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jeudi 6 avril 2017

La Dévoration de Diomède

LA dévoration de diomède

Gustave Moreau, Diomède dévoré par ses chevaux (1865)

Diomède de Thrace, monstre abhorré
Dont les hôtes sont morts dans les chaînes,
Vaincu par Héraclès, est dévoré
Par ses juments nourries de chair humaine.

Elles mangent leur maître tout sanglant
Comme dans les montagnes un peu d’herbe,
Qui avec des gestes vains et violents
Lutte contre ses bêtes superbes,

Courroucée, dont les museaux sont fumants
Comme une terrible et profonde forge
Et comme une mer d’hiver écumants
Tandis qu’elles lui mordent la gorge

Les bras, les pieds et l’impassible cœur,
Pareilles aux lubriques Ménades
Qui déchirèrent Orphée avec fureur,
Le sein empli de son amour malade !

Comme l’orage ennemi des flambeaux
Démantèle les errantes voiles,
Elles répandent ses rouges lambeaux
Jetés partout, ainsi que les étoiles.

Prenez garde, mortels qui frémissez
De cette horrible et sanglante histoire,
Aux sombres bêtes que vous nourrissez
Et qui vous mangeront dans la nuit noire.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 1 avril 2017

Andromède enchaînée

andromède enchaînée

Théodore Chassériau, Andromède attachée au rocher par les Néréides (1840)

Andromède, châtiée à cause de sa mère,
Gémit, à un rocher enchaînée, dans les fers,
Et attend, éplorée et de son sort amère,
Que la bête vienne des ténébreux enfers.

La mer semble railler sa sombre détresse
Et cache le monstre de son dieu dans ses flancs,
Et ses flots dangereux s’agitent avec paresse
Devant la beauté nue qui gémit en tremblant ;

On entend, pareil à un lointain tonnerre,
Venir de l’abîme un lointain rugissement,
La chose formidable au cœur sanguinaire
Comme un amant des eaux approche doucement !

Tout comme Iphigénie sacrifiée par son père,
La victime enchaînée au rocher sacrificiel 
Attend avec effroi et secrètement espère
Et soupire en rêvant et contemplant le ciel

Calme et que rien n’émeut, grand sphinx impassible
Dont le dos est doré par le radieux soleil,
Qui dort éternellement, vaste et invincible,
Et dont rien ne trouble le souverain sommeil !

Elle attend qu’il envoie pour lui sauver la vie
Un héros rugissant et qui tarde à venir
Son âme légère sera-t-elle ravie ?
Elle attend et à la mer semble appartenir.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 27 février 2017

Cérès et Ascalabe

cérès et ascalabe

Salomon Koninck, Cérès moquée par Ascalabe (1645)

Maigre comme un fantôme qui passe,
Cherchant Perséphone loin des rayons,
Cérès voit soudain, affamée et lasse,
Mismé et sa coupe de cycéon. 

Croyant voir partout sa fille ravie,
La pauvre déesse, errant tout le jour
Et demandant Perséphone à la vie,
Emplie d’un grand et maternel amour,

A prié Hadès comme on prie un maître,
Bien qu’il soit son égal, et a ployé
Ses genoux dans les temples de ce traître,
Le cœur dans des flots de chagrin noyé !

Elle a pleuré comme toutes les mères
Victimes de l’inéluctable sort,
Qui se penchent, sources éphémères,
Sur les berceaux hideux de leurs fils morts !

Sa faim le disputant à sa tristesse,
Elle aperçoit de loin, spectre charmant,
L’humble masure de sa vieille hôtesse,
Et le cœur étant lui aussi gourmand,

Reprend espoir et boit la coupe pleine
Goulûment, quand Ascalabe insolent
Lui lance une raillerie soudaine,
Enfant que frappe un châtiment violent.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 24 février 2017

Hylas et les Nymphes

hylas et les nymphes

Francesco Furini, Hylas entraîné par les Nymphes (v. 1630)

Environné de flots et de nymphes lascives 
Qui veulent l’emporter dans leur abîme amer,
Hylas gémit comme les beautés chétives,
Ravi à ses amis par l’ombre et par la mer.

Polyphème est inquiet, et les Argonautes,
Ne voyant point revenir le frêle aventurier,
Se demandent si ce n’est pas de leur faute
Et si ce jeune homme deviendra un guerrier ;

Héraclès, dont Hylas était l’éromène, 
Cherche quelque chose dans l’ombre à massacrer,
Un monstre, l’Hydre grecque ou les Furies romaines,
Embrasé lentement par son courroux sacré.

Les nymphes murmurent des choses charmantes
À leur captif tremblant et accablé de fers,
Belles divinités nues et alarmantes
Et dont les yeux sournois sont de radieux enfers !

La mer, sombre au milieu de toutes ces aurores,
Ténébreux et profond abîme qui sourit,
Encercle l’éphèbe qu’elle mange et dévore
Et comme ses filles de lui se nourrit.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 10 février 2017

La Tentation des anachorètes

la tentation des anachorètes

Salvator Rosa, Anachorètes tentés par les démons (1660-1665)

Dans la ruine qui leur sert de maison
Quand le soir vient, les anachorètes
Entendent soudain hurler sans raison
Des démons caressant leurs lyrettes,

Ténébreux saltimbanques de l’enfer
Dansant, chantant, effrayants et comiques,
Qui ont soudain brisé leurs pesants fers
Et disent aux moines des choses lubriques,

Enivrés par la joie et par l’amour,
Etreignant leurs volages femelles,
Louant l’aurore, bénissant le jour,
La nuit et l’aube, ces sœurs jumelles !

Par ces bruyants visiteurs tourmentés,
Les anachorètes en vain se cachent, 
De faire comme leurs bourreaux tentés
Et craignant que les cieux ne se fâchent ;

Les démons, s’agrippant à leurs haillons,
Les suivent comme des flots rapides,
Leur montrent en vain les éternels rayons
Et le bleu du firmament limpide.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène