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lundi 16 novembre 2020

Deux épreuves de Salomon

deux épreuves de salomon

David eut pour fils Salomon. Il fut un serviteur pieux et sincère. Un soir on lui avait amené des chevaux excellents ; ils couraient d’une si grande vitesse qu’à peine leurs pieds touchaient la terre. (Coran, 38, 30-31)

Nous éprouvâmes Salomon, et nous plaçâmes sur son trône un corps informe. Salomon, pénétré de repentir, retourna à nous. (Coran, 38, 34)

I

Salomon, roi et de Dieu serviteur zélé,
Contemplait, avant le soir, ses chevaux ailés
Préparés au combat depuis la veille.
Quand le soleil cacha ses lueurs vermeilles,
Le grand roi s’écria, navré et étonné :
« Du sentier de mon dieu ces biens m’ont détourné !
Je n’ai pas prié à l’heure de la prière !
Ramenez, serviteurs, ces chevaux à terre. »
Aussitôt qu’on l’eut fait, le roi les immola.

II

Un démon malfaisant pour son pouvoir vola
L’anneau de Salomon, et bientôt le traître
Du royaume du roi devint le seul maître.
Le démon usa de puissants enchantements
Pour se faire passer pour le roi. Tristement,
Salomon errait loin de sa nation altière,
Et même les enfants lui jetaient des pierres,
Renié par ses sujets, de tout dépossédé.
Dieu voulait le punir car il avait cédé
Quand il conquit Sidon, aux prières chagrines
D’une femme dont il fit sa concubine.
Cette femme implora longuement son époux :
« Ô roi puissant, daigne m’écouter, et sois doux !
Certes, je t’appartiens, mais mon âme est amère,
Je me languis de mon pays et de mon père ;
Permets-moi donc d’avoir, dans mes appartements
Une statue de lui. », et fit secrètement
De cette statue son dieu, restée idolâtre.

Salomon, ne pouvant démentir ni combattre
Le ravisseur aussi invincible que lui,
Loin de sa terre erra pendant quarante nuits.
Des hommes pieux virent cette supercherie,
Ils savaient les écrits saints et comment on prie
Pour chasser les démons, et devant l’imposteur
Récitèrent la parole du Créateur.
Le vil démon s’enfuit alors loin du monde
Et en volant il fit tomber dans les ondes
L’anneau de Salomon. Un poisson l’avala.
Or un brave pêcheur de bon matin alla
Jeter son filet. Le roi était son hôte,
Et il le connaissait. Il revient de la côte
Avec le gros poisson où l’anneau est caché,
Et l’ouvre et rend au roi ce qu’il n’a pas cherché.
Salomon, de nouveau puissant, avec flamme
Châtia le démon et châtia la femme.
« Pardonne-moi, dit-il, ô Seigneur tout-puissant,
Et que mon empire soit le plus florissant
Qui fût jamais. Tu es le bienfaiteur suprême. »
Dieu exauce toujours ses apôtres qu’il aime :
Il donna à Salomon l’empire des vents
Qui lui obéissaient et étaient ses servants,
Dieu lui soumit aussi les démons, quand il parle
Élevant des palais et pêchant des perles,
Et d’autres qui étaient de chaînes accablés.
Dieu lui dit : « Te voici de nos bienfaits comblé.
Fais-en ce que tu veux : donne ou bien resserre.
Je récompense ainsi mes serviteurs sincères. »


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 17 juin 2015

Conte: L'anneau enchanté (Partie IV)

CONTE: L'ANNEAU ENCHANTÉ (PARTIE Iv)


IV. Ce qu’il advint de Milia, quand elle revint vivre chez ses parents

L’aîné demanda : « Où est la fée maudite
Qui nous a changés en boucs, sombre et érudite ?
Car je veux la faire périr et nous venger. »
« Elle est morte. Vous ne courez plus de danger,
Lui répondit Milia, et j’ai sa puissance
Ainsi que toutes ses magiques connaissances. »
« Qu’as-tu fait ? S’écria-t-on, quels sont ces pouvoirs ? »
« Je ne puis vous le dire, c’est mon sacré devoir.
Mais grâce à ces pouvoirs qui furent bien sombres
Je vais rendre tous ceux qui sont ici libres. »
Quand cela fut fait, tous vinrent chaleureusement
Remercier Milia qu’on contemplait rêveusement.
Le roi et la reine, généreux, lui offraient
Des villes et des châteaux, et disaient qu’ils souffraient
Volontiers qu’elle fût la princesse et régnât
Après leur mort avec leur fils. Qu’on lui daigna
Accorder cet honneur bien reconnaissante,
Elle était toutefois suffisamment puissante
Pour avoir tout ce qu’elle désirait posséder.
Grâce à ses pouvoirs, pour encore les aider,
Elle fit sortir de terre des carrosses
Somptueux et dorés, non par des rosses
Mais conduits par de fiers chevaux fort vigoureux.
Elle-même en prit un, et ses parents heureux
S’émerveillèrent de voir leur fille et ses frères
En pareil équipage, eux qui désespérèrent
De les revoir vivants, les attendant longtemps.
« Notre fille est riche ! », se disaient-il, contents.
La chemise enchantée devint si crasseuse
Que Milia demanda à une rinceuse
De la laver, et au soleil on l’étendit
Pour qu’elle séchât. Un fripon entendit
Dire que la chemise était ensorcelée,
L’aperçut et la prit et elle fut volée.
On chercha bien longtemps le sombre malfaiteur.
Triste, Milia mourut, et par le Créateur
Ses frères jurèrent, même au prix de leurs vies,
De trouver le voleur et la chemise ravie,
De venger leur sœur et de le faire mourir.
Mais ils eurent beau dans tout le pays courir,
Ils ne le trouvèrent point, ce misérable,
Et j’ignore moi-même le nom du coupable.

[FIN DU CONTE: L'ANNEAU ENCHANTÉ]

Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

Conte: L'anneau enchanté (Partie III)

CONTE: L'ANNEAU ENCHANTÉ (PARTIE IiI)


III. Comment Milia sauva ses six frères charmés par la méchante fée

Quand la fée vit Milia, elle lui laissa choir
Son anneau enchanté, voulant aussi la voir
Transformée en chèvre. Un oiseau aux grandes ailes
Passa et l’emporta dans son bec avec zèle ;
C’était celui qui fut par elle délivré
Et qui de la voir chèvre aurait été navré.
« Pan ! Pan ! » « Entrez. » Milia entra. « Il faut que j’aille,
Dit la maîtresse du logis, chercher mangeaille
Pour mes bêtes, et aussi nous chercher à manger.
Je suis bien contente de voir un étranger !
Asseyez-vous, ma fille, car vous devez être
Bien fatiguée. » L’oiseau frappa à la fenêtre
Quand la vieille sortit. « Tes frères sont charmés,
Dit-il à la fillette, dans la cave enfermés.
Surtout n’accepte rien de cette fée infâme
Qui est puissante et qui est méchante femme,
Ou tu seras changée en statue. T’avertir
Je suis venu, Milia. Maintenant je dois partir. »
Au même instant la fée entrait. Fermant la porte,
Elle dit à Milia : « Ma fille, j’apporte
Pour vous un vin exquis et un bien bon gâteau
Qu’on peinerait à trouver même dans le château.
Buvez-en et mangez-en, ces deux délices
Vous feront oublier la marche et ses supplices. »
« Je n’ai besoin de rien, madame, et mon désir
Est de dormir ici. Pour me faire plaisir
C’est tout ce que je veux, devant la douce braise
De votre cheminée. » « Mettez-vous à votre aise »,
Lui dit doucement la fée qui pensait cependant :
« Cette fille-là est étrange ; en l’entendant
On l’eût crue avertie. Il faut que je frappe
Et il ne faut pas que ma victime m’échappe. »
Et elle alla chercher, cœur sombre empli de fiel,
Un collier et des robes changeantes comme un ciel :
« Prenez ces présents, ne soyez point trop fière,
Car je veux vous être, ma fille, hospitalière.
Ainsi dans le village on ne contera pas
Qu’on est venu chez moi sans manger un repas
Et sans emporter de ma bienveillance un gage. »
« Vous êtes bien bonne, et votre noble langage
Me suffit. Sans vouloir ainsi vous offenser,
Avec ces merveilles pourquoi récompenser
Une fille pauvre comme moi en errance ?
Ce n’est point que mon cœur soit plein d’indifférence,
Mais robes et collier seraient vite gâtés,
Alors que ces présents eussent d’autres flatté,
Par les buissons qu’il faut encor que je traverse. »
Voyant échouer ses ruses, la fée perverse
Montra à la fillette un bon sourire aimant,
Cacha sa colère et dormit profondément.
L’oiseau revint frapper à la fenêtre encore.
« Milia, dit-il, Milia, il faut qu’avant l’aurore
Tu tues cette sombre fée, ou tu vas périr
Toi et tes six frères que tu ne pourras guérir.
Quand tu l’auras tuée, tu prendras sa chemise,
Tu auras ses pouvoirs quand tu l’auras mise. »
Milia se leva et sans faire aucun bruit
Prit un couteau sur la table, et comme un fruit
A la méchante fée elle coupa la gorge,
Puis elle lui ôta sa chemise large,
Encore ensanglantée, dont elle se vêtit.
Son esprit s’éclaircit, et le monde petit
Devint immense pour elle et vénérable,
Et elle comprit des mystères impénétrables
Et de maintes choses les obscures raisons.
Milia commença par visiter la maison
Avant d’éprouver ses pouvoirs, grande et riche.
Elle vit deux statues placées dans une niche
Qui étaient une reine et un roi enchantés.
Milia descendit à la cave. Epouvantés,
Elle aperçut six boucs d’une affreuse maigresse
Qui en la regardant criaient de détresse.
Elle reconnut ses six frères adorés
Et leur sœur eut les yeux et le cœur éplorés
En songeant au moyen d’annuler le charme.
Elle se souvint tout à coup, malgré ses larmes,
De ces mots : « Chemise, tu m’obéiras
Et jamais, et jamais tu ne me trahiras. »
Qui étaient écrits sur la chemise charmée.
En les disant elle pensait : « C’est alarmée
Que je vois mes frères changés en boucs hideux ;
Chemise, chemise, daigne avoir pitié d’eux,
Qu’ils redeviennent humains comme jadis ils furent. »
Elle vit leurs cornes, affreuses coiffures,
Tomber, et leurs pattes redevenir des mains
Et des pieds, et ses frères à nouveau des humains.
Sa joie fut immense. Ses frères l’embrassèrent
Car d’être sauvés un jour ils se lassèrent,
Avec transports, en remerciant leur sœur
Qui les délivra de la mort, de tout leur cœur. 

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 16 juin 2015

Conte: L'anneau enchanté (Partie II)

CONTE: L'ANNEAU ENCHANTÉ (PARTIE Ii)


II. Les bonnes actions de Milia, et comment elle fut aidée par une fée à trouver ses frères

L’un après l’autre, les cinq frères alarmés
Comme leur cadet en boucs furent transformés
Quand ils mirent l’anneau que leur jeta la fée
Au doigt, de vengeance sombrement assoiffée.
Milia, inquiète pour ses six frères chéris
Qui s’étaient égarés ou qui avaient péri,
Partit à son tour. La jeune fille était belle,
Yeux bleus et cheveux noirs, blanche colombelle
Qui dans son village plaisait aux damoiseaux.
Chemin faisant, la sœur rencontra un oiseau
Grand mais prisonnier d’un buisson comme une cage
Et ne pouvant sortir, malgré toute sa rage.
La jeune fille à l’aide de son couteau coupa
Les ronces et délivra l’oiseau qui s’échappa
En lui disant : « Merci, Milia ; merci, ma douce. »
Elle continua sa route. Sur la mousse
Elle s’assit, la nuit tombant, pour délasser
Ses pieds et manger un pain. Elle vit passer
Une pauvre femme qu’appesantissait l’âge
Et qui employait ses forces volages
A se traîner durement, la marche l’épuisant.
Milia courut à sa rencontre en lui disant :
« Appuyez-vous sur moi, venez, ma bonne mère,
Manger avec moi de mon pain éphémère
Et sous cet arbre que voici vous reposer. »
Quand elle eut dit ces mots, elle vit s’imposer,
Eblouie, au lieu de la vieille misérable,
Une charmante fée, d’autant plus vénérable
Qu’elle était parée d’un magnifique collier
De perles fines, et qu’on ne pouvait oublier
La splendeur de sa robe bleue, toute d’or brochée.
Elle dit à Milia, pour la voir approchée :
« Que veux-tu, bonne fille ? J’ai de puissants pouvoirs
Et d’exaucer tes vœux je me fais un devoir. »
Milia lui répondit : « Je cherche mes frères
Qui dans ces mêmes bois comme moi errèrent,
Et j’aimerais savoir s’ils sont mort ou vivants. »
« Tes frères vivent encor, mais toi, en les suivant,
Tu cours un grand danger. Tu les as vus naître,
Mais tu ne pourras pas, maintenant, les reconnaître.
Continue ta route et va droit devant toi ;
Ils sont tous enfermés sous le premier toit. »
Milia la remercia. Elle marcha des heures,
Et la petite sœur aperçut la demeure
De la méchante fée. « C’est là que je trouverai,
Pensa-t-elle, mes frères, et je les sauverai. »
Et elle hâta le pas et frappa à la porte,
Attendant qu’on ouvrît et effrayée certes.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

Conte: L'anneau enchanté (Partie I)

CONTE: L'anneau enchanté (partie i)

I. Ce qui arriva au petit frère de Milia et à ses cinq autres frères

Quelques années avant l’invasion sarrasine,
Allant chaque jour à la forêt voisine
Chercher leur nourriture, car pauvres et affamés
Et leurs parents malades par le sort diffamés,
Il était six frères et leur sœur, fillette frêle
D’une grande beauté et bonté naturelle.
Un jour qu’ils allèrent chercher, mais vainement
Des châtaignes dans le bois voisin, soudainement
Le cadet arrêta, pensif. « Pauvres hères
Que nous sommes ! dit-il. Las de cette misère,
Je veux aller par le monde et m’aventurer
Pour faire fortune. Je puis tout endurer,
Mais non la pauvreté affreuse et inhumaine !
Je viendrai vous dire au bout d’une semaine
Ce que j’ai pu faire et ce qui m’est arrivé.
Adieu ; je reviendrai et vous serez sauvés. »
Et le petit partit, préférant l’errance
Et ses hasards nombreux à sa sombre souffrance.
Il marchait plusieurs jours comme par devoir,
Sans savoir où aller, quand il finit par voir
Dans la forêt une petite chaumière
Où il voyait reluire une douce lumière.
« Enfin, se dit-il, de ce voyage constant
Je vais me reposer ici quelques instants
Pour boire et pour manger une bonne croûte
Et pour me délasser de cette longue route. »
« Pan ! Pan ! Pan ! Ouvrez-moi je vous prie ! » « Qui est là ? »
« Un jeune voyageur de voyager fort las. »
La maîtresse de la maison le regarde,
Elle était fée, et laisse comme par mégarde
Tomber son anneau que le petit frère vit
Et ramassa et mit au doigt, enfant ravi
De ce présent, qui dit : « Ah ! l’anneau magnifique ! »
Mais aussitôt son corps de poils horrifiques
Se couvrit, deux cornes lui poussèrent, ses mains
Devinrent pieds de bouc. Il n’était plus humain ;
« Bée, bée, bée ! » faisait-il, mais à cause du charme
Il ne put retrouver sa première forme,
La méchant fée le lia et le mena
A sa cave, et un peu d’herbe lui donna.
Ses frères et Milia, sa sœur, pour lui s’inquiétèrent
Car il n’arrivait pas, et les cinq se hâtèrent
D’aller à sa recherche, et laissèrent leur sœur
Les attendre eux aussi, priant avec douceur
Pour qu’ils revinssent avec lui de cette aventure
Partis à pied comme lui et sans monture.

[A SUIVRE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 12 juin 2015

Conte: L'anneau de la princesse (Partie II)

CONTE: L'ANNEAU DE LA PRINCESSE (PARTIE Ii)


II. Ce que le jeune seigneur fit pour sauver sa princesse et en devenir l’époux

Le cavalier et sa rapide monture
Voyagèrent longtemps, épris de l’aventure,
Avant qu’ils n’arrivassent au royaume lointain
De l’aigle ravisseur et sombrement hautain.
Ils atteignirent après sept jours de voyage
Le bord de la mer. Nul vaisseau en mouillage
N’était perceptible en ce rivage oublieux.
Le royaume de l’aigle, qu’on voyait au milieu,
Etait dans une île, hélas, inabordable.
« Comment parcourrons-nous la mer insondable ? »
Demanda le seigneur à son cheval. Marchons
Encore quelques jours et un marin cherchons. »
Le cheval, sans rien dire à son maître pâle,
Partit sans s’enfoncer dans les ondes fatales ;
Comme l’éclair rapide et en bravant les flots,
Ils arrivèrent à l’île sans se mouiller par l’eau.
On entendit des cris affreux et sauvages,
C’étaient les aigles, de les voir dans leur rivage
Fort mécontents. Sur eux, sans nul discernement,
Ils tombèrent, frappant avec acharnement
De leurs becs les intrus qui foulaient leur retraite
Qu’ils désiraient garder sans doute secrète.
Mais le brave cheval, qui était enchanté,
Les assaillit aussi sans être épouvanté,
En tua un grand nombre et montra son courage.
Or l’aigle ravisseur, grand et rempli de rage,
Arriva tout à coup et saisit le seigneur
Par les habits, puis le puissant oiseau grogneur
S’éleva dans les airs en emportant sa proie.
Tous les aigles crièrent en signe de joie,
Et le cheval, vaincu et bien désespéré,
Se coucha sur l’herbe, triste et dos lacéré
Par les griffes de ses assaillants farouches.
Le grand aigle emporta, léger comme une mouche,
Jusqu’aux nues le seigneur au cœur empli d’effroi.
L’île était son royaume et il était le roi
De ces bêtes sauvages, à ses ordres dociles.
Il l’avait l’intention, chose qu’il crut facile,
De laisser le seigneur tomber d’un haut endroit.
Mais malgré sa frayeur rusé et fort adroit,
Il prit une corde qu’il avait dans sa poche
Et au milieu du corps, comme une lourde roche,
S’étant lié, aux pattes de l’aigle il attacha
L’autre bout de la corde. L’animal le lâcha,
Ne s’étant aperçu de rien ; mais sa victime
Dont il ne tint pas la ruse en haute estime
L’entraîna à son tour et arriva sans mal
A l’île. Le seigneur éventra l’animal
Et il trouva l’anneau. Ô joie incomparable !
Il remonta sur son cheval vénérable
Et il partit au grand galop, car il restait
Un jour à vivre à sa belle qui s’attristait.
Le roi et la reine s’affligeaient et pleuraient
De voir périr leur jeune fille qu’ils adoraient.
La princesse songeait à son brave sauveur : 
« Hélas ! disait-elle, sa fatale ferveur
Le conduira bientôt à la mort, ô alarmes ! »
Et la pauvre princesse versait mille larmes.
Mais au même moment elle entendit venir
Son amant triomphant et qu’avant de bénir
Tous entourèrent et de questions accablèrent.
Le roi et la reine de son échec tremblèrent,
Mais il avait l’anneau et courut, fort heureux,
Le mettre au doigt de celle dont il est amoureux
Et qui devint, par là, sa légitime épouse,
Ce qui rendit mille âmes de son bonheur jalouses.
Les fêtes durèrent trente jours entiers
Et on mangea et but sans faire de quartier.
Plus tard, le prince et la princesse montèrent
Sur le trône à leur tour et sagement gouvernèrent
Leurs sujets qui étaient de leur règne contents.
Ils moururent tous deux après plus de cent ans
Et avaient douze fils comme eux bons et justes
Et plusieurs petits-fils charmants et robustes
Qui vécurent, eux aussi, heureux et sans gémir,
Sans courir de hasards et sans jamais frémir.

[FIN DU CONTE: L'ANNEAU DE LA PRINCESSE]


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène