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mercredi 23 juillet 2025

Lettre au Temps

lettre au temps

Temps, où est ma jeunesse
Et où sont tous mes amis ?
Où est le dard qui blesse
Mon vain cœur qui frémit ?

Où est mon insouciance ?
Où sont tous mes cheveux,
Mes illusions, mes stances,
Mes rires et mes vœux ?

Où est ma lyre ancienne ?
Mes vers sont vains, chétifs,
Pour qu’un mort y revienne
Avec ses chants plaintifs,

Couvert, dans la nuit noire
Cachant la création,
Du linceul sans gloire
Des mortelles nations !

Où sont mes vieilles joies,
Mes antiques soleils ?
Mon cœur cassé se noie ;
Ô mers de sang vermeil,

Ô adolescences
De l’âme et de l’esprit,
Ô vagues confidences
Des pesants manuscrits !

Aux poètes antiques,
Aux mages, aux rêveurs,
Je laisse les épiques
Aurores sans douleur,

Et moi, dans l’ombre,
Je prends un continent
Plus petit, plus sombre,
Emplis de revenants,

Où spectre magnifique,
Je règne sur les morts
Dans les forêts nordiques
Dont seul le brouillard sort.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 10 octobre 2024

Point de vue sur les silhouettes du temps jadis

POINT DE VUE SUR les silhouettes du temps jadis

Ô souvenirs, essences des choses,
Douces silhouettes du temps jadis !
Parfums persistants d’anciens paradis
Qui viennent d’autres temps et d’autres roses !

Les ailes de la fuyante Mémoire
Vous emportent loin de nos esprits vains,
Et le vaste oubli, cet arrêt divin,
S’appesantit sur toutes nos histoires.

Il ne demeure rien sur cette terre,
Hormis l’incommensurable brouillard
Empli de visions et de mystères

De nos souvenirs beaux et éphémères,
Pareils à ces roses flétries de l’art
Et aux ailes des vagues chimères.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 20 août 2024

Point de vue sur une urgence

POINT DE VUE SUR une urgence

Avant que le temps ne nous détruise
Et que nous ne soyons soudain pareils
Aux épaves que la tempête brise,
Jetées sur la plage et sous le soleil,

Avant la ténébreuse vieillesse
Aux rides nombreuses comme ses jours,
Avant que la mort, comme une paresse,
Ne s'appesantisse sur nos amours,

Soyons heureux jusqu'au linceul plein d'ombre !
Nous sommes éphémères, soyons forts ;
Soyons radieux, puisque tout est sombre !

Pour être prêts pour le dernier voyage,
Nous remplirons les valises du sort
De rêves, de livres et de nuages.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 25 octobre 2023

Eichingu, Wagon du Temps

eichingu, wagon du temps

Eichingu, Wagon du Temps,
Allait, poussé par lui-même
Et ne jamais s'arrêtant
Aux nombreuses stations blêmes.

Parfois, il ralentissait
Aux stations de la mémoire,
Mais toujours il repassait
Dans les mêmes régions noires

Où le soleil n'allait pas.
Toujours dans les ténèbres,
Il allait auguste et las,
Avec ses airs funèbres,

En déchirant le linceul
De l'existence fragile,
Pareil à un homme seul
Et cependant agile

Qui dans le calme du soir
Marche dans son propre rêve,
Jusqu'à ce qu'il puisse voir
Le soleil qui se lève.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 1 septembre 2023

Gesseddas, Mage du Temps

   Gesseddas, mage du temps

Pareil à l'usurier comptant son or,
Gesseddas comptait les heures fuyantes,
Qui lui-même l'emplissaient d'épouvante
Et d'un désir insurmontable et fort.

Dans son antre noir toujours entouré
De montres, d'horloges et de pendules,
Il aimait les vastes crépuscules
Et par la nuit il était attiré ;

Il riait des projets, des vains desseins,
Des ambitions et des aventures,
Il riait de toutes les créatures,
Des énigmes ainsi que des devins !

Il savait que le temps, ce grand vainqueur,
Était une chose qui s'efface
Et ne restait pas à la même place,
Comme le parfum d'une grande fleur ;

Il savait que tout ici-bas changeait,
La forme d'une ville ou d'un visage,
Et que l'être humain n'est jamais sage
En bravant le temps, le plus grand danger.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 25 juillet 2023

Cartes postales (96)

   CARTES POSTALES (96)

Nos souvenirs sont têtus
Et notre vie est volage,
Ils viennent, chenus avec l'âge,
Et de noir et de blanc vêtus,

Voulant tourmenter nos esprits
Et nos âmes impuissantes
Avec leurs voix assourdissantes,
Leurs vains murmures, leurs vains cris !

Aux écrans des télévisions,
Aux cieux noirs et pleins d'étoiles,
Dans les manoirs qui sont des voiles,
Et aux bois qui sont des rayons,

Ils apparaissent avec dédain,
Squelettes ou jeunes femmes,
Leurs vêtements montrent leurs âmes
Qui semblent des soleils soudains

Et de leurs haillons désuets
Jaillissent de frêles aurores
Qui sont faibles mais brillent encore
Et qui chantent des chants muets.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 1 juillet 2023

Cartes postales (74)

   CARTES POSTALES (74)

Le temps passe
Et terrasse
Vies et visions,
Rêves, verdures,
Créatures
Et créations.

Le temps vole
L’homme frivole
Portant toujours
Sa tête sourde,
Ses idées lourdes,
Ses rêves lourds.

Le temps berce
Quand on traverse
Tout ici-bas ;
Par tout ravie,
Toujours la vie
Est un combat.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 17 juin 2021

Les temps à venir

 Les temps à venir

Voilà une des histoires inconnues. Nous te révélons, ô Prophète, cette histoire, que vous n’avez pas connue jusqu’ici, ni toi ni ton peuple. Prends patience ; la fin heureuse est pour ceux qui craignent Dieu. (Coran, 11, 49)

I

Le Prophète a dit : « Des tentations sombres,
Pareilles, dans la nuit, à des morceaux d’ombre,
Approchent ; maints hommes connaîtront le destin
D’être impies le soir en étant pieux le matin,
Et ils vendront leur foi, qui est pourtant si chère,
Contre les richesses de ce monde éphémère.
Celui qui gardera la foi dans les humains,
C’est comme s’il tenait des braises dans sa main. »

II

Le Prophète a dit : « Je sais et je vous annonce
Qu’il y aura, après nous, des temps de patience :
Celui qui en ces temps de sombres différends
Conservera sa foi et sera différent,
Aura droit à la même récompense
Que cinquante de vos martyrs pour sa vaillance. »

III

Le Prophète a dit : « Par le Maître souverain
De mon âme ! Avant que vienne le jour d’airain
Du Jugement dernier, près des tombeaux on erre,
Et celui qui le fait se roulera par terre
En s’écriant : “Pourquoi le mort n’était pas moi ?”
Or il ne le dira pas car il a la foi
Et veut rencontrer Dieu loin de ce monde,
Mais parce qu’il est las des épreuves et gronde. »

IV

Le Prophète a dit : « Aux temps des grands désaccords,
Celui qui adore Dieu et restera fort
Sera récompensé comme un homme qui quitte
Son pays pour me voir et les lieux qu’il habite. »

V

Le Prophète a dit : « Ô soyez généreux
Et faites l’aumône. En des temps moins heureux,
L’homme est peu pressé de faire son aumône,
Car aux plaisirs de ce monde il s’abandonne.
Quand à la faire enfin il se décidera,
Ne trouvant aucun pauvre hère, on lui dira :
“Ce fut hier que ton aumône était heureuse,
Mais aujourd’hui, elle ne m’est plus précieuse.” »

VI

Le Prophète a dit : « Tout temps à venir sera
Pire que l’autre avant lui. Cela restera
Ainsi, jusqu’au jour de résurrection des êtres
Où vous rencontrerez le Seigneur, votre Maître. »

VII

Le Prophète a dit : « Un temps viendra où iront
Des hommes en conquête. Les conquis leur diront :
“Y a-t-il parmi vous des compagnons du Prophète ?”
“Oui”, répondront-ils, sans essuyer la défaite.
Au temps suivant, il en sera encore ainsi,
Et au temps qui viendra après lui aussi. »

VIII

Le Prophète a dit : « Un temps viendra, terrible,
Où les hommes seront dans le même crible ;
Il n’en restera qu’une écume sans valeur,
Ils seront désunis pour leur plus grand malheur. »
Le Prophète croise ses doigts et ajoute :
« Évitez tout ce qui sème en vous le doute,
Faites le bien que vous savez, soyez meilleurs
Et gardez-vous toujours du tumulte trompeur. »

IX

Le Prophète a dit : « En des jours sombres, les bêtes
Seront, pour le croyant, des possessions parfaites :
Avec son troupeau, au sommet des plus hauts monts,
Il cherchera les eaux et fuira les démons. »

X

Le Prophète a dit : « Il y aura des hommes
À un temps différent du temps où nous sommes
Qui gagneront l’argent, licite ou interdit,
Sans penser qu’ils perdront leur place au Paradis. »

XI

Le Prophète a dit : « À leurs cousins et proches
Des hommes diront ces mots comme un reproche :
“Quittons la ville ! Allons trouver notre bonheur !”
Ils auraient mieux fait de ne point partir ailleurs !
Par le Seigneur qui est le Maître de mon âme !
Dieu remplacera ces hommes et ces femmes
Par des êtres meilleurs. La ville est un soufflet
Exilant les mauvais qui sont loin d’elle allés. »

XII

Le Prophète a dit : « En des temps de ténèbres
Qui seront trompeurs et qui seront bien sombres,
On dément l’homme qui a dit la vérité,
On croit le menteur par le mensonge habité,
On appelle traître l’homme pourtant fidèle
Et fidèle l’homme pour trahir plein de zèle. »

XIII

Le Prophète a dit : « Par mon Maître et mon Seigneur !
Le tué ne saura pas pourquoi son tueur
L’a fait mourir, comme le tueur lui-même
Ne sait pourquoi il l’a tué, en des temps blêmes. »


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 23 juillet 2020

Re-L'usage du temps

RE-l'usage du temps

D’après le poème  « L’usage du temps » de François Malaval (1627-1719) duquel je ne garde ici que les deux premiers vers.

L’homme n’a rien du temps que l’instant qu'il possède,
Quand le temps est perdu, sa perte est sans remède.
Le Temps ! Mais il nous tue et s’en va en rêvant,
Et il est sans pitié pour les sombres vivants,
Il est comme un marcheur dans une voie étroite
Qui ne se tourne ni à gauche ni à droite !
Sur un but terrible les yeux toujours fixés,
Il ignore l’avenir et oublie le passé,
Aveugle comme l’ombre et comme la justice,
Des poètes vaincus raille les artifices
Et de tous les hommes qui des jours sont las !
« Je vais faire ceci, je vais faire cela »,
Chimère, dérision ! Qui te dit que tu vas vivre ?
Tu mourras peut-être demain, ô homme ivre !
Car avant de naître tu étais déjà mort !
Tu t’obstines, pourtant, tu ne crois pas au sort,
Tu te crois éternel, homme vain et stupide !
Contemple les tombeaux et contemple tes rides,
Cette terre est faite de nos nombreux défunts,
Marche doucement bien que ton orgueil soit sans fin,
Tu ne le sais pas, mais dans ta course altière,
Tu marches sur un fils, une fille ou une père,
Emploie donc ce temps qu’il te reste à vivre pour
Songer à ton néant et penser à tes jours.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

samedi 23 mai 2020

Re-Songeur, dans de beaux rêves t'absorbant

RE-songeur, dans de beaux rêves t'absorbant

D’après le poème  « Songeur, dans de beaux rêves t'absorbant » de Georges Rodenbach (1855 – 1898), duquel je ne garde ici que la première strophe.

Songeur, dans de beaux rêves t’absorbant,
La pendule, à l’heure où seul tu médites,
T’afflige avec ses bruits froids, stalactites
Du temps qui s’égoutte et pleure en tombant.

Plus rapide que l’orage et le vent,
Le temps passe, nuage de la vie, 
L’heure ailée est de l’heure ailée suivie
Et elle déploie ses ailes en rêvant

Dans l’immensité bleue du firmament !
La minute alerte s’envole et chante
En riant dans le ciel sans épouvante
Des mortels et de leurs espoirs charmants !

Songeur, à quoi songes-tu ? À l’amour ?
À une beauté ? À la jeunesse ?
Sais-tu que le temps, dans ta paresse,
Emporte la poussière de tes jours ?

La vie pousse, comme une vaste mer,
Loin des phares et loin des étoiles,
Nos rêves, qui sont de fragiles voiles
Noyées à jamais dans son gouffre amer !

La joie est éphémère et le chagrin,
Adieu, été, printemps, hiver, automne !
La pendule, avec ses bruits monotones,
Répète toujours le même refrain.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène