lundi 11 novembre 2019

L'ère du crépuscule

L'ère du crépuscule

Comme un frêle vaisseau que tourmente la tempête,
Le monde aveugle va dans une ombre incertaine,
Dans les sentiers traîtres se perdant et rêvant
A des choses violentes et comme lui vaines.

Il marche triomphant, cependant, et fier,
Calculant le progrès au nombre des machines,
À voix haute il maudit le monde d’hier,
Un monde d’ignorance et de sombre famine,

Frère inexorable qui maudit son jumeau !
Le monde a-t-il changé ? Comment le croire ?
L’homme est appesanti des mêmes vastes maux
Et erre dans une nuit plus profonde et noire,

On vante le Progrès que rien dans l’univers
N’arrêtera jamais, et toutes ses tempêtes,
Le Progrès est pourtant notre funeste hiver,
Les mortels ont plus froid, plus faim, et sont plus bêtes,

Minotaure goulu dans son sein enfanté,
Il dévore avec joie l’humanité entière,
Comme il dévorait des parents épouvantés
La progéniture chétive et éphémère.

Qui sera donc Thésée ? Qui viendra terrasser
Le démon infâme marchant dans la fumée ?
Le présent répète sans répit le passé
Comme un pensum, et va, les paupières fermées.


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

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