mercredi 31 mai 2017

Conte: La Grenouille enchantée (Partie III)

CONTE: LA GRENOUILLE ENCHANTÉE (PARTIE III)


III. Ce que la grenouille enchantée demanda à Siegfried de faire, après qu’il l’eut rencontrée et qu’elle l’eut sauvé, et la récompense qu’il gagna

Siegfried traverse une chambre, radieuse aurore,
Puis une autre, plus vaste et plus brillante encore,
Et de ne voir aucun vivant vivre est surpris,
Et croit qu’il n’y a dans la maison que des esprits.
Dans une troisième chambre, immense et dorée,
Plus riche que les deux autres et décorée,
Il voit, ô surprise ! au lieu du sauveur rêvé,
Reine qui coasse sur son siège élevé, 
Une grenouille si noire et si hideuse
Qu’il tremble de parler à cette bête affreuse, 
Muet, la tête basse, et sans se hasarder
Dans sa grande frayeur à l’oser regarder.
« Qui es-tu, jeune homme ? et que viens-tu ici faire ? »
Lui demande-t-elle. Tremblant de déplaire,
Il lui répond : « Mon nom est Siegfried, et je suis 
Le fils d’un bon fermier que le destin poursuit.
J’ai faim, j’ai soif, j’ai mal et je suis las, madame. »
« Veux-tu servir ici ? » « Oui, de toute mon âme ! »
La grenouille sourit : « Ton travail ne sera 
Ni long, ni difficile. Et quand tu le feras
Tu auras une bien belle récompense. 
Viens au jardin avec moi. » Il est si immense,
Ce jardin, qu’on pourrait le croire une forêt.
La grenouille reprend : « Écoute bien et sois prêt,
Siegfried, à faire ce que je veux que tu fasses.
Vois-tu cet arbuste qui tient tant de place ?
Tu en couperas une branche chaque jour
Pendant une année, et tu pourras faire un tour
Dans ce charmant jardin, le reste de ton temps. »
Bien logé, bien nourri, Siegfried est fort content
Et fait sa facile besogne sans peine, 
Seul, toutefois, sans voir une figure humaine.
Son hôtesse, à la fin de l’année, vient le voir :
« C’est bien, lui dit-elle, tu as fait ton devoir.
Que veux-tu en retour ? » « Demander un salaire,
Après tous vos bienfaits, serait vous déplaire,
Répond le jeune homme, voyant venir la fin,
Je suis arrivé chez vous, presque mort de faim,
Et vous m’avez rendu la santé et la vie. »
La grenouille, de sa gratitude ravie,
Lui dit : « Je sais, Siegfried, ce qu’il te faut avoir. »
Et elle lui montre, tout ébloui de la voir,
Une nappe digne d’une table royale.
Siegfried, dont le cœur est simple et l’âme loyale,
Remercie la grenouille, et dès le lendemain 
Reprend avec bonheur les éternels chemins. 

[A SUIVRE]


Par : Mohamed Yosri Ben Hemdène 

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