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lundi 23 mars 2020

La Sirène en colère

la sirène en colère

Sirène courroucée qui sort des ondes
Et veut que tout périsse dans la mer,
Le Coronavirus échevelé gronde
Et rit des matelots accablés de fers ;

Pareils à des étoiles, dans l’ombre,
Ses yeux brillent, comme toutes ses dents,
Et il erre dans le monde sombre
Des Furies portant les flambeaux ardents.

Dans les maisons il chante avec patience :
« Que tout périsse, sinistres humains !
La civilisation et la science !
Hier, c’est aujourd’hui et demain !

Aucun Ulysse ici-bas ne me dompte,
Je casse le verre de vos esprits,
Vos morts et vos mourants, je les compte,
Et je compte vos larmes et vos cris !

Périssez, c’est votre raison de vivre !
Plongez dans l’immense gouffre béant !
De vos exquises douleurs je m’enivre
Et je vais vous envoyer au néant ! »

Il chante sa chanson infernale
Et disparaît dans les profondes eaux,
Puis répète sa rime finale, 
Pareil à un ténébreux oiseau.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 21 mai 2019

Le crâne de la sirène

le crâne de la sirène

Je nage souvent dans ma propre vie
Comme dans un ténébreux océan
Dont le fond est plein de débris géants,
De doux billets et de lettres suivies,

D’épaves de romans et de poèmes,
Restes se décomposant lentement
De mes fausses couches et avortements,
Créatures difformes que j’aime ;

D’épées cassées, de vieilles armures,
De boucliers où pousse le corail,
De factures et de contrats de bail
Et de statues périmées et impures.

Jusqu’au fond que le souvenir pollue            ,
En retenant mon souffle et en rêvant,
Dans ma propre vie je nage souvent.
Combien de choses écrites et lues !

Combien de choses qu’on distingue à peine !
Ma vie, c’est donc ce sale dépotoir
Où mes jouets d’enfants, que je peux voir,
Sont avec le crâne d’une sirène.

La vie est un océan où on passe,
Et nous sommes tous des nageurs amers !
Nos rêves sont morts au fond de la mer
Qui les jette partout et les casse.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 3 mars 2015

Conte: La Sirène de la Fresnaye (Partie IV)

CONTE: LA SIRÈNE DE LA FRESNAYE (PARTIE IV)


IV. Ce qui arriva quand le sabotier et sa famille virent la Sirène de la Fresnaye une deuxième fois

Ils ne virent point la Sirène un an entier ;
La bourse cependant du pauvre sabotier
Diminuait, et plus elle devenait légère,
Plus il songeait à la Sirène passagère.
Souvent il s’en allait, le cœur sombre et amer,
A l’endroit où il la vit, au bord de la mer,
En promenant les yeux et prêtant l’oreille
Pour retrouver cette beauté sans pareille
Sur les mêmes vagues que jadis elle hantait.
Un jour, la famille l’entendit qui chantait,
Ils accoururent, bien joyeux et bien prestes,
Et virent la Sirène lumineuse et chaste ;
Tout rayonnait autour d’elle et était vermeil,
Et la mer brillait comme un rayon de soleil.
Quand elle fut à une petite distance,
Le sabotier lui dit : « Pour ta douce constance
Nous te remercions et sommes reconnaissants.
Tu n’as point fui, bonne Sirène, en nous laissant,
A toute tes promesses tu demeures fidèle
Alors que pour partir tu n’as point besoin d’ailes,
Et j’espère que je ne te prierai pas en vain
De m’aider, car je n’ai plus ni argent ni pain. »
« Bientôt, vous n’allez plus manquer de ressources,
Dit la Sirène, et je vais remplir votre bourse. »
Elle déplia ses nageoires et battit l’eau
Et elle envoya au rivage un heureux flot
D’or et d’argent, suivi bientôt par un deuxième.
« Vous vivrez heureux, toi et ta femme que tu aimes
Et tes deux enfants, grâce à tout cet or pesant.
Moi, je m’en vais chercher des flots plus reposants,
Emploie bien ton argent, sabotier. Sur ces ondes
Tu ne reverras plus ; je pars pour l’Inde. »
Dit la Sirène qui s’éloigna sans tarder.
Toute la famille fut à la regarder
Et à la saluer, les yeux emplis de larmes.
Jamais on ne revit la Sirène aux doux charmes,
Et dans la baie de la Fresnaye nul n’entendit
Ses charmantes chansons qu’elle chantait tandis
Qu’elle emplissait tout le rivage de lumière,
Et qui étaient aussi douces que des prières.

[FIN DU CONTE: LA SIRÈNE DE LA FRESNAYE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 2 mars 2015

Conte: La Sirène de la Fresnaye (Partie III)

CONTE: LA SIRÈNE DE LA FRESNAYE (PARTIE III)


III. Libérée par le sabotier et sa femme, la Sirène de la Fresnaye tint sa promesse

« Alors, qu’en penses-tu ? » Demanda Olérie
A son époux. « Ramenons-la en mer, ma chérie,
Pourquoi la faire mourir ? De sa sincérité
Je ne doute point, et elle dit la vérité,
Répondit-il. Cette Sirène est gentille
Et innocente comme notre petite fille,
Ce serait dommage qu’elle meure cruellement,
Et nous regretterions sa mort éternellement. »
Ils prirent le panier et portèrent ensemble
Aux ondes où elle était la Sirène qui tremble
Et l’y plongèrent sans faire de conditions.
Maintenant sûre de ne plus être en perdition,
Elle rit bruyamment en sentant l’eau fraîche
Et dit au sabotier, sans lui faire de prêche :
« Pour te faire plaisir qu’est-ce que je ferais ? »
Il répondit : « Pas grand chose ; je désirerais
Du pain, du poisson et des habits plus propres,
Car il ne nous reste plus une seule câpre,
Et l’hiver approche, et nous aurons bien froid. »
« Je t’apporterai tout cela à cet endroit
Le lendemain. » lui promit la belle Sirène.
« Je voudrais, poursuivit-il, une autre étrenne
Que tu nous ferais par bonté ; il est urgent
Que je paye mon maître, et je n’ai plus d’argent. »
La Sirène ne dit rien ; avec ses nageoires
Elle battit l’eau plus claire qu’une moire,
Et des gouttelettes il jaillissait de l’or
Et qui tombait aux pieds du sabotier alors.
Toute la grève en fut rapidement couverte.
« Cette fortune est à vous et vous est offerte,
Dit la Sirène, et vous pouvez la ramasser. »
Ils le firent tous et ne pouvaient se lasser
De remercier la bonne Sirène, retournèrent,
Les poches remplies d’or, chez eux, et se bornèrent
A attendre sagement venir le lendemain.
Le sabotier, le jour suivant, prit le chemin
De la mer, et avec sa femme ils attendirent.
La Sirène chantait et ils l’entendirent,
Elle s’approcha d’eux en glissant sur les flots,
Et de ses nageoires frappa doucement l’eau :
Une grosse vague déferla sur la grève
Et puis se retira, éphémère comme un rêve,
En laissant aux pieds du sabotier charmé
Et de son épouse, un grand coffre bien fermé.
La Sirène sauta sur l’eau trois fois ensuite,
Et dit au sabotier : « Je ne prends point la fuite
Et je vous aiderai quand vous en aurez besoin.
Dans ce coffre fermé que voici j’ai pris soin
De te laisser tout ce que tu me demandes. »
Ce soir-là, toute la famille gourmande
Mangea à son gré. Ils trouvèrent des vêtements
A leur taille, et avec un grand contentement,
Chaque fois qu’ils revenaient au rivage, ils pêchaient
Abondamment les bons poissons qui se cachaient.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 1 mars 2015

Conte: La Sirène de la Fresnaye (Partie II)

CONTE: LA SIRÈNE DE LA FRESNAYE (PARTIE Ii)


II. Comment le sabotier put capturer la Sirène, et ce qu’il en fit

Le sabotier pensait au poisson formidable
Dont le foyer était la mer insondable
Et dont il désirait à tout prix s’emparer,
Car à nul autre on ne pouvait le comparer.
Un jour qu’il se promenait, seul, sur le rivage,
Il vit, endormie, la Sirène sauvage
Qui, bercée par les flots, tout près du bord flottait,
Alors que la brise doucement la ballotait.
Il se mit à l’eau sans faire de bruit ; sous elle,
Passant un panier sous la jolie demoiselle
Qu’il emporta à terre, doucement, sans l’éveiller.
Le sabotier resta à s’émerveiller
De sa frêle beauté ; elle était de la taille
D’un enfant de huit ans, d’une grâce sans faille,
Son corps était blanc et ses cheveux couleur d’or,
Et rien n’était plus beau que cette belle qui dort
Et qui au lieu des pieds avait des nageoires
Et une longue queue. « Ah ! Je ne puis croire
Qu’une telle créature existe bel et bien !
Mon petit gars surpris n’a exagéré rien,
Dit le sabotier, c’est une chose curieuse
Que cette Sirène charmante et radieuse. »
Il songeait ainsi en reprenant son chemin,
Quand elle s’éveilla. « Sabotier inhumain !
S’écria-t-elle, je dormais, tu m’as surprise ;
Mais je ne t’en veux pas pour cette traitrise,
Ramène-moi à l’eau et je te protégerai,
Et grâce à mes pouvoirs rien ne vous affligerait
Toi, ton épouse, ton garçon et ta fille,
Et je veillerai sur toi et ta famille. »
« Non, répondit-il, bien qu’il ne fût point méchant,
J’ai passé tant de jours te guettant et cherchant ;
Je vais te porter à la maison tout de suite,
Car si je te ramène tu prendras la fuite.
Tu n’es point une femme et tu n’es point poisson !
Quand tu auras chanté une de tes chansons,
Je te ramènerai  si ma femme chérie
Le veut. » Il appela sa femme : « Viens, Olérie !
Amène les enfants ; je viens de capturer
La belle Sirène, et qui m’a conjuré
De la laisser partir. Mais avant, qu’elle chante. »
La femme accourut ; elle n’était point méchante,
Mais elle dit : « Non, il ne faut point y songer !
Ce poisson est trop beau, il faut le manger. »
« Ah ! soupira alors la Sirène, aux ondes
Je dois revenir, ou ne serait plus de ce monde.
Si tu te nourris de ma chair, tu vas mourir,
Et ton mari, comme tes enfants, vont souffrir.
Je ne suis point poisson et je ne suis point femme,
Je suis la Sirène de la Fresnaye, madame.
J’exaucerai tous tes vœux, et tu dois savoir
Que des antiques fées je possède le pouvoir.
Si je reste ici, je ne pourrai point vivre,
Et si vous me mangez, vous allez me suivre.
Dépêche-toi donc à mon sort de réfléchir,
Car si tu y consens, je puis vous enrichir. » 

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 28 février 2015

Conte: La Sirène de la Fresnaye (Partie I)

CONTE: La sirène de la Fresnaye (PARTIE I)

I. Ce que le fils et la fille du sabotier virent en allant pêcher

Jadis à Saint-Cast, dans les bois de l’île Aval,
Qu’il faut, pour parcourir, quatre jours à cheval,
Vivait un sabotier aussi bon que pauvre
Avec sa femme et ses deux enfants, dans leur havre,
Une petite hutte en terre qu’il bâtit
Au bord de la mer que la vallée aplatit.
Certains disent qu’on en voit encor les restes,
Mais à les effacer le temps fut bien preste,
Et les frêles foyers de ces bons sabotiers
Ne demeurent point, en s’effritant, tout entiers.
La famille n’était pas très riche ; ils n’avaient
Que leur travail dont tous les quatre ils vivaient,
Le mari creusait ses sabots, sa femme aidait
Dans le grenier de cette hutte qu’il possédait,
Le petit garçon et la petite fille,
Enfants laborieux d’une laborieuse famille,
Le long du rivage allaient tous deux pêcher.
Un jour que le petit garçon, dans les rochers,
Etait à prendre un bon poisson bien rebelle,
Il entendit tout à coup une voix fort belle
Chanter mystérieusement un doux chant mélodieux
Semblable au chant des anges miséricordieux.
En regardant l’endroit il vit nager, sereine,
En chantant sur les flots, une belle Sirène,
Et autour d’elle la mer briller tellement
Que la vue cédait la place à l’aveuglement.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène