CONTE: COMMENT ANDRÉ COUPA LE NEZ DU CURÉ (PARTIE III)
III. La proposition qu’André fit au curé, et ce qui s’ensuivit
André, qui trois jours sur la même route
allait,
Du noir curé devint également le valet. « Je voudrais, lui dit-il, ajouter quelque chose. Souffrez, mon bon curé, que je vous le propose. » « Que veux-tu ajouter ? » « Pour ne rien vous cacher, Que celui de nous deux qui ose se fâcher Perde ses deux oreilles et tout ce qu’il possède. » « Je suis riche, mais tu n’es qu’un pauvre aède, Répondit le curé, tu serais très heureux De me voir sans mes deux oreilles et miséreux, Et je ne gagnerais que tes vaines oreilles. » « Pour trembler, mon curé, d’une peur pareille, De perdre le pari vous m’avez l’air certain. » « Moi, perdre ? Par Jésus et le bon saint Martin ! J’accepte ton offre. » « Le lendemain, le fourbe Envoya ses bêtes brouter un peu d’herbe Et son domestique les garder. Le soir Il lui dit : « Viens, mon bon garçon, viens t’asseoir. Mange ce son de mes cochons. » « Oui, mon maître. » Et André fit semblant dans sa bouche d’en mettre. « Oh ! maître, votre son est des plus délicieux Et je n’ai rien mangé d’aussi bon sous les cieux. Vos cochons doivent être bien contents, sans doute. » « Ce coquin, j’aurais dû le laisser sur la route, Pensa le vil curé ; à ce malin puiné Je devrais prendre garde ou je serais ruiné. » Le lendemain André alla dès l’aurore Promener les cochons du curé encore, Mais au matin vendit le bétail au boucher Et en garda les queues qu’il prit soin de cacher Dans la boue de l’étang. Voilà soudain qu’il crie : « Ah ! monsieur le curé ! venez, je vous en prie ! » « Qu’y a-t-il ? Pourquoi cries-tu donc, valet de malheur ? Pendant mon absence as-tu vu des voleurs ? » « Non, monsieur. Mais j’ai vu s’envoler vos chèvres. » « Que dis-tu, ventre creux ? Aurais-tu la fièvre ? S’écria le curé, je vais bien te rosser Et si tu veux être arrangé t’exaucer ! » Le malin dit alors : « Etes-vous en colère ? » « Non, non, je suis content ! » « Ravi de vous plaire. » Et le curé pensa : « Il faut que sans délai Je me débarrasse de ce petit diablet. Songeons, songeons un peu, que je l’attrape Et qu’il n’obéisse point, car il rit sous cape De me voir obligé de ne coup lui férir, Et mon puissant bâton le va bientôt chérir. »
Par: Mohamed Yosri Ben Hemdène
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La Muse a commencé à soupirer le 08/04/2012. Poèmes publiés sur le Blog : 2182.
samedi 2 avril 2016
Conte: Comment André coupa le nez du curé (Partie III)
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