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mardi 4 février 2020

Dévorés par l'Invisible

dévorés par l'invisible

L’Invisible nous dévaste et nous brûle
Comme un feu dans nos esprits allumé,
Et il n’y laisse qu’un crépuscule
Du tombeau de la nuit exhumé.

Nous recherchons toujours quelque chose
Qui n’est ni sur terre ni dans le ciel,
Comme on chercherait une pâle rose
Sans parfum, dans les bois existentiels,

Comme on chercherait un soleil que voile
L’hiver immense, sans début ni fin,
Comme on chercherait l’expirante étoile
Montrant au monde ses rayons défunts !

L’Invisible affamé nous dévore,
Ce lion immense qui ne rugit pas !
Il mange nos nuits et nos aurores
Et dessine avec son vaste compas

Le cercle éternel où tout s’agite
Et où tout l’univers perd son chemin ;
L’Invisible au fond du gouffre cogite
Et raille les prétentions des humains

Ces vaisseaux qui vont dans la tempête
Et qui prennent les écueils pour des ports,
Quand dans sa sombre ironie complète
Il souffle sur eux comme un vent très fort.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 6 avril 2017

La Dévoration de Diomède

LA dévoration de diomède

Gustave Moreau, Diomède dévoré par ses chevaux (1865)

Diomède de Thrace, monstre abhorré
Dont les hôtes sont morts dans les chaînes,
Vaincu par Héraclès, est dévoré
Par ses juments nourries de chair humaine.

Elles mangent leur maître tout sanglant
Comme dans les montagnes un peu d’herbe,
Qui avec des gestes vains et violents
Lutte contre ses bêtes superbes,

Courroucée, dont les museaux sont fumants
Comme une terrible et profonde forge
Et comme une mer d’hiver écumants
Tandis qu’elles lui mordent la gorge

Les bras, les pieds et l’impassible cœur,
Pareilles aux lubriques Ménades
Qui déchirèrent Orphée avec fureur,
Le sein empli de son amour malade !

Comme l’orage ennemi des flambeaux
Démantèle les errantes voiles,
Elles répandent ses rouges lambeaux
Jetés partout, ainsi que les étoiles.

Prenez garde, mortels qui frémissez
De cette horrible et sanglante histoire,
Aux sombres bêtes que vous nourrissez
Et qui vous mangeront dans la nuit noire.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène