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mercredi 5 avril 2017

La Maüsethrum de Bingen

La maüsethrum de bingen

Victor Hugo, La Tour des rats (1847)

Comme un phare dans une mer sombre
Qui jette les vaisseaux sur les écueils,
Portant son éternel habit de deuil,
La Tour endormie rêve dans l’ombre ;

Terrifiant et ténébreux mirage,
On y entend les plaintes des esprits
Des misérables qui y ont péri,
Ensevelis dans le linceul des nuages.

Jadis, le terrible Hatto de Mayence,
Abbé de Fuld, homme avare et mauvais
Qui en commettant son forfait rêvait,
Y enferma des hères sans défense ;

Comme la grève de grains de sable
Ses réserves étaient remplies de blé,
Ils avaient faim, mais ils avaient troublé
Son repos avec leur air misérable.

Que fit alors ce gueux ? Dans une grange
Il enferma, bétail las de marcher,
Ces pauvres assaillis par ses archers,
Et aux lèvres un sourire étrange,

Les fit brûler et leur dit, du supplice
Content : « Entendez-vous les rats siffler ? »
Qui vinrent, comme s’il les eût appelés, 
Le dévorer vivant, sombre milice.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

dimanche 29 janvier 2017

L'ange malade

L'ange malade

Hugo Simberg, Haavoittunut enkeli (1903)

Un ange aux yeux bandés et aux pieds nus
Fardeau sans grâce et sans puissance,
Soupire malgré son innocence,
Porté par deux jeunes hommes inconnus.

Brisé par le destin impétueux,
Ses ailes sont ployées comme sa tête,
Jouet de la ténébreuse tempête
Qui emporte les marins vertueux ;

Frappé d’une éternelle cécité,
Malade et fatigué de voir le monde,
Il passe, comme un vent ou une onde
Dans l’océan de notre adversité !

Les prés sont mornes bien qu’ils soient verts,
Et les ruisseaux, infinis et rapides,
Sont ténébreux bien qu’ils soient limpides,
Et la tristesse du vieux univers

Tombe sur la rêveuse création
Telle une pesante et constante pluie,
Larme incommensurable qu’il essuie
Avec le linceul profond des nations ! 

Où vont ainsi les deux garçons pensifs
Aussi pâles que l’ange qu’ils portent ?
Ils cherchent un abîme ou une porte 
Et traversent les déserts maladifs.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 30 décembre 2016

La mort de Ragnar Lodbrok

La mort de ragnar lodbrok

Hugo Hamilton, Mort de Ragnar Lodbrok (v.1830)

Ragnar Lodbrok, héros qu’accablent les chaînes
De ses ennemis furieux aux cœurs pleins de haine,
Sourit dans sa fosse, mordu par les serpents
Comme un pesant anneau un doigt l’enveloppant.

Le roi Ælla sourit, lui aussi, dans l’Histoire
Croyant entrer grâce à cette lâche victoire,
Car en tuant Ragnar, un seul homme, il croit
Tuer tous les Vikings, tous leurs jarls et leurs rois.
Ce n’est point un homme ; c’est Odin qu’il enchaîne,
Et c’est Thor qui a pris soudain forme humaine
Et gît pâlement, près de son marteau brisé,
Dans ce trou venimeux, par la guerre épuisé !
Les serpents, eux, voyant ce guerrier stoïque,
Hésitant à mordre son corps héroïque
Comme s’ils tremblaient de s’empoisonner eux-mêmes,
S’enroulent lentement autour de son sein blême ;
Ses ennemis sur sa dépouille font pleuvoir
Leurs immondes crachats, frissonnant de le voir
Briser soudain ses fers et sortir de sa fosse
En raillant de sa mort la nouvelle fausse.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 11 décembre 2016

Cosette

cosette

Émile-Antoine Bayard, Illustration pour Cosette (1862)

Pieds nus sous la pluie cruelle
Qui lui fera des bleus partout,
Tenant un balai plus grand qu’elle,
Cosette, opprimée par la toux,

Domestique frêle et rose,
Vêtue d’un éternel haillon,
Enfant devenue une chose,
Soupire loin des rayons !

Son horrible maigreur rappelle
Celle d’un chien mal nourri,
Avant, pourtant, elle était belle,
Jeune fruit tombé qui pourrit !

Elle craint tous les adultes
Et n’ose parler qu’en tremblant
Du bâton ou de l’insulte
Qui brisent son petit corps blanc ;

Elle souffre comme une femme,
Esclave de la Thénardier,
Marâtre sombre et infâme,
Et veut jouer et étudier

Comme on le fait à son âge ;
Son supplice va-t-il finir ?
Elle croit voir dans l’orage
Fantine, sa mère, revenir.


Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène