçon mais tu m’importunes. »
« Pardonnez-moi, grand saint. Je reviens vous revoir
Car votre âne a aussi perdu tout son pouvoir.
Je ne vous demanderai plus rien, je vous le jure. »
« Tu es bien sot, mon pauvre ami à l’âme pure !
Prends ce bâton, que nul ne pourra échapper
S’il dit : Bastuncedu dirida, va frapper.
S’il dit : Bastuncedu dirida, arrête,
Il s’arrêtera, doux comme une amourette. 
Ce sera mon dernier présent;  prends-en bien soin
Car tu en auras plus que les autres besoin. »

[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 29 août 2015

Conte: Bastuncedu dirida (Partie II)

CONTE: BASTUNCEDU DIRIDA (PARTIE iI)


II. Ce que le pauvre hère fit de son présent enchanté

Comme la nuit tomba, notre pauvre hère
Entra dans une auberge, oubliant sa misère,
Et demanda un lit. Avant de s’endormir,
Nonobstant le conseil du saint, sans en frémir,
Il dit à l’hôtelier : « Voilà une serviette
Qui t’aidera à remplir toutes les assiettes
Et qui...Mais il ne faut surtout pas oublier
Qu’il ne faut pas sans m’en parler la déplier. »
« Ne vous inquiétez point, dit avec fourberie
A son hôte naïf le maître d’hôtellerie,
Je ne la déplierai jamais, mon bon ami. »
Mais ayant oublié ce qu’il avait promis,
Dès que le pauvre homme dormit, il alla, preste,
Déplier la serviette et s’écria : « Peste ! »
En la voyant remplie de tout ce qu’on aimait,
De vins et de gâteaux, de fruits et de mets.
« Bien ! se dit-il, cette serviette docile
A mes vœux, rendra ma cuisine plus facile. »
Et à sa place il mit une autre promptement
Qui lui était pareille, et alla lestement.
Le lendemain, pour qu’il déjeunât, le bonhomme
Déplia sa serviette et n’eut point une pomme.
Il eut beau attendre, rien n’arriva, hélas.
Il alla dire à son hôte, bien triste et las :
« As-tu déplié ma serviette ? » « Non, sire,
Je suis blessé par ce que vous venez de dire !
Je ne l’ai point touchée, ma parole d’honneur. »
« Ah ! c’est bien étrange, se dit le déjeuneur,
Ma serviette est devenue soudain indocile. »
Et il revint au ciel, le pauvre imbécile.
« Pan ! pan ! » « Voilà, voilà ! Pourquoi m’importuner,
Et pourquoi reviens-tu, mon pauvre infortuné ? »
« Excusez-moi de vous déranger, bon saint Pierre,
Votre serviette, après une heure sur terre,
A mon grand étonnement a perdu son pouvoir.
Faites-moi un autre présent. » « Ton seul devoir,
Répondit le saint, a été de ne rien dire,
Mais tu es bien sot et tu me fais sourire.
Prends cet âne enchanté qui jamais ne s’endort
Et te fera quand tu voudras des pièces d’or :
Tu lui diras seulement : Fais ce que tu dois, âne.
Profite bien, mon bon garçon, de cette manne,
Mais ne sois pas leurré par les rusés mortels. »
Et notre bonhomme revint au même hôtel
En remerciant le saint avec véhémence
De sa grande bonté et de sa clémence.

[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 25 août 2015

Conte: Bastuncedu dirida (Partie I)

CONTE: bastuncedu dirida (PARTIE i)

I. Comment un pauvre hère arriva au paradis, et le présent que saint Pierre lui fit

Un pauvre hère que la misère importune
Se mit en tête un jour d’aller faire fortune.
Il voyagea longtemps, longtemps, chercheur errant,
Et vit dans un pays un châtaignier si grand
Qu’il atteignait le ciel, et que ses vertes branches
S’enfonçaient dans les nues édéniques et blanches.
« Grimpons sur cet arbre, se dit le malheureux,
Le paradis m’attend peut-être, chaleureux,
Sur son sommet, et la fortune fuyeuse
M’accordera enfin ses faveurs radieuses. »
Le voilà qui monte, qui monte, avec ferveur.
Il arriva enfin au paradis rêveur,
Frappa à la porte, vêtu de ses hardes,
Et il vit saint Pierre, qui était de garde.
« Mon bonhomme, que veux-tu ? » « Las de ses noirs tours,
Après la fortune depuis longtemps je cours,
Et ne la trouvant point sur terre, vain mirage,
Je suis venu pour la chercher dans ces parages.
Est-elle ici, ô saint ? Ou dois-je encor courir ? »
« Oui, mais tu n’entreras point avant de mourir.
Je ne te laisserai pas passer quoi qu’il arrive. »
Le hère s’écria : « Ah ! même Dieu me prive
Des fruits abondants de ses bienfaits éternels !
Je ne suis pas, pourtant, un pécheur criminel,
Et mon seul tort est qu’il m’a fait pauvre naître !
Hélas ! daignez avoir pitié de moi, maître,
Car je veux être heureux avant que d’être mort,
Bien que je sois certain de périr de remords
Si je m’en vais d’ici aussi pauvre et hère
Que sur terre où je vis dans la grande misère. »
« Tu me sembles homme de bien, mais tu n’entreras pas,
Lui répondit le saint, sauf après ton trépas.
Mais prends cette serviette, et tu n’as qu’à l’étendre
Pour avoir ce qu’il faut. Nul n’en doit entendre
Parler ; un tel présent attire les voleurs
Qui te feront revenir à ton premier malheur. »
« Je vous le promets, grand saint. Il faut que j’aille
L’essayer sur terre et faire bonne mangeaille. »
Et il descendit du châtaignier, fort content,
Et à revenir sur terre il ne fut point longtemps.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 13 février 2015

Conte: Jean des Merveilles (Partie V)

CONTE: JEAN DES MERVEILLES (PARTIE V)


V. Comment Jean des Merveilles accomplit sa courageuse mission

Jean ordonna à son équipage diligent 
De prendre le chemin du Sud, se dirigeant
Vers l’île où la princesse où était prisonnière.
Le navire voguait d’une fougueuse manière
A tribord, à bâbord et aussi en avant,
Obéissant à son capitaine savant
Qui des ondes connaît les sombres mystères.
Jean et son équipage courageux restèrent
Trois jours en pleine mer. Quand le quatrième vint,
Alors que Jean croyait ce long voyage vain
Et désespérait de trouver la princesse,
En exhortant à la rechercher sans cesse
Ses hommes obéissants, courroucé et déçu,
Ils aperçurent une île et mirent cap dessus.
Jean vit quinze navires postés autour d’elle,
L’un d’eux s’avança vers lui ; aux marins fidèles
Il commanda manœuvre, d’une attaque tremblant.
Le corsaire qui venait tira deux coups à blanc
Et un à boulet. « Feu ! » cria Jean des Merveilles,
Mais ses canonniers, lents comme l’enfant qui s’éveille,
Restèrent immobiles comme de fiers monuments.
« Obéissez ! cria leur chef éperdument,
Ou vous serez châtiés ! », pâlissant de rage.
Mais les matelots, devenus soudain sans courage,
Ne bougeant pas, laissèrent les pirates infester
Le vaisseau, sans même tenter de résister.
Jean des Merveilles pensa à sa coque charmée,
Et ayant résolu de punir son armée,
Lui dit : « Coque de noix, sauve-moi du trépas,
Deviens, pour me tirer de ce bien mauvais pas,
Un petit navire où il n’y a qu’une place. »
Le vaisseau devint une chaloupe qui, lasse
De tant de voyageurs, les noya à l’instant.
Le chef des corsaires, le seul à bord restant,
Et qui était l’ennemi de la fée vieillissante,
Qui donna la coque à Jean et était puissante,
Fut changé en un gros chat  noir, et dit à Jean :
« Tu seras cent ans prince, et moi, en m’affligeant,
Je serai cent ans chat. » Jean aborda à l’île,
Délivra la princesse, fit un voyage tranquille
Dans sa chaloupe qu’en vaisseau il transforma.
Le roi, qui de ne point le revoir s’alarma,
L’embrassa et en fit l’époux de sa fille pieuse.
Il y eut de belles noces, qui étaient si copieuses,
Que le lendemain on vit des invités nombreux
Qui mangèrent et burent lors du soir ténébreux
Et des belles princesses égayaient leurs paupières,
Ronfler heureusement sur les mètres de pierres.

[FIN DU CONTE: JEAN DES MERVEILLES]



Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 10 février 2015

Conte: Jean des Merveilles (Partie IV)

CONTE: JEAN DES MERVEILLES (PARTIE IV)


IV. Jean des Merveilles et son héroïque voyage

Jean entendit parler de la fille du roi
Dont le père était bien triste et empli d’effroi,
Car sa fille lui fut ravie et transportée
Dans une île lointaine, des hommes désertée.
Le roi promit de la marier au héros preux,
Fût-il le plus pauvre des hommes ou un lépreux,
Qui la délivrerait ; beaucoup de navires
Partirent à l’aventure, mais les flots les ravirent,
Et aucun d’eux ne revint triomphant à la cour.
Notre héros voulut aller à son secours,
Et dit à sa grand-mère : « Je veux sauver la fille
Du roi, à l’aide de ma magique coquille.
Cela nous vaudrait mieux que ce coffre plein d’or
A cause duquel jamais en paix tu ne t’endors,
Et où nous ne pouvons prendre qu’une pièce. »
Elle consentit et lui dit : « Modère ta hardiesse,
Tu as la coque, mais le voyage est dangereux,
Et de te perdre mon cœur serait malheureux.
N’oublie point que nul n’a pu sauver la princesse !
S’il t’arrive malheur, mon enfant, ma vie cesse. »
Jean l’embrassa et lui promit d’être prudent.
Prêt à partir en mer et le cœur bien ardent,
Il commanda au coffre de devenir coquille
Qu’il mit dans sa poche comme une broquille.
Sur le bord de la mer, il lui dit, hâté :
« Coque de noix, deviens un navire bien mâté,
Bien gréé, avec des gabiers et deux batteries
Et des canonniers qui servent sans affronterie. »
Jean vit apparaître un beau navire guerrier
Muni de deux rangées de canons meurtriers,
Qui masquait ses voiles et semblait l’attendre.
Il vit aussi, ébloui, avant de s’y rendre,
Une baleinière dorée. Lorsque Jean fut monté,
Les hommes qui y furent, sachant sa volonté,
Nagèrent habilement, et tout l’équipage
Le reçut comme un roi, saluant sans tapage,
Rangé sur la lisse et les armes à la main.
Jean douta que ses preux serviteurs fussent humains,
Mais rien n’était plus sûr que leur obéissance,
Et leur habileté égalait leur puissance.


[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 9 février 2015

Conte: Jean des Merveilles (Partie III)

CONTE: JEAN DES MERVEILLES (PARTIE III)


III. Comment Jean des Merveilles montra à sa grand-mère les pouvoirs de sa coque de noix

Jean raconta à sa grand-mère, à la maison,
L’histoire de la coque. « Il faut perdre la raison,
Lui dit-elle, pour croire une histoire pareille.
Te moques-tu de ta grand-mère qui est vieille ?
Si ce que tu me contes est vrai, commande-lui
De se changer en un coffre d’or empli de louis. »
Jean le fit à l’instant et vit sa coquille
Devenir un grand coffre empli d’or qui brille.
La grand-mère souleva le couvercle et elle prit
Un louis d’or dans sa main, pensant perdre l’esprit,
Mais elle ne put prendre une seconde, et insoumise,
Sans pouvoir le faire mouilla sa chemise,
Ce dont son cœur, joyeux pourtant, fut bien marri.
Jean prit une pièce ; comme si le coffre était tari,
Il essaya en vain de prendre une seconde.
Quand la nuit arriva, en hasards féconde,
Ils se couchèrent. La grand-mère, avec pâleur,
Ne put fermer l’œil et croyait ouïr des voleurs.
Le lendemain, elle dit à Jean des Merveilles :
« Pour garder notre coffre il faut que tu veilles,
Et pour que nul voleur ne te fasse frémir,
Je vais t’acheter un pistolet et dormir
Car je n’ai point fermé l’œil la nuit précédente. »
Elle alla dormir, mais mille pensées obsédantes
L’en empêchaient, et elle se réveillait souvent
De sa volage torpeur, dans son lit se mouvant,
Et demandant à Jean : « Ah ! qui est-ce qui nous vole ? »
Et lui, en se riant de son sommeil frivole,
Lui disait : « Personne, grand-mère ; nul n’est venu. »
Chaque jour se contentant d’un louis d’or menu,
Ils étaient toutefois heureux de leur pactole,
Et la grand-mère cachait pour Jean ses pistoles.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 8 février 2015

Conte: Jean des Merveilles (Partie II)

CONTE: JEAN DES MERVEILLES (PARTIE II)


II. De quelle manière Jean tira ses camarades d’affaire, grâce à sa coque de noix

Jean marcha encore, de son chemin instruit,
Avec les autres ; ils virent une marchande de fruits,
Une fois à l’assemblée, et ils lui achetèrent
De bonnes noix qu’avec délice ils grignotèrent.
Jean ouvrit une avec son couteau et tira
Ce qu’il y avait dedans, et quand il l’aspira,
Sans qu’il ne réfléchît, alla jeter  la coque.
La vieille marchande qui portait des loques
Lui dit : « Ne jette pas ta coque de noix. »  « Je veux bien,
Lui répondit Jean, mais elle n’est plus bonne à rien,
Car j’ai mangé ce qu’il y avait dans ses entrailles. »
« Ramasse-la, dit la marchande. Tu me railles ?
Ne sais-tu pas que tu pourras lui commander
Ce que tu voudras, et même lui demander
De te rendre invisible ou te rendre riche ? »
Incrédule, il mit la coque, qu’il croyait chiche,
Dans sa poche, et alla encor se promener
Avec ses camarades, et semblait les mener.
Ils passèrent une journée des plus agréables ;
Au moment de partir, les petits diables
Virent que la rivière qu’il fallait traverser
Avait bien débordé, comme pour les farcer,
Et à un lac était devenue pareille.
Embarrassés, ils en avaient sur l’oreille,
Et bien qu’ils fussent hardis, aucun n’y mit son pied.
Un garçon s’écria, qui était fort inquiet :
« Ah ! c’est cette sorcière qui de nous se venge !
Nous l’avons insultée et couverte de fange,
Nous avons été bien méchants, en vérité,
Et contre nous son cœur est resté irrité.
Cherchons-la, mes amis, faisons-lui des excuses. »
« Ce que tu racontes, dit un autre, m’amuse,
Car peu de sorcières possèdent un tel pouvoir
Pour enchanter les eaux et les faire mouvoir. »
Jean leur dit de se taire, songeant au problème
Calmement, alors que ses amis étaient blêmes.
Il pensa tout à coup à sa coque de noix,
Et se dit : « Ah ! nous serons tous bien benoîts
Si je n’ai pas été moqué par la marchande !
Eprouvons cette coque, il faut que je lui demande
De nous sauver. » Il la mit à l’eau et somma :
« Coque de noix, deviens un navire aux beaux mâts
Et fais-nous tous passer. » Ses camardes virent,
Etonnés et joyeux, apparaître un navire,
Et passèrent à l’autre côté sans nul hasard,
Grâce à ce vaisseau plus rapide qu’un busard
Auquel Jean commanda, de sa demeure proche,
De redevenir coque, qu’il cacha dans sa poche.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène