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vendredi 17 avril 2020

Le brumeux et le terrible

le brumeux et le terrible

Souvent, notre pâle conscience,
Comme un défunt de son linceul,
Se voile d’une brume immense,
Quand nous sommes pensifs et seuls.

Nous allons alors dans une ombre
Plus pesante que l’univers
Qui devient aussi vaste et sombre
Qu’un long et ténébreux hiver ;

Nous voyons les frêles choses
Dans un miroir lointain, cassé,
Les pétales sans voir la rose,
Les souvenirs sans voir le passé ;

Le ciel devient un grand nuage.
Couteau rouillé la nuit tiré,
Il terrifie même les sages ;
De leurs doutes nombreux paré,

Ils deviennent ses étoiles,
Et dans cette insondable mer
Les sages voient, comme des voiles,
Errer leurs questionnements amers

Et les spectres des théories
Hurler dans leurs immenses tours
Jusqu’à rendre l’homme qui prie
À ses propres prières sourd.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 27 janvier 2018

Conte: Le terrible Pommelé (Partie IX)

CONTE: LE TERRIBLE POMMELÉ (PARTIE ix)


IX. Comment Kilian parvint enfin à épouser la princesse

Les deux rivaux chargent, la lutte est sans pitié ;
Ils se mordent, se frappent avec inimitié,
Pommelé est protégé grâce aux peaux épaisses,
Toutefois, contre le seul de son espèce.
La flamme du goudron s’élève ; Kilian
Descend rapidement, tremblant mais vaillant,
Enlève la bride de Pommelé, va la mettre
Sur l’autre cheval dont il devient le maître,
Vaincu, il se laisse dompter sans nul courroux,
Aussi docile qu’un mouton et aussi doux.
Les deux chevaux sont l’un à l’autre si semblables,
Aussi grands tous les deux et aussi formidables,
Que seul leur maître peut maintenant les distinguer.
Kilian revient, fou de joie, encore briguer
La main de sa belle, sûr de sa réussite.
Le roi en est ébloui. Toutefois il médite
Et dit à Kilian : « C’est un superbe cheval
Qui convient à ma fille, auguste et triomphal.
Je vous en remercie. Mais il faut que je sache
Si vous méritez ma fille : qu’elle se cache
Deux fois et que vous la trouviez, et vous aussi.
En trouvant ma fille vous aurez réussi,
Mais vous échouerez si c’est elle qui vous trouve. »
« Encore une épreuve ! Tant d’exploits vous prouvent
Pourtant mon mérite ! s’écrie Kilian, fâché.
Je vais vous obéir, pourtant et me cacher
Si bien, que nul ne me trouvera. J’espère
Que cette épreuve va être la dernière. »
La princesse se change aussitôt en canard
Et se pose au bord d’un étang, loin des regards.
Pommelé dit à Kilian cette métamorphose,
Il la trouve ; morceau de pain, on la pose
Sur la table, et Kilian la trouve de nouveau.
A son tour maintenant. Il parle à ses chevaux
Pour qu’ils lui prodiguent leurs conseils, puis se change
En puceron, suivant leur idée étrange,
Et se cache dans le naseau de son cheval.
La princesse cherche, cherche, en vain. L’animal
Sourit ; Kilian se change en globule de terre
Et se cache à l’instant sous une grosse pierre.
La princesse est vaincue, comme le roi surpris,
Kilian l’épouse, et ils sont l’un de l’autre épris.

[FIN DU CONTE: LE TERRIBLE POMMELÉ]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

jeudi 25 janvier 2018

Conte: Le terrible Pommelé (Partie VIII)

CONTE: LE TERRIBLE POMMELÉ (PARTIE VIII)


VIII. Les prescriptions de Pommelé avant la lutte contre son adversaire

Pommelé, sans qu’il ne se lasse, franchit encore
Cent forêts, cent ravins, cent cieux, jusqu’à l’aurore.
Tout à coup il s’arrête et tout à coup hennit.
« Entendez-vous ceci ? » « Oui, c’est vaste, infini !
Répond Kilian. C’est un hennissement, il me semble,
Qui répond puissamment au tien, et j’en tremble. »
« Vous l’entendrez encore et ne l’oublierez pas. »
Le même hennissement répond avec fracas,
Vingt lieues plus loin, plus fort et plus formidable,
A celui de Pommelé, grand cri insondable.
« Vite, dit Pommelé, il vous faut me couvrir
Avec les peaux de bœufs, et ce tonneau l’ouvrir
Et le répandre par terre. Montez ensuite
Sur ce sapin, et ne prenez pas la fuite :
Le cheval demandé par le roi va venir,
Lui et moi nous allons lutter, rugir, hennir,
De ses grands naseaux vont jaillir des étincelles
Qui mettront le feu au goudron ; voyez icelles :   
Si la flamme tombe, je suis vaincu ou mort,
Mais si elle monte, j’ai été le plus fort,
Descendez du sapin, prenez alors ma bride
Après avoir ôté rapidement ma nébride,
Et mettez la bride sur lui. N’ayez pas peur,
Il sera docile si je suis le vainqueur. »
Kilian obéit en tremblant. L’adversaire
De Kilian vient, avec un bruit de tonnerre,
Courroucé, indompté, hennissant, rugissant,
Et il est aussi grand que Pommelé et puissant ;
La lutte, furieuse, sur-le-champ commence,
Et les deux ennemis se battent sans clémence.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 21 janvier 2018

Conte: Le terrible Pommelé (Partie VII)

CONTE: LE TERRIBLE POMMELÉ (PARTIE VIi)


VII. Kilian et Pommelé affrontant de nouveaux hasards, plus grands que les autres

Kilian à son cheval dit : « Hélas, cher Pommelé,
Je crois que le Destin maintenant a parlé :
Il faut donc que j’oublie ma belle princesse
Et son père qui ne tient point ses promesses
Et se permet de les oublier car il est roi !
Jamais je ne trouverai un cheval tel que toi. »
« Ce cheval existe, mais il est indocile,
Et le trouver n’est point une tâche facile,
Réplique Pommelé, il habite l’enfer.
Il me faudra deux fois plus d’acier et de fer,
Il faut que mes sabots soient comme des serres,
Douze sacs de seigle et d’orge, nécessaires,
Ainsi que douze bœufs pour ma quête égorgés
Avec douze cents clous pointus et bien forgés
Dans leur peau, et enfin, chose fort importante,
Un tonneau de goudron ». Après cinq jours d’attente,
Tous ses préparatifs sont faits. Sur son cheval
Kilian monte, tel un guerrier triomphal.
Le cheval court, court, court ; commençant son voyage,
Il semble chercher un port dans les nuages.
Pommelé dit tout à coup à son maître surpris :
« Entendez-vous ce bruit ? » « Oui, on dirait un cri
Terrible, qui nous suit dans les vastes nuées
Par quelque chose de lugubre remuées ! »
Répond Kilian. « Ce sont de féroces oiseaux
Voulant nous arrêter. Avec ces grands ciseaux
Faites un trou dans les sacs de seigle et d’orge. »
Grondant comme un fer tout chaud dans une forge
Frappé par le marteau, les oiseaux infernaux
Veulent les encercler comme le doigt l’anneau,
Mais ils voient le seigle et l’orge, et ces créatures
Oublient leurs victimes et se mettent à manger,
Et Pommelé et Kilian s’éloignent du danger.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 19 janvier 2018

Conte: Le terrible Pommelé (Partie VI)

CONTE: LE TERRIBLE POMMELÉ (PARTIE Vi)


VI. Les deux épreuves suivantes

Kilian, que cette épreuve inattendue fâche,
A son cheval Pommelé dit sa nouvelle tâche.
Pommelé lui répond : « Je puis les émacier,
Soixante livres de fer ainsi que d’acier
Me seront toutefois, maître, nécessaires. »
Pommelé est ainsi ferré, l’allure fière.
Il frappe avec force les rocs cachant le ciel
Et il les fait tomber avec un fracas tel
Qu’on pense que l’azur lui-même se brise.
Aussitôt tombée la grande muraille grise,
Le soleil éclaire de nouveau le palais
Comme un vaste flambeau ou un fleuve de lait,
Tout radieux, apportant la paix et la lumière.
« Je vous ai obéi, le soleil vous éclaire,
Dit Kilian au roi, allez-vous honorer
Votre promesse, enfin, et vouloir déclarer
Que je suis désormais l’époux de la princesse ? »
Le roi hésite un peu, réfléchit, s’embarrasse,
Puis répond à Kilian : « Vous avez accompli,
Votre mission, mais un devoir n’est pas rempli
Envers ma fille : avant que d’aller à l’église,
Le jour de son mariage elle doit être assise
Sur un cheval aussi beau que le vôtre et grand. »
« Encore une épreuve ! Pourtant, en vous offrant
Mon aide, vous vouliez uniquement que je sauve
Votre chère fille de ce Trolle fauve !
S’écrie Kilian, je l’ai fait, j’ai fait mon devoir,
Car j’aime votre fille et je veux la revoir
Et l’épouser, et je ferai tout pour elle !
Mais votre hésitation est absurde et cruelle,
Vous avez abusé beaucoup de ma bonté. »
« Voulez-vous ma fille ? Telle est ma volonté. »
Répond froidement le roi, et Kilian se lamente
Et va dire à Pommelé ce qui le tourmente.

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

mardi 16 janvier 2018

Conte: Le terrible Pommelé (Partie V)

CONTE: LE TERRIBLE POMMELÉ (PARTIE V)


V. Les deux premières épreuves auxquelles Kilian fut soumis

Pommelé est ferré comme il l’a demandé.
Le péril, par tant de héros appréhendé,
Ne l’empêche pas de se rendre bien vite
Au mont où le Trolle ravisseur habite,
Aussi droit et poli qu’une glace et un mur,
A l’aspect ténébreux, effrayant et dur.
Sur les parois Pommelé rapidement s’élance   
Comme le tonnerre des cieux, avec violence ;
Il s’élance une autre fois en faisant le bruit
D’une chaîne de rocs qui s’écroule sous lui ;
Une troisième fois, il atteint la cime
Du mont maudit, pareille à un fond d’abîme.
Kilian aperçoit la princesse, pleurant
Dans une sombre grotte, et aussitôt s’y rend,
Prend la princesse dans ses bras et l’espère,
La met sur la selle et la ramène à son père.
Le roi est fou de joie d’enfin la revoir
Et il doit lui aussi faire son devoir
Et accomplir sans plus tarder sa promesse
D’accorder à Kilian la main de la princesse
Et lui offrir de son royaume la moitié.
Ses jaloux courtisans sans honneur ni pitié
Le préviennent contre Kilian, il les écoute
De son honorable gendre à cause d’eux doute
Et veut lui imposer une autre épreuve. « Avant
Que le mariage ait lieu, dit-il en se levant,
Je voudrais profiter de la douce lumière
Du soleil radieux qui à peine m’éclaire
A cause de cette collection de rochers. 
Abattez-la. » « Comment ! s’écrie Kilian fâché,
Pourquoi n’honorez-vous pas votre promesse ?
J’aime toutefois votre fille, et je confesse
Que pour elle je peux braver tous les dangers,
Abattre tous les rocs, ensuite les ranger. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 10 janvier 2018

Conte: Le terrible Pommelé (Partie IV)

CONTE: LE TERRIBLE POMMELÉ (PARTIE iv)


IV. La mission que Kilian se vit obligé d’accomplir

Tout le palais était jaloux de la gloire
De Kilian, et empli de pensées noires,
Et tous passaient leur temps à toujours méditer
Comment la lui voler et le discréditer.
Un jour on dit au roi qu’avec vantardise
Le nouveau racontait la sombre couardise
De tous les chevaliers du roi, et qu’il pouvait
Terrasser le Trolle ainsi qu’il se devait.
Le roi le convoqua. « Mets-toi à l’ouvrage ;
Puisque tu dis avoir la force et le courage
De terrasser le Trolle et de pouvoir sauver
Ma fille, eh bien ! tu dois le faire et le prouver. 
Commanda-t-il, si tu connais la réussite,
Je te donnerai ma fille Marguerite ;
En revanche, si tu échoues, tu seras mort. »
En vain Kilian dit qu’il n’était pas assez fort
Pour terrasser un Trolle, et avec surprise
Qu’il n’avait point pensé à cette entreprise,
Le roi ne voulut rien entendre, et il était
Obligé d’obéir, alors, et s’inquiétait.
Il va dire à son cher cheval : « Le roi me somme
De sauver sa fille, non des griffes d’un homme,
Mais d’un Trolle qui l’a capturée ! Mon ami,
Voilà une mauvaise affaire, et j’en frémis. »
Pommelé lui répond calmement : « Mon maître,
Ne vous inquiétez point, je ne puis permettre
De vous perdre, et pour vous je braverai l’enfer.
Mais il faut quarante livres d’acier et fer
Pour me ferrer les pieds, pour que le roi puisse
Revoir sa fille, et pour que tout nous réussisse. » 

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 8 janvier 2018

Conte: Le terrible Pommelé (Partie III)

CONTE: LE TERRIBLE POMMELÉ (PARTIE III)


III. Le retour de Kilian et de Pommelé chez le roi

A ses frères Kilian dit : « Je vais vous donner
Mes juments, que je veux bien vous abandonner,
– Vous voyez qu’elles sont fort grandes et belles
Et qu’aux ordres elles ne sont point rebelles –
Pourvu que vous ferriez Pommelé, mon cheval
Comme il sied, frères, à un si bel animal,
Et lui donniez une bride et une selle
Qui soient des plus grandes ainsi que des plus belles. »
Cette proposition obtint leur consentement.
Pommelé fut ferré en deux jours adroitement
Et de telle sorte qu’il faisait jusqu’aux nues
Voler des rocs fort lourds au-delà de la vue.
Sa bride et sa selle étaient faites en or.
« Mon maître, le palais du roi se trouve au nord,
Dit à Kilian cette étrange créature,
Il me faut un logis et de la nourriture,
Faites que je les aie. » Ils s’en vont tous les deux.
Le roi les voit, à sa fenêtre ; étonné d’eux,
Il s’écrie : « Quelle étrange et belle monture,
Que je n’ai jamais vue dans mes aventures ! »
Kilian lui demande : « Souffrez-vous donc, mon roi,
Que votre serviteur réobtienne un emploi ? »
« Certainement », répond le roi. « Donc je vous prie
De trouver pour Pommelé une grande écurie   
Et de faire en sorte qu’il soit très bien nourri. »
« Votre charmant cheval ne sera point marri :
Pour lui seul il aura, si je le commande,
Mon écurie la plus belle et la plus grande,
Et mangera l’herbe fraîche cueillie pour lui
Et la meilleure avoine, à l’aspect qui reluit. »

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

samedi 6 janvier 2018

Conte: Le terrible Pommelé (Partie II)

CONTE: LE TERRIBLE POMMELÉ (PARTIE II)


II. Ce que Kilian fit de son humble héritage

Kilian trouve douze juments broutant l’herbe
Sur la colline, et douze poulains superbes
Dont un se distingue par sa force et l’éclat
De sa longue et chaste robe. « Que vois-je là ? 
S’écrie Kilian, quelle beauté altière,
Petit cheval à la grande crinière ! »
« Merci, répond l’étrange animal, toutefois
Je serai beaucoup plus fort et beau si je bois
Le lait de ces douze juments, et si, maître,
Vous tuez ces poulains pour me voir renaître. »
Ce fut fait. L’année finie, le cheval appelé
Par son maître, en raison de sa couleur, Pommelé,
Devint si grand qu’on ne parvenait pas sans peine
A monter sur son dos aussi haut qu’une haleine,
Et qu’on l’eût cru un mont, tellement il était plein ;
Chaque jument avait de nouveau son poulain.
A son maître Pommelé fit la même demande.
Sa crinière devint comme la mer grande
Et sa peau reluisait comme un radieux soleil
Qui emplit de ses feux le firmament vermeil ;
Pour qu’on pût le monter, il devait se mettre,
En courbant les genoux, sur le sol, à plat ventre.
Pommelé était enfin tout prêt à partir loin
De son vert pâturage, et en avait besoin.
Les frères de Kilian devant cette merveille
De la création, à nulle autre pareille,
Demeurèrent bouche bée et étaient éblouis :
Comment donc leur cadet, le petit Kilian, lui !
Pouvait-il posséder cette belle furie
Que le roi n’avait point eue dans ses écuries ?

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène