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mardi 14 mars 2017

Cave canem

cave canem

Jean-Léon Gérôme, Cave canem, prisonnier de guerre à Rome (1881)

Le captif, vêtu seulement de ses chaînes,
Trop las pour la tristesse ou pour la haine
Et trop fatigué pour être irrité,
Songe sombrement dans l’obscurité.
Comme les philosophes hirsute,
Pareil à Adam après la Chute,
Il pense à sa patrie, à ses petits,
A ce fer cruel qui l’appesantit
Et appesantit aussi son âme
Et l’empêche d’embrasser sa femme,
De courir dans les bois pleins de soleil
Comme une coupe d’un bon vermeil
Qui réjouit le cœur de l’homme sombre.
Il mange son pain rassis dans l’ombre,
Ce festin du condamné. Près de lui 
La belle Rome, vaste et nue, reluit 
Tandis que le soleil latin raille
Ce combattant qui perdit la bataille
Et dont la hache est brisée et le cœur,
Vaincu, ne maudissant point les vainqueurs.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

lundi 13 mars 2017

Pygmalion et Galatée

pygmalion et galatée

Jean-Léon Gérôme, Pygmalion et Galatée (1890)

Pygmalion, éternel célibataire,
Embrasse sa création au corps clair,
Belle divinité ubiquitaire,
Faite de marbre et qu’il croit de chair.

Épris d’une illusion magnifique,
D’un lointain rêve idéal et sans fin,
De sa voix il entend la musique
Et respire l’odeur de son parfum,

Comme la fleur enlace ses pétales
Quand la nuit vient et quand s’en va le jour,
Enivré d’une chimère fatale
Il l’enlace avec fureur et amour,

Et sur ces lèvres il pose ses lèvres,
Tremblant et amoureux de ce grand froid,
Comme les amants empli de fièvre
Et d’un mystérieux et vague effroi !

Il veut lui donner un peu de son âme,
Un peu de son esprit, de sa santé,
Il la sent dans ses bras devenir femme,
Comme le poète un souvenir chanté ;

Le fils de Vénus, sur son nuage,
Bande son petit arc, souriant, vainqueur,
Et s’amusant de ces enfantillages,
De Pygmalion épris cherche le cœur.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène  

dimanche 12 mars 2017

Diogène de Sinope

diogène de sinope 

Jean-Léon Gérôme, Diogène (1860)

Dans sa jarre profonde environné d’ordures,
Diogène, rêvant aux secrets firmamentaux, 
N’ayant que sa besace et son rude manteau,
Evite les rayons et fuit les verdures,

Et il va chaque soir, à la main sa lanterne,
Chercher l’Homme, dit-il, dans toute obscurité,
Avec les spectres noirs seul, en sécurité,
Et errant dans les rues sous la lune terne ;

Les chiens, ses seuls amis, vont à sa tanière,
Le croyant leur semblable et devant lui assis,
Il leur donne souvent un peu de pain rassis
Et les traite d’une bien tendre manière,

On l’a vu, un matin, avec son écuelle,
Demander aux statues l’aumône ; aux Grecs confus
Il a dit : « j’apprends à essuyer les refus. »
Sachant l’humanité avare et cruelle,

Alexandre le Grand, admirant l’ermite,
Vint et lui demanda, en pompeux appareil
S’il voulait quelque chose ; « Hors donc de mon soleil ! »
Lui lança Diogène, raconte le mythe ;

Oublié de tous dans sa retraite putride,
La vérité est qu’il est malheureux et seul,
Que son sale manteau est son sale linceul
Seul comme Prométhée, maudit comme un Atride.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène