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samedi 19 juin 2021

Les Témoins

 LES témoins

Nous vous avons établis, ô peuples d’élus ! pour rendre le témoignage contre le reste des nations, comme votre apôtre le rendra contre vous. Nous avons changé le lieu vers lequel vous priez, afin de distinguer ceux qui suivent l’envoyé de Dieu, de ceux qui retournent à l’infidélité. Ce changement n’est pénible que pour celui que n’éclaire point la lumière divine. Le Seigneur ne laissera point votre foi sans récompense. Il est clément et miséricordieux. (Coran, 2, 143)

Un cercueil passe, sur les épaules porté,
Près du Prophète et ses compagnons, escorté
De leurs bénédictions, car l’âme était pieuse.
Le Prophète dit une chose mystérieuse :
« Il est sien ». Un autre cercueil ayant passé,
Le mort était impie, et il est pourchassé
Par les malédictions. « Il est sien », répète
Le Messager de Dieu. Omar s’écrie : « Prophète,
Qu’est-ce qui est donc sien ? Pour les deux tu l’as dit. »
« Pour le premier, répond-il, c’est le Paradis ;
Quant au deuxième, l’enfer est son partage,
Car Dieu a entendu votre témoignage.
Sachez que vous êtes sur terre ses témoins,
Que vous soyez quatre, trois, ou même moins. »


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 25 novembre 2019

Le cercueil des baleines

Le cercueil des baleines

Comme la terre, les bois et le firmament,
La mer appesantie de nos immondices
Maudit la race humaine et gémit sombrement
En contant ses malheurs et ses préjudices.

Ses belles perles sont noires comme la nuit,
Ses coraux sont comme rongés par la vérole,
Elle cherche en vain le rivage et en vain fuit
Le poison, le plastique ainsi que le pétrole,

Qui viennent l’assiéger et viennent l’envahir.
Cette douce mer, tant chantée par les poètes,
Comme peut-elle, donc, ne point nous haïr
Et ne point nous châtier avec ses tempêtes ?

Léandre y eût péri avant de voir Héro,
Elle eût épouvanté les monstres de Messine,
Jason et Ulysse, tous les vaillants héros,
Avec ses flots souillés et son onde assassine !

Elle porte dans ses entrailles nos déchets
Qu’elle s’évertue à jeter sur la grève,
Et souvent ses bêtes mortes et nos sachets
Sortent de ses ondes comme un mauvais rêve,

D’égarer nos vaisseaux elle supplie le vent
Et elle implore de s’éteindre les étoiles,
Et conjure l’écueil, son fidèle servant,
De déchirer, la nuit, nos errantes voiles.  


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 17 novembre 2019

Corps et cercueils

Corps et cercueils 

J’ai vu maintes fois les corps sans âmes
D’êtres que j’aimais et qui m’étaient chers,
Flambeaux dont la mort a éteint la flamme
Comme un orage tourmentant la mer.

Ils avaient tous le visage livide,
Bleu et ténébreux et presque étoilé,
Et semblaient, en s’en retournant au vide,
D’un insondable mystère voilés,

Appesantis d’un linceul énorme
Qui portait lui-même un parfum pesant,
Ils quittaient le monde de la forme
Pour être mangés par les vers luisants

Et devenir souvenir, pensée, idée,
Dans mon esprit comme eux immatériel,
Et dans mon imagination ridée
Un peu de printemps et un peu de ciel.

Le temps détruit les choses les plus pures,
Hélas ! jetant, comme des déchets vils,
Tous les noms que la nuit on murmure
Dans des gouffres infinis et subtils,

Il ne reste que ce moment terrible
Où l’on a entendu  le sombre bruit
De la terre qui tombe, impassible,
Sur nos morts, comme tombe un vieux fruit.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène