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dimanche 20 décembre 2020

L'aveugle, le lépreux et le chauve

l'aveugle, le lépreux et le chauve

Le diable vous met devant les yeux l’image de la pauvreté. Il vous commande le crime : mais le Seigneur vous promet le pardon et l’abondance. Il est savant et infini. (Coran, 2, 268)

Il y avait, autrefois, trois amis hébreux,
L’un chauve, l’autre aveugle et le dernier lépreux.
Dieu, dans sa sagesse, leur envoya un ange,
Car il éprouve le cœur de l’homme qui change.

L’ange va au lépreux pour savoir son souhait.
Le lépreux lui répond : « Tout ici-bas me hait.
Je veux une couleur et une peau plus belles. »
L’ange caresse ses infections rebelles,
Et le lépreux guérit et il redevient beau.
« Quel bien désires-tu ? » « Je voudrais des chameaux »
Répond le lépreux. « Tu auras une chamelle
En gestation et en bonne santé. Elle
Te donnera, grâce à Dieu, force chamelons,
Et ton troupeau sera fertile et sera long. »

L’ange va au chauve et lui demande son vœu.
« C’est, lui répond-il, que repoussent mes cheveux.
Car les hommes me fuient et me croient malade. »
L’ange donne alors à cet homme maussade
Une belle chevelure et lui donne son bien,
Une vache fertile. « Un troupeau sera tien,
Dit l’ange au chauve, avec des bêtes fécondes
Aussi nombreuses que dans la mer les ondes. »

L’ange va à l’aveugle afin de savoir
Ce qu’il désire, et il lui répond : « Je veux voir
Les hommes qui me voient ! » Il voit et demande
Des moutons. « Tes bêtes seront fertiles et grandes,
Lui dit l’ange, et Dieu bénira ton troupeau.
Voici une brebis avec son agneau. »

Les trois amis ont des bêtes innombrables.
L’ange, déguisé en homme misérable,
Revient les voir, et il implore le lépreux :
« Au nom de Dieu qui t’a rendu riche et heureux
Et t’a guéri, aide-moi dans mon voyage.
Donne-moi un chameau. » « C’est mon héritage,
Lui répond le lépreux. Cesse de m’ennuyer,
J’ai de l’argent, mais j’ai des dettes à payer. »
L’ange alors dit : « Si tu mens, que Dieu t’appauvrisse
Te rende la lèpre et châtie ton avarice. »
L’ange va à l’homme chauve, et à lui aussi
En l’implorant conte son douloureux récit.
Le chauve lui répond de la même manière
Que son ami lépreux, las de ses prières.
« Si tu mens, dit l’ange, que Dieu, t’affligeant,
Te rende de nouveau et chauve et indigent. »
Il va voir l’aveugle et lui dit : « Je t’en implore
Au nom du dieu clément et grand que tu adores,
Qui t’a rendu la vue ; sois généreux et bon,
À un voyageur donne un seul de tes moutons. »
L’aveugle lui répond : « Je ne voyais que l’ombre,
Dieu m’a rendu la vue. Ce troupeau sans nombre
Est un autre présent qu’il m’a fait. Étranger,
Prends ce que tu veux, je ne vais point m’affliger
De te donner de ce que Dieu me donne. »
« Garde tes biens, lui dit l’ange. Ton âme est bonne,
Dans cette épreuve le Seigneur t’a affermi,
Il te bénit et il maudit tes deux amis. »


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

mercredi 9 octobre 2019

La Création aveugle

La création aveugle

Dans ce monde qui nous remplit d’effroi,
Tout sans raison diminue et croît,
L’arbre cassé par la tempête et l’herbe
Qui reluit dans les champs, fraîche et superbe.
Où va la mer aux ondes sans répit ?
Quand le soleil vient gonfler les épis,
Quel chemin prend-t-il, dans le ciel immense ?
Où se cache l’orage sans clémence
Après avoir grondé, brisé, détruit ?
Pourquoi l’arbre appesanti de ses fruits
Les fait-il tomber, pourris, dans l’abîme ?
Que veulent les paysages sublimes ?
Tout cela est absurde, hélas, et vain !
Avec ses montagnes et ses ravins,
La nature est grande et imbécile,
Le sein toujours plein de lait et fertile,
Elle enfante seulement pour enfanter,
L’homme par sa sève et épouvanté
Et entre, chaque fois qu’il la contemple,
Dans un incommensurable temple
Aussi chaud que le soleil et le sang,
Empli de parfums envoûtants, d’encens
Et de statues de la Callipyge,
Qui lui donnent le même vertige.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène

vendredi 23 août 2019

Cécité prophétique

cécité prophétique

Tirésias, Athéna surprise dans son bain
Mit sur tes yeux éblouis son implacable main
Mais n’emplit pas ton cœur et ton esprit d’ombre ;
Alors que les mortels errent dans la nuit sombre,
Tu errais sereinement dans la douce clarté
En emplissant de ta parole la cité
Et en montrant du doigt, comme un guide funèbre,
Aux mortels leur néant ainsi que leurs ténèbres.

Orion, tu marchas seul dans la profonde mer
Comme un homme vaincu et accablé de fers,
Ne voyant rien, bercé par le son des ondes,
Touchant les étoiles dans la nuit du monde
Pour trouver de Lemnos l’improbable chemin,
Caressant le soleil au-dessus de tes mains
Qui te rendit l’espoir et te rendit la vue
Comme une vérité qui descendit des nues.

Némésis, la colère est ton pays natal.
Tu marches, les yeux ceints de ton bandeau fatal,
Afin de ne pas voir les plaies de tes victimes,
Punissant l’innocence et châtiant le crime,
Armée de ton flambeau qui est ton seul soleil
Et ne jouissant jamais du repos du sommeil,
Attentive, quand leur cœur la nuit se lamente,
Aux tristes prières des sombres amantes.

Vous êtes tous maudits, et vous êtes bénis,
Et votre cécité est un jour infini
Qui de ses éternels rayons vous éclaire,
Quand vous allez dans vos chemins crépusculaires.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène