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dimanche 3 janvier 2021

Les deux enfants qui parlèrent comme Jésus

Les deux enfants qui parlèrent comme Jésus

Pour toute réponse, elle leur fit signe d’interroger son fils. Nous adresserons-nous, lui dit-on, à un enfant au berceau ? (Coran, 19, 29)


I

Jourayj le moine était un homme très pieux
Qui adorait avec ferveur le seul vrai Dieu.
Un jour, il entendit la voix de sa mère
Qui l’appelait alors qu’il faisait sa prière.
« Dieu m’a donné la vie, et ma mère le jour. »
Se dit-il, préférant rester à sa voix sourd,
Et il continua sa prière ardente.
Le lendemain, sa mère était plus insistante.
Il ne lui répondit pas, et le jour suivant,
Resta aussi sourd qu’il le fut le jour d’avant.
Sa mère s’écria alors, en colère :
« Ô Dieu, fasse qu’avant son heure dernière
Par une femme sans vertu il soit tenté ! »
Jourayj l’entendit et en fut épouvanté.

Dans le but d’éprouver la foi du moine,
Des plaisantins mauvais, devisant, crurent idoine
De lui envoyer, de leur victoire assurés,
Une femme publique aux attraits célébrés.
Elle tenta de le séduire avec ses charmes ;
Il ne la regarda pas, sa foi resta ferme.
La femme dissolue, alors, pour se venger,
Songea un peu, et se donna à un berger
Qui avait ses troupeaux près du monastère.
Elle en eut un enfant. Qui en était le père ?
« C’est Jourayj, répondit-elle, il vient de son lit. »
À son temple on alla, pour qu’on le démolît,
Mais d’abord on battit le moine coupable.
On s’écriait : « Tu as péché, misérable !
Une mauvaise femme a un enfant de toi ! »
Jourayj leur répondit, auguste comme un roi :
« Faites venir l’enfant dont on me croit le père,
Et laissez-moi aussi finir ma prière. »
Jourayj pria, et on apporta le petit.
Avec son doigt il le toucha au ventre, et dit :
« Enfant, quel est le nom que ton père porte ? »
La surprise de tous était bien forte
Lorsque l’enfant dit le nom du berger. Alors
On s’écria : « Si tu le veux, avec de l’or
Nous te reconstruirons, Jourayj, un nouveau temple !
Nous pensions faire de toi un exemple,
Pardonne-nous ! » « Ce n’est pas à l’or que je cours,
Répondit le moine. Dans mes paisibles jours,
Mon monastère était fait de terre cuite. »
Bientôt la retraite fut reconstruite.

II

Une femme allaitait son enfant. Elle vit
Passer un homme en grand appareil, et suivi
de beaucoup de valets. Éblouie, cette mère
Adressa au Seigneur cette prière :
« Ô Dieu ! que mon enfant soit, un jour, comme lui ! »
L’enfant quitta son sein après avoir ouï
Sa prière, et dit : « Que le Seigneur m’en préserve ! »
La mère vit ensuite en chemin une serve
Qu’on frappait. Elle dit : « Que mon fils, ô Seigneur !
Ne soit pas comme elle. » Alors l’enfant songeur
Leva la tête et dit : « Que je sois comme elle ! »
« Pourquoi ? » lui demanda sa mère rebelle.
Il lui expliqua : « Cet homme en grand appareil
À qui tu veux, mère, je sois pareil,
Est injuste et cruel. Quant à cette femme,
On la qualifiait de voleuse et d’infâme,
Ces hommes la battaient, de Dieu les ennemis,
Pour des crimes qu’elle n’avait point commis. »


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

dimanche 9 février 2020

Le berceau de la Tristesse

le berceau de la tristesse

La Tristesse est née un jour de pluie
Au fond d’un bois immense et ténébreux
En pleurant des larmes que nul n’essuie
Et qui tombaient des nuages nombreux.

Fille unique de l’Esprit et du monde,
Elle poussait, seule, de sombres cris,
Emportée par le vent et par l’onde
Jusqu’au rivage de la voir surpris ;

Personne n’entendait la pauvre fille
Qui se lamentait sous un tronc cassé,
Née comme elle vivra, sans famille,
Et le cœur jeune mais déjà lassé,

Au matin, elle était plus seule encore
Et toute la création la fuyait,
L’immortelle et radieuse Aurore
D’éclairer son visage s’ennuyait,

L’oiseau joyeux semblait chanter loin d’elle
Et la fleur loin d’elle s’épanouissait,
Tout ce qui a un pétale ou une aile,
Sans qu’elle ne comprît la maudissait,

N’allant loin de son berceau que pour boire,
Elle contemplait le ciel vide et bleu
Et attendait la douce nuit noire
Pour cacher son pauvre corps scrofuleux.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mardi 17 décembre 2019

Le Serpent au berceau

le serpent au berceau

Dans l’incertitude du crépuscule,
Seul au berceau, le vaillant Hercule
Étouffa les serpents d’Amphitryon
Qui allaient vers lui comme des rayons.
Les autres enfants, dans la vaste ombre
Qui cache les choses les plus sombres,
Sont étouffés par les spectres vengeurs
Du cauchemar, de la nuit et de la peur.
Lentement, ces serpents malfaisants se glissent
Dans leurs berceaux, et les enfants pâlissent
Des caresses de ces démons rampants.
Nous avons nos berceaux et nos serpents,
Même à l’âge où seule la raison semble
Nous guider, et de quelque chose on tremble
Sans cause, comme l’herbe tremble au vent
Et comme la fleur frissonne en rêvant
Et écoutant les soupirs de la lune.
Voyageurs, nous marchons dans les dunes
Formées par nos ténébreuses terreurs
Jetées dans le chemin de nos erreurs,
Cherchant, sous le ciel dont l’aspect nous navre,
En vain une oasis, en vain un havre.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

vendredi 18 octobre 2019

Le berceau rose

Le berceau rose

Ils avaient acheté un berceau rose
Beau comme toutes les petites choses,
Pour leur fille, qui est leur grand amour
Et qui dans quelques mois verrait le jour.
Comme un touriste un fier temple antique,
Ils contemplaient ce lit magnifique
Empli déjà de sa respiration,
Avec bonheur, avec vénération,
Parents radieux et comblés avant l’heure
Qui attendaient cette enfant qui pleure,
Avant l’aube les réveillant soudain
Parce qu’elle a ses gaz et qu’elle a faim ;
Ce berceau qui luisait comme un mirage
Et dont le rideau était le feuillage,
Arbre de l’innocence et du bonheur,
Suffisait à leurs yeux et à leurs cœurs
Et était comme une fin du monde.
Dieu l’avait jeté pour eux dans l’onde
Et leur disait qu’ils auraient un enfant
Aussi beau que la lune et triomphant,
Qui les rendrait heureux avant de naître
Et qui allait prolonger leur être
Comme le parfum prolonge la fleur ;
Leur vie, remplie de cris mais sans douleur,
Serait aussi belle qu’un paysage,
Et ils deviendraient tous les deux plus sages.
C’était leur rêve, à nul autre pareil,
Et ce berceau rose était leur sommeil.

Victime, hélas, de son destin farouche,
Dans le linceul de sa première couche,
La petite mourut, et désolés,
Ses parents pleurent cet ange envolé
Et ont imploré Dieu de le leur rendre.
Ne voulant ni le donner ni le vendre,
Ce berceau, rêvé, aimé et pensé,
Où une humble vie n’a pas commencé,
Petite et étrange pyramide,
Est le tombeau de leurs rêves candides.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

lundi 4 juin 2018

L'ange du berceau

L'ange du berceau

Tandis que l’enfant paisiblement dort
Dans son berceau où l’aurore sommeille,
L’ange gardien qui sur ses jours veille
Ne peut le sauver du funeste sort.

Il contemple avec pitié ce corps frêle
Qui tombera malade et vieillira
Et qu’un jour le Destin assaillira
Comme les ruines d’une citadelle ;

Il contemple avec effroi cet esprit
Que n’assombrit aucun pesant nuage,
Qui s’emplira de pensées et d’ombrages
Comme un grand arbre de ses fruits pourris ;

L’ange contemple l’âme parfumée
De ce petit être à peine vivant,
Qui s’envolera souillée dans le vent
Comme une lourde et toxique fumée,

Et dit à Dieu : « Pourquoi cette lueur ?
Pourquoi faire rayonner cette aurore
Que la vaste nuit de ce monde abhorre ?
Quel est le but de cet enfant, Seigneur ? »

Et l’ange triste bénit l’enfant rose
Qui demeure paisible et silencieux,
Et s’envole avant le jour jusqu’aux cieux,
Le cœur empli de ténébreuses choses.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène