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CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE VIi)
VII. Les épreuves imposées par le roi, et comment le
jeune homme gagna la main de la princesse
« Jeune homme, tu auras ma fille,
dit le roi
Et à une dot de sept cents métairies
droit
Quand tu me montreras un homme capable
De lamper comme un peu d’eau et comme un
diable
Sept bordelaises de vin. » Sans
être irrité,
Le jeune homme répond : « Si c’est
la vérité,
Nous serons tous les deux contents. D’une
falaise
Je suis prêt à sauter. Où sont vos
bordelaises ? »
On les apporte. Alors le garçon va
chercher
Celui qu’il a trouvé seul en train de
mâcher
Son cep de vigne. Et le hère, sans qu’il
n’en meure,
Lampe promptement son vin en moins d’une
heure.
Le roi est stupéfait. « Jeune
homme, il faut aller
Trouver un bonhomme qui puisse avaler
La viande de sept bœufs dans une heure. »
« Il arrive !
Dit le garçon au roi, et tous les
convives
Voient venir un homme chétif et
nonchalant –
L’affamé qui rongeait un os de vache
blanc –
Il dévore en moins d’une heure toute la
viande,
Et même, après l’avoir mangée, en
redemande.
« Roi, dit le jeune homme de
patience s’armant,
Honorez maintenant votre premier
serment. »
« Ma fille ne veut pas de toi, et
elle baille
En entendant ton nom. » « Tu
mens ! Faisons bataille. »
Le roi mande tous ses soldats, pour cet
affront
Prêt à le châtier. Il va trouver le
bûcheron
Et l’homme au soufflet grand comme une
grande église.
Le bûcheron, avec sa hache et à la
surprise
Du roi, massacre tous les combattants vaillants ;
L’homme au soufflet se tient face à ses
assaillants
Et fait voler boulets de fer, balles,
pierres.
Le roi, désespérant de gagner la guerre,
Crie : « arrête, arrête !
Ne soyons plus ennemis !
Tu auras ma fille et aussi, comme
promis,
Sept cents métairies en dot ». Et
le soir même
Le jeune homme épouse la princesse qu’il
aime,
Et ils vivent longtemps, aussi riches qu’heureux,
Aidant tous les manants et tous les
miséreux.
[FIN DU CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE]
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2209.
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vendredi 20 avril 2018
Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie VII)
jeudi 19 avril 2018
Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie VI)
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CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE Vi)
VI. Les autres voyageurs, et le retour du jeune
homme au château du roi
Les trois voyageurs voient un bûcheron
qui porte
Sur son robuste dos, comme une chose
morte,
La moitié d’une coupe entière de forêt.
Le jeune homme commande au navire l’arrêt.
« Que fais-tu donc, l’ami ? » « Ma
marâtre me crie
Que je rapporte peu de bois, avec furie.
Elle me traite sans amour et sans pitié !
Alors j’ai décidé de charger la moitié
D’une forêt sur mon dos, bourreau de
moi-même,
Pour qu’elle me laisse enfin tranquille
ou m’aime. »
« Viens avec nous, l’ami, et tu
seras content. »
Reprenant leur chemin sans attendre
longtemps,
Les quatre compagnons continuent leur
voyage
Et voient un homme souffler vers les
nuages
Armé de son soufflet comme une église
grand.
Le jeune arrête son beau navire errant.
« Que fais-tu, mon ami ? »
« De quoi je me mêle ?
Pour chasser le mauvais temps ainsi que
la grêle
Qui pourraient emporter nos récoltes, je
viens
Souffler tous les matins et protéger les
miens. »
« Viens avec moi l’ami. » « Mais
j’ai fort à faire ! »
« C’est l’été, mon ami, et si tu le
préfères
Tu pourras revenir chez toi à tout
moment. »
L’homme monte avec eux, et bien
rapidement
Ils arrivent au château du roi. « Voyez,
sire,
Dit le jeune homme au roi, ce merveilleux
navire
Qui marche sur terre ; je vous l’ai
apporté.
Devant votre château il est en sûreté.
Maintenant honorez, roi, votre promesse :
Sept cents métairies et la main de la
princesse. »
[A SUIVRE]
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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mercredi 18 avril 2018
Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie V)
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CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE V)
V. Qui était en vérité le vieux mendiant, et ce qu’il
demanda au jeune homme de faire
« Jeune homme, commande, dit le
patriarche,
Ce Navire enchanté sera la deuxième
arche
Et il t’obéira au doigt et à l’œil
Ainsi qu’un serviteur zélé et sans
orgueil. »
Le jeune homme essaye : « Recule,
navire ! »
Il recule. « Navire, avance ! »
Un sourire
Aux lèvres, le navire avance. « Maintenant
Tourne ! » Et le navire
tourne. Alors s’étonnant
De tous ces prodiges, le jeune demande
Au vieil homme : « Qui es-tu ? »
« C’est moi qui commande
Tout ici-bas : la nuit et le soleil
radieux.
Je suis, jeune homme au cœur généreux,
le bon Dieu.
Ce navire est à toi et je te le donne. »
Le jeune homme se dit : « J’ai
donc fait l’aumône
Au bon Dieu ! » et il se
prosterne devant lui.
Dans son navire qui comme le soleil luit
Il monte, et le bon Dieu lui demande d’attendre
Et lui dit, tout au long de son chemin,
de prendre
Ceux qu’il rencontrera. Le navire, en
rêvant,
Part, aussi rapide que l’éclair et le
vent,
Et marche sur terre comme dans un songe.
Le jeune homme aperçoit un homme qui
ronge
Un cep de vigne, et qui semble affamé et
las.
« Navire, arrête ! » « Mon
ami, que fais-tu là ? »
« Je suis pauvre, et le vin est
bien cher cette année !
Je ronge alors ce cep comme une âme
damnée
Car il me rappelle le goût perdu du vin. »
« Viens avec moi, l’ami, ce ne sera
point vain. »
Ils voient, cent lieues plus loin, un
homme misérable
Qui ronge un os tout blanc, de vache,
comme un diable.
« Que fais-tu, mon ami ? »
« Hélas ! faute de mieux
Je ronge cet os, la viande est un bien
précieux
Cette année, trop précieux. Cela me
rappelle
Le goût de la viande, qui est tendre et
belle. »
« Monte avec moi, l’ami ». Et
les trois voyageurs
Continuent à errer, bien contents et
songeurs.
[A SUIVRE]
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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lundi 16 avril 2018
Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie IV)
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CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE iv)
IV. Comment le troisième fils de la veuve réussit à
trouver le Navire marchant sur terre
Le dernier des trois fils dit : « Je
veux partir, mère,
Chercher le navire qui marche sur terre. »
Et il part sans tarder dès l’aube du
lendemain,
Avec son pain noir et son bâton à la
main.
Il s’assied au bord de la même fontaine
Que ses frères, et voit l’apparition
lointaine
D’un vieil homme qui vient lui dire : « Hélas,
hélas !
J’ai bien faim, j’ai bien soif, je suis
pauvre et très las !
Donne-moi à manger, jeune homme, je t’en
prie,
Pour l’amour de Dieu et de la Vierge
Marie. »
Le jeune homme sourit doucement : « Avec
plaisir,
Même si tu n’auras pas vraiment à
choisir !
Prends, pauvre homme, cette miche de
pain, et mange. »
« Sois béni par Dieu, par ses saints et
ses anges.
Non, toi, prends celle-ci. » Et le
jeune homme sort
Une miche de pain qui reluit comme l’or
De sa besace, aussi tendre que la rosée,
Et comme par magie est métamorphosée.
« Où vas-tu, jeune homme ? »
« Pour ne rien te cacher
D’un village lointain je viens ici
chercher
Le Navire du roi, qui marche sur terre,
Et pour cette raison matin et soir j’erre. »
« Jeune homme, dors ici et ne t’inquiète
point.
Ce Navire enchanté n’est pas de toi si
loin.
Repose-toi, à ton réveil, noble jeune
homme,
Tu seras bien content. » Il fait un
petit somme
Et quand il se réveille il voit, tout
ébloui,
Le Navire marchant sur terre devant lui,
Peint de toutes couleurs, avec d’énormes
voiles
De soie rouge, des mâts d’argent, des
étoiles
Au front, en bois radieux et aux
cordages d’or.
Il se frotte les yeux et croit qu’il
rêve et dort.
[A SUIVRE]
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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dimanche 15 avril 2018
Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie III)
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CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE IiI)
III. L’échec du cadet des trois fils de la veuve
Le cadet des trois fils dit : « Ma
mère, demain
Je voudrais, à mon tour, aller par les
chemins
Chercher le Navire qui marche sur terre. »
A la pointe de l’aube il part, et il
erre
Son bâton à la main et, comme son aîné,
Le pain que sa pauvre mère lui a donné
Dans sa besace, prêt aux grandes
aventures
Et à braver toutes sortes de créatures :
Monstres, ogres...allant comme va le
destin.
Or pour déjeûner, à dix heures du matin,
Il s’assied au bord de la même fontaine
Qui a vu son frère aux paroles
hautaines.
Un pauvre hère passe et lui dit : « Ah,
j’ai faim !
Beau jeune homme, aide-moi, ou pour moi
c’est la fin.
Donne-moi à manger. » « Je n’ai
qu’une miche
De pain, et c’est pour moi. Va-t’en,
vieux derviche ! »
Lui répond rudement le jeune homme
furieux.
« Où vas-tu, jeune homme ? »
« Bien loin de toi, le vieux !
Je poursuis mon nez et mon cul le
pourchasse. »
« Ah, que tu es grossier ! »
« Par ici je passe
Car je veux trouver des quenouilles.
Maintenant
Va-t’en, ou mon bâton te rossera. »
Et tenant
Son bâton, menace le vieux mendiant fragile.
« Eh bien, tu trouveras des
quenouilles ». Agile
Et fort, le jeune homme se remet à
marcher
Pour trouver le Navire il est venu
chercher.
Comme son frère il est devant la
métairie
Et vaincu par la faim, implore, prie et
crie.
On le chasse et on lui jette en le
raillant
Une quenouille. Et le jeune homme
vaillant,
Mais rustre, après une courte vie de
sauvage
Avec ses quenouilles revient au village
Et dit à sa mère : « Que
la fille du roi
Cherche un autre mari ; ce ne sera
pas moi. »
[A SUIVRE]
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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samedi 14 avril 2018
Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie II)
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CONTE: LE NAVIRE MARCHANT SUR TERRE (PARTIE II)
II. Pourquoi le jeune homme échoua dans sa quête
Le jeune homme s’assit au bord d’une
fontaine
Pour déjeûner. Une femme à peine
humaine,
Courbée en deux par l’âge et par la
pauvreté
Passa près de lui, et il la vit s’arrêter
Et dire : « Jeune homme,
la faim me torture !
Aide-moi, aide une pauvre créature
Que l’âge fatigue et qu’opprime le
destin. »
« Quant à moi, j’ai marché depuis le
matin,
Répondit froidement le jeune homme. Ma
vieille,
Nos deux conditions sont tout à fait
pareilles,
Je n’ai qu’un peu de pain et, hélas, il
est mien.
Passe donc ton chemin, je ne te donnerai
rien. »
« Où vas-tu, jeune homme ? »
« Tu n’es jamais lasse ?
« Je suis mon nez, et mon cul le
pourchasse. »
« Ah ! que tu es grossier !
Parle-moi honnêtement. »
« Tu es apparemment malade d’entêtement !
Sache que ce sont des aiguillons que je
cherche. »
« C’est que tu trouveras. Va, je
meurs, et toi marche. »
Le jeune homme, qui la regarde avec
dédain,
Après avoir achevé sa michette de pain,
Continue à marcher. Quand le soleil se
couche,
Terrassé par la faim, il s’arrête,
farouche,
Au seuil d’une grande métairie. « Métayer !
S’écrie-t-il, pour l’amour de Dieu, sans
t’effrayer,
Donne-moi à manger, mon ami, je t’en
prie ! »
« Décampe, fainéant ! Va-t’en
d’ici ! » Lui crie
Le métayer, qui lui lance son aiguillon.
Le jeune homme le prend et dans d’autres
rayons
Et d’autres ombres cent jours entiers il
marche
Et prend les aiguillons sans trouver ce
qu’il cherche.
Las enfin de manger l’herbe et de boire
l’eau,
Ainsi qu’un animal, des paisibles
ruisseaux,
Le jeune homme retourne un matin chez sa
mère,
Presque mort de fatigue et l’âme fort
amère.
Sa mère lui demande : « Alors,
as-tu trouvé
Le Navire du roi ? » Le pauvre
réprouvé
Lui répond : « Non. J’ai cent
aiguillons et rien d’autre.
Que la fille du roi trouve un différent
maître. »
[A SUIVRE]
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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vendredi 13 avril 2018
Conte: Le Navire marchant sur terre (Partie I)
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CONTE: le navire marchant sur terre (PARTIE I)
I. Le fils aîné d’une pauvre veuve voulant s’acquitter
de sa royale mission
Il était une
fois un roi très malheureux
Bien qu’il fût
très riche, fort puissant et bien preux.
Sa fille avait
un bon cœur et un bon visage
Et comme les
saintes était douce et sage.
Le roi pensait,
nuit et jour, du matin au soir,
Y repensant comme
au plus sacré des devoirs :
« Il me
faut un navire marchant sur terre. »
Nul ne pouvait
toutefois le satisfaire,
Et c’était la
source de son sombre tourment,
Oubliant son
dessein, de nouveau le formant,
A l’aurore
constant et le soir volage.
Dans toutes les
villes et dans tous les villages
Il fit
tambouriner : « Ran plan plan, ran plan plan !
Oyez, oyez !
Le roi de ce pays voulant
Un navire
marchant sur terre, s’engage
A donner sa
fille la princesse en mariage
Et sept cents
métairies en dot, à l’homme heureux
Qui le lui
offrira. » Or quatre miséreux,
Trois fils ainsi
qu’une pauvre vieille veuve,
Vivaient en ce
temps-là. « Grâce à cette épreuve,
Dit l’aîné des
trois fils, la misère et la faim
Et le supplice
qu’est notre vie prendront fin.
Je vais partir
chercher partout où le pas erre
Le navire du roi
qui marche sur terre. »
La veuve donne à
son fils sa bénédiction,
Ce dernier, pour
remplir la royale mission,
Part à la pointe
de l’aube, l’âme point lasse,
Un bâton à la main
et dans sa besace
Une miche de
pain comme la nuit noir,
Et pour sa
famille veut faire son devoir.
[A SUIVRE]
Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène
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dimanche 7 juin 2015
Conte: Les sept paires de souliers de fer et les trois baguettes de bois (Partie II)
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CONTE: LES SEPT PAIRES DE SOULIERS DE FER ET LES TROIS BAGUETTES DE BOIS (PARTIE Ii)
II. Les présents que deux vieillards et un ermite
firent à Catarinella pendant son voyage
La beauté voyagea, apparition altière,
Pendant trente jours et trente nuits
entières
Sans s’arrêter. Enfin, lasse, elle
rencontra
Une immense forêt profonde où elle
entra.
Contente, elle y vit une petite lumière ;
« Cela vient sans doute de quelque
chaumière,
Pensa-t-elle ; si je pouvais y
parvenir,
J’y passerais la nuit et pourrais l’y
finir. »
Elle pressa le pas et trouva, en
pierres,
En ruines, couvertes de ronces et de
lierres,
Une vieille maison délabrée. « Pan !
Pan ! Pan ! »
Quelqu’un lui demanda, à la porte
frappant :
« Qui êtes-vous ? » « Ouvrez-moi,
je vous en supplie !
Lui répondit-elle. Par les lieues pâlie,
Je suis une pauvre fille, en réalité,
Qui demande pour la nuit hospitalité. »
Un vieillard lui ouvrit, que les années
courbent
Et qui avait une longue et blanche barbe
Auguste et qui lui tombait jusqu’aux
genoux.
A Catarinella il dit d’un air bien doux :
« Entrez, mon enfant ; vous
voir est bon présage,
Depuis cent ans je n’ai point vu un seul
visage.
Que venez-vous faire, seule en ces bois
lointains ? »
« J’y viens, dit-elle à son hôte,
car mon destin
Est de courir le monde, et le faisant j’espère
Que j’userai ces trois baguettes et ces
sept paires. »
Et elle raconta au vieillard
bienveillant
Tout ce qui lui était arrivé. S’éveillant,
Elle voulut partir après la nuit noire.
Le vieillard lui dit : « Prends,
mon enfant, cette poire,
Elle te permettra quand tu veux de jouer
Une musique qui fait les fleurs éjouer.
Va au palais du roi ; à la poire
enchantée
Lorsque tu diras – n’en sois point
épouvantée – :
Poire, ne m’oublie pas, étonnée tu seras,
Et en quelques instants, ma fille, tu
verras
Immense et prodigieux, sortir soudain de terre
Le palais où le fils du roi est devenu
pierre. »
Elle remercia pour son présent le
vieillard.
Après avoir marché dans maints sombres
brouillards,
Traversé des fleuves et passé des
montagnes,
Elle vit bêcher, dans une vaste
campagne,
Près de sa cabane un vieil homme tout
chenu.
« Qui es-tu ? lui dit-il, nul
ici n’est venu
Depuis que j’ai quitté les hommes et
leur monde,
Aimant la solitude à cet endroit
immonde. »
Elle lui raconta ses baguettes et
souliers
Et toute son histoire, sans aussi
oublier
De demander asile pour cette nuit
sombre.
Dès que la douce aurore en dissipa l’ombre
Et alors qu’à partir elle se préparait,
Le vieillard dit à la fillette qui
errait :
« Prends cette noix magique, qui te
sera utile.
Il sortira de terre un moulin fertile
Lorsque tu lui diras : noix, noix,
ne m’oublie pas.
Que Dieu te sauve du malheur et du
trépas !
Pars, sur ton chemin tu trouveras un
ermite
Qui n’a qu’une cabane et une marmite
Et qui te donnera quelque chose à son
tour. »
Errant pendant un an comme les vieux
pâtours,
Elle vit l’ermite et lui fit la demande
Qu’elle fit aux vieillards. « Grâce
à cette amande,
Lui dit-il, tu pourras faire parler les
morts
Et les faire danser même malgré leur
sort.
Tu trouveras la cité après cette
montagne ;
Va, que notre Seigneur t’aide et t’accompagne. »
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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samedi 6 juin 2015
Conte: Les sept paires de souliers de fer et les trois baguettes de bois (Partie I)
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CONTE: LES sept paires de souliers de fer et les trois baguettes de bois (Partie i)
I. La voix qu’entendit
Catarinella au Monte Incudine, et la mission qu’on lui ordonna d’accomplir
Catarinella et
ses deux sœurs blondines
Allaient chercher
du bois au Monte Incudine,
Tous les jours
une voix lui disait : « Va plus haut,
Catarinella, n’aie
point peur car il le faut. »
Les jeunes
filles eurent d’abord peur de l’entendre,
Mais cette voix
était si invitante et tendre
Que Catarinella
s’y familiarisa
Et, courageuse
qu’elle était, s’héroïsa.
Un jour elle dit
à ses sœurs tremblantes
Qui étaient
moins braves qu’elle et plus indolentes :
« Cette
voix nous invite chaque jour à monter ;
Pour voir ce qu’elle
veut au somment nous conter
Voulez-vous avec
moi venir ? » « Sombre idiote !
Lui répondirent-elles,
veux-tu notre morte, sotte ?
Ramasse ton bois
et retourne à la maison. »
Mais Catarinella
n’entendit point raison
Et, aux conseils
de ses sœurs indifférente,
Elle les
embrassa, pâles et implorantes,
Sans qu’elles ne
pussent, hélas, la retenir,
Et partit du
côté d’où lui semblait venir
Cette voix qui l’appelait
à une aventure.
Pour encourager
la frêle créature
La voix lui
répétait de monter. Ses sueurs
Ne l’empêchèrent
point de marcher ; les lueurs
Du jour s’éteignaient,
et elle marchait encore
En contemplant d’en
haut l’abîme et les accores.
Elle trouva
enfin au sommet printanier,
Etonnée de l’y
voir, un fort vieux jardinier
Qui, la voyant,
lui dit : « Malheureuse fillette !
Que viens-tu
faire ici, pauvre enfant douillette ?
C’est la mort
qui t’attend si tu ne peux remplir
La mission que l’on
va te charger d’accomplir. »
Et le jardinier
la conduisit dans la salle
Du plus beau
château qui fût, sombre et colossale
Et remplie de
statues. L’homme qui la gardait
En la voyant qui
à venir se hasardait
Lui dit : « C’est
le destin qui jusqu’ici t’emporte ;
Tes yeux se
fermeront et tu seras morte
Et la parole sur
tes lèvres séchera,
Ô Catarinella,
si Dieu t’empêchera
D’accomplir ta
mission, fillette imprudente. »
Elle lui dit,
emplie d’une peur évidente :
« Ah !
mon Dieu ! quelle est donc cette sombre mission ? »
Le gardien, qui
pour elle eut de la compassion,
Lui répondit : « Vois-tu
toutes ces statues ? Sache
Que ces hommes n’ont
point pu accomplir la tâche
Que je t’imposerai.
Ils ne sont point tués
Mais ils ne
vivent point. Et comme toi tu es
Belle et
charmante, ta tâche sera plus douce.
Gare à toi,
cependant, si tu me courrouces !
Contemple ces
hommes. Qu’est-ce que tu vois ? »
« Mille
augustes statues, mais sans vie et sans voix.
Ils sont tous
habillés comme marquis et comtes. »
« Qu’est-ce
que tu vois dans cette niche? conte. »
« A sa
noble allure, c’est un prince, je crois. »
« En effet,
dit le gardien, c’est le fils du roi.
Il a vingt ans,
il faut que tu sois sa femme. »
« L’épouser ?
s’écria-t-elle, il n’a point d’âme,
Et il faut lui
rendre la vie, car il est mort ! »
« Ce n’est
point, expliqua le gardien, son sort,
Mais c’est ce
que tu dois faire afin de vivre.
De sa
malédiction si tu le délivres,
Ce château,
empli de trésors, t’appartiendra.
Si tu ne réussis
point, tu deviendras
Pendant cent
fois cent ans une statue de pierre.
Pour que tu réussisses,
beauté aventurière,
Use ces sept
paires de souliers de fer
Et ces trois
baguettes de bois, et comme en mer
Le vaisseau va
de port en port aux mouillages,
De château en
château, de village en village,
Tu partiras
jusqu’à user tous tes souliers
A force de
marcher, sans aussi oublier
D’user tes trois
baguettes en frappant aux portes.
Va, pour vivre
il faut que maintenant tu partes. »
Elle prit ses
souliers, ses baguettes et partit,
Songeait à sa
mission et du château sortit.
[A SUIVRE]
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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