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samedi 4 mars 2017

Hébé et l'aigle de Jupiter

hébé et l'aigle de jupiter

Hébé abreuvant l’aigle de Jupiter (1800- 1810)

Fille de Junon et de Jupiter
Et divinité de la Jeunesse,
Debout sur un nuage dans l’éther
Comme dans les bois une faunesse,

Hébé tend la coupe emplie de nectar
Et qu’elle tient comme une fleur sauvage,
A l’aigle de Jupiter, avatar
De son courroux et de son esclavage.

C’est le beau Ganymède qui maintenant
Nourrit les dieux et leur verse à boire,
Hébé est loin de l’Olympe, tenant
La coupe dorée à la bête noire,

De sa mère elle attelle les chevaux
Et elle prépare son char rapide
Et fait la même chose de nouveau
Quand se lève l’aurore limpide,

Et chaque soir, couronnée de ses fleurs,
Elle abreuve la bête redoutable
Qui semble assoiffée de sang et de pleurs,
En se souvenant de la vaste table

Près de laquelle elle passait souvent,
Brise emplie de parfums et légère,
En contemplant les dieux et en rêvant,
Enivrée par les chants et la lumière.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 16 août 2012

La tristesse du Soleil


La tristesse du Soleil


 Le Soleil dit au dieu Jupiter : « Je suis las
De reluire pour les hommes et briller ici-bas
Pour être le pâle témoin de leurs fautes !
Chaque matin, je quitte l’Olympe à la cime haute
Et la couche de Thétis, nymphe aux cheveux d’or
Qui doucement sourit et paisiblement dort,
Et monté sur mon char, la blanche Aurore
M’ouvre les portes du jour qui hésite encore
A briller, et attend, enfant craintif,
Contemplant comme Ariane la mer et les récifs,
Que je vienne, le flambeau à la main, de lumière
Emplir le monde qui me dit des prières !
Jupiter, le Zodiaque m’a vu errer souvent
Mu par quatre chevaux rapides comme le vent,
Pour les mortels quitter ma demeure éphémère
En laissant gémir mes épouses amères
Qui me chérissent et espèrent mon prompt retour,
Qui bénissent la nuit et maudissent le jour
Et rêvent de mes douces et amoureuses caresses
Au firmament disant mon nom avec paresse ;
Les hommes sont mauvais ! Pourquoi rayonner,
Pourquoi voir leurs péchés et les leur pardonner ?
Leurs cœurs sont pleins d’ombre, alors qu’ils y restent !
Ô, je les abhorre comme ils me détestent !
Que leur monde devienne une éternelle nuit ! »
Jupiter répondit au Soleil qui reluit :
« Des dieux de l’Olympe tu m’es le plus cher. Sache
Que mon cœur sera triste et sombre si tu caches
Au monde et aux hommes tes rayons éternels.
Tu brilles pour les bons et pour les criminels
Et nulle douceur à ta douceur n’est égale,
Mais si tu veux plonger dans l’ombre fatale
Cet univers maudit, que tout devienne hiver. »

Le monde devint d’un linceul de nuit couvert,
Tout devint ténèbres et tout devint solitude,
Les mortels, encor plus farouches que d’habitude,
Etaient plus criminels, plus voleurs, plus brigands,
Montraient l’épée avec un sourire arrogant
Aux femmes et aux vieillards dans leurs humbles chaumières ;
La pitié s’en alla avec la lumière ;
Gloire aux plus forts ! Et gloire aux gueux et aux méchants !
Aveuglés, les hommes guidés par leurs penchants
Les plus mauvais, étaient des vautours infâmes
Qui pillaient les demeures et violaient les femmes
Publiquement, houles qui s’abattent sur la mer,
Car tout était cachette pour ces fauves de l’enfer
Et antre ténébreux pour ces bêtes sauvages.
Le Soleil éploré, voyant tous ces ravages,
Dit à Jupiter : « Ô, ténèbres ! Ô, noirs péchés !
En voulant châtier les hommes, je leur ai caché
L’aurore rayonnante et le jour sublime,
Mais la nuit est devenue l’alliée de leurs crimes !
Ils profitent des ténèbres et du noir firmament
Pour voler sans regret, tuer impunément
Et terrasser les faibles ! Il faut que je rayonne,
Ils sont plus féroces quand le jour les abandonne,
La nuit ne les endort point, ces mortels maudits ! »
Jupiter, le sourire aux lèvres, répondit :
« Va, rayonne. Maintenant tu sais quel est ton rôle,
Ta lumière adoucit, protège et console
Les veuves dans leurs chaumières et les pauvres en haillons,
Et les hommes pèchent moins sous les rayons. »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 15 juin 2012

La mort de Jupiter


La mort de Jupiter


Au sommet de l’Olympe, mont aux rayons bénis,
Jupiter, Junon et Mars s’étaient réunis,
Tandis qu’au-dessus d’eux montait une fumée noire,
Ils devisaient. Hébé leur apporta à boire.
Jupiter mit son foudre à côté de lui
Et levant son verre plein du nectar qui reluit,
Dit aux deux dieux assis sur le même nuage :
« Mars, mon frère, Junon, ma sœur. Les humains volages
Nous oublient et brûlent sans peur nos temples déserts.
Les poètes impies ne nous chantent plus des vers
Et au lieu de trembler, rient quand ils entendent
Nos noms terrifiants ! De leurs douces offrandes
En nous dédaignant, les insignifiants mortels
N’appesantissent plus nos somptueux autels,
Ils adorent un dieu sans nom et invisible
Qu’ils craignent sans le voir et qu’ils disent terrible
Et tout-puissant. Ils ploient devant notre rival
Leurs genoux, en tremblant de son courroux fatal
Et en lui disant, dans l’ombre et dans la lumière,
Pour qu’il leur pardonne leurs péchés, nos prières !
Ils assassinent nos fidèles adorateurs
Etouffés par l’encens, victimes de leur fureur !
Nos frères ont péri et nos sœurs sont mortes !
Je vois leurs dépouilles que la mer emporte,
Que dévore la terre et que consume le soleil,
L’univers est empli de leurs lambeaux vermeils
Et des sombres morceaux de leurs statues brisées.
Je suis le dieu des dieux et des hommes la risée,
Moi, Jupiter, divin maître du firmament !
Que devons-nous faire ? » Mars songea un moment
En regardant la lame de son épée énorme
Et répondit : « Les hommes périront par leurs armes.
Dans les champs de bataille, les frères s’occiront
Et le sang lavera leur indicible affront !
Le père tuera le fils, le fils tuera le père
Et les filles dans leurs lits assassineront les mères
Puis dans leurs cœurs remplis de honte et de remords
Plongeront leurs dagues et se donneront la mort.
Par le loup et par le vautour ! Leurs cris sombres,
Quand l’univers sera plein de sang et d’ombre
Au lieu de leurs prières, monteront jusqu’à nous
Et berceront notre invincible courroux ! 
Quant à ce dieu terrible, aux sangliers sauvages,
Aux hyènes et aux lions qui le déchirent avec rage,
Je donnerai chaque jour un morceau de lui. »

Junon caressa son paon docile, puis
Dit à ses deux frères : « Ces hommes misérables
Ne méritent que la mort. Les mères coupables
Seront pareilles à des arbres aux fruits pourris,
Dans leurs ventres je tuerai leurs enfants amaigris
Par la faim, et leurs seins, devenus soudain vides,
A leurs enfants qui naissent seront homicides,
Car je pense aussi à les emplir de poison.
Leurs maris, leur cherchant querelle sans raison,
Fous de jalousie, les croiront infidèles,
Les tueront et tueront leurs amants avec zèle
Puis, lucides à nouveau, périront de dépit
En voyant leurs dépouilles et pleurant sans répit ! »

Jupiter sourit et dit : « C’est bien. Ils doivent
Tous périr, et leur sang rougira les fleuves,
Les ondes des ruisseaux et les flots de la mer.
En flamme je vais bientôt transformer l’univers,
Mon foudre que voici sur ces téméraires
Va tomber, et de vos supplices sanguinaires,
Pour ne point vous priver de la joie d’écouter
Leurs râles, ils gémiront dans l’ombre, épouvantés ! »
Et changeant en actions ses cruelles paroles,
Le roi des dieux prit son foudre qui immole
Tout ce qu’il touche, et reluisant dans sa main,
S’apprêta à le faire tomber sur les humains.

Soudain une voix lugubre et farouche
Sortit du néant qui semblait ouvrir la bouche
Et dans l’immensité vaste hurla : « Jupiter ! »
Pareil au soleil qui se lève dans l’éther,
Un robuste vieillard, tout blanc et sublime,
Apparut. Il avait l’air doux et magnanime
Quand on regardait les ténèbres de ses yeux.
A ses côtés deux hommes ailés et radieux
Se tenaient debout et armés de leurs épées.
Les trois dieux frémirent. Nul chant, nulle épopée
Ne louaient les travaux de ces fiers inconnus.
Dans la main royale le foudre était devenu
Cendre, et Jupiter qui le tenait resta pâle.
Sans bouger, sans dire la moindre parole,
Le vieillard terrible et qui n’avait point de nom
Tua avec une pensée Mars et Junon
Et dit à Jupiter : «Les hommes et le monde
M’appartiennent. Dans la mer je fais rugir l’onde,
C’est moi qui fais surgir les épis des sillons,
Qui emplis la nuit d’ombre et le jour de rayons
Et mets l’enfant dans le sein de la mère ravie.
Je donne la mort et je donne aussi la vie.
Jupiter, je suis Dieu. Ces êtres que tu vois
Sont mes fidèles soldats et n’obéissent qu’à moi.
Je les ai créés de feu et les hommes de fange
Et j’ai moi-même appelé ces vaillants archanges
Michel et Gabriel. Sache qu’ils sont plus puissants
Que toi et tous tes frères réunis. Innocents,
Ils ne font point le mal et ils obéissent.
Obéis toi aussi pour que je te bénisse,
Sois mon prophète, si tu veux être sauvé. »
Jupiter ricana et dit : « Tu as rêvé !
Je t’occirai et je ressusciterai mes frères,
Et je te châtierai, vieillard, comme mon père ! »

L’univers tout entier entendit un grondement
Quand Jupiter tomba du radieux firmament
Cadavre foudroyé et accablé de chaînes
Comme une feuille tombe en hiver d’un grand chêne. 



 Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène