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LE festin de la tranchée Ceux qui marchent sous la protection de Dieu, de son apôtre et des croyants, sont les milices du Seigneur. Ils remporteront la victoire. (Coran, 5, 56) Les Banu-Annadir, courroucés, se liguèrent Avec d’autres tributs, pour faire la guerre Au Prophète et à ceux qui étaient avec lui. Tous ces adorateurs de faux dieux avaient fui Ou furent exilés, et réclamant vengeance, Sous le même étendard ralliaient leurs engeances, Par la colère et par le sang tous réunis, Comme des serpents qui sont dans le même nid. On sut bientôt, grâce à la faveur divine, Que l’ennemi allait attaquer Médine Où le Prophète était avec ses compagnons. Le Prophète tint une auguste réunion Où les plus aguerris contre ces troupes viles Indiquaient les moyens de défendre la ville. Salman le Perse dit : « Ô messager de Dieu, Dans mon pays, ce que nous faisions de mieux C’était de creuser, pour faire échouer les sièges, Une tranchée qui de l’ennemi protège. » L’idée fut trouvée bonne. On s’écria : « Salman Est des nôtres ! » dans le groupe des Immigrants. « Non, il est des nôtres ! » alors s’écrièrent Les Partisans, tant on aima ses lumières. Mais les voix se turent et on ne dit plus rien Quand le Prophète dit : « Salman est des miens. Il est des Gens de la Maison, et Dieu l’aime. » On le félicita pour cet honneur suprême. On commença bientôt à creuser. Les travaux Étaient rudes, mais les creuseurs étaient dévots. Ils étaient affamés. Le Prophète lui-même Participait, et on le vit devenir blême Et attacher une pierre à son ventre, afin De travailler et de combattre la faim. Trois jours passèrent ainsi. Au suivant, les pioches Rencontrèrent une dure et puissante roche. On la frappa mille fois, mais rien n’y fit. On appela alors le Prophète, et il dit : « Je descends ». Quand il eut fini sa prière, Son premier coup cassa le tiers de la pierre. Il s’écria alors : « Allah est le plus grand ! Compagnons, il me donne les clefs du Levant, Et je vois ses rouges palais que je traverse. » « Allah est le plus grand ! À moi les clefs de Perse, Dit-il au deuxième coup, et ses palais blancs ! » Et au troisième il dit : « Allah est le plus grand ! J’ai les clefs du Yémen, et je vois les portes De Sanaa. » La joie de tous était si forte Qu’on oublia la faim et qu’on se consola. Alarmé, cependant, Jaber Ben Abdallah Vit que le Prophète devenait très pâle. Il alla chez lui, et dit en poussant un râle À sa femme, car il avait lui-même faim : « As-tu un peu de viande ou un morceau de pain ? Car le Prophète a faim ! » « Juste un récipient d’orge Et un petit agneau ». Alors Jaber l’égorge, Sa femme met la viande à la marmite et prend L’orge pour en faire un peu de pain. « Tu comprends, Dit-elle à son époux, que cette nourriture Ne suffira pas. » « Oui » « Alors, je t’en conjure, Invite seulement le Prophète à manger. Ne me couvre pas de honte. » « Viens chez nous, j’ai, Dit Jaber au Prophète, un peu d’orge et de viande. » « Que ta femme, répond le Prophète, m’attende, Et que sa marmite demeure sur le feu. » Et il s’écrie : « Venez tous, au nom de Dieu ! Jaber a préparé un festin. » Mille hommes Suivent Jaber. « Tu n’es qu’un malheureux ! Nous sommes Pauvres ! s’écrie sa femme, et toi tu reviens Avec tous ces hommes ! Pour eux nous n’avons rien ! » Le Prophète arrive et demande qu’on l’invite, Il crache dans la pâte et dans la marmite Et après l’avoir fait, de sa voix les bénit. |
La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2209.
samedi 12 décembre 2020
Le festin de la Tranchée
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