Affichage des articles dont le libellé est Salvator. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Salvator. Afficher tous les articles

lundi 13 février 2017

La Fragilité humaine

La fragilité humaine

Salvator Rosa, Fragilité humaine (v. 1656)

Squelette aux grandes ailes de corbeau,
Dans la chambre étroite comme un tombeau
La Mort, à un nouveau-né éphémère
Assis sur le genou de sa mère,
Dicte en lui souriant son testament ;
Ce commencement d’être humain, charmant,
Ecrit avant que d’apprendre à lire
Tout ce que la Mort vient lui dire.

A droite un souillon, dans une marmite,
S’amuse et sans le savoir imite
Le geste de la Mort avec sa faux.
Tout cela est beau, innocent et faux.

Grave pour son âge et indifférent, 
Son frère, près de lui s’affairant,
Fait maintes bulles de savon, ravies
Par l’air, comme par la Mort notre vie.

Tous sont les bouffons, tristes et sombres, 
De la Mort qui tient sa faux dans l’ombre
Comme un amant une fleur dans sa main,
Et cueillera un jour le genre humain.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 11 février 2017

Saül et l'ombre de Samuel

saül et l'ombre de samuel

Salvator Rosa, L'Ombre de Samuel apparaissant à Saül chez la pythonisse d'Endor (1668)

A cette heure lugubre où la Création dort,
Saül, accablé, va voir la sorcière d’Endor,
Vaincu, abandonné par le ciel et les hommes,
Jetant son bouclier dans l’ombre et son heaume,
Implorant son ennemie et à minuit venu
Embrasser ses mains qui tremblent et son front chenu.
Ô disgrâce ! David est l’élu qui rayonne, 
Et lui, Saül, pareil à l’enfant qu’on abandonne
Tremblant dans son berceau, martyr du froid hiver !
Lui qui a jadis, au nom du dieu de l’univers,
A combattu avec foi et colère !

L’ombre de Samuel, apparition sévère,
Surgit soudain, drapée d’un sinistre linceul.
Saül, à genoux, s’écrie : « Samuel ! Je suis seul,
Et la nuit m’emporte comme un éternel fleuve !
Frère, dis-moi : quel est le sens de cette épreuve ?
N’ai-je pas combattu nos ennemis pour le Ciel ?
Ne suis-je point, moi Saül, premier roi d’Israël ? 
C’est Dieu qui m’a choisi et m’a offert un trône,
Et aujourd’hui il fait tomber ma couronne !
Ô dis-moi, Samuel : est-ce là mon destin ?
J’ai terrassé pour Dieu les tremblants Philistins 
Et c’est moi qu’aujourd’hui le Seigneur terrasse !
Réponds-moi, Samuel, car mon âme est lasse ! »
Calme et ne venant point à Saül le secourir,
Samuel lui répond : « Sois prêt à mourir. »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 10 février 2017

La Tentation des anachorètes

la tentation des anachorètes

Salvator Rosa, Anachorètes tentés par les démons (1660-1665)

Dans la ruine qui leur sert de maison
Quand le soir vient, les anachorètes
Entendent soudain hurler sans raison
Des démons caressant leurs lyrettes,

Ténébreux saltimbanques de l’enfer
Dansant, chantant, effrayants et comiques,
Qui ont soudain brisé leurs pesants fers
Et disent aux moines des choses lubriques,

Enivrés par la joie et par l’amour,
Etreignant leurs volages femelles,
Louant l’aurore, bénissant le jour,
La nuit et l’aube, ces sœurs jumelles !

Par ces bruyants visiteurs tourmentés,
Les anachorètes en vain se cachent, 
De faire comme leurs bourreaux tentés
Et craignant que les cieux ne se fâchent ;

Les démons, s’agrippant à leurs haillons,
Les suivent comme des flots rapides,
Leur montrent en vain les éternels rayons
Et le bleu du firmament limpide.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène