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jeudi 3 mai 2018

Conte: Les deux filles (Partie VII)

 CONTE: LES DEUX FILLES (PARTIE VIi) 





VII. Le châtiment qui fut infligé à la jeune fille laide comme un péché

La dame du château, le lendemain, fait venir
La fille laide qui ne peut plus se tenir
Dans sa chambre et lui dit : « Mie, quitte tes hardes
Et choisit des habits. » Alors elle regarde
Les robes et choisit sans nulle hésitation
La plus belle dans sa précipitation.
La dame du château la force alors à prendre
La plus déchirée et sale, couleur de cendre.
Le lendemain elle lui ouvre un coffre imposant
Rempli d’orfèvreries et de rubis luisants,
Et lui dit : « Prends, ma mie, ce que tu désires. »
La fille laide, avec un méchant sourire,
Prends quadruples d’Espagne ainsi que bagues d’or.
Comme pour la robe elle en a bien des remords :
La dame du château bientôt les lui enlève,
A la fille laide qui fait de beaux rêves
Donnant une bague de cuivre et deux liards.
Le jour suivant elle se réveille fort tard ;
La dame du château lui montre l’écurie
Et de choisir une monture elle la prie.
La fille laide alors, comprenant toujours mal
Le sens de l’épreuve, prend le plus beau cheval,
La plus belle bride et la plus belle selle.
La dame du château va choisir pour elle
Un âne et un licou de corde, lui disant
Lui aussi de partir, et lui interdisant
De lever, hormis à la côte, sa tête.
Elle s’en va alors sur sa méchante bête,
Lève la tête et voit tomber sur ses cheveux
Trois bouses de vache, marche pourtant et veut.
En chemin elle voit venir un ivrogne
Qui chancelle et jure, sale comme un peigne,
Et lui dit, la trouvant bien à son goût : « Demain
Tu seras ma femme, ou tu mourras de mes mains. »
Elle devient sa femme. Il continue à boire
Comme un trou, ne rentrant chez lui qu’à la nuit noire,
Et le cœur sans pitié et aussi sans amour,
Rosse son épouse vingt fois tous les jours.

[FIN DU CONTE: LES DEUX FILLES]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 2 mai 2018

Conte: Les deux filles (Partie VI)

 CONTE: LES DEUX FILLES (PARTIE Vi) 




VI. Ce que devint la jeune fille, et la jalousie de sa belle-sœur

« Ah, non ! Grâce pour eux ! S’écrie la jeune fille,
Noble prince, épargnez ma seule famille !
Je vous supplie de ne point leur faire de mal. »
Le prince crie comme un aigle sur son cheval :
« Mon lévrier rouge dont je suis le maître
S’occupera d’égorger ces horribles êtres. »
« S’il plaît à Dieu, prince, daignez n’en faire rien.
Épargnez-les pour moi. » « Vous le voulez, eh bien,
Pour que j’épargne la vie de ces infâmes
Indignes de votre pitié, soyez ma femme. »
« J’y consens, mon prince, mais laissez-les vivants. »
Le prince l’épouse donc le jour suivant,
La jolie fille est fort heureuse et devient dame,
La plus grande de tout le pays et son âme.
Sa laide belle-sœur apprend son fameux sort
Et jalouse de sa gloire jusqu’à la mort,
Se dit : « Je vais aller à ce bois comme elle
Pour épouser un prince et devenir celle
Qui sera la reine d’un royaume plus grand. »
Elle va donc au bois, comme sa sœur errant,
Trouve le grand château et frappe à la porte :
« Pan ! pan ! pan ! » « Qui est là ? » D’une voix forte 
Le laideron répond : « Une fille au bon cœur
Abandonnée par sa marâtre et par sa sœur ! 
Je demande seulement à manger et un gîte. »
La dame du château aussitôt l’invite
A entrer, et elle mange dans le palais
En donnant des ordres bien grossiers aux valets
Et montrant du mépris aux pauvres servantes
Que la laideur de son visage épouvante.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 1 mai 2018

Conte: Les deux filles (Partie V)

 CONTE: LES DEUX FILLES (PARTIE v) 




V. Le diadème que reçut la jeune fille, et son compagnon de voyage

En haut de la côte qui s’endort et rêve,
Comme convenu la jeune fille lève
La tête et elle attend. Du sombre firmament
Qui la contemple avec émerveillement,
Deux étoiles descendent en brillant, se posant
L’une sur son menton et l’autre luisant
Sur sa tête comme un céleste diadème.
La fillette marche comme une bohème
Et voit un jeune homme de chasse revenu.
Monté sur un cheval noir, le noble inconnu
Est suivi par neuf chiens lévriers : trois sombres
Comme le charbon ou une nuit pleine d’ombre,
Trois rouges comme le feu, les trois autres blancs
Comme du lait. Elle les contemple en tremblant,
Mais le chasseur dit à la belle cavalière :
« Demoiselle, je suis le prince d’Angleterre.
J’ai roulé le monde pendant sept ans entiers
Et je n’ai jamais vu dans mes lointains sentiers
Aucun homme aussi fort et hardi que moi-même.
Permettez que je sois, princesse au beau diadème
Et au beau visage, les deux pleins de rayons,
Votre défenseur et votre compagnon. »
La jeune fille dit : « Merci, prince noble,
Je connais mon chemin, mais, hélas ! je tremble
De ma marâtre qui ne veut pas me revoir
Et qui de me perdre s’est fait son devoir
Et a menacé mon père pour qu’il l’aide,
A cause de sa fille aussi sombre que laide. »
Le prince est courroucé ; sifflant ses lévriers,
Il tire son épée, avant de s’écrier :
« Montrez-moi sa maison, gente demoiselle.
Pour vous je combattrai avec force et zèle,
Je ferai dévorer par mes bêtes sans cœur
Votre père, votre marâtre et votre sœur. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 30 avril 2018

Conte: Les deux filles (Partie IV)

CONTE: LES DEUX FILLES (PARTIE iv) 



IV. Les présents que la dame du château fit à la jeune fille, et ce qu’elle lui commanda de faire

« Qui frappe ? » « Je ne suis qu’une pauvre fille
Abandonnée dans les bois par sa famille,
Qui vient vous demander à souper et loger. »
La dame du château, appelant, l’envoie manger
Dans la cuisine, avec valets et servantes,
Et lui commande un bon lit. Sans épouvante,
La jolie fillette, vraiment fatiguée, dort
D’un sommeil paisible et aussi lourd que la mort.
La dame, le lendemain, lui ouvre la porte
D’un cabinet tout plein de robes de cent sortes.
« Jolie fille, lui dit-elle, fais-moi plaisir
Et quitte tes hardes. Tu n’auras qu’à choisir
La robe que tu veux. » La jeune fille semble
Réfléchir, puis prend la plus laide, étant humble.
La dame du château la lui ôte des mains
Et lui donne la plus belle. Le lendemain,
Elle lui montre, dans une pièce plus grande,
Remplie de plus belles et radieuses offrandes,
Des pièces d’or, d’argent, de cuivre, des diamants.
La dame du château lui dit : « Tes doigts charmants
Méritent ce qu’il y a de plus cher et noble.
Prends tout ce que tu veux. » La jeune fille tremble,
Réfléchit longuement, et ne prend que deux liards
Et une bague de cuivre à l’éclat hagard.
La dame du château lui ôte sa ferraille
Et la charge, au lieu de cette pierraille,
De diamants, de bagues, de pendeloques d’or.
Comme d’habitude la jeune fille dort ;
La dame du château, le lendemain, la prie
D’aller avec elle pour voir son écurie
Remplie de rares et de nobles animaux.
Sans regarder les plus majestueux chevaux,
Elle prend un licou de corde et un âne.
La dame du château toutefois lui donne
Le cheval, la bride et la selle les plus beaux,
Et elle lui dit : « Sans retourner au château,
Reviens dans ton pays. En haut de cette côte,
Là-bas, lève la tête et lève-la bien haute,
Et attend. » La jeune fille lui dit merci
En montant à cheval pour repartir ainsi.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 28 avril 2018

Conte: Les deux filles (Partie III)

CONTE: LES DEUX FILLES (PARTIE IiI) 




III. Ce qui arriva à la jeune fille abandonnée pour la troisième fois par son père

La jeune fille, qui avait tout entendu,
Alla voir sa marraine et croyait tout perdu.
Mais elle lui avait dit, sa bonne marraine
De remplir, cette fois, ses poches de graines
De lin. La jeune fille effrayée le fit
Et alla ensuite se remettre à son lit.
Le lendemain matin, à son réveil, son père
Vint et lui dit : « Allons dans les bois, ma chère,
Chercher des champignons. » La fillette, en marchant,
Jetait ses graines de lin doucement en cachant
Ses mains dans ses poches. Comme d’habitude
Son père la laissa avec sa solitude
Et s’enfuit. Elle fut le soir à la maison.
Or sa marâtre, la haïssant sans raison,
Voulait toujours la perdre, et la pauvre petite
Alla chez sa marraine, et elle lui dit : « Vite,
Va remplir tes poches, mais de graines de mil.
Ta belle-mère est un être méchant et vil. »
La fillette le fit. Elle alla dès l’aurore
Avec son père au bois, et une fois encore
Il voulait la perdre. En lui cachant ses deux mains
Elle semait son mil partout dans son chemin ;
Son père s’en alla. La jolie fillette
En voulant retrouver son chemin s’arrête :
Les pies ont tout mangé ! La pauvrette, cherchant
Quelque asile, s’en va, dans les ombres marchant,
Et arrive bientôt à un château qui semble
Plus grand que la ville d’Agen. Elle tremble,
Hésite, pense à s’en aller, enfin frappant
A la porte trois fois, elle fait : « Pan ! pan ! pan ! »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 26 avril 2018

Conte: Les deux filles (Partie II)

CONTE: LES DEUX FILLES (PARTIE II) 


II. La jeune fille retrouvant le chemin de la maison

Le père et sa fille partirent pour le bois,
Silencieux tous les deux, muets et sans voix.
Le père était triste et devenait tout tendre,
Sa fille semait sur son chemin les cendres,
De sa bonne marraine écoutant les conseils.
Alors que se couchait lentement le soleil,
Le père se jeta comme une belette
Dans un fourré, laissant sa fille seulette,
Et les larmes aux yeux s’en retourna chez lui.
Sa méchante femme l’attendait : « Je suis,
Lui dit-elle, aise de ne point revoir ta fille.
Alors, l’as-tu fait ? » « Oui, j’ai trahi ma famille. »
« Voyons, voyons ! Tu n’as pas cependant trahi
Ta femme, et tu auras ta bouillie de maïs. »
Le bonhomme mangeait en songeant à sa chère
Lâchement abandonnée par son propre père,
Et se disait : « Ah ! si ma pauvrette était là !
Comme elle mangerait avec plaisir ! Hélas ! 
C’est l’enfer qui m’attend, et non la lumière ! »
Tout à coup la jeune fille lança : « Père,
Bonsoir ! » Car elle avait retrouvé son chemin
Et avait encore de la cendre aux deux mains.
Le père fut content de revoir la petite,
L’embrassa tendrement et lui donna vite
A manger, car la pauvre avait vraiment grand faim.
La marâtre lui dit : « Tu es bien bête, enfin !
Tu ne l’as pas conduite assez loin, compère !
Mais demain, cher mari, tu vas le refaire,
Et je veux, cette fois, la perdre pour de bon. »
Ne pouvant dire à ce monstre de femme non
Et comme l’autre fois tremblant de sa colère,
Son mari répondit : « Demain je vais te plaire. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mercredi 25 avril 2018

Conte: Les deux filles (Partie I)

CONTE: les deux filles (PARTIE I) 

I. Le sort cruel qu’une marâtre réserva à sa belle-fille

Il y avait une fois un homme et une femme
Dont la fille était belle et avait une âme
Aussi blanche que son visage souriant,
Et dont les yeux étaient deux astres brillants.
Le bonhomme, aussitôt sa bonne femme morte,
Se remaria avec une autre, méchante et forte,
Qui eut une fille laide comme un péché ;
Plus grande, elle semblait un grand chêne séché,
Bien qu’elle fût très jeune, et sa sœur vénérable
Embellissait et n’en était que misérable
Car sa belle-mère la rossait tous les jours,
Et pour sa seule fille avait un grand amour.
Enfin lasse d’elle, l’ignoble marâtre
Dit à son homme : « Prends ta fille folâtre
Et va la perdre, car elle ne sert à rien. »
L’homme aimait sa fille, mais comme d’un grand chien
Avait peur de sa femme, et lui dit : « Je m’en charge. »
Et résolut ainsi de perdre son ange.
La jeune fille était bien cachée, cependant,
Derrière la porte du logis ; entendant
La chose, elle alla la conter à sa marraine.
Cette dernière lui dit : « Reste sereine
Et remplis tes poches de cendres, qu’en chemin
Tu sèmeras comme des graines des deux mains.
Tu retrouveras ainsi ta route, ma chère. »
Et la jolie fille, loin de sa belle-mère
Alla le faire. Son père vint la chercher :
« Ma fille, allons, lui dit-il, dans les bois chercher
Des champignons ». Et sa fille, sans rien dire
Le suivit en gardant son innocent sourire.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 5 mars 2017

Hercule et les filles de Thespius

Hercule et les filles de thespius

Gustave Moreau, Les filles de Thespius (1853)

Méditant dans le vaste gynécée
Dont les beautés l’admirent avec passion,
Hercule, l’œil vague et l’âme oppressée,
Songe aux mystères de la Création ;

Assiégé par cinquante beautés nues
Comme Troie par ses ennemis meurtriers,
Il rêve à mille choses inconnues,
Se souvenant de son destin de guerrier,

De ses combats et de ses victoires,
Des ennemis tués, des fers brisés,
Des bêtes féroces, des sombres gloires,
De ses coups prodigieux et épuisés !

Il se souvient avec tristesse
Des serpents d’Héra contre lui luttant,
De la jalousie de cette déesse
Depuis le berceau le persécutant,

Grave comme un juge dans cette salle
Emplie de parfums et emplie de corps,
A la fois voluptueuse et sale,
Dans laquelle il pose comme un décor,

Tandis que les ravissantes filles
De Thespius qui veut des enfants puissants
Et a offert au héros sa famille,
Se pâment d’amour, chantant et dansant.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 2 octobre 2016

Les vieilles filles

Les vieilles filles

Francisco de Goya, Les Vieilles (1808-1812)

Deux vieilles devisent de maintes choses,
Leurs souvenirs comme leurs corps tremblant,
L’une est vêtue de noir, l’autre de blanc,
Et leurs fronts décharnés ne sont plus roses.

Celle vêtue de blanc, restée coquette
Malgré l’âge, contemple son portrait,
Tandis que l’autre lui fait voir ses traits
Dans le miroir de l’Ironie muette ;

Elle semblent toutes deux des cadavres,
Vieilles filles expirantes en mal d’amour,
On eût dit la Nuit à côté du Jour,
Nefs décrépites errant loin du havre

Que brisent les écueils et les ondes !
Leurs cœurs, qui battent à peine, tristes et las,
Bientôt cesseront de battre, hélas !
Point d’enfants, point d’époux, seules au monde !

Et pourtant, elles ont été belles,
Elles ont fait soupirer maints amants,
Comme le soleil chaud au firmament
Leur beauté a rayonné, rebelle !

Chronos, archange inquiétant, derrière elles
Se tient debout, de son balai armé,
Et il attend, sans en être alarmé,
L’heure de chasser leurs poussières frêles. 



Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 7 mai 2012

A Aphrodite et à ses filles


à Aphrodite et à ses filles


Ô, Aphrodite ! Que ton foudre radieux
Sur les criminels ennemis des dieux
Qui maudissent tes filles charmantes
Tombe, en les emplissant d’épouvante !
Maudis l’homme qui n’a jamais soupiré
En songeant à un visage adoré
Ou à un baiser ardent et sombre
Volé à une beauté, dans l’ombre !
Comme tu châtias Tirésias imprudent
Qui devint aveugle en te regardant,
Châtie le fourbe qui de reluire
N’a jamais imploré un sourire
Et bénis doucement les amoureux
Appesantis par leurs fers et heureux
Qui dans les bois et dans les rues errent
Epris d’un parfum et de la lumière !

Femmes radieuses, plus belles que le jour,
Soyez bénies, déesses de nos amours !
Amoureuses ou rebelles, vous êtes
Les muses qui bercent les poètes
Lentement, avec les chants de leurs voix,
Et quand, belles et nonchalantes, on vous voit,
Tout nous éblouit car tout rayonne !
Du ciel qui vous envoie vous êtes l’aumône,
Comme le soleil fait épanouir les fleurs,
Vous faites soudain épanouir dans nos cœurs
Votre amour parfumé qui nous enivre,
Pétales d’une rose, feuilles d’un livre,
Ils s’ouvrent, caressés par vos blancs doigts !
Nous obéissons à vos douces lois,
Et quand nous ne pouvons, souveraines,
Vous embrasser, nous embrassons nos chaînes,
Rêveurs, en vous vous voyant enfin venir,
Nous vous aimons et aimons vous bénir !



Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène