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lundi 28 novembre 2016

Le rêve de Pandore

Le rêve de pandore

Jules Lefebvre, Pandore (1882)

Pandore, vierge blanche et ingénue,
Sur son rocher contemplant les noirs flots,
Rêve toute seule, la nuit venue,
En tenant sa boîte emplie de sanglots.

Elle ne sait pas qu’elle fut créée
Par les dieux terribles et vengeurs ;
Calme et pourtant sans raison effrayée
Devant l’océan comme elle songeur,

Elle ne sait pas que sa sombre boîte
Contient la Folie, la Passion, la Faim,
Le Vice hagard, la Misère qui boite
Et d’autres fléaux sans noms et sans fin,

Et brûle d’ouvrir cette chose immonde
Dans laquelle est caché, présent odieux,
Le crépuscule immense du monde
Qui obscurcira le soleil radieux !

Une étoile luisant sur sa tête
Comme dans un blanc firmament de chair,
Elle ignore que d’affreuses tempêtes
Grondent dans son présent fatal et cher,

Et d’un geste terrible et candide
Sur sa boîte pose sa blanche main
En entendant rouler les flots rapides
Et soupirer tous les maux des humains. 


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 25 novembre 2016

Thétis et Achille

thétis et achille

Jules Lefebvre, Thétis consolant Achille (1858)


Pour consoler son fils inconsolable,
Eploré et dont le cœur est amer,
Thétis a traversé la vaste mer
Avec ses Néréides misérables.

Elle vient essuyer les sombres larmes
Du pauvre héros, son enfant chéri,
Qui pleure Patrocle qui a péri
Et qui s’apprête à prendre les armes !

Sa fureur égale à sa tendresse,
Achille gémit, mais en rugissant
Et crispant le poing de son bras puissant
Aimant les coups d’épée et les caresses.

En tremblant pour lui, sa mère immortelle 
Lui dit : « Mon fils, je comprends tes remords,
Mais quand Hector mourra, tu seras mort !
Comme souffrir cette perte cruelle ?

Je sais que tu brûles de combattre
Hector, et que tu seras victorieux,
Mais faut-il périr pour un nom glorieux
Et que Thétis soit ta marâtre ? »

Et Achille, d’une voix amère,
Répond : « Le destin de Troie a changé.
Patrocle est mort et il sera vengé,
Il me faut des armes pour demain, mère. »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 24 novembre 2016

La mort de Priam

La mort de priam

Jules Lefebvre, La mort de Priam (1861)

Priam, vieillard auguste à la barbe blanche,
Faible comme un oiseau tombé de sa branche,
Les ailes brisées par les houles de l’hiver,
En vain implore Zeus et mille dieux divers.

Son roi allant mourir, toute Troie est morte.
L’ennemi achéen est entré par la porte
Comme un hôte, et toute la capitale blême
Frémit des coups d’Ulysse et de Néoptolème.
Troie s’embrase soudain, comme un radieux flambeau !
Un soleil s’y lève, sinistre et pourtant beau,
Elle s’emplit de sang et s’emplit de cendres ;
On n’a point écouté Laocoon et Cassandre !
Tout s’enflamme plus vite, enivré par l’alcool,
La ville chancelle et on lui coupe le col,
Réveillée tout à coup de son sommeil sombre
Par les coups des épées qui reluisent dans l’ombre !
Dans l’épaisse fumée qui vole des remparts
Les Troyennes cherchent leurs fils, de toutes parts
On entend de grands cris ainsi que des prières
Aux dieux et à l’ennemi ; les dagues meurtrières
Et les longues épées font un carnage inouï
Tout court dans le linceul énorme de la nuit !

Le vieux Priam, vaincu et sentant sa fin proche,
A Néoptolème vainqueur, cœur de roche,
Dit : « Le roi est toujours l’ennemi le plus haï ;
Tue-moi autant de fois que mon pauvre pays. »


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène