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vendredi 24 avril 2020

L'éveil du père

l'éveil du père

Adam, prophète et patriarche
Fatigué d’une longue marche,
Soudain réveillé par le soleil,
A sombré dans un pesant sommeil.
La terre est sèche comme sa gorge
Et brûlante comme un feu de forge,
C’est cela, la maison des humains !
Il compte avec les doigts de sa main
Les fleurs sans parfum et les herbes ;
Il est loin du Paradis superbe,
Il est loin des anges et de Dieu !
Le soleil affreusement radieux
Lui semble un flambeau sur sa tête,
Dans le printemps il voit la tempête,
Dans le bonheur il voit l’affliction
Et dans la beauté la corruption !
Son épouse dort depuis l’aurore,
Devant lui des bêtes qu’il ignore
Passent comme des spectres rayés,
Il les voit et en est effrayé ;
Qu’est-ce que ce déplorable monde ?
Adam, dans sa tristesse profonde,
Demande pardon à Dieu, revient
En rêvant à l’Éden ancien,
Et privé de sa douce lumière, 
Revoit ses anges et ses rivières.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 16 décembre 2019

Barbe alphabétique

Barbe alphabétique

En contemplant le ciel, la terre et son arche,
Avant le Déluge qui va bientôt gronder,
Le vieux Noé, prophète et patriarche,
D’une immense pitié voit son cœur inondé ;

Il voit déjà le monde après la catastrophe,
Ainsi qu’une poterie brisé par un seul flot,
Comme après un vers on voit une strophe,
Attentif à la mer et ses moindres sanglots.

Bientôt, pareille au feu qui détruit et embrase
Et, inexorable, à chaque soupir grandit,
La goutte d’eau fera déborder le vase
Et Noé soupirera : « Moi, je vous l’avais dit ! »

Sur son arche, à l’abri du courroux des ondes,
Que dans grande serre emportera le vent
Et qui pourra survivre à la fin du monde
Et à d’invisibles rivages va en rêvant.

Le Déluge éteindra le soleil et l’étoile
Comme on éteint dans la nuit un frêle flambeau,
Toute la création marchera dans un voile,
La nuit est le linceul, la mer est le tombeau.

Noé voit tout cela, pareil à un homme ivre
Qui voit de grands spectres en traversant un brouillard,
Et il tient sa barbe comme on tient un livre
Et y lit le destin que comprend son regard.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène