samedi 12 décembre 2020

Le festin de la Tranchée

LE festin de la tranchée

Ceux qui marchent sous la protection de Dieu, de son apôtre et des croyants, sont les milices du Seigneur. Ils remporteront la victoire. (Coran, 5, 56)

Les Banu-Annadir, courroucés, se liguèrent
Avec d’autres tributs, pour faire la guerre
Au Prophète et à ceux qui étaient avec lui.
Tous ces adorateurs de faux dieux avaient fui
Ou furent exilés, et réclamant vengeance,
Sous le même étendard ralliaient leurs engeances,
Par la colère et par le sang tous réunis,
Comme des serpents qui sont dans le même nid.

On sut bientôt, grâce à la faveur divine,
Que l’ennemi allait attaquer Médine
Où le Prophète était avec ses compagnons.
Le Prophète tint une auguste réunion
Où les plus aguerris contre ces troupes viles
Indiquaient les moyens de défendre la ville.
Salman le Perse dit : « Ô messager de Dieu,
Dans mon pays, ce que nous faisions de mieux
C’était de creuser, pour faire échouer les sièges,
Une tranchée qui de l’ennemi protège. »
L’idée fut trouvée bonne. On s’écria : « Salman
Est des nôtres ! » dans le groupe des Immigrants.
« Non, il est des nôtres ! » alors s’écrièrent
Les Partisans, tant on aima ses lumières.
Mais les voix se turent et on ne dit plus rien
Quand le Prophète dit : « Salman est des miens.
Il est des Gens de la Maison, et Dieu l’aime. »
On le félicita pour cet honneur suprême.

On commença bientôt à creuser. Les travaux
Étaient rudes, mais les creuseurs étaient dévots.
Ils étaient affamés. Le Prophète lui-même
Participait, et on le vit devenir blême
Et attacher une pierre à son ventre, afin
De travailler et de combattre la faim.
Trois jours passèrent ainsi. Au suivant, les pioches
Rencontrèrent une dure et puissante roche.
On la frappa mille fois, mais rien n’y fit.
On appela alors le Prophète, et il dit :
« Je descends ». Quand il eut fini sa prière,
Son premier coup cassa le tiers de la pierre.
Il s’écria alors : « Allah est le plus grand !
Compagnons, il me donne les clefs du Levant,
Et je vois ses rouges palais que je traverse. »
« Allah est le plus grand ! À moi les clefs de Perse,
Dit-il au deuxième coup, et ses palais blancs ! »
Et au troisième il dit : « Allah est le plus grand !
J’ai les clefs du Yémen, et je vois les portes
De Sanaa. » La joie de tous était si forte
Qu’on oublia la faim et qu’on se consola.
Alarmé, cependant, Jaber Ben Abdallah
Vit que le Prophète devenait très pâle.
Il alla chez lui, et dit en poussant un râle
À sa femme, car il avait lui-même faim :
« As-tu un peu de viande ou un morceau de pain ?
Car le Prophète a faim ! » « Juste un récipient d’orge
Et un petit agneau ». Alors Jaber l’égorge,
Sa femme met la viande à la marmite et prend
L’orge pour en faire un peu de pain. « Tu comprends,
Dit-elle à son époux, que cette nourriture
Ne suffira pas. » « Oui » « Alors, je t’en conjure,
Invite seulement le Prophète à manger.
Ne me couvre pas de honte. » « Viens chez nous, j’ai,
Dit Jaber au Prophète, un peu d’orge et de viande. »
« Que ta femme, répond le Prophète, m’attende,
Et que sa marmite demeure sur le feu. »
Et il s’écrie : « Venez tous, au nom de Dieu !
Jaber a préparé un festin. » Mille hommes
Suivent Jaber. « Tu n’es qu’un malheureux ! Nous sommes
Pauvres ! s’écrie sa femme, et toi tu reviens
Avec tous ces hommes ! Pour eux nous n’avons rien ! »
Le Prophète arrive et demande qu’on l’invite,
Il crache dans la pâte et dans la marmite
Et après l’avoir fait, de sa voix les bénit.
Tous ont mangé, et le repas n’est pas fini.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

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